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 Au hasard d'une bière... [Sigifrid. H. Génévil]

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Yllianna Lunéa
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MessageSujet: Au hasard d'une bière... [Sigifrid. H. Génévil]   Sam 4 Juin 2016 - 21:48

Assise sur un amas de caisses, je contemple sous mes yeux l'intense activité des quais. Des gens s'affairent dans tous les sens. Certains chargent et déchargent les bateaux, d'autres remplissent des paperasses, d'autres encore font quelques achats à la sauvette avec les marins. Au delà de tout ça, il y a la mer. Cette immense masse bleutée, s'étendant à l'infini. Je me demande ce qu'il y a au delà... Je me demande ce qu'on ressent lorsqu'on est sur cet azur... Un jour peut-être...
-Madame! Madaaaame!
Je suis tirée de mes pensée alors qu'un gamin tire sur l'une de mes bottes. Il me fixe d'un air gêné. Ses cheveux et ses joues sont terreux et ses vêtements sont noirs de crasse. Il doit probablement venir des quartiers modestes de la ville. Voyant qu'il a mon attention, il reprend d'une petite voix timide :
-Désolé d'avoir tiré votre botte, mais comme vous ne répondiez pas... Euuh, c'est bien vous, Yllianna?

-C'est bien moi, oui. Qu'est-ce ce je peux faire pour toi?

-Un monsieur de l'entrepôt des Metalliers dans le quartier sud de la ville m'a demandé de venir vous chercher. Il dit que c'est important
Je soupire. Ce doit être Dann, le gérant du dépôt de la compagnie qui m'a embauché. Je dois conduire une de ses caravanes demain. Depuis que j'ai signé un contrat avec lui il y a une semaine, il me harcèle tout les jours. Pour revoir l'itinéraire, insister sur l'importance de ses délais de livraison ou je ne sais quelle autre futilité...
Je bondis de mon perchoir, et me reçois en faisant la roue. Il ne devait pas s'attendre à cette cabriole. Il me fixe d'un air ahuri. Je lui adresse un sourire. Je fouille dans ma bourse, sors deux pièce de 2 quals, les glisse dans sa main et chuchote à son oreille.

-Pour te remercier de t'être donner la peine d'être venu jusqu'ici me chercher

Je lui adresse un clin d'oeil et m'engage dans la foule vers la ville. Progresser est difficile mais avec un peu de chance les rues seront plus dégagées que les quais. Malheureusement pour moi, ça ne se passe pas comme ce que j'espérais. Quel monde! Même le soir, la ville portuaire reste très animée. Des commerçants et leurs employés ramènent leurs marchandises fraîchement reçues dans leurs entrepôts, quelques marins errent en quête de divertissement, des citadins sortent profiter des dernières heures de la journées...
Je suis prise dans cette fourmilière humaine, Je progresse dans ce dédale en zigzagant, esquivant les gens du mieux que je peux. Au fur et à mesure que je descend vers les quartiers pauvres, les rue s'éclaircissent. J'arrive finalement au dépôt de la compagnie. Un marchand bedonnant m'y attend. Il arbore son habituel regard mécontent et hautain. Il pousse un soupir exaspéré en me voyant arriver. Sans même me laisser le temps de dire quoique ce soit, il commence son petit numéro :
-Enfin vous voilà Yllianna. Je ne sais pas si vous imaginez seulement à quel point j'ai du travail qui m'attend! Si vous pouviez, la prochaine fois, daigner à venir de suite quand je vous fais chercher plutôt que d’apparaître ainsi comme une fleur trois heures plus tard, vous m'éviteriez de sacrées pertes de temps!

--Excuse-moi Dann, j'étais sur les quais quand tu as envoyé ce gamin me chercher! C'est pas aussi simple que ça d'y circuler avec la cohue qu'il y a.

-Bien sur... Vous expliquerez ça à mon rendez-vous auquel je me présenterai en retard par votre faute! Mais passons... Ces imbéciles des îles ne m'ont livré que la moitié des métaux que je leur ai commandé! Je ne peux pas envoyer la caravane à moitié vide! Avec ces histoires, nous ne livrerons jamais Avalon dans les temps. Quelle misère que je doive travailler avec ces incompétents. Enfin, je voulais donc vous dire que vous avez quartier libre jusqu'à ce que j'en sache plus. Avec un peu de chance, nous aurons le reste d'ici trois jours. Voyez si vous trouvez un itinéraire alternatif qui nous permettrait de combler ce retard. Je ne vous retiens pas plus, je suis déjà en retard.... Nous nous verrons demain.
Sur ces mots, il s'en va. Je n'ai aucune envie de prolonger la conversation. Si je réponds, il va repartir dans ses monologues. Je le salue d'un geste vague et m'en retourne vers les rues, en direction de l'auberge où je loge. Le ciel semble bien menaçant, il vaudrait mieux que je ne tarde pas. Je m'élance d'un pas rapide.
Manque de chance, ça ne suffit pas : au bout d'une dizaine de minutes, il se met déjà à pleuvoir... Etant à une demi-heure de marche de l'auberge, s'abriter semble une meilleure idée. Je jette un bref coup d’œil autour de moi ... Il y a qu'une taverne. Il s'en dégage une désagréable odeur de transpiration et de renfermé mais c'est toujours mieux que la pluie glaciale, qui d'ailleurs semble s'intensifier. J'entre...
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Sigifrid. H. Génévil
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MessageSujet: Re: Au hasard d'une bière... [Sigifrid. H. Génévil]   Dim 19 Juin 2016 - 10:15

Des fois, If se disait qu'il aurait pu essayer d'entrer chez ces scribouillards de Cartographes. Au moins il aurait été payé pour vagabonder. C'est au moment où cette pensée lui traverse l'esprit qu'il baisse les yeux sur ses doigts, épais, aux articulations noueuses, sales, et surtout tremblants, et que la gueule qu'auraient eu ces cartes n'auraient pas été très probantes. Bon, au moins, elles lui auraient ressemblé.

C'est à dire à rien.

Lui-même l'admet. Il ne va donc pas reprocher au chef des portefaix de le regarder d'un air dubitatif. Il ne le reproche jamais à ceux qui peuvent lui filer du boulot. Il ne cache pas non plus le fait qu'il ne travaille que pour aller s'acheter de quoi boire. D'où rejoindre les Cartographes. Dessiner sur un bout de parchemin est moins épuisant que de porter des caisses ou de nouer des cordes. Lui qui n'a jamais été marin a bien dû apprendre, mais à bien y réfléchir, mieux vaut faire un nœud marin plutôt que de prendre un bout de charbon et de barbouiller des contours malhabiles sur du papier.

« Ecoute... J'te fais pas confiance pour les caisses. T'as pas l'air bien gros, et en plus tu trembles. Mais j'suis pas du genre à laisser un pauv' diable comme toi comme ça. T'es prêt à bosser et pas à mendier, c'est d'jà ça. Bon, à Quetaïn, si tu laisses traîner tes oreilles, et qu't'as des trucs à raconter, va au Temple du Soleil et d'la Lune, m'dame Al-Vyr te donn'ra un r'pas. Sinon... Y a un mec qu'avait des soucis avec ses ch'vaux, les seller, tout ça. T'as dit qu'tu sais t'occuper d'chevaux, hein ? Il est juste à côté. »

Sigifrid incline la tête. Un repas ? Pourquoi pas. Mais il n'est pas du genre à donner dans les merderies d'intrigues de Quetaïn. Même sans Al-Vyr, cette ville était un nid à vipères, et il n'aurait aimé se frotter à un Seigneur-Marchand pour rien au monde. Il garde la proposition en tête, car mieux vaut ça que de mourir de faim. Mais quitte à choisir entre deux travaux, autant prendre celui qui lui paraît le plus honnête. On est pas chez les enculeurs de mouche ici, et les elferies du genre écouter aux portes, très peu pour lui.

Il va donc traîner ses vieilles bottes dans un hangar qui se trouve effectivement juste à côté. Le chef des portefaix l'accompagne pour l'appuyer, geste qui a le don d'agacer la Picole. Comme si c'était un gamin qui avait besoin d'être pris par la main. Il croyait quoi, là, le marin, qu'il était capable de se perdre, ou de dégoter le boulot ? Merci, mais si quelqu'un devait torcher le cul de l'autre, ici, c'était plutôt Sigifrid. Maudit gamin...

L'ivrogne peut bien maugréer tout seul dans son coin, au final, c'est bien la présence du portefaix qui lui obtient le travail. A la journée, payé une misère, mais c'est bien suffisant pour la piquette que peut se permettre If. Et de toute façon, un alcool digne de ce nom aurait été probablement gâché. On ne jette pas de perles aux cochons, après tout, et cela fait des années qu'Hilde a laissé tomber son orgueil pour embrasser à pleines lèvres l'addiction à l'alcool. C'est plus simple de boire que de se poser des questions.

Toujours est-il que le travail, Sigifrid l'exécute rapidement. Une fois n'est pas coutume, il n'a pas besoin de faire un effort pour apprendre ou se souvenir de comment faire les choses sans avoir les mains qui tremblent. Être né à Feïral et avoir grandi environné de chevaux, ça aide pour en prendre soin. Et c'est l'une des seules activités qui le calment. Une des seules activités où il peut évoquer Feïral sans avoir une pointe acérée qui lui troue l'estomac et lui fait revenir un goût de bile dans la bouche. Quoique.

Bien sûr, le mec qui l'a engagé le regarde d'un drôle d'air, maintenant, mais il s'en fiche. Il est en manque, et il veut son argent pour aller biberonner dans la plus proche taverne. Alors les merdeux qui ne savent pas s'occuper de canassons, et qui regardent le clochard du coin s'en occuper aussi bien qu'un palefrenier de l'Ordre, il s'en tamponne le coquillard.

« Tu r'viendras, demain ? »

Seul un grognement lui répond. Un grognement où on peut discerner une ou deux syllabes.

« P'têt. »

Il empoche les pièces et tourne le dos.

« Tu peux revenir, si tu veux. »

Pas de réponse de sa part. Il sait ce que ce genre de proposition peut sous-entendre. Un travail honnête, régulier, une paie misérable mais de quoi avoir un peu plus de dignité que ce qu'il a actuellement. Et puis après son employeur ira poser des questions, savoir où il a été, comment il a appris à s'occuper de chevaux et autre. Sauf que les questions, If ne peut y répondre sans passer par l'auto-apitoiement et l'amertume. Oh, pas qu'il n'aime pas. C'est un peu le même principe que de gratter une croûte. On ne peut pas s'en empêcher, même si ça fait mal, et même si ça empêche toute cicatrisation. Mais il n'aimerait pas que sa déchéance soit trop ébruitée. Il ne veut même pas songer à ce que pourrait penser son ancien entourage. Par exemple sa fille.

