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 Biographie - Le chemin d'un Ange

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Leïna Liuwën
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Date d'inscription : 28/01/2013

Caractéristiques du mortel
Race/Nation/Guilde: Elfe/Enetari/Assassin
Âge: 76 ans (777)
Signes particuliers: Est surnommée Ange noir. Ses yeux sont tels du feu

MessageSujet: Biographie - Le chemin d'un Ange   Mar 12 Nov 2013 - 18:18

Il y a un temps plutôt indéfini, je me suis rendue compte que je m'ennuyais. Et comme à chaque fois que je m'ennuie, j'ai décidé de faire souffrir des gens - en l'occurrence, Leïna. A chacun ses hobbies.
Pour votre plus grand plaisir - ou désespoir -, je me suis donc amusée à faire une biographie plus complète de cette chère assassin et je vous la délivre ici, sous forme d'un journal fait au fil du temps, avec des annotations de la Leï de maintenant.
Bonne lecture...

Chapitre I : Enfant  
Chapitre II : Pirate  
Chapitre III : Mercenaire
Chapitre IV : Apprentie

_________________
Ressuscité par quelque obscur miracle, et perdant sa parure au passage.
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Leïna Liuwën
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MessageSujet: Re: Biographie - Le chemin d'un Ange   Mar 12 Nov 2013 - 18:19

CHAPITRE I : ENFANT
Bougie enfantine, au regard innocent
Elle était pareille à un ange blanc.
Source inconnue
Je suis née dans le froid de l’hiver. Quand les fleurs meurent, que les arbres sont dénudés, que le ciel s’orne d’un manteau perle et impassible. Le soleil ne réchauffe plus, les sourires se font rares et la neige, belle et mortelle, se dépose en silence comme un voile blanc.
Il paraît que chez certaines personnes, les anniversaires sont fêtés avec des gâteaux, des friandises, des cadeaux. Pas chez nous. Chez nous, les ans passent, tous identiques.
Presque tous identiques.

Mon père a les cheveux roux, toujours ébouriffés. Ses yeux sont de couleur feu, et sa peau est hâlée. Il se nomme Elewen Liuwën.
Ma mère est très différente de lui. Ses mèches sont noires, noires nuit, sa peau comme la neige et ses yeux de glace. Elle se nomme Illiya Efen.
L’un est jour, l’autre est nuit.
Je tiens des deux. Yeux et cheveux flamboyants, peau pâle.
Et la nuit est mon domaine.
L’un est souriant, heureux. L’autre a le regard plein de cauchemars et de souvenirs.

Les années passent, encore. Neige, fleurs, chaleur, feu, et neige. J’aime l’hiver. J’aime l’automne, aussi. L’automne qui brûle, ses feuilles or, rouge, orange. L’hiver glacé, son feu réconfortant, sa neige pure.
Je sors beaucoup, je reste seule. Papa n’aime pas que je sois ainsi, mais il n’y pourra rien. Mes longues marches dans la forêt me mènent de plus en plus loin, mes moments de rêveries me soufflent des choses étranges.
Je fuis les gens. Les autres elfes. Je ne me sens pas à ma place dans ce village.
Parfois, je demande à papa comment c’est, dehors. Ailleurs. Il me parle alors des humains, des nains – avec mépris –, des villes de pierre, des dragons, des légendes. Il me dit qu’il aimerait que je ne reste pas toute ma vie dans le village. Que je parte, devienne quelqu’un.
Alors, je lui demande qui. Et il me parle des Chevaliers, des Cartographes, des Guérisseurs. De nobles personnes, dit-il. Et juste après, il parle des Assassins, des Pirates, des mercenaires, des voleurs – avec dédain. Il faut que tu les fuies, dit-il.
Quand on y pense, c'est presque drôle. Les personnes qu'il méprise le plus au monde. Je suis devenue l'une des leurs.
Je me demande parfois ce qu'il pense de moi – s'il n'est pas parti vers des cieux plus cléments.
Quelle chance.
Moi aussi, j'aimerais m'envoler, pour ne plus revenir.
Un jour, en me promenant, je suis tombée, au détour d’un chêne, sur le paradis. C’est une clairière minuscule, à l’herbe tendre, des feuilles s’y abaissant doucement, la partageant en coins d’ombres pailletés de lumière et coins de soleil. Une rivière y coule, claire, tapissée de galets, juste assez profonde et juste assez large.
Un rocher plat surplombe la rivière, couverte de soleil, en hiver, et en été. La pierre est toujours tiède. Des fleurs parsèment le sol, en vifs éclats de couleurs. Des fleurs dans les arbres, aussi. Un figuier, un lilas et un abricotier s'y côtoient.
C’est un endroit magnifique. J’y suis resté longtemps, la première fois. J’y suis revenu, encore et encore, m’y attardant. Je m’y baigne, m’allonge au soleil, cueille des fleurs ou des fruits.
Je n’ai parlé de cet endroit à personne. Même pas à Karol. C’est un elfe de mon âge, à peu près. Papa a insisté pour que je passe du temps avec lui, mais j’en profite pour fuir dans l’étreinte des arbres.
L’hiver, la clairière disparaît sous la neige et elle devient magique. L’automne, elle prend feu. Le printemps, elle regorge d’odeurs et de couleurs. L’été, les fruits inondent les arbres et la rivière est le seul moyen d’échapper à la chaleur accablante.
J’ai trouvé un magnifique caillou, dans la rivière. Il est noir, noir, noir. Je l’ai caché, l’ai ramené chez moi et l’ai glissé sous mon lit. Je me disais que c’était mon porte-bonheur et qu’il ne fallait pas que je m’en sépare.
Je m’en suis tellement convaincue que maintenant, je le garde sur moi, dans une poche.

