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 Le Feu et le Vent [PV Deryn]

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Teinakh Daergen
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MessageSujet: Le Feu et le Vent [PV Deryn]   Dim 31 Mai 2015 - 10:44

Malgré leur talon au fin renfort d'acier, les bottes du jeune homme ne parviennent pas à claquer sur le pavé. La couche de crasse qui recouvre le sol est trop épaisse pour que le métal rencontre la pierre. Et le jeune homme connaît bien la sensation que cela lui procure : un mélange de dégoût et d'incompréhension. Le même que celui qui régnait en lui quand il venait dans cette ville. Les années n'auront donc rien changé à l'état d'entretien de la ville de Karu. Malgré son dégoût, Teinakh se trouve amusé : la raison pour laquelle il est ici, dans cette endroit qui le répugne, est presque la même que celle pour laquelle il a pu y venir, auparavant. Il vient pour se rendre sur le Plateau Ecarlate.

Les souvenirs sont nombreux pendant qu'il traverse les rues. Il se souvient très bien les bâtiments, les odeurs. Les retrouver ainsi fait remonter en lui les cris et les beuglements des habitants qui se rassemblaient autour des combattants le long de leur traversée de la ville pour monter au Plateau Ecarlate. Il se rappelle la concentration froide du calme avant la violence et la brutalité. Il se rappelle les regards insistants des parieurs, qui ont tout misé sur celui qu'ils jugent comme étant le plus redoutable. Il se rappelle les insultes aboyées par certains combattants. Mais il se rappelle aussi la sensation de liberté absolue.

A l'âge de 18 ans, Teinakh venait de quitter les services du Seigneur Marchand à qui il avait offert ses services. Trois ans passés à vivre au sein d'une société régie par les conventions, les bienséances. Trois ans qui lui auront apporté beaucoup de belles choses et qui lui auront aussi apprit qu'il ne voudrait jamais porter de masque. Trois ans avant qu'il soit confronté pour la première fois à la mort. Il avait tué un homme. Et cela avait remis certaines choses en question dans sa vie. Sa première décision avait été de quitter Quetaïn. La seconde était vouée à lui permettre de goûter à la liberté la plus totale qu'il pourrait atteindre.

Et il avait trouvé la liberté qu'il cherchait en Akeraï. Profitant de ses dons et de sa formation efficace dans l'art de l'escrime et du combat en général, il s'était adonné aux affrontements organisés par les réseaux de banditisme du royaume. Teinakh s'était alors découvert une agréable et enivrante aisance face aux adversaires que les organisateurs lui opposaient. Les rixes, toutes plus violentes les unes que les autres, s'étaient enchaînée et avec elles, les semaines puis les mois s'étaient écoulés. Passant de ville en ville, il combattait.

Dans cet univers, il n'était pas question de règles. Pas question de conventions et encore moins de faux-semblants. Pas question de loi. Seule comptait la volonté de voir l'autre à terre, trop faible pour vouloir continuer. Et la joie simple de retrouver le soleil au lendemain du combat. Libre de toute entrave, il régnait là une liberté absolue, totale. Et celle liberté valait tout ce qu'elle exigeait en retour. Elle valait les os fracturés, le corps brisé, la souffrance parfois comme seule preuve de la survie. Elle valait tout.

Parfois, les affrontements menaient le jeune homme sur le fil ténu qui sépare les vivants de la mort. Alors, il repensait à cet homme. Celui qui était tombé par sa lame. Le premier homme qu'il avait tué, celui par qui il avait appris combien voler la vie pouvait le détruire. Pendant ces longues heures comateuses où la souffrance régnait en maîtresse absolue, il apprenait à goûter la mort. Son esprit se mêlait à son souvenir de l'homme, il voyait son visage. Et même s'il avait conscience de combien cette expérience était viciée, il était rapidement arrivé à un point où cette sensation apaisait son âme...

Puis vint le jour de la Rencontre. Akora Ceraïl, cartographe, lui avait appris une nouvelle manière d'être libre. Elle était devenue son maître.