Il ne va pas très loin, pour prendre de quoi boire. A vrai dire, quelques pas. Il lève la tête, regarde le ciel et ses nuages menaçants. Gratte un bouton de puce qu'il a sous les poils de sa barbe. Là, il va pleuvoir, c'est certain. Heureusement qu'il a terminé le boulot à temps. Il plaint ceux qui doivent encore se coltiner du travail sur les quais. Pour un peu, il remercierait le portefaix qui a voulu lui moucher le nez. Pour un peu.

Il pousse la porte, paie une bière et se cale dans un coin tranquille de la taverne. Un endroit comme il les aime. Ça ne pose pas de question, ça sert sans rechigner. Et personne ne va jeter des regards de travers à l'ivrogne du coin, parce qu'il y en a trois autres comme lui. Plus un qui dort déjà sous la table.

S'il avait poussé la porte de cette taverne pour autre chose que d'aller boire, il aurait remercié la providence d'avoir été aussi inspiré : quelques minutes après son entrée, il se met à pleuvoir. Les premières gouttent claquent sur le pavé et la boue, et deux secondes plus tard, c'est toute une trombe de pluie qui s'éclate au sol. S'il y a bien une chose qu'il regrette, c'est que ce soir, quand on le virera enfin de sa place, il aura le cul mouillé.

Quoique. Il y a bien une autre chose qu'il se met à regretter, là, maintenant. C'est de voir la porte s'ouvrir sur une frimousse féminine, propre et détendue. Déjà qu'habituellement, les gonzesses ne vous apportent que des problèmes, en voir une débarquer avec un air avenant, et pire que ça, en souriant, ça n'augure rien de bon. Les regards lancés à la nouvelle venue, qu'ils soient intrigués, avides ou autres ne font que confirmer ses impressions. La gamine va foutre la merde.

Attends, sa démarche... Il rêve ou il vient de la voir limite sautiller ? On est pas dans un cabaret, merde, un peu de tenue, quoi ! Oh. C'est bon. Il a compris. Entre le sourire éclatant de simplet du village, et la pseudo-danse à la con, il a cerné la fillette. Encore une shootée aux herbes des guérisseurs, ça. Si c'est pas triste, une gamine aussi jeune, tomber dans des elferies.

Alors qu'elle passe près de sa table, il prend néanmoins l'attention de la prévenir.

« Arrête tes elferies, t'attire tous les r'gards et t'es pas taillée pour. Tire-toi d'ici. »

A peine un murmure, mais il est certain qu'elle a entendu. Pas que ça lui fasse plaisir, non. Mais ça le ferait bien chier qu'elle se fasse emmerder. Il se sentirait obligé d'intervenir. Et la protection d'un vieux poche, ça, pas sûr qu'elle le veuille.
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Yllianna Lunéa
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MessageSujet: Re: Au hasard d'une bière... [Sigifrid. H. Génévil]   Lun 20 Juin 2016 - 17:10

L'interieur de la taverne est moins glauque que ce que me laissait penser la façade. C'est un peu sombre mais ça semble plutôt calme, et c'est toujours mieux que cette pluie glaciale. Il doit y avoir en tout une vingtaine de clients plus le tavernier. À peine ai-je franchi la porte que tous se tournent et me fixent de leurs regards vitreux. J'ai beau être habituée à faire l'objet de la curiosité générale, ici ça me rend un peu mal à l'aise. Je m'efforce de ne rien laisser paraitre et conserve mon sourire. Je m'engage d'un pas léger en direction du comptoir. Alors que je passe à côté d'une table, un ivrogne me murmure d'un ton lourd:

-Arrête tes elferies, t'attire tous les r'gards et t'es pas taillée pour. Tire-toi d'ici.

Il est marrant lui. S'il croit que je suis entrée par plaisir dans cette gargote... Je ne relève pas sa mise en garde et continue mon chemin. Du coin de l'oeil, je repère un groupe qui joue aux cartes. Je paie une bière et m'en vais les rejoindre. Ils me laissent m'incruster dans leur partie. Derrière moi, je sens le regard noir de l'ivrogne. Je m'efforce le plus possible de l'ignorer, bien que ce ne soit pas simple. Heureusement, le rythme du jeu est assez entrainant et je finis par ne plus prêter attention à ce sombre alcoolique.

Cependant, après une petite demi-heure de jeu, un type se lève et viens poser sa main sur mon épaule. Je me retourne. Il est assez grand, trapu, crasseux et dégage une aura de violence très désagréable... À moins que ce ne soit son haleine de piquette. Il se penche vers moi et me braille dans les oreilles :

-Hé, toi! T'es un bien joli brin d'fille! Tu dois t'faire chier à jouer aux cartes avec ces nazes! Tu voudrais pas v'nir avec les copains?

Derrière lui, ses trois camarades me regardent en chien de faïence. Sur leur table, il y a une bonne dizaine de bouteilles vides. Ça sent mauvais... Je commence à comprendre pourquoi l'ivrogne m'avait conseillé de partir. Il observe d'ailleurs la scène depuis sa table, il semble près à se lever à tout instant. Il interviendrait? Impossible, saoul comme il a l'air de l'être, ce serait déjà beau qu'il fasse plus de deux pas... Je n'aurais pas dû laisser mes épées à l'auberge... Après, il me reste toujours mon pistolet caché dans mon dos. Face à quatre agresseurs, il ne me serait pas très utile mais je peux peut-être m'en servir pour les tenir à distance et me rapprocher de la sortie. Sauf que la sortie est de l'autre côté de la salle. Non, je vais d'abord essayer de refuser poliment. Avec un peu de chance je pourrais m'éclipser... Finalement, je commence à préférer la pluie. L'abruti  continue :
Rôôh! T'es une timide, toi! J'aime bien mais j'vais pas rester planté là des plombes! Aller viens!

Sur ces mots, il raffermit sa prise sur mon épaule et me tire en arrière. Par réflexe, Je lui lance ma bière à la figue. La boisson lui gicle au visage, la chope le heurte à la hauteur du nez. De surprise, il me lâche. Je bondis en arrière. Ses copains se redressent.
Petite garce! Tu vas voir!
Je suis à court d'option, je tente le bluff. Je sors le pistolet et le met en joue et siffle :
-Recule!

Tout le monde nous regarde... Ses copains se sont levés. Dans quel guêpier je me suis fourrée moi?
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Sigifrid. H. Génévil
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MessageSujet: Re: Au hasard d'une bière... [Sigifrid. H. Génévil]   Mar 21 Juin 2016 - 23:49

Elle l'ignore. Ses derniers restes de raison non alcoolisée s'en irritent. Non mais c'est pas vrai ! On prend la peine d'avertir la petite oie, et elle se permet de le snober ? If se renfrogne, et foudroie du regard la gamine. Eh bien tant pis pour elle. Il avale rageusement les dernières gouttes de sa bière et va se prendre une autre pinte. Puis une autre. Son regard noir toujours fixé sur le dos de la fillette. S'il lui arrive quelque chose, elle l'aura bien cherché, tiens !

Les jeunes, toujours ingrats, est-ce qu'ils étaient au courant de ce que tous leurs aînés avaient sacrifié pour eux, au juste, hein ? Est-ce qu'elle était au courant de tout ce que lui avait été forcé de laisser en arrière pour avoir proposé la paix ? Bien sûr que non ! Ingrate, ingrate... comme tous les autres. Insouciants. Feïral et Akeraï pouvaient bien se foutre sur la gueule, est-ce que ça les intéressaient, la misère des autres et les multiples morts dans un conflit qui s'embourbait depuis des siècles ? Ah non, c'est bien mieux d'aller dans des tavernes miteuses pour jouer à des cartes de merde avec d'autres merdeux. Pauvre petite niaise. Continue de fumer tes herbes, va.

Ses doigts se resserrent un peu plus fort sur la hanse de sa chope. Idiote, idiote. Bien fait pour elle. S'il avait pu, il aurait craché dans sa boisson. Tiens, la sienne est vide. Il s'en prend une autre. Et se met à rêver. De ces rêves teintés d'amertume. Tout le monde avait oublié. Quetaïn, principalement commerçante, n'avait jamais voulu mettre les pieds dans la fange entre Feïral et Akeraï, et bien lui en avait pris. Mais du reste, tout le monde était oublieux. Il pourrait leur montrer, pourtant... Il pourrait se relever... Imposer la paix. Pas celle de l'Ordre, pas celle de Feïral ou d'Akeraï... Une autre. Il leur montrera. Le Sacreguerre sera connu comme le... le... Sacrepaix ? Il glousse tout seul, dans son coin. Ridicule. Même lui s'en rend compte. Il a les mains les plus tachées de sang, là dedans. De boue. Mais surtout de sang d'une fillette à peine adolescente. Ses doigts se serrent d'autant plus sur sa chope. C'est lui, l'abruti. Bien sûr que la gamine de la taverne ne va pas s'en soucier. Bien sûr qu'elle n'a pas appris son histoire. Alors bien sûr qu'elle cherche les problèmes. Ça pimente la vie, après tout. Il n'ira pas le lui reprocher. Dans sa jeunesse, lui aussi...

Tout entier à ses délires d'alcoolique, il fixe sa chope, balbutiant on ne sait quoi. Encore une fois, il a perdu le compte des bières qu'il a bues. A moins qu'il n'y ait quelques bouteilles de vin dans le lot. Étonnant qu'on lui aie laissé en prendre autant alors qu'il n'a plus l'argent depuis un moment. Et puis vient enfin le moment qu'il a tant redouté : la gamine se fait emmerder par un bouffon. Un vieux bouseux alcoolisé qui se croit assez beau pour tapoter l'épaule des demoiselles. Même lui ne fait pas ça, et les dieux savent à quel point il en avalé, des litres de binouze. Il papillonne des yeux, cherchant à se défaire des rets de l'alcool. Pour une fois qu'il regrette d'avoir trop bu... Évidemment, les branlots qui jouaient avec la petite ne bougent pas d'un pouce. C'est bien qu'à Quetaïn qu'on peut voir ça, tiens, aucune tenue.