Papa a trouvé un moyen pour me garder à la maison : il m’apprend à lire. C’est fascinant ! Il dit que j’apprends vite. J’adore ça.
J’apprends trop vite. Je recommence à m’enfuir. Alors, il tente de m’apprendre à sculpter du bois, à dessiner, mais c’est peine perdue. Je m’échappe, et nul ne me rattrape. J’ai appris seule à grimper aux arbres, en observant Karol de loin.
Papa m’appelle « l’ange ». Il m’habille avec des robes blanches, mais il s’énerve, car je les salis vite. Alors, quand je sors, il me donne un pantalon et une chemise foncés.
L'ange. Surnom qui m'a longtemps suivie.
L'ange blanc, l'ange de feu, l'ange noir.
Peut-être suis-je les trois à la fois.
Peut-être n’en suis-je aucun.
Maman n’est pas souvent là. Papa dit qu’elle n’a jamais réussi à prendre sa place dans le village. Une fois, alors qu’elle s’éloignait, j’ai essayé de la suivre, mais elle a disparu dans les ombres.
Je crois que maman ne sait pas aimer. J’aimerais qu’elle m’aime. Parfois, je regarde le comportement de la mère de Karol avec son fils, et je me sens jalouse.
C’est peut-être pour ça que je n’aime pas Karol.
Au moins, j’ai mon père. Karol n’en a pas. Je crois que Karol me jalouse pour ça. C'est sans doute pour cela que l'on ne se supporte pas.

Un jour, je me suis perdue dans la forêt. Je poursuivais un papillon. Le papillon m'a fait errer jusqu'à que je me perde. Je ne reconnaissais plus rien, et le noir tombait sur les arbres. Je ne savais pas où aller, alors j'ai suivi un autre papillon, et il m' a ramené chez moi. Papa était inquiet et fâché, mais ce n'est pas de ma faute, c'est de celle du papillon.

Maman sourit beaucoup, en ce moment. Même à moi, mais surtout à papa. J'ai demandé pourquoi, et maman m'a dit que c'était parce qu'elle attendait un bébé. J'ai demandé à papa comment sont faits les bébés, mais il a pas voulu répondre.
Les adultes sont bizarres.