Quand il était devenu cartographe à son tour, le Plateau Ecarlate avait pris un nouvel intérêt aux yeux de Teinakh. Car ce qui donnait tout son intérêt au Plateau, c'était sa position géographique : c'était le second point le plus élevé d'Akeraï. Pendant sa formation puis ses voyages, le jeune cartographe avait régulièrement songé à la vue imprenable que lui offrirait un tel point et à la carte qu'il pourrait engendrer grâce à cela. Et puis un jour, il avait décidé que le moment était venu. Après un voyage de trois semaines, il était revenu à Karu, cette fois en tant que cartographe.

C'était à son arrivé qu'il avait compris que quelque chose avait changé. La ville était toujours aussi sale et puante, mais à présent, elle paraissait morte, presque vide. En questionnant les badauds, il avait appris la nouvelle : suite à un combat, le perdant avait usé de magie sous le coup de la colère. Un incendie s'était déclaré. Le Plateau Ecarlate, le second plus haut sommet d'Akeraï, fierté du crime organisé de Karu qui en avait fait une véritable arène de combat, était parti en fumé en une nuit.

C'est donc vers les cendres du Plateau que Teinakh se dirige. Traversant la ville pour atteindre le début du chemin qui montera vers sa destination, le cartographe sent en son cœur se déchaîner un chaos de souvenirs et une avalanche de sentiments.

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Deryn Basalt
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MessageSujet: Re: Le Feu et le Vent [PV Deryn]   Lun 1 Juin 2015 - 15:02

Quelle idée avait eut cet idiot de noble.
Vouloir assassiner son frère pour ne pas avoir à partager leur héritage n'était pas la pire qu'il ait eut.
Non, sa plus monumentale erreur avait été d'engager n'importe qui, mercenaires ou tueurs sur gages –à peu près les mêmes, au demeurant– sans bien sûr aller voir la Guilde, aux prix moins avantageux à ses yeux –mais aux services ô combien plus fiables.

Cette vipère avare avait donc engagé deux pseudo-assassins pour assassiner son frère.
Sauf que celui-ci était entouré de gardes, et que les deux idiots avaient réussit à rater un coup aussi enfantin, se faisant bêtement tuer sans même avoir pu fuir. Bien leur en prenait cependant, car le cas échéant, j'aurai probablement dû les retrouver pour les réduire au silence... et aussi parce qu'ils salissaient notre réputation.

Suite à cet échec, le second frère prit bien sûr peur.
De plus, n'ayant pu interroger les deux assassins, il ne savait pas qui en avait après lui.
Le fait que les deux hommes aient pu s'introduire dans sa demeure le fit douter –à raison– de la sécurité qu'elle lui offrait, il choisit donc de partir dans le plus grand secret, avertissant uniquement son frère, par une lettre succincte où il disait se retirer dans une forêt de la région jusqu'à ce que le danger soit écarté.

Cela ne plût bien sûr pas au commanditaire, qui chercha quelqu'un d'autre pour terminer la mission.

Et, ô surprise, il se résigna cette fois de s'adresser à des professionnels : la Guilde.
Dans un premier temps, celle-ci avait envoyé quelques uns de ses apprentis –protégés par leurs mentors– traquer la cible pour déterminer où il était le plus probable qu'elle se soit enfuie. Ensuite, elle avait épinglé un ordre de mission sur le panneau principal, qu'une main distraite avait attrapée, rien qu'à la vue du chiffre sur le papier. Cinq. Le niveau maximum.

¤

Une jeune recrue avait remonté la piste de chevaux s'éloignant de la capitale au galop, assez rapidement pour la fuir, et avec le bon timing pour comprendre la cible dans leurs rangs.

Je les traquais depuis quelques jours déjà.
Ils dissimulaient leur présence, ou du moins essayaient, et j'aurais pu dire que ce n'était pas forcément mal fait, juste... insuffisant. Ça aurait probablement suffit à semer n'importe quel mercenaire, mais pas les membres de la guilde. Ce n'est qu'à la fin du sixième jour que je pu m'approcher suffisamment pour identifier sans conteste ma cible.

Le chef d'expédition semblait jouer le rôle de garde du corps.
C'était peut être le capitaine de la garde du noble. Lui-même était entourée de sept gardes, une escorte pas si restreinte que ça, malgré ce qu'il avait dit dans la lettre pour son frère. Peut être le soupçonnait-il un tant soit peu finalement...

De toutes façons, ce n'était ni sa méfiance, ni ses gardes qui le sauveront.