Le Jean-Maurice continue, alors du coup, If essaie de se relever. Lentement. Pour ne pas trop tanguer, et surtout pour essayer de voir à quel point il est alcoolisé. Au vu du trouble qu'il a à se concentrer, pas mal. Du coup, la seule chose qu'il entend, c'est un bruit mouillé et le son d'une chope qui tombe au sol. Il relève les yeux, le bouseux a l'air trempé, la fillette n'a plus de boisson, alors même s'il a du vin à la place du sang, il comprend vite de quoi il en retourne. Crétine. Et toi, bouge, foutredieu, bouge, corps aviné !

Sauf que les événements vont bien trop vite pour le pauvre poche, qui se retrouve une fois encore à devoir rester sur le côté et à observer ce qu'il se passe. Lui qui, des années plus tôt, aurait pu régler son compte au merdeux, dissuader ses amis, et en prime désarmer la fillette qui vient de sortir un pistolet. La bonne idée, quoi. Dans une taverne principalement construite en bois, suffit d'une étincelle pour foutre le feu. Si la poudre de l'arme n'a pas pris l'eau. Ça, If ne parie pas trop dessus. Le patron de l'auberge est sorti de derrière son comptoir, les paumes en l'air, dans l'espoir d'apaiser les tensions. Hilde sait qu'il n'y arrivera pas. Ces types ont trop l'alcool mauvais, les autres ont trop envie de se rincer l’œil sur une agression, un coup de feu qui part ou un bout de barbaque qui vole. Avec la pluie, impossible d'aller se distraire ailleurs, alors... Il sait reconnaître la tension de personnes qui ont envie d'en découdre. Et pour cause, il l'a humée pendant des années.

« Tout le monde se calme, il n'y a pas besoin d'en venir à d'telles extrémités, hein ? La d'moiselle va ranger son arme et tout l'monde va s'rasseoir gentiment, sans importuner quiconque. »

Un rictus retrousse les lèvres de Sigifrid. Si seulement les discours sensés pouvaient atteindre la caboche d'abrutis pareils, ça se saurait depuis un sacré bout de temps. Il espère sincèrement que le patron de la gargote a au moins avec lui de quoi se défendre. Une épée, par exemple, ou une arbalète, mais pas des mots. Les mots n'arrêtent pas les décérébrés. Un bon carreau dans l'estomac ou une lame dans la gorge, si. Sa main se porte à sa dague ébréchée, sous les replis de son manteau. Ça, ça n'arrêtera pas non plus le merdeux, mais ça peut peut-être le dissuader. Assez pour pouvoir attraper la petite et la foutre dehors vissa.

« Et puis quoi encore ?! C'te petite garce l'a bien cherché ! »

Là, If n'ira pas détromper le Jean-Maurice. Mais aller jusqu'à cogner à plusieurs, voire plus, une gamine qui voulait juste boire tranquille, là...

Il s'enfonce un doigt crasseux dans la bouche, jusqu'à atteindre la glotte, et titube jusqu'au type pour le bousculer et lui vomir sur les pieds. Une distraction qui ne manque pas de style, à défaut d'élégance, mais qui du moins se révèle efficace. La furie du merdeux se dirige vers Sigifrid et non pas la gamine. C'est bien. C'est mieux. If le poche peut se prendre des coups dans la figure, on peut le traîner dans la boue. Il l'a déjà enduré.

Le type le prend par le col et le soulève de quelques centimètres. La picole manque presque de perdre ses loques crasseuses. Les plus larges, s'entend. Ça ne l'embête pas. Parce que plus il est proche du merdeux, moins celui-ci se rendra compte de la supercherie. Parce que là, la pointe de la dague de l'ivrogne pique le ventre de son adversaire. Assez pour donner l'illusion d'une lame acérée. Si on savait qu'elle n'était bonne qu'à couper – très mal – les cheveux d'If le poche, ça... Toujours est-il que le type blêmit. Et Hilde sourit.

« Pos...se-moi au sol et laisse donc la d'moiselle sortir, et t...ta tripaille s'retrouv'ra pas p-par terre. »

Curieux que, pour tout ce qui a trait à un tempérament combatif, If est soudainement beaucoup plus lucide. Encore quelque chose à mâcher et remâcher avec aigreur, tiens.
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Yllianna Lunéa
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MessageSujet: Re: Au hasard d'une bière... [Sigifrid. H. Génévil]   Mer 22 Juin 2016 - 22:15

Ranger mon arme et se rasseoir? Mais qu'est-ce qu'il me raconte ce tavernier ? Il croit que c'est moi qui ai cherché les ennuis? Si je range mon pistolet, je suis finie. Je ne suis pas vraiment assez forte pour me battre avec quatre raclures et les autres clients de la tavernes se contentent de regarder. Certains semblent même tirer plaisir de ce spectacle... Aucune aide à attendre d'eux.
Non, ma seule option serait de ma rapprocher de la sortie et de garder ce type en joue, en espérant qu'aucun des spectateurs ne se prenne l'idée de m'en empêcher. Ah, pourquoi faut-il que ça me tombe dessus? Bon, pas le temps de se lamenter, il faut que je tente ma chance.

"-Et puis quoi encore? s'exclame mon agresseur au tavernier qui tente de calmer les choses.C'te petite garce l'a bien cherché!"

Bien sur, ça va être de ma faute maintenant ! Il ne s'attend pas à ce que je verse une larme aussi?! S'il avait été seul, je l'aurais déjà envoyé au tapis depuis longtemps!
Je remarque alors le poche de tout à l'heure s'approcher de nous en titubant. Il ne manquait plus que lui... Qu'est-ce qu'il compte faire dans son état? Vomir sur tout le monde?
Effectivement. Il bouscule l'autre salaud et lui repeint les chaussures. Euuh, j'avoue que je ne m'attendais pas vraiment à ce qu'il le fasse. C'est assez particulier comme intervention mais en tout cas, ça marche. Le type n'apprécie pas. Mais alors pas du tout! Il empoigne le vieil homme et le soulève de terre. J'ai bien envie d'aider le poche mais il m'offre là une chance de filer discrètement. Les chiens de garde le regarde tous. Mais comment ça va finir pour lui? Il n'a pas l'air bien costaud, ni en bonne forme... Il va se faire massacrer !
En fait, ça semble être le contraire. Le bonhomme qui jusque là vociférait et agressait quiconque passait à portée devient tout pâle. Le poche affiche un large sourire et dit :

-Pos...se-moi au sol et laisse donc la d'moiselle sortir, et t...ta tripaille s'retrouv'ra pas p-par terre.

Attends je rêve? Même saoul comme il l'est, il joue les chevaliers? Je me sens un peu honteuse là. Cet homme m'avait prévenue, je l'ai ignoré allègrement mais là, il vient quand même de me sortir d'un bon merdier... En fait, c'est surtout le seul qui a osé vraiment intervenir. Alors qu'il est probablement dans l'état le plus pitoyable de la taverne.
On le repose au sol. Le salaud se pousse, nous ouvrant ainsi la voie vers la sortie. Sans perdre une seconde, le poche me saisit le bras et m’entraîne dehors. Quelle poigne il a! J'ai l'impression d'être une enfant que son père tire par la main. Arrivés dehors, il place son visage bien en face du mien. C'est drôle, derrière son regard noir, j'ai comme l'impression de déceler une once de tendresse ou d'inquiétude... Ou alors c'est la bière qui est un  peu plus forte que ce que je croyais.

-Je t'avais prévenu, idiote! T'as d'la chance... Ça aurait pu bien plus mal finir! Aller, fous le camp!

Il a raison... S'il n'était pas  intervenu, je ne sais pas si j'aurais pu sortir indemne de cette taverne. Je dois bien pouvoir faire quelque chose pour lui. Je doute qu'il ne puisse retourner à sa table tranquillement.
-Euh, je... Je peux faire quelque chose pour vous remercier balbutiais-je.Je veux dire... Je suis désolée pour tout. Pour ne pas vous avoir écouter... Et pour tout le reste... Je peux faire quelque chose pour me faire pardonner?

Il hausse un sourcil. Evidemment qu'il n'a pas envie que je reste avec lui... Je ne suis qu'une gamine stupide à ses yeux. Pourquoi voudrait-il que je lui rende service alors que je n'ai fait que lui attirer des problèmes? Oh, à moins que...

-Je peux peut-être vous offrir quelque chose à boire si vous voulez... Enfin, pas ici. Mais il doit bien y avoir d'autres tavernes dans le coin, non?

Il soupire. Je crois que je l'exaspère. Et je crois qu'il a raison, je ferais mieux de me taire. J'en ai assez fait pour ce soir, il me semble. Il vaudrait peut-être mieux que je rentre. Je jette un oeil vers le ciel. La pluie tombe toujours. Bôf, je crois que je ne suis plus à ça près maintenant.... Quitte à avoir une soirée gâchée, autant que ça le soit jusqu'au bout, non?
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Sigifrid. H. Génévil
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MessageSujet: Re: Au hasard d'une bière... [Sigifrid. H. Génévil]   Ven 30 Déc 2016 - 23:55

Spoiler:
 


Le type le repose au sol. If le Poche dissimule, à temps, la lame esquintée de sa dague, pour n'en montrer que la poignée. Usée. Comme si elle avait beaucoup servi. En un sens, ce n'est pas faux ; mais elle a plus coupé de barbe et de cheveux que de gorges.

S'il a la vue qui se trouble et est sur le point de refaire passer dans l'autre sens une dose de vin aigre, il n'en montre rien. Il a toujours été doué pour paraître courageux, ou enragé, ou sans peur, Sigifrid. Les hommes suivent plus volontairement un chef qui paraît sûr de lui et qui n'est pas sur le point de rendre le contenu de son estomac – quand bien même c'est le cas. Quoi qu'il en soit, pour épater la galerie et faire croire à des merdeux qu'il peut tous les égorger et les balafrer, il peut encore assurer. Il ne se pose pas la question de savoir s'ils valent mieux que lui ou pas. Il connaît la réponse. S'il y a la moindre part de mérite ou d'honneur dans ce trou à rat, celle qui le sépare de toute la bande est très fine.

Avant que tout le monde ne se rende compte de la supercherie et surtout de son état instable, il attrape la petite par le coude et l’entraîne avec lui. Il sait que sa petite histoire ne tiendra pas éternellement. Le tremblement de ses doigts en dit long. Le tavernier ne pense même pas à lui demander ce qu'il lui doit. En même temps, il vient peut-être de lui éviter un cadavre ou une grosse traînée de sang à expliquer à la garde de Quetaïn. Et expliquer quelque chose à la garde, ça demande de l'argent. Ou une très bonne excuse. Les gens ont plus de l'argent que de très bonnes excuses.