Leïo est né. Leïo, c'est son nom. La maman de Karol a félicité maman, et j'ai demandé pourquoi. Papa a dit que c'est parce que les elfes ont pas beaucoup d'enfants. Mais qu'il y avait des exceptions, comme la famille de maman. Maman m'a dit qu'elle avait un frère jumeau, et que sa mère avait deux sœurs.
Papa m'a ensuite précisée que maman a du sang humain dans les veines, même si elle n'aime pas en parler. Si elle vieillit à la même vitesse que les elfes, elle a par contre plus d'enfants.
Il est beau, Leïo. Son prénom ressemble au mien, mais il ne me ressemble pas. Il a la même peau que moi, mais aussi que maman ; il a ses yeux, ses cheveux. Il est comme maman. Je l'envi.
Leïo, petit frère. Je n'ai jamais tenté de le retrouvé. Pourquoi ?
Je ne sais pas.
Où qu'il soit, s'il est toujours en vie, il est probablement plus heureux que moi.
Leïo, petit frère. Juste un fantôme, un souvenir relégué aux frontières de la mémoire et de l'oubli.
Leïo grandit vite. Il sourit beaucoup. Maman l'adore, elle le couvre de cadeaux, elle s'occupe sans cesse de lui. Maman s'occupait pas comme ça de moi. Mais bon, au moins, j'ai papa.
J'aime bien m'occuper de Leïo. Dès qu'il me voit, il tend les bras vers moi en criant « Lea ! » parce que mon nom est trop compliqué.
Il adore ma pierre porte-bonheur. Alors, hier, je suis retournée à la clairière, et je lui ai cherché une pierre. Il faisait froid, j'ai passé des heures dans l'eau glaciale. Mais je l'ai trouvée. Rouge sombre, ovale et plutôt fine, percée d'un trou. J'y ai glissé un lien de cuir et lui ai donné. Cela lui portera chance.

La pluie tombe. Portant la nouvelle d'une menace auquel le fragile peuple des elfes ne peut souvent qu'espérer en réchapper.
Oui, la pluie tombe, et sous les cieux lourds, tous courent. Mais c'est inutile.
Un raid humain. Voilà ce que c'est. Un groupe de représentants de cette minable race, assoiffé de sang ou peut-être d'argent, guidé par leurs pas ou par quelqu'un ; qu'importe.
On nous attaque. Et nous ne sommes pas préparés.
Maman met Leïo dans mes bras. Le pauvre crie de peur.
- Rentre à la maison, et ne bougez pas !
Un poignard à la main, elle s'éloigne. Je reste un instant fascinée. Elle est mille fois plus souple, mille fois plus rapide et légère que les autres elfes, mille fois plus dangereuse et assurée. Une colère sans borne et teintée de haine brûle d'un feu froid dans ses iris glacés. Ceux qui auront le malheur de se trouver sur son chemin le payeront. Je ne comprend pas. Je croyais que les elfes étaient pacifiques ?
Qui est maman ?
Qu'importe. Leïo s'agrippe à moi et il est lourd. Je le serre contre mon cœur et cours, cours, cours vers la maison. Je voudrais que papa soit là. Il est sans doute avec maman.
Une fois dans la maison, je me cache derrière un coffre. J'ai peur. Leïo fait trop de bruit.
Un son.
Un elfe est entré. Je me souviens vaguement que papa et maman ne l'aiment pas. J'arrive plus à réfléchir.
- Donne-moi Leïo. Je vais le mettre à l'abri. Il me le prend sans que je ne dise rien, et s'en va avec lui. Alors qu'il franchit la porte, je me demande...
Pourquoi Leïo, et pas moi ?
J’ai l’impression d’avoir fait quelque chose de terrible. Je me sers contre le coffre en sanglotant.
Longtemps après, maman reviens. Quand elle voit que Leïo est pas là, elle hurle :