La première nuit après cette identification fut très douce.
Non que je me reposai beaucoup, préférant le demi-sommeil qui m'était familier quand j'étais en déplacement, au cas où quelqu'un essayerait de profiter du sommeil du monstre pour en toucher la prime. Ou bien se venger. Quelqu'en soit la raison, l'acte n'était pas bien dangereux en soi et je ne me sentais jamais autant en forme que quand mon réveil consistait à tuer quelqu'un.

Bien entendu, au fond de cette forêt, juchée en haut d'un pin, je ne risquais rien, mais l'habitude du danger constant était une protection qui chez moi n'avait jamais faillit.

La raison pour laquelle cette nuit me parut parfaite était simple.
Je n'avais entreprit ce genre d'action depuis des mois, plus encore si l'on considérait que je n'avais prit de contrats d'importance depuis beaucoup plus longtemps, des années peut être. Pour tout cela, l'adrénaline qui courrait dans mes veines n'avait presque jamais été si pure et si ardente. Si délicieuse.

Je voulais donc prendre mon temps.
Les sentir s'effrayer petit-à-petit, commencer à penser que quelqu'un les pistait, non, jouait avec eux comme un chat avec une souris, sentir le feu de l'adrénaline agiter leurs veines, ne dormir que très peu, redoutant les moments de solitude, chercher la présence des autres pour se rassurer, mais apercevoir la même peur dans leurs yeux, scruter chaque ombre en essayant de deviner ce qui s'y cachait –même quand rien ne s'y trouvait.

Plusieurs facteurs leur permirent de penser qu'on les traquait.
Le premier jour, ils retrouvèrent leurs provisions éventées, et des charognards et insectes en train de les dévorer. Mais cela pouvait aussi être dû à l'inattention d'un des leurs. Le second jour, l'un des leurs disparu sans laisser de traces. Et ce n'était même pas l'un de ceux qui avaient monté la garde. À partir de ce moment, aucun d'eux ne dormi vraiment, de peur de finir comme lui.

Il leur arriva bien d'autres situations malencontreuses au fil des jours.
Je pris ses gardes ses gardes un à un –un par jour–, en plus de ces désagréments qu'étaient le saccage d'eau potable ou de nourriture, ou l'attaque inopinée d'animaux sauvages, des fauves, des lézards et même des loups. Aucun n'aurait dû avoir envie de les attaquer, mais les appâts que m'avait apprit à fabriquer Sen fonctionnaient toujours aussi bien.

Le quatorzième jour, donc, ils ne furent plus que deux.
La cible et son capitaine.

Je choisi le moment où ils s'y attendaient le moins pour me montrer.
À leur réveil, j'étais là, assise de l'autre côté du feu. L'unique fantôme qui les avait mis en déroute, et non une bande entière de brigands. Je savais que ma présence allait les terrifier, et ne fis rien pour les rassurer. J'étais curieuse de savoir s'ils allaient décider de m'affronter directement, ou tenter de négocier leurs vies –même s'il n'y avait rien à négocier, à part peut être pour le capitaine, s'il décidait de protéger sa vie au détriment de celle de son maître.

Mais avant que le jeune homme ait pu articuler un mot, le chef des gardes s'était rué sur moi en lui ordonnant de fuir. Qu'il était bruyant, songeai-je avec une pointe de dépit. J'aurais bien voulu entendre des suppliques humaines. C'était presque la seule chose qui me faisait me sentir vivante... enfin, ça et tuer.

Assise sur le sol, je vis venir le sabre affûté du capitaine des gardes.
Il s'enfonça avec un bruit spongieux dans le sol détrempé des marais d'Akeraï.
Dans un soupir, je m'étais effacée, comme un rêve. Je me trouvai bientôt dans son dos, et une estafilade peu profonde ornait le flan gauche de l'homme. Je portai la lame de mon poignard à mes lèvres, goûtait son sang tout en le défiant du coin de l’œil, sourire moqueur accroché aux lèvres.

Je n'étais pas un adversaire dont on se débarrassait en une attaque.
Je n'étais pas aussi douée au corps à corps qu'un guerrier entraîné à manier les armes toute sa vie, et j'aurais eut du mal contre quelqu'un de la trempe d'un chevalier, mais celui qui se dressait en face de moi était à peine un guerrier. Un soldat qui s'était élevé dans sa hiérarchie parce qu'il était un peu meilleur que les autres, rien de plus.