Dehors, la pluie bat les pavés et aura tôt fait de les tremper. Ses sourcils broussailleux dégoulinent déjà. Au moins ça aura l'avantage de lui laver un peu les cheveux. Il n'a toujours pas lâché le bras de la gamine. Il plante son visage en face du sien, presque fulminant. Il aime se dire que c'est parce qu'elle a perturbé sa tranquillité d'ivrogne, qu'elle l'a arraché à une taverne chaude, douillette et puante et de ses verres de mauvaise bière. Pourtant, il y a un il ne sait quoi qui s'agite au fond de son estomac, et il ne s'agit pas d'une envie de vomir. Peut-être que s'il s'écoutait un peu plus, la Picole aurait décelé une part de l'ancien lui. Un Sigifrid Hildebrand Génévil prêt à aider une gamine qui avait besoin d'aide.

« Je t'avais prévenue, idiote ! T'as d'la chance... Ça aurait pu bien plus mal finir! Aller, fous le camp ! »

Il relâche enfin la môme et essuie son visage trempé. Au temps pour rester sec.

« Euh, je... Je peux faire quelque chose pour vous remercier. Je veux dire... Je suis désolée pour tout. Pour ne pas vous avoir écouter... Et pour tout le reste... Je peux faire quelque chose pour me faire pardonner? »

Hein ? Il hausse un sourcil dubitatif. Et merde, elle est encore plus défoncée à l'herbe elfique qu'il le croyait...

« Je peux peut-être vous offrir quelque chose à boire si vous voulez... Enfin, pas ici. Mais il doit bien y avoir d'autres tavernes dans le coin, non? »

Et ben putain... Sans tout à fait le maîtriser, il pousse un énorme soupir. Putain qu'il est fatigué. Les interactions sociales, ça fait un moment qu'il ne les supporte plus tout à fait, alors devoir parler et gérer une adepte des elferies... Elle regarde le ciel, comme si elle vient tout juste de remarquer la pluie. Il soupire encore une fois, et hausse les épaules.

« J'viens d'arriver, j'connais pas encore les tavernes. »

Il fronce soudainement les sourcils, lève un doigt vers la gamine, sans doute pour lui dire d'attendre, et se dirige vers un des murs de la taverne qu'ils viennent de quitter. Son estomac se contracte et renvoie les derniers restes de bile et de mauvais vin. Il crache sur les pavés. Il veut de quoi se rincer la bouche. Du vin, du vin, du vin...

« Viens, on va surtout s'trouver un coin sec. Manquerait plus qu'tu m'attrapes la crève. »

Enfin, elle, au pire, elle a de quoi se soigner. Lui, c'est un peu plus embêtant. Et personne n'ira s'arrêter pour soigner un clochard atteint d'une bronchite. Sauf peut-être un guérisseur. Il réfléchit un moment. Et le seul endroit qu'il connaît, et est sûr d'être sec, c'est l'espèce d'étable où il a scellé des chevaux plus tôt dans la journée. Bordel... Avec ça, il est sûr de devoir revenir bosser demain. Si le patron accepte qu'ils aillent dans l'écurie pour rester au sec. Il fait un signe de tête à la gamine.

« T'as pas peur des ch'vaux, au moins? »

Parce que sinon, là, il est à court d'idée, et il n'est pas vraiment en état de réfléchir plus avant. La pluie lui fait du bien, éclaircit ses pensées, mais il n'aime pas non plus avoir l'esprit trop clair... ça aide moins pour l'auto-apitoiement.
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Yllianna Lunéa
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MessageSujet: Re: Au hasard d'une bière... [Sigifrid. H. Génévil]   Dim 8 Jan 2017 - 1:17

Ce type sait faire autre chose que soupirer ? D'accord, à cause de moi, ses plans pour la soirée sont un peu tombés à l'eau mais justement ! J'essaie de me rattraper alors il pourrait y mettre du sien aussi !

-Viens, on va surtout s'trouver un coin sec. Manquerait plus qu'tu m'attrapes la crève. Après une brève pause, il demande : T'as pas peur des ch'vaux, au moins?

Tiens ? J'ai pensé à voix haute ? En tout cas on progresse. Quand il me demande si j'ai peur des chevaux, j'arrive tout juste à me retenir de rire. Un léger sourir apparait quand même sur mes lèvres. À Weranoï, si on a peur des chevaux, on ne va pas très loin... J'ai appris à monter dès que j'ai été assez grande pour passer les pieds dans les étriers et avant ça, je m'occupais déjà de les nourrir ou de les brosser. Je me contente de lancer d'un ton léger :

-Les chevaux ne me dérangent pas le moins du monde ! Je vous suis.

Il grogne en signe d'aquiescement et se met en route, je lui emboite le pas. Nous rasons les murs afin de nous protéger un minimum de la pluie. C'est un succès assez mitigé mais c'est déjà ça. Ceci dit, cette douche froide m'éclaircit un peu les idées. La bière que j'ai bue devait être un peu forte, j'avais les idées un peu embuées. J'en viens à me demander pourquoi je suis en train de suivre ce poche. Ce vieil homme à l'allure sombre un peu rabougri. Il m'attire peut-être dans un coupe-gorge ? C'est assez probable mais curieusement, j'ai l'impression qu'il est un peu plus qu'un simple ivrogne. Un simple ivrogne ne serait pas intervenu tout à l'heure pour commencer et ensuite, je ne sais pas vraiment pourquoi mais j'ai un bon pressentiment à son propos... ou alors c'est juste l'alcool ? J'ai toujours eu l'alcool joyeux. Bah, de toute façon, j'ai toujours mon pistolet et il le sait. Ca devrait suffire pour le dissuader de faire quelque chose de stupide.

Nous somme complètement trempés lorsque nous arrivons devant un grand hangar. Ca a l'air désert. Je crois entendre le bruit des sabots qui heurtent le sol venir de l'intérieur plongé dans le noir. Le poche s'arrête. C'est là qu'il voulait nous emmener ? Je ne suis par sure que ce soit une très bonne idée...

-Euuh, vous voulez vraiment qu'on aille là-dedans ? On risque de se faire jeter si on nous trouve, non ?

HRP:
 
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MessageSujet: Re: Au hasard d'une bière... [Sigifrid. H. Génévil]   Lun 9 Jan 2017 - 1:03

hrp:
 

Le visage de la gamine s'éclaire quand il mentionne des chevaux. Comme s'il vient de dire un truc drôle, ou comme si ça lui fait penser à un truc drôle. Bah... Tant mieux si ça la fait sourire. Peut-être qu'il a dit une blague qu'elle seule connaît et comprend. Trop d'elferies, quoi.

« Les chevaux ne me dérangent pas le moindre du monde ! Je vous suis. »

Il grommelle quelque chose d'inaudible et fait un signe de tête pour l'inviter à le suivre. Bordel, c'est pas possible, ça... Depuis quand les clochards donnaient asile aux plus nantis ? Une voix oserait lui murmurer que c'est parce qu'il a l'âme aussi héroïque que n'importe quel Chevalier de Feïral qu'il l'enverrait balader. L'héroïsme, il en a soupé. Il a bien vu aussi ce que ça donne, et il n'est pas fier des résultats de la chevalerie et des actes valeureux. Il rumine dans son coin, sentant à peine les gouttes de pluie sur son visage, sur ses vêtements trempés. Pour un peu, il en aurait craché sur les pavés. Mais sa bouche est sèche comme du parchemin. Autant ne pas gaspiller sa salive.

A boire, à boire, à boire...

Ils arrivent devant l'espèce d'écurie, sur le port. Il s'arrête juste devant. La gamine émet quelques doutes.

« Euuh, vous voulez vraiment qu'on aille là-dedans ? On risque de se faire jeter si on nous trouve, non ? »

Et comment peut-il la détromper ? Il a son idée là dessus, mais pour le moment, il hausse les épaules. Il s'approche des portes, s'arc-boute contre le battant de l'une et pousse. Il sent sa colonne vertébrale craquer et une douleur fulgurante traverse tout son dos. Il grogne et s'arrête quelques instants. Bordel. Si même son corps se met à le trahir... Au moins, la porte est ouverte. La gamine peut se glisser à l'intérieur.

Pour oublier ça ? Du vin, du vin, du vin...

Il sait où se trouve le patron. Il fouille dans ses poches, trouve les quelques pièces qu'il n'a pas dépensé à la taverne. Cinq quals. Une petite fortune, en somme. Il se tourne vers la gamine.

« Pour pas s'faire jeter, suffit de d'mander. Le patron crèche pas loin. J'vais l'voir. T'as quelques pièces sur toi pour l'convaincre si mes beaux yeux suffisent pas ? »

Les pièces cliquettent dans sa main. Sa main tremble un peu. Il gagne ça en une semaine, et elle lui donne comme si ça ne coûtait rien. Il se concentre. Ces pièces là sont pour convaincre le patron. Pas pour acheter à boire.

A boire ! A boire ! A BOIRE! A BOI-RE !

« Va donc t'mettre au sec, gamine, j'reviens. »

Oui, il peut revenir... Ou il peut partir, aussi. Il serait malhonnête envers lui-même – mais ce n'est pas comme s'il n'y était pas coutumier – s'il n'avouait pas que cette idée l'a traversé. Alors qu'il tourne le dos à la gamine et au bâtiment qui sert d'écurie, cette pensée ne part pas. Il soupèse les pièces dans sa main. Se tâte à effectivement partir... Il jette un coup d’œil à la môme. Qu'elle lui obéisse pas et se mette effectivement à l'abri ne lui importe pas beaucoup.

Qu'est ce qu'il doit à cette gamine, au fond ? Rien. Qu'est ce qui le retient de garder son argent, hein... ? La bonne conscience ? Pfouah ! Elle lui avait bien servi, tiens, sa conscience, près de vingt ans plus tôt ! Elle l'avait mis à genoux comme tous les autres.

Pourtant, ses pas le mènent à l'auberge où le propriétaire des chevaux dort. Il pousse la porte, est frappé par la chaleur d'un bon feu. C'est sûr, c'est pas une auberge qu'il peut se payer. Un type se rapproche vivement de lui. Le gérant, sans doute.

« Écoute, j'ai déjà donné tout le pain rassi qu'il y avait. Il n'y a rien pour toi. Tu peux partir. »

Un rictus tord le visage amaigri du poche. Ben tiens, ça faisait longtemps qu'on lui avait pas sorti le coup du pain rassi. Il secoue la tête. Tous les regards sont portés sur lui. Évidemment, quand on rentre dans une auberge de bourges...