- Où est-il ?
Une rage semblable à celle qui l'animait tout à l'heure brûle dans ses yeux, mais d'une autre façon, plus profonde, plus effrayante.
- Un elfe l’a… l’a pris ?... C’est celui que vous n'aimez pas…
Maman hurle, encore, et encore. Elle me gifle à la volée. Je pleure. Papa arrive et l’empêche de me frapper encore.
- C’est pas sa faute, il murmure, pas sa faute…
Maman continue de le hurler et le repousse. Elle s’enfuit dans la nuit. Papa me prend dans ses bras.
- Papa ?... Et Leïo ?...
- L’elfe l’a emporté avec lui. On ne les reverra plus.
Papa est triste mais ne me crie pas dessus. Il m’explique que c’est l’elfe qui a envoyé les barbares sur le village. Il m’assure que maman va revenir.
Dehors, le feu brûle.
Flammes.
Sang.
Rouge sur rouge, flammèches orangées, or brûlant.
Neige tachée, acier luisant, hurlements.
Je prends mon porte-bonheur et pense à celui de Leïo, encore à son cou lorsque que l'elfe l'a pris. J'espère qu'il marchera mieux que le mien. Je regarde ma pierre. Inutile, tellement inutile.
Avec cette attaque, ce sont mes rêves d'enfants, mon innocence et mes illusions qui se brisent.
Je hais les humains. Je les hais.
Aujourd'hui encore, je me demande qui était cet elfe.
Pourquoi avait-il décidé de kidnapper Leïo.
Sans doute était-il quelqu'un que ma mère avait blessé.
En tout cas, il a trouvé la moyen parfait pour se venger.
Une vie différente reprend. On doit réparer les dégâts, pleurer les morts, tâcher de les oublier. Les troncs restent noirs de suie malgré la pluie incessante, la terre est encore rouge par endroit et hier, je suis tombée sur un morceau de métal ébréché. Papa m'a dit qu'il vient sûrement d'une arme cassée et abandonné là.
Une arme.
En allant la jeter, je me suis blessée. Une coupure, dans ma paume. Le sang tellement rouge m'a à la fois émerveillée et terrifiée. Je l'ai contemplé longtemps. Ensuite, je me suis réveillée, et je suis allée dans ma clairière. Dans l'eau pure, j'ai lavé ma plaie, et l'onde s'est teintée de rose. Dans son sillage, j'y ai laissé ma pierre porte-bonheur.
Elle ne me sert à rien, finalement.
Ce qui fut longtemps ma pierre porte-bonheur doit encore dormir dans le ruisseau du plus beau coin de paradis que je n'ai jamais vu.
Peut-être qu'un jour, j'irais la chercher.
Peut-être qu'un jour, je montrerais mon petit paradis à quelqu'un.
Même si j'en doute.
Deux mois se sont écoulés. Le temps que l'eau lave les arbres et la terre, que le vent emporte l'odeur des morts et de la fumée. Deux mois, et maman réapparaît. Elle a changé. Ses yeux sont des glaçons, et elle est vêtue d'un mélange de cuir et de tissu. Quand je l'ai aperçue, le bois mort que je tenais dans mes bras est tombé sur le sol avec un bruit de tempête. Elle s'est tournée vers moi, et je ne l'ai pas reconnue.
Quelque chose avait changé.
Une odeur, une fragrance indescriptible.
Imperceptible pour beaucoup.
Plus tard, j'apprendrais que c'est celui du sang, de la mort. Il ne vous lâche jamais et vous poursuit jusque dans votre tombe.
Quand papa a vu maman, il a eu un instant d'hésitation, puis a couru vers elle et l'a prise dans ses bras. Elle s'est laissée faire, mais elle n'était plus pareille. Elle avait l'air encore plus froid qu'avant.
C'est comme si elle n'était pas vraiment revenue.