Je jouai quelques instants avec lui, assurée de retrouver la trace de ma cible, puisqu'elle courrait à perdre haleine dans les bois, semant une foison de preuves évidentes de sa présence aux yeux d'un pisteur.

Bientôt, une multitude de coupures non mortelles parsemaient le corps de mon adversaire.
Mon sourire narquois ne m'avait pas quitté. Le soldat n'avait pu me toucher une seule fois. Son sang cuivré avait le goût acide de la peur et de l'adrénaline, même si son visage essayait de le cacher au mieux –en vain.

– Qui es-tu, monstre ? souffla l'homme, exténué autant par la traque et les nuits blanches qu'il avait dû vivre ces derniers jours, que par le bref combat qui venait de se dérouler.

Je me rapprochai alors, et d'un mouvement irrésistible tranchai les tendons de ses avant-bras.
Ses mains s'ouvrirent et son sabre tomba sur le sol, inutile. Je l'approchai de moi en le prenant au col, l'empalant sur la lame de mon poignard

– Celle que vous appelez Dernier Regard... murmurai-je au creux de son oreille.

Il s'effondra dans un râle d'agonie, sous mon regard indifférent.
Malgré mon pas en arrière, une partie de son sang gicla sur mes habits sombres, et quelques gouttes maculèrent la porcelaine immaculée de ma joue droite. Je me détournai bien vite, après avoir savouré toutes les émotions que la mort de l'homme avait pu me procurer.

Il ne me restait plus qu'à me lancer à la poursuite de ma cible, désormais seul survivant.

Le jeune noble, la vingtaine à tout casser, n'avait pas ou peu d'endurance physique.
Il courrait comme un lapin à travers les broussailles, avec l'énergie du désespoir qu'on ressent lorsqu'un fauve vous poursuit en vous mordillant les tendons des chevilles. Le regard qu'il m'adressa valait tous les compliments du monde, à mes yeux. Une terreur absolue comprimait ses traits, et il y avait de quoi.

Je volais.
Quelques mouvements pouvaient laisser penser que je m'accrochais à des rameaux, que je foulais du pied certaines branches, mais ils étaient trop vifs, trop minimes, et je ne semblais même pas porter attention à ces hypothétiques prises, alors comment les aurais-je agrippées ? Il détourna aussitôt la tête, essayant d'accélérer, mais je fis de même, sans effort, car je n'étais pas à mon maximum.

Car je le laissais courir.
Je profitais du plaisir de la traque tout en le laissant croire qu'il avait des chances de me distancer.
Un sourire amusé paraît mes lèvres pleines et l'adrénaline qui me traversait dans la traque de cet humain me faisait oublier un instant tous les problèmes que j'avais pu rencontrer ces derniers temps. Entre les assassins que j'entraînais, le retour de l'Ombre, les pirates qui m'avaient embarquée et... et ce qui en avait suivit...

Puis les arbres semblèrent s'ouvrir brusquement sur un espace à ciel ouvert.
Le jeune homme s'élança d'une vitesse nouvellement acquise grâce au terrain découvert.
Mes deux pieds prirent appuis sur la branche d'un arbre à feuilles caduques, je m'accroupis pendant une demi-seconde, le temps d’emmagasiner la force nécessaire au saut.

Un cri prolongea mon plongeon.
Il venait de la gorge de mon infortunée victime.
Le cri fut bientôt étouffé par la poussière dans laquelle son visage atterrit, il se tortilla quelques instants, tentant de se dégager de la poigne de son agresseur, en vain.

– Non, non, non ! Pitié ! supplia-t-il en dernier recourt.

Enfin, j'obtenais mes suppliques.
Espérons que personne d'autre ne les avait entendues...
Je pris le temps d'exécuter un tour d'horizon, mais l'endroit semblait désert. Entouré de toutes parts par la forêt, c'était un vaste plateau creusé par la cendre, où la pluie avait créé de profondes rides et où la végétation n'avait apparemment pas réussit à se réimplanter.

Auparavant, ce devait être un point de vue formidable sur les terres environnantes, mais à présent il n'était plus qu'un vaste promontoire aussi dégarni que le crâne du vieux sultan, un champ sans culture, une terre sans vie.