«J'viens voir m'sire Iscarlt, pour ses ch'vaux. »

L'intéressé, en entendant son nom, relève la tête de son bol. Allons bon, messire est en train de manger. Iscarlt fait un signe au gérant, pour qu'il laisse passer If la Picole.

« Eh bien ?
- J'reviens demain. (La perspective ne lui plaisait pas vraiment...) J'pensais... Me mettre à l'abri auprès de vos ch'vaux, du coup. Pour les garder la nuit, du coup. »

Le type regarde l'ivrogne trempé de haut en bas. Intérieurement, Hilde grimace. C'est pas gagné.
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MessageSujet: Re: Au hasard d'une bière... [Sigifrid. H. Génévil]   Mar 17 Jan 2017 - 23:02

Pfff, il en met du temps, le vieux poche... Ça fait déjà un quart d'heure que j’attends à l'entrée du porche. La pluie ne s'arrête pas et il fait trop sombre pour que j'y vois quoi que ce soit à l'intérieur... C'est bien ma veine... En même temps, quelle idiote je fais. Avec l'argent que je lui ai donné, il est probablement loin maintenant, j'aurais du le suivre...

Je soupire et me laisse aller contre le mur. Je sens l'odeur du foin et des chevaux. Voilà au moins quelques chose de positif et d'apaisant. Avec l'agitation qui règne à toute heure dans cette ville, un peu de calme et un environnement familier sont deux choses plus qu'appréciable. Je sens également les effets de l'alcool se dissiper doucement. Entre le trajet sous la pluie et le calme, mes idées s'éclaircissent.

Les minutes passant, mes yeux s'habituent progressivement à l'obscurité. Je ne vois pas nettement mais j'arrive à distinguer quelques formes. Je devine des box dans le fond. Je suis à côté d'une grosse botte de foin. Le reste est un gros bazar d'outils divers, de selles et autres affaires destinées aux cavaliers et aux chevaux. Je m'approche d'un des box malgré qu'ils soient dans le noir quasi-complet. J'entends la respiration de la bête. Mais pas seulement. Il y a de légers ronflements tout ce qu'il y a de plus humain qui viennent du fond du box. J'hésite un peu quant à la façon dont je dois réagir. Devrais-je réveiller cette homme et le chasser ? Si le poche négocie avec le patron de l'endroit pour qu'on s'abrite ici et qu'on trouve tous les clochards de la ville, il risque d'avoir des ennuis. Mais en même temps, je ne peux pas chasser ce pauvre type qui voulait juste dormir au sec. Bah, je me détourne de l'homme. Je verrais avec l'intéressé quand il sera de retour.

En revenant vers l'entrée, je vois justement sa silhouette approcher d'un pas lourd et maladroit. Une fois qu'il arrive, je murmure en désignant le box dans le fond :

-Je crois qu'on va avoir un petit souci... avant d'ajouter d'un ton plus enthousiaste. -Que vous ont-ils dit au fait ?
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MessageSujet: Re: Au hasard d'une bière... [Sigifrid. H. Génévil]   Mar 14 Fév 2017 - 1:00

Où est ce qu'If le Poche a trouvé l'éloquence nécessaire pour convaincre son – futur – patron de le laisser dormir dans son écurie ? Plusieurs années en arrière, quand il devait faire des discours, ou plutôt gueuler, auprès des soldats pour leur donner du courage et tenter de leur faire oublier leur nœud aux tripes. Mais ça, il ne l'avouera jamais. Il préfère mettre ça sur le fait de vouloir dormir au sec, et surtout pouvoir retirer ses nippes trempées. La négociation est faite : Hilde la picole a désormais un toit au dessus de sa tête.

Il n'a même pas besoin d'utiliser l'argent qu'Yllianna lui a donné. Il tait la présence de la jeune femme. Pas besoin de ruiner ce qu'il a réussi à gagner. Il faudra pourtant qu'elle parte à la première heure. Il s'incline devant Iscarlt, le remercie bien bas. Ils aiment ça, les bonnes gens, quand on s’aplatit devant eux. Ça leur donne plus d'importance qu'ils en ont, quand bien même ils ne sont pas princes. En même temps, pour un clochard, n'importe qui est un prince. Ils valent mieux que lui. Bien sûr.

Bien sûr...

Quand il tourne les talons, il choure sans se faire repérer une bouteille encore pleine. Les derniers restes de conscience lui chuchoteraient de laisser au moins une pièce qu'il ne les écouterait pas. En parlant de pièce, tiens, il en glisse quelques unes dans une autre poche. Tant pis pour la gamine. Elle gagne bien sa vie, lui pas. Et il a besoin de boire. Pas elle. Elle a suffisamment d'argent pour se sniffer les herbes elfes, tant mieux pour elle. Quelques pièces en moins ne lui manqueront pas.

Il pousse la porte, et la pluie battante l’accueille. Ça, elle ne lui avait pas manqué. Il se traîne d'un pas lourd jusqu'au bâtiment. Il arrive à voir la gamine, qui l'attend. Curieux, tiens. Elle lui a fait confiance, tiens. Bizarrement, il se sent un peu merdeux de la voler, tiens. Il arrive enfin au sec et il s'ébroue.

« Je crois qu'on va avoir un petit souci... Que vous ont-ils dit au fait ? »

Hein, quoi ? Un petit soucis ? Il essuie son visage trempé et jette un coup d'oeil au fond. En voilà un qui n'a pas demandé la permission. Peu importe.

« Y m'laisse dormir ici la nuit, je reste sobre pour pas avoir l'sommeil trop profond, je garde les chevaux et je chasse les indésirables. »

Nouveau coup d'oeil au fond, puis sur la gamine.

«  Mais ce s'rait pas la première fois qu'j'désobéis. – ricanement amer – Alors tu m'diras, je m'en tamponne un peu le coquillard de ce qu'il dit, l'père Iscarlt. Pour ce que ça peut m'faire. Une autre promesse que j'tiens pas, après tout, au point où j'en suis... T'auras qu'à r'partir à la première heure avec l'autre. J'imagine que dormir dans une écurie ça doit pas être grand luxe pour toi, de toute façon. »

Il se traîne vers une botte de foin, avise une couverture inutilisée, puis commence à retirer ses loques trempées. Au temps pour la pudeur. Choper la crève pour épargner à une donzelle la vue de son corps amaigri et couturé de cicatrices, non merci. Un dernier reste de décence le pousse à garder le pantalon miteux qui lui sert de sous-vêtements. Il attrape une autre couverture non utilisée et l'envoie à la môme. Puis il s'enroule dans la sienne. Heureux d'avoir quelque chose de sec sur le dos.

« T'attrape pas la mort quand même. »

Il n'ose pas regarder si elle retire ses habits mouillés ou non. Il grommelle un vague « c'est bon ? » avant de se retourner, la bouteille qu'il a volée débouchée. Il lui tend. La galanterie des hommes de Feïral n'a pas été érodée au point de laisser une jeune femme boire au goulot après un ivrogne sale. Le mieux ç'aurait été un verre, mais tant pis. Il lui laisse la première gorgée.
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MessageSujet: Re: Au hasard d'une bière... [Sigifrid. H. Génévil]   Lun 20 Mar 2017 - 21:25

Bonne nouvelle : la grange nous est donc ouverte pour la nuit. Le poche semble s'être plutôt bien débrouillé avec son propriétaire. En même temps, la somme que je lui ai passé a du faire son effet. Le type ne devait pas s'attendre à ce qu'un homme de la rue lui sorte autant d'argent.
En tout cas, l'ivrogne ne semble pas faire grand cas du pauvre diable qui dort au fond de la grange. Au fond, j'en suis plutôt heureuse. Vu le temps qu'il fait dehors, ça aurait été dur de le jeter sous la pluie. D'autant qu'il ne fait de mal à personne...

-T'auras qu'à r'partir à la première heure avec l'autre. J'imagine que dormir dans une écurie ça doit pas être grand luxe pour toi, de toute façon. ajoute-t'il.

Haussant un sourcil, je préfère me retenir de rire. S'il savait le nombre de fois que je l'ai fait... Ça me rend un peu nostalgique de la période où j'étais une saltimbanque. De toute manière, à Weranoï, nous passons tellement de temps avec les chevaux qu'il a pu nous arriver de dormir avec. Même si nous autres, enfants faisions surtout la sieste dans le choral pour échapper aux corvées. Je me contente de hausser les épaules en répondant :

-J'ai dormi dans des écuries bien plus sales que celle-là bon nombre de fois. Allons, ne me prenez pas pour quelqu'un de la haute...

J'ajoute un petit clin d'œil. Mon interlocuteur s'éloigne alors en grommelant je-ne-sais-trop-quoi et disparait derrière une botte de foin. J'espère ne pas l'avoir contrarier. Pendant quelques instants, je jette des regards vers l'endroit où il est allé. Finalement, au bout de deux ou trois minutes, il ressort enroulé dans une couverture. Il en tient une autre dans sa main. Il me la tend en marmonnant.

-T'attrape pas la mort quand même.

Acceptant volontiers de quoi me réchauffer et quelque chose pour prendre la place de ma robe trempée sur mes épaules, je saisis l’édredon. Mon camarade se retourne pour me laisser me changer. Je souris légèrement. Que de manière pour un mendiant. Il doit venir d'un milieu plutôt aisé. Enfin, avant de chuter. En tout cas, sa délicatesse n'est peut-être pas nécessaire pour le coup. Si ma robe a reçu, ma chemise en ma jupe en dessous sont encore assez épargnée. L'humidité de la robe a mouillée ma chemise au niveau du dos et des épaules mais bien emmitouflé, ça devrait aller et je ne tiens pas à autant me déshabiller... Délestée du poids du vêtement imbibé d'eau, je me sens soudain bien légère. Je dépose la robe sur une caisse non loin et m'enroule dans la couverture. Cette dernière a une odeur bien prononcée de cheval mais c'est toujours mieux que d'avoir froid. Derrière, l'homme demande s'il peut se retourner. Je l'assure qu'il peut. Il révèle alors une bouteille d'alcool. Encore une... Je me demande d'où elle sort celle-là ? Il me la tend avec galanterie.
D'un geste mal assuré, j'apporte le goulot à mes lèvres. Vu le calibre de mon hôte de la soirée, je m'attends davantage à du bon gros rouge-qui-tâche qu'à un millésime mais au moins par politesse, je me force à prendre une gorgée. Après tout, la bière de tout à l'heure n'était pas fameuse non plus donc à ce stade...
Pourtant, lorsque j'avale à reculons une timide gorgée, je ne peux contenir une légère exclamation de surprise. C'est bien meilleur que ce à quoi je m'attendais. Ce vin est... plutôt commun en fait mais il n'est pas mauvais. Le genre qu'on vous servirait dans une auberge digne de ce nom. Je jette un regard presque impressionné au vieil homme. Intérieurement, je me demande si une partie de mes pièces ne sont pas allées dans cette bouteille. Quelque chose me dit que je ne veux pas vraiment le savoir en fait. Je bois donc une nouvelle gorgée de vin avant de rendre la bouteille à son propriétaire. D'un mouvement sec qui trahit une certaine impatience de ce moment, il la porte à ses lèvre et l'incline de façon à faire rapidement couler  la boisson dans sa bouche.