Le temps passe encore. Maman passe beaucoup de temps dehors. Je n'essaie plus de la suivre. Elle me regarde comme si j'étais le mal en personne, un mal que seule elle peut détruire. Ça me fait peur.
Un matin, une rumeur se répand. Un elfe aurait réussi à surprendre maman. Il l'aurait vue en train de s'exercer au sabre contre des arbres et les animaux passant par là. Les elfes sont offusqués. Ils la blâment, et, lors d'une sorte de procès public, la condamne à l’exil.
Maman est furieuse. La colère se lit dans ses yeux. Elle rentre à la maison et prend un sac, dans lequel elle empile des affaires. Papa et moi la suivons.
- Vous venez.
Nous échangeons un regard surpris. Que veut-elle dire ?
- Vous venez avec moi, insiste-t-elle.
Ce n'est pas une demande, c'est un ordre. Papa tente de protester.
- Voyons, Lya, le vagabondage, ce n'est pas une vie pour Leïna. Elle est trop jeune...
Avec maman, argumenter est aussi vain que refuser. Elle et papa échangent une série de regards étranges. Comme si papa essayait de communiquer avec elle, mais qu'il se heurtait au mur de glace des yeux de maman.
Comme si maman essayait de lui dire quelque chose, mais qu’elle se heurtait à son mur de glace.
- Elle vient.
Pourquoi veut-elle que je vienne ? Elle ne m'aime pas. L'appréhension, sentiment nouveau et douloureux, me tord le ventre. Papa se résigne, prend deux sacs, m'en lance un.
- Range tes affaires, mon ange.
Par la suite, j'en ai souvent voulu à mon père.
De ne pas avoir été capable de refuser, de la faire partir.
En obéissant à celle qu'il a trop aimé, il a détruit ma vie.
C'est impardonnable.
Je regrette presque d'avoir jeté mon caillou porte-bonheur. Je prends le sac dans mes mains pâles et me dirige vers mon petit coin, séparé du reste de la pièce par des rideaux. J’attrape quelques vêtements – aucune robe –, un grand morceau de tissu noir qui me servait de couverture quand j'étais plus petite, une poupée de paille vêtue de haillons colorés, une paire de bottes, et ce qui m'est le plus cher : une plume, de l'encre et des bouts de papier.
Quittant mon coin de pièce, je tends la main vers les livres empilés dans un coin. Un regard noir de maman m'arrête.
- Tu n'auras pas besoin de ça, là où nous allons.
Je fais une moue dépitée. Je ne sais même pas où on va. Mais j'obéis, comme toujours, et jette un regard désolé aux ouvrages. Je sors le tissu noir du sac et l'enroule autour de mes épaules comme un châle. Vite, très vite, papa et maman sont prêts. Nous quittons la maison et nous frayons un passage à travers les arbres.
Je me retourne une dernière fois. Les elfes nous regardent partir.
Je crois que je les déteste.
A ce moment-là, je ne pouvais qu'obéir. Mon monde était celui de mes parents.
Quand bien même aurais-je été plus âgée, est-ce que je me serais enfuie ?
Est-ce que j'aurais refusé de la suivre ?
J'en doute.
- Maman ?
Elle se tourne vers moi. Elle mène la marche. Seule elle sait où on va.
- Quoi ?
- Pourquoi on doit partir ?
Les adultes sont si compliqués. Je ne comprends pas comment maman a pu faire ça. Celle-ci me retourne un regard brûlant de colère – feu et glace.
- Parce qu'ils ont peur de nous !
- Pourquoi ?
La question de trop. Papa s'en rend compte, et intervient. Je crois que je fais exprès de provoquer maman. Pourquoi ?
- Maman a fait quelque chose qui n'a pas plu aux autres, alors on est obligé de partir.
- Pourquoi nous aussi ? On a rien fait !
- On ne va tout de même pas la laisser seule.
Je ne suis pas d'accord. Mais je me tais.
On marche longtemps. Maman ne veut pas nous dire où nous allons. La nuit, nous la passons enroulés dans des couvertures portées par papa, au coin d'un faible feu.
Mon sac est de plus en plus lourd au fur et à mesure que les jours passent. Papa s'en rend compte, et le prend pour le porter. Mais il se fait rabrouer par maman, qui déclare que me faire un peu de muscles ne me tuera pas.
Enfin, on sort de la forêt. On arrive sur une plage. Une plage grossière, au sable gris. Un soleil éclatant irise la mer et un bateau immense patiente, non loin. Un canot est échoué sur la plage, près d'un homme.
Papa m'a raconté beaucoup d'histoire, quand j'étais encore assez jeune pour ne pas partir seule me promener. Notamment, il m'a parlé des pirates.
Et c'est bien ce qu'ils sont. Le drapeau noir si caractéristique flotte dans le vent froid. Tout ça est trop étrange pour moi, et je renonce à l'idée de comprendre. Surtout quand maman va vers l'homme et l'embrasse.
Je sens la tristesse de papa. Elle me perfore le cœur. Je sens aussi sa haine infinie. Je me demande qui il déteste. Maman, ou le pirate ?
Maman nous fait signe pour que nous montions dans le canot. Il murmure une phrase. Je tends l'oreille.
- Peut-être que...
Mais il ne finit pas. L'air las, il va vers maman, et je le suis. Nous montons, l'homme – un humain – prend les rames, et je demande à maman :
- Où on va ?
- Sur les océans !
- Pourquoi on reste pas ici ?
C'en est trop pour elle. La gifle qu'elle m'inflige me brûle la joue. Quelques larmes s'échappent de mes yeux horrifiés. Je n'ai pas la force de les retenir. Le regard que maman pose sur moi est empli de mépris.
- Tu feras ce que l’on te dit !
Jusqu'alors, elle ne m'avait jamais frappé. Papa l'en avait toujours empêché. Par sa simple présence, parfois. Mais j'ai l'impression que les règles du jeu viennent d'être changées. Un jeu que je n'ai pas envie de comprendre ni d'essayer.
Avais-je seulement le choix ?
Ce jeu, je le maîtrise, désormais. Le jeu de la souffrance, de la mort, de la douleur intérieure.
Certaines parties, toutefois, me demeurent inconnues. Tant mieux.
Je n’ai jamais aimé ce jeu. Bien qu'il soit le seul que je connaisse.

FIN DU CHAPITRE I

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