L'endroit parfait pour donner la mort.
Un poignard apparu dans ma paume gauche, tandis que je retournai ma victime sur le dos pour planter mes yeux dans les siens, ma main droite écrasant son épaule. La terreur dans le regard noisette de ma future victime ne m’émut pas. Le fil de ma lame se posa sur sa gorge fragile, indifférent aux larmes qui s’amoncelaient dans les yeux du jeune homme. Je pris la parole pour la première fois depuis des jours.

– As-tu une dernière volonté ? demandai-je d'une voix sans âme, rauque et atone de ne pas avoir servit.

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Teinakh Daergen
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MessageSujet: Re: Le Feu et le Vent [PV Deryn]   Mer 3 Juin 2015 - 11:51

  L'aube naissante teinte à peine le fond de l'horizon quand Teinakh atteint le pied du chemin. Il a traversé Karu et entame à présent le chemin en lacets qui le mènera sur le Plateau. D'autres souvenirs remontent qui appartiennent aux quelques fois où il a été amené à combattre ici. Il se souvient le chemin pentu qu'ils escaladaient sous le soleil ardent, dernière étape avant les affrontements. Et il se souvient aussi l'adrénaline brûlante mêlée à la crainte pernicieuse, envahissant ces derniers instants.

  Mais ses souvenirs se voient rapidement supplantés par les détails que relève l'œil nouveau qu'il porte sur le monde. S'il est ici aujourd'hui, c'est en tant que cartographe ; et son visage se pare d'un doux sourire quand il prend conscience que, tout naturellement, son esprit s'est mis à relever des éléments du paysage, de la composition du sol, de la topologie du terrain... Autant d'éléments qui déterminent la nature de la terre sur laquelle il se tient et qui apparaîtront dans une carte ou dans ses annexes.

  La première chose qu'il relève avec précision, c'est la topologie. Le Plateau Ecarlate est bien le second point le plus élevé en Akeraï. En tant que tel, il s'élève au milieu des marais, seule hauteur surplombant un paysage totalement plat. Mais l'ancienne arène de Karu est aussi un plateau. Il couvre donc une surface de belle taille et à présent, Teinakh repense à ce détail qu'il avait relevé quand il était encore à une certaine distance de la ville et qu'il disposait d'une vue générale sur le plateau : le plateau ne se présente pas comme un clou planté dans la planche lisse que seraient les marais. Il n'est pas entouré de falaises de toutes parts.

  En fait, Teinakh dessinera les choses ainsi : le plateau dispose, du côté Ouest, d'une falaise presque abrupte au pied de laquelle repose la ville de Karu, et du côté Est d'une pente très douce qui prend sa base dans les marais. Aussi, quand le chemin qui part de Karu est raide malgré le fait qu'il est en lacets, ceux qui monteront par le côté Est sentiront à peine la pente.

  Le second élément qu'il note est la couleur de la terre. Le Plateau Ecarlate n'a pas été nommé ainsi par hasard : il est composé d'une terre rouge et ocre. Mélange en grande partie composé d'argile, ce sol rentre en cohérence vis-à-vis de son milieu marécageux par sa matière, mais il jure totalement avec son milieu par sa couleur. Les marais ne portent absolument pas cette couleur rouge. Il y a là une étude approfondie des sols à réaliser, qui révèlera certainement des choses intéressantes sur la région et peut-être son histoire. Teinakh ne manquera pas de le signaler à la Tour, qui saura envoyer un spécialiste.

  Son esprit est occupé à relever une quantité d'informations de la sorte, certaines d'importance capitale, d'autres qui relèvent plus du détail. Cette activité rempli son cœur de joie et de bonheur : il se sent dans son élément et il savoure la facilité avec laquelle il réalise ces observations poussées. Par exemple, rien qu'en voyant la manière que ce petit buisson a d'être enraciné, il comprend que la pente du chemin est encore pl

– Non, non, non ! Pitié !

  Le crie a déchiré l'air, coupant net le fil de la pensée du cartographe. Quelqu'un a hurlé, usant de tout son désespoir et surtout de toute sa peur pour tenter de faire barrière à un danger. Quelqu'un qui se tient en ce moment sur le plateau. Brusquement de retour au monde, Teinakh prend conscience qu'il a parcouru la quasi-totalité du chemin. Il n'est plus très loin du plateau. Sans hésiter une seule seconde, il s'élance à perdre haleine dans une course folle. Un virage. Deux virages. Au troisième, il est là, haletant.