En m'adossant à une botte de paille, je soupire :

-On peut dire que vous avez bon goût pour le vin... Comment vous appelez-vous au fait ?

Peut-être est-ce le reste de l'alcool de la bière où tout simplement que je n'ai pas envie de me prendre la tête avec des questions que je n'ose pas posé mais après quelques secondes de pause, je demande finalement :

-Vous n'êtes pas issu du bas peuple, pas vrai ? Voyant son regard lourd se reporter sur moi, j'explique tranquillement : Un simple poivrot ne serait pas intervenu dans l'auberge, il ne se serait pas fatigué à ramener une si bonne bouteille pour la partager... Et il ne m'aurait pas laissé boire la première.

On dirait que j'ai touché une corde sensible. Le regard de mon camarade se fait soudainement plus lointain, l'espace d'une seconde. J'espère ne pas le froisser. Même s'il est peu probable que je le revois après demain matin...

HRP:
 
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MessageSujet: Re: Au hasard d'une bière... [Sigifrid. H. Génévil]   Sam 1 Avr 2017 - 17:30

hrp:
 

Pendant un moment, il se demande s'il a bien fait de laisser à la gamine la première gorgée. Juste de voir le liquide à travers la bouteille verte glisser vers sa bouche lui donne soif. Peut-être que pendant un instant, son regard s'est fait un peu fixe.

A boire, à boire, à boiiiiiire !

Il cherche à ignorer cette voix qui chantonne, mais ce n'est pas facile. Quand la môme lui rend la bouteille, sa main tremble de fébrilité. Il porte le goulot à ses lèvres avec l'avidité du nourrisson pour le sein de sa mère. C'est ainsi qu'il se rend compte que le vin est loin d'être aussi mauvais que la piquette qu'il s'achète habituellement. Peut-être que ça lui brûlera moins l'estomac. Allez savoir. Il devrait prendre cette manie d'aller piquer des bouteilles dans les tavernes un peu plus chic. M'ouais... Et se retrouver aussi sec chez les gardes.

« On peut dire que vous avez bon goût pour le vin... Comment vous appelez-vous au fait ?  »

Aïe. Ça, il le sent et il le sait, c'est le début des questions. Peut-être pas si shootée que ça aux herbes elfiques, finalement, la gamine. Il reprend une gorgée de vin avant de grommeler :

« On m'appelle If. Quand j'traîne trop dans une ville, on m'surnomme la Picole ou le Pochard. J'te laisse deviner pourquoi. Et toi ? J'vais pas t'appeler éternellement gamine. »

Quand elle lui répond, il marmonne un « c'est joli ». Pas qu'il le pense vraiment. La sonorité est plutôt plaisante, mais ça fait un peu trop entortillé du cul pour lui, comme ces prénoms bizarres de Quetaïn ou de Sipheaï, tiens. Sûr que si on lui posait vraiment la question, il répondrait qu'il n'y a que les prénoms de Feïral de potables. Est-ce que tu es bien sûr, mon petit Sigifrid Hildebrand, que tes propres prénoms ne sont pas entortillés du cul, aussi ? Heureusement qu'on ne te pose pas la question.

« -Vous n'êtes pas issu du bas peuple, pas vrai ? Un simple poivrot ne serait pas intervenu dans l'auberge, il ne se serait pas fatigué à ramener une si bonne bouteille pour la partager... Et il ne m'aurait pas laissé boire la première. »

Là, il se sent devenir un peu vaseux. Ce n'est pas vraiment la faute de l'alcool. Quoique. Son ventre a des remontées acides, et pour les faire passer, il avale une longue gorgée de vin, avant de tendre, un peu à regret, la bouteille à la môme. Elle vient de poser une colle à son côté masochiste. D'un côté, on lui offre le moyen parfait de gratter cette croûte purulente que représente sa déchéance, exposer en détail combien on l'avait trahi parce qu'il avait osé s'élever contre un système décadent. De l'autre, raconter son histoire ébruiterait certainement que la Lame Bénie des Dieux est tombée terriblement bas. Encore plus bas que ce qu'on sait, j'entends.

Écorcher encore plus son image n'est pas quelque chose qui le fait rêver. Laisser aux gamins des rêves de gloire et d'honneur avec le Sacreguerre, il aime bien. Leur raconter la suite de l'histoire et qu'il n'est devenu qu'un clochard comme un autre... M'ouais. Pas sûr que ça rajoute des étoiles dans les yeux des brailleurs. Et s'ils ont bien besoin de quelque chose, avec toute la merde qu'il leur tombe et leur tombera sur le dos, c'est de rêver. S'il y a bien un héritage dont il soit fier, c'est de celui-là. Bon, ça encense la guerre et l'héroïsme mal placé, mais c'est toujours mieux que rien.

« ... ça changerait quoi si c'était vrai ? J'aurais d'nouveau mon statut et mes honneurs ? On me jetterait des pétales de rose plutôt que d'la boue et des insultes à la figure ? (Un ricanement amer le secoue) Te fatigue pas à essayer d'deviner qui j'étais. C'type là est mort, de toute façon. Même quand j'étais pas à la rue on m'a traité comme un chien. Personne aimerait m'voir revenir. »

Sauf peut-être tous ces gamins bercés par les histoires sur le grand Sigifrid Génévil. Une brusque bouffée de colère le prend. Contre lui. Il se lève et va fouiller dans ses affaires. Prend le reste de l'argent de la gamine, ainsi que la partie qu'il avait prévu de prélever. Il lui rend les pièces avec un geste d'humeur, tout en grattant ses piqûres de puce.

« J'pensais d'te piquer une partie d'tes sous. La bouteille, j'l'ai volée. Pas si éduqué qu'ça, hein ? »

Le ton est devenu mordant. Mais il s'arrête. Il sait que s'il continue, il va enchaîner. Il ramène la couverture un peu plus sur ses épaules, centré de nouveau sur lui-même et sa propre histoire. Lààà, on gratte bien la croûte, on fait ressortir le pus. Peut-être que son aveu va jeter un froid, et qu'elle va partir. Tant mieux, tiens.

Cette gamine, ma chaîne s'est enroulée entour d'un cou si petit que j'aurais pu en faire le tour avec une seule main, et je lui ai fracassé le crâne. Ces mômes, je les ai convaincus d'aller à la mort pour un conflit qui ne les concernait même pas. Les Princes, j'pense avoir trahi leur amitié avec mes conneries. Ma fille, je l'ai laissée tomber pour aller tuer des gens. Tous ces orphelins que les guerres entre Feïral et Akeraï ont provoqué, je leur ai même pas jeté un coup d’œil. Sauf peut-être aux veuves éplorées à « consoler ». Elle est belle la galanterie, avoue ? Pas étonnant qu'ils se soient tous barrés.

Un silence gênant – pour lui – s'installe. Il se racle la gorge.

« Tu viens d'où, toi? »

Peut-être qu'elle n'est pas vexée qu'il ait cherché à la détrousser. Peut-être qu'elle va lui répondre, et éviter de penser à ce qu'il vient de dire... et oublier ainsi le sujet de l'histoire d'Hilde la Picole. M'ouais. On y croit, If. On y croit.
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Yllianna Lunéa
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MessageSujet: Re: Au hasard d'une bière... [Sigifrid. H. Génévil]   Mer 12 Avr 2017 - 22:34

Visiblement, ma question a irrité If. Son ton se fait soudain acéré quand il me répond. De ce que je comprend, il a effectivement été quelqu'un d'important ou du moins de bien bien aisé. Ça explique l'amertume que je sens dans sa voix. Comme le dit le proverbe : " Plus on s'élève et plus dure sera la chute".
Dans sa saute d'humeur, il va à sa veste et en revenant, jette une poignée de pièces devant moi. Celles que je lui avais confiées plus tôt. Il avoue avoir prévu de les garder pour lui à la base. Dans un premier temps, je me félicite intérieurement d'avoir deviné les intentions du poche ! Haha ! Il faut croire qu'il faudra plus de deux ou trois chopes pour émousser mon instinct !
Un petit sursaut de lucidité me fait alors prendre conscience du ridicule de ma réaction. Au lieu de m'indigner du fait qu'il ait essayé de me voler ou de me traiter d'idiote de ne pas l'avoir suivi et de l'avoir cru, je suis en train de me jeter des fleurs comme une gamine. Par dépit, je ramène le goulot de la bouteille à mes lèvres. De toute manière, je n'ai plus vraiment les idées claires ce soir. Autant se faire plaisir... Enfin, pas trop quand même. Je préfère éviter d'aller jusqu'au trou noir dans une situation telle que celle-ci.

Quelques secondes passent durant lesquelles je fais tourner le vin dans ma bouche avant d'avaler la gorgée, savourant un peu la boisson quand le poche me demande :

-Tu viens d'où, toi ?

-De Weranoï, d'une tribu pas loin de la forêt d'Enetari et la mer de l'Ouest. M'enfin,  il y étaient quand je les ai quitté... il y a onze ans.

Un soupir m'échappe. Sujet délicat aussi. Enfin, certainement moins que pour lui. Mais d'un côté, c'est vrai qu'après ma fugue, je doute pouvoir un jour revenir vers ma tribu... De toute façon, qu'est-ce que je retournerais faire là-bas ? J'ai fui le destin qui m'attendait au sein du clan, y retourner serait cracher sur tout ce que j'ai fait depuis ces onze dernières années... et j'ose à peine imaginer à quoi ressembleront les retrouvailles : Bonjour tout le monde ! Désolé d'avoir fugué en volant un cheval et de ne pas avoir donné signe de vie pendant onze ans ! Mais rassurez-vous, j'ai bien pensé à vous pendant que j'arpentais les routes de Quetain avec une troupe de saltimbanques !
Je secoue la tête pour chasser ces idées. Ça ne sert à rien de ressasser le passé... surtout que ce n'est pas le genre de situation qui risque d'évoluer de si peu... Je ravale ces sombres pensées avec une nouvelle gorgée de vin avant de tendre la bouteille à mon compagnon de soirée. Alors qu'un mince filet de lumière éclaire le verre, je prends conscience d'à quel point le niveau de la bouteille à descendu...  Le poche doit l'avoir remarqué aussi en la saisissant. On ne va plus aller bien loin avec ça.

Mon attention revient sur les pièces toujours devant moi. Il doit bien y en avoir pour cinq ou six quals. Largement de quoi se payer une autre bouteille comme celle-là. Du bout des doigts, je saisis les pièces une à une avant de lancer à If  en faisait tinter les pièces dans le creux de ma main :  

-Vous vous sentez d'attaque pour prendre un peu d'air ?

Même si l'idée de retourner sous la pluie n'est pas franchement agréable, celle de finir la bouteille avec de pareilles idées dans la tête l'est encore moins. Peut-être la prochaine bouteille aura-t'elle raison de l'amertume contagieuse du poche...
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MessageSujet: Re: Au hasard d'une bière... [Sigifrid. H. Génévil]   Sam 13 Mai 2017 - 1:54

hrp:
 

On ne sait dire de quoi il est le plus étonné. Que la gamine – pardon, Yllianna – soit restée, qu'elle ne s'énerve pas, ou qu'elle prenne le temps de lui répondre. Il gratte sa barbe d'un air songeur. Au fond, qu'est ce qu'il en a à faire ? C'est ses oignons, à la môme. Peut-être qu'elle t'a plus percé à jour que tu ne le penses, aussi, If. Tu devrais te méfier. Les gens qui te pardonnent, ce sont ceux qui te font le plus mal.

Ou peut-être qu'elle est juste grise, aussi. Maintenant qu'il y pense, ils se sont lichetrogné une bouteille à deux, et elle n'a certainement pas la même résistance ou accoutumance que lui à l'alcool. Il résiste à l'envie de lui poser des questions. Weranoï, c'est loin. Qu'est ce qu'elle fiche ici, la gamine ? Et puis elle ne lui semble pas bien vieille, alors s'il retire onze ans, c'est qu'elle est partie encore plus môme que ce qu'elle est maintenant. Merde alors, qu'est ce qui peut bien pousser une gamine à se tirer de chez elle ?

Il aimerait bien le savoir, mais voilà : il l'a rembarrée aussi sec quand elle a voulu en savoir plus sur lui. Alors s'interroger sur la vie de quelqu'un quand on veut pas soi-même en dégoiser une, hein, merci bien mais on va s'arrêter là. C'est bien joli de vouloir aider les demoiselles, If, à jouer les chevaliers blancs, mais d'une, pour ça, il faut avoir une armure et la même prestance que ce plastronneur de Philip Sartin, de deux, t'es plus un gros con qu'un saint.

Ne te vexe pas, tu sais que j'ai raison.

Il avale une gorgée. Peut-être pour s'aider à tenir sa langue. Vu ce qu'il reste, il lampe les dernières gouttes cul sec. Avec la pluie qui bat toujours les pavés dehors, voilà une autre raison de déprimer. Plus de vin. Au moins la bouteille qu'il a partagé avec Yllianna a eu le mérite de faire cesser pour un temps le tremblement de ses doigts. Elle fait cliqueter les pièces entre ses doigts. Pas possibles, ces gamins, toujours à devoir tripatouiller quelque chose. Il s'apprête à la tancer sur le fait que les pièces vont dans une poche et qu'elle devrait arrêter de jouer les excitées enfumés à l'herbe elfique, mais elle ouvre la bouche – heureusement – avant lui :

-Vous vous sentez d'attaque pour prendre un peu d'air ?

La Picole la regarde, un peu interdit. Il a beau prétendre le contraire, il n'a jamais été un idiot, et après avoir évolué dans la politique de Feïral, il sait comprendre un sous-entendu. Un curieux mouvement agite sa barbe. Un soubresaut de sourire, qui disparaît aussi vite qu'il est arrivé.

« Fais gaffe, c'comme ça qu'j'ai commencé à picoler. »

Mais il n'a pas un geste pour l'arrêter ou refuser. Au contraire, il se lève.

« Laisse moi juste remettre mes fringues. »

Qui, au vu du temps passé ici et de l'averse, doivent être encore bien mouillées, mais s'il doit revenir passer la nuit ici, hors de question de tremper sa couverture. Sûr que des vêtements plus épais, ça lui servirait bien, mais c'est économiser pour en acheter ou boire. Il faut définir ses priorités dans la vie, et If a choisi depuis longtemps.

Il jette un coup d’œil au type endormi au fond de la grange. Une moitié de lui pense que ce type là a bien raison, à garder sa couenne au chaud. L'autre moitié, je vous le donne en mille, hurle des à boire, à boire, à boire.

« Tu penses aller où? »

Pour une fois, lui, l'ancien meneur d'homme et solitaire obstiné, va suivre les indications et les envies d'une jeune fille. Il lâche un peu prise, et croyez-moi ce n'en est pas plus mal.
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Yllianna Lunéa
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MessageSujet: Re: Au hasard d'une bière... [Sigifrid. H. Génévil]   Lun 12 Juin 2017 - 21:09

Pendant quelques secondes, le poche me fixe d'un air un peu abasourdi comme si je venais de lui annoncer que j'allais tuer quelqu'un... Et moi qui pensait qu'il accepterait immédiatement. Mince, je me laisse peut-être un peu trop aller à l'euphorie du moment ? Si un alcoolique habitué est surpris par ma cadence...
Mes doutes s'apaisent lorsque je vois un mouvement furtif dans sa barbe qui pourrait être interprété comme un léger rictus ou une moue. Ça se passe trop vite et il fait trop sombre pour que je saisisse bien ce dont il s'agissait. J'opte cependant plus pour le sourire car il finit par déclarer :

-Fais gaffe, c'comme ça qu'j'ai commencé à picoler. Il marque une courte pause après sa mise en garde avant d'ajouter en se relevant : Laisse moi juste remettre mes fringues.

Je ne peux m'empêche de sourire. Pendant un instant, j'ai vraiment cru qu'il allait essayer de me dissuader d'aller chercher de quoi nous recharger en bouteilles. Au fond, j'ai bien conscience que ce n'est pas vraiment raisonnable mais bon, on est déjà lancés alors...

-Je vais en faire de même... j'espère que ma robe aura eu le temps de s'égoutter un peu...

Je n'y crois pas une seconde et effectivement, je grimace lorsque que je saisis le vêtement et que je vois une multitude de gouttelettes en tomber. Je la laisserais bien là pour sortir avec la couverture mais je préfère garder cette dernière au chaud pour notre retour ici. Avec un soupir, j'enfile donc le vêtement trempé. Par chance, l'intérieur n'est pas aussi mouillé que les apparences le laissaient penser. Ah, l'avantage de la bonne laine bien épaisse...

Une fois prête à sortir, je rejoins mon camarade qui a lui aussi finit de se rhabiller. D'un pas léger qui aurait pu être sautillant si je n'avais pas senti mon équilibre faiblir.

Tu penses aller où?

Sa question m'arrête net dans mon élan. Je n'avais pas pensé à ça. Il y a peu de chance qu'on nous accueille à bras ouverts dans la taverne où nous nous trouvions tout à l'heure et vu qu'il s'agit d'une des premières fois où je mets les pieds dans ce port, je ne connais pas vraiment l'emplacement des tavernes. Il faudra que je fasse plus attention à ce genre de détails à l'avenir... Prenant une pause méditative, j'essaie de me rappeler de mon trajet de cet après-midi. Je me trouvais dans le port avant de venir dans ces quartiers. Vu la légendaire descente des marins, il devait y avoir autant de tavernes que d'étoiles dans le ciel à proximité des quais. J'en ai bien croisé une ou deux sur mon trajet, non ?

À travers mes souvenirs embrumés de quais, de rues serpentantes et de foules, j'arrive à me rappeler vaguement un troquet que des marins avaient envahis. C'est à une bonne demi-heure de marche si on ne traine pas. Enfin, ça devrait... Je ne me souviens plus exactement du trajet pour revenir vers les quais. Bah, j'ai le sens de l'orientation de toute manière, ça ira !
M'approchant de l'entrée de l'entrepôt, je désigne la direction qui me semble être la plus juste :

-Par là ! Vous verrez ! Dans vingt minutes, on sera au chaud devant une bonne bière !

Je ne prends pas le temps de regarder sa réaction, qui doit ressembler à une moue dépitée et de vagues marmonnements disant qu'il vaut mieux ne pas faire tant de manière. En même temps, je n'y peux rien si j'ai quelques anciens réflexes de ma vie de saltimbanque qui me reviennent de temps à autre... Il y a 9 ans d'habitude derrière après tout !
Notre objectif établi, nous quittons la grange pour nous ré aventurer sous la pluie qui évidemment, ne s'est pas calmée depuis tout à l'heure... Rasant les murs, nous avançons presque au pas de course pour échapper le plus vite possible à la pluie. D'un côté, ça m'arrange ! J'ai dit vingt minutes pour ne pas décourager mon compagnon de soirée mais je doutais fort qu'il soit possible d'atteindre notre endroit en si peu de temps à la marche. Là, ça devrait le faire ! Enfin, à condition que je ne me trompe pas dans l'itinéraire...
En théorie, ça devrait aller car nous arrivons à un croisement qui m'est familier. L'échoppe de tailleur m'avait tapé dans l'œil quand je suis passé cet après-midi ! Par contre, je ne me souviens plus de quel ruelle j'étais arrivée. Mon regard alterne entre une la suite de la rue qui part légèrement sur la gauche ou une petite ouverture entre deux maisons sur la droite... Il faut dire que de nuit et sans l'ambiance, les lieux changent quand même sensiblement.
Je jette un regard en arrière pour m'assurer que mon compagnon me suit toujours bien. J'avoue qu'il me surprend ! Bien que je ne cours pas au maximum de ma vitesse, je suis loin de trainer... et bien que ça fasse plus de cinq minutes qu'on tienne ce rythme, il n'est qu'à peine distancé. Qui qu'il eut été, ce ne devait pas être le genre de noble grassouillet à passer ses journées dans un palais. Enfin, une vie dans la rue peut-être suffisamment éprouvante pour transformer n'importe quel homme en un survivant du quotidien endurci...
Ne tenant pas à laisser voir mes doutes plus longtemps, ce qui pourrait amener le poche à se poser des questions. C'est vrai que je ne suis pas très à l'aise pour nous amener à bon port mais je reste une guide, merde ! Ce ne sont pas quelques quartiers dans lesquels je n'ai pas souvent été qui auront raison de moi ! D'un pas décidé, je reprends la route. Nous continuerons de longer la rue ! D'ailleurs, un rapide coup d'œil dans la ruelle lorsque nous passons devant me permets d’entrapercevoir deux silhouettes sombres. Bah, à l'évidence mon intuition est plutôt bonne ce soir, je vais lui faire confiance...
Au bout d'un bon quart d'heure, nous arrivons devant une taverne d'où proviennent des chants de navires et de trésors poussés par une bonne douzaine de voix. Lasse d'être sous la pluie, je me retourne pour adresser un franc sourire à mon camarade d'infortune.  