  La vision qui s'offre à lui rempli ses veines du mélange. La rage brûlante. La crainte pernicieuse. Le plaisir inassouvi. Et, gérant tout cela avec précision et doigté, la concentration implacable. Le mélange du combat.

  Ils sont là, au milieu du plateau, séparés du cartographe par une distance de dix-sept mètres. Un jeune homme allongé à terre, pleurnichant, écrasé par une silhouette à la poigne irrésistible brandissant un redoutable poignard. La distance est trop grande pour que Teinakh puisse agir physiquement aussi rapidement qu'il en aurait besoin. Il doit d'abord arrêter le geste meurtrier. Et récupérer l'attention. D'une respiration parfaitement maîtrisée, l'apprenti mage du vent concentre toute son énergie dans ses poumons. Sa voix explose, véritable rugissement de violence.

- IL SUFFIT !!

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MessageSujet: Re: Le Feu et le Vent [PV Deryn]   Mer 3 Juin 2015 - 13:09

Il avait l'air de souffrir.
Sa cage thoracique s'élevait et s'abaissait dans un rythme trop élevé.
Son souffle était trop faible et trop rapide. Sous ma paume, plantée dans son épaule, je sentais même passer une artère, trop vive, et les contractions spasmodiques et involontaires de ses muscles tendus comme des cordes d'arcs.

J'aimais tant ces instants suspendus, ceux précédant la mort.
Aucun détail ne semblait alors insignifiant, et en même temps rien n'avait de réelle importance...
À part l'approche de la Mort elle-même.

J'attendais patiemment la réponse à ma question, immobile comme une statue.
Mon regard n'était ni féroce ni amène, ni violent ni triste, ni impatient. Simplement calme.
Nous avions tout notre temps.

– Je... s'il vous plaît... ne me t...

Il fut interrompu par un cri d'une force peu commune.
On aurait d'ailleurs pu le qualifier de hurlement. Mes yeux se fermèrent une seconde.
Quand ils se rouvrirent, ils étaient toujours plantés dans ceux du jeune noble, mais ils semblèrent l'ignorer. La colère qu'ils contenaient était trop vive pour être dirigée vers un simple cadavre en devenir. Cette ire n'avait pas forcément de cible en particulier. En fait, elle était principalement dirigée vers moi-même.

Je caressai un instant l'idée d'achever ma tâche avant de m'occuper du nouveau trouble-fête.

J'aurai dû l'entraîner dans la forêt, ou même ne l'avoir jamais laissé en sortir.
Mais j'avais eut envie de jouer, je l'avais laissé courir... et arrivée ici, j'avais jugé le lieu sécurisé après un seul et rapide regard circulaire. Une erreur. Mais une erreur pas si fondamentalement grave qu'elle le paraissait.

Comme à regret, la lame s'écarta de la jugulaire du malheureux.
Je me relevai, comme si j'acceptais l'ordre qui venait de m'être donné. Mais s'il y a une chose à savoir sur Dernier Regard, ou Deryn Basalt, c'est qu'elle n'aime pas recevoir d'ordres. L'arbalète qui apparut dans mon poing gauche sembla confirmer ce fait.

Cependant, elle ne se pointa pas sur le cœur, l'abdomen ou la tête de l'importun.
Pas encore en tous cas. Les deux carreaux de l'arme restèrent pointés sur le sol, à mi-distance entre les deux protagonistes. À la fois une menace et une dissuasion de tenter quoi que ce soit. Il ne faudrait qu'une fraction de seconde pour que les carreaux se plantent à l'endroit exact où leur propriétaire les voulait. Mais, je n'estimais pas avoir à le faire tout à fait.
Pour l'instant.

La lame du poignard suivait la courbe de mon avant-bras en une position de retrait.
Mais sans aller jusqu'à le ranger dans sa gaine. Là encore, une menace à peine voilée, destinée cette fois-ci à ma cible. Suffisamment explicite et simple, pensais-je, pour qu'il comprenne : "Bouge, et tu mourras".

Je plantai mes yeux dissymétriques, inspirant tant de crainte pour avoir fini par sa faire appeler Dernier Regard, dans ceux du témoin de la scène. Quoiqu'il espère, l'homme qu'il pensait probablement avoir sauvé n'était qu'un mort en sursit. Non, il était déjà mort.