-Et voilà notre nouvel abri ! Je crois qu'on l'aura bien mérité notre bouteille !

Je suis cependant un peu gênée. Car cette taverne n'était pas du tout celle à laquelle je pensais... Je me demande à quel croisement je me suis trompée... Peut-être que c'était la ruelle qu'il fallait prendre au premier croisement en fin de conte. Ou tourner à gauche à l'angle de la dernière rue... Bah, Tant pis, on est arrivé à bon port et c'est déjà ça ! D'ailleurs quand je vois ce pauvre If, je me dis qu'il était temps. Il a une bien pauvre mine sous la pluie avec ses cheveux ruisselants et ses vêtements trempés. Je ne dois pas être en bien meilleur état cela dit... Ça doit bien faire dix minutes que j'ai arrêter de chasser l'eau qui coulait sur mon visage, par dépit...
La porte s'ouvre sur une salle enfumée où une vingtaine de personnes sont amassés autour d'une demi-douzaine de tables. Des ouvriers et des marins à en juger par leurs tenues. Évidemment, tous les regards se tournent vers nous lorsque notre duo franchit la porte. En même temps, vu comme on est trempés, le spectacle qu'on offre doit être assez marquant. Il faut aussi avouer que la combinaison d'un poche en guenille sombre et d'une femme quelque peu éméchée aux habits multicolores à la mode Weranoïenne est suffisamment improbable pour attirer les regards. Je me penche vers If et murmure :

-Bon, c'est pas le Palais de Feïral mais on va faire avec !

Et c'est encore loin du compte... Je serais rentrée n'importe où pour échapper à cette pluie... Sans plus accorder d'attention aux clients, je m'avance vers le comptoir et salue le patron qui me demande machinalement :

-Qu'est-ce que j'vous sers ?

- Nous partirons sur deux bières pour commencer !

Faisant abstraction de la réaction surprise de l'homme en entendant le "nous", je pose deux quals sur le comptoir. Il les empoche et avec un haussement d'épaules, il se retourne pour chercher des chopes. C'est là que j'avise un âtre au coin de la pièce. Le feu n'y est plutôt petit mais la pluie m'a gelée et je ne serais pas contre un peu de chaleur... Heureusement, la table qui se trouve devant est vide. C'est marrant... Ce serait le genre de table que tout le monde s'arracherait pourtant... surtout vu le temps. Lorsque que le tavernier revient avec les deux bières, je demande en désignant la table du doigt :

- Cette table est disponible ?

-Oh, euh... C'est que c'est une table réservée aux habitués ma bonne dame. J'aimerais bien vous la laisser mais je chouchoute mes habitués et...

Je lui adresse un regard incrédule. Sans un mot, j'envoie une troisième pièce sur le comptoir. Avec un large sourire aussi chaleureux que faux, il déclare alors :

-Vous y serez comme des coqs en pâte, vous verrez !

Et une bonne chose de faite ! Bon, il ne me reste plus que six quals avec cette affaire en revanche...
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MessageSujet: Re: Au hasard d'une bière... [Sigifrid. H. Génévil]   Mer 9 Aoû 2017 - 21:30

HRP:
 

Yllianna n'est vraiment pas loin de la vérité quand elle imagine son futur compagnon de beuverie faire des mines et grommeler dans sa barbe. Il espère pour elle qu'elle a bien raison et que la prochaine taverne est bel et bien à vingt minutes, parce que la pluie ne lui donne pas envie. Mais entre se prendre une saucée et biberonner une bière, le choix est vite fait.

Il la suivra.

Si ta narratrice était une vipère, Sigifrid, elle aurait certainement longuement discouru sur l'endurance dont tu fais preuve. Heureusement qu'elle se doit d'être impartiale. Ah, la motivation donne des ailes ! Surtout quand il s'agit de succomber à une addiction ! Alors oui, Yllianna ne traîne pas, mais toi, tu as passé des années sur les routes à t'éloigner bien rapidement des villages où tu étais devenu indésirable... et quand on vole une bouteille de vin, mieux vaut savoir partir vite des lieux du crime. Il est loin le temps où le grand Sacreguerre marchait à pas rapides et énergiques, mais If la Picole a tout de même un peu conservé de son endurance d'antan...

Il peut tenter de se souvenir du chemin emprunté, mais ça ne l'intéresse pas. Il sait très bien que là où ils atterriront, ce sera une taverne largement au dessus de ses moyens. De toute façon, il préfère les boui-boui. Au moins là bas on ne pose pas de question, alors que les marins et les marchands ont l'habitude d'échanger des nouvelles de la route. Il se doute bien, cependant, que la gamine l'emmènera dans un truc plus distingué. Ou avec au moins moins de vermine.

« Et voilà notre nouvel abri ! Je crois qu'on l'aura bien mérité notre bouteille ! »

Hilde pousse un discret soupir de soulagement. Il ne saurait dire s'il a oui ou non effectivement mérité une bouteille – je te dis que non, Sigifrid, mais tu ne m'écouteras pas... – mais il est juste heureux de trouver un abri. La pluie l'a détrempé, et s'il n'écope pas d'un bon rhume, ce sera un miracle. Tu devrais pourtant te réjouir, If. Au moins maintenant tu as les cheveux propres.

La porte s'ouvre et une bouffée de chaleur assaille son visage. Il plisse le nez et essuie son visage sur le perron. Il trempera de toute façon le plancher de la taverne mais un dernier reste de politesse le pousse à essorer un peu ses vêtements. Il se rend bien compte que tous les regards sont posés sur l'étrange duo qu'il forme avec la môme, mais pour parler crûment ça lui en touche une sans faire bouger l'autre. De toute façon, Quetaïn a déjà dû voir pire association.

« Bon, c'est pas le Palais de Feïral mais on va faire avec ! »

Pour y avoir déjà été, ça n'avait même rien à voir avec le palais de Feïral. Il fait claquer sa langue.

« Non, pas vraiment... »

Tant mieux.

De toute façon il est plus à l'aise dans une taverne auprès de marins que dans les longs couloirs immaculés du palais. Plus à sa place parmi les déchets. Il secoue un peu son manteau pour se débarrasser, vainement, des dernières gouttes de pluie alors qu'Yllianna s'avance vers le comptoir. Il éternue. Tout en se torchant le nez avec sa manche, il espère que ce n'est pas le début d'une bonne crève. M'oui, à voir. Si tu te comportes bien, If, ça peut peut-être se négocier.

Il se rapproche de la gamine, à temps pour voir le marché qu'elle fait pour qu'ils puissent se sécher près du feu. L'expression est à peine visible sous ses sourcils broussailleux, mais un pli vient de se creuser sur son front. Hé, mais on dirait bien que le geste touche notre vieille outre à vin ! De se faire payer à boire quelque chose qui est moins piquette que d'habitude ou qu'une demoiselle l'invite, allez savoir. Il a beau cracher sur Feïral, les habitudes restent ancrées en lui : une demoiselle n'invite pas un homme, c'est l'homme qui invite, point barre. Même quand ce dernier doit voler une bouteille parce qu'il n'a pas un rond. Je ne me lasserai jamais de l'esprit chevaleresque de Feïral.

Il se pose près du feu avec un soupir d'aise, laissant la chaleur de l'âtre lui roussir le visage. Dans un moment, ses habits sécheront, et alors l'odeur qui en émanera sera à mi-chemin entre le chien mouillé et le clodo crasseux, mais ce n'est pas le genre de détail sur lequel Hilde la Picole s'attarde. Le genre de détail qui l'intéresse, c'est plutôt la chope de bière qui est déposée devant lui, en fait. S'il lui reste quelques scrupules à se faire inviter ? Pas vraiment. Après tout, d'une, il avait prévu de lui piquer ses pièces. De deux, il ne l'a pas forcée à les dépenser pour un vieux poche. Il attend toutefois qu'elle l'ait rejoint et qu'elle trempe les lèvres dans sa chope pour avaler une grosse gorgée de la sienne.

La voix qui hurle se taira, et les tremblements cesseront. Avec un peu de chance, Yllianna voudra bien dépenser ce qui lui reste, et ils pourront alors se rincer un peu plus le gosier. Et une fois qu'il aura assez bu, il pourra alors gratter ses souvenirs avec une affection maladive et se complaire dans sa misère. Aaaaah, activité saine, nous voilà !

Mais parce qu'il n'a pas été élevé dans une porcherie, après sa gorgée, If marmonne un vague remerciement. Je ne plaisante même pas. If a un jour pété dans des draps en soie. L'évocation de ce souvenir amène un rictus sur ses lèvres. Voilà autre chose qu'il ne regrette pas. Outre le palais de Feïral qu'il a de nombreuses fois arpenté, la soie, ça évoque un temps plus heureux où il n'avait pas de poux. Et où il avait nagé dans les intrigues politiques. Oh, pas à grande échelle. Hilde a toujours manqué de subtilité ou des manières nécessaires pour évoluer dans les hautes sphères. Son statut de Lame Lige et sa stature de héros lui avaient valu le grand intérêt des comploteurs – ou, comme dirait If, des tripoteurs intellectuels –, mais buté et borné comme il l'était, il avait renvoyé les impertinents voir ailleurs s'il y était. Ça ne l'avait pas aidé par la suite quand il s'était fait traiter comme un moins que rien, on s'en doute bien.

Néanmoins, de part ces fréquentations, et surtout de l'amertume qui en a découlé, il y a une leçon que Hilde a bien compris. La plupart des manœuvres sont intéressées. La bonté d'âme, on ne la trouve nulle part. Il compte bien savoir ce qui pousse cette môme à être si souple avec un vieux clochard qui a tenté de la dépouiller. Du moins avant d'être rond comme une queue de pelle. Il reprend une gorgée de sa bière, en savoure le goût sur sa langue ; pour une fois que ce n'est pas une boisson trouble à la vague saveur de pisse. Puis il pose ses yeux bruns sur la gamine.

« Pourquoi ? »
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