Rien ne pourrait plus enrayer ce phénomène.
Ni même ma mort, très peu probable, n'empêcherait pas d'autres assassins de s'y essayer, jusqu'à ce que l'un d'eux réussisse. Et les assassins de la guilde étaient une main d’œuvre possiblement infinie, même si difficile et longue à former. Ma disparition ne résoudrait donc pas l'équation, mais comme je venais de le dire, je n'avais pas encore trouvé d'hommes ou de femmes qui se soient révélés capables de me prendre la vie.

– Qu'est-ce que tu veux ? grondai-je, sur un ton qui suggérait : "tu ne vois pas que tu déranges ?", peu disposée à offrir autant de répit à ma cible.

En dernier recourt, même s'il s'échappait, je le rattraperai bien vite.
Mais j'aimais le travail bien fait, et laisser s'échapper par deux fois le bougre, c'était du travail bâclé –surtout maintenant que la civilisation était proche, au vu des fines banderoles de fumée, probablement crachées par des cheminées, qui n'était éloignées que de quelques dizaines de mètres.

C'est alors que le jeune noble commença à glisser.
Je sais que j'aurais dû dire "ramper", mais il essayait tellement de faire cela furtivement –en vain, car on n'échappe pas si facilement au regard aiguisé d'un assassin de la Guilde–, qu'on avait plutôt l'impression qu'il glissait, comme sur une légère pente, sans faire de mouvements qui auraient pu être interprétés comme une tentative de déplacement ou de fuite.

Ma lame, qui comme je vous l'avais précisé, suivait alors mon avant-bras, comme repliée, se retourna dans ma paume avec un sifflement de mauvaise augure. Ma cible arrêta net son manège. Je ne lui avais pas accordé un seul regard, mes prunelles énervées rivées dans celles de mon vis-à-vis, malgré la distance.

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Teinakh Daergen
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MessageSujet: Re: Le Feu et le Vent [PV Deryn]   Ven 5 Juin 2015 - 10:18

  La silhouette s'est redressée. Les deux carreaux se sont vus pointés vers le sol, véritable barrière menaçante. Teinakh tend encore sa concentration. Une arme capable d'user de tels projectiles aura raison de lui à coup sûr. Son sentiment est encore renforcé quand il croise le regard de l'assaillant. Une puissance terrible se dégage de ces yeux, de même qu'une capacité effroyable à ne reculer devant rien. Et Teinakh connaît ce regard. Quand il entrait en action, Zoldik portait le même.

  Assassin.

  Une profession que Teinakh a beaucoup de mal à comprendre. Un de ces meilleurs amis fait parti de la Guilde et pourtant, il ne parvient pas à comprendre. Comment ces gens peuvent-ils rechercher le meurtre ? Quand il voit combien tuer a manqué de le détruire, le fait que des personnes vivent pour le faire lui échappe. Et il a beau avoir conscience des différences, savoir que chacun peut être fondamentalement autre, il ne peut s'empêcher de sentir de la noirceur dans cette profession. Comme une volonté d'auto-destruction.

  Il remarque rapidement qu'il a affaire à une femme. Des boucles rousses encadrent avec intensité un visage oval paré de tatouages étranges, arabesques dans l'observation desquels l'esprit de Teinakh tend à se perdre. Mais ce n'est pas dans les arabesques que le jeune homme s'égare.

  Blanc.
  Rouge.
  Sang et neige.

  Magnifique. Le cartographe se sent envahi par ce mot. Comme s'il était la seule vérité porté par ce matin naissant. Fasse à une œuvre d'art digne du soleil levant, Teinakh reste béa. Il sent en lui naître une émotion qu'il connaît bien... Mêlée à l'admiration et à la contemplation, il y a cette triste certitude qu'il ne parviendra jamais à embrasser pleinement la totalité de la fascination qu'il ressent. Car il souhaite donner l'éternité pour contempler cette œuvre. Mais sa vie n'est pas éternelle. Le temps qui lui est imparti est limité. Et comme le levé du soleil s'achèvera, quelque chose mettra fin, là aussi, à sa contemplation.

  Ce quelque chose, c'est le troisième acteur de la scène. Par un mouvement étrange, il tente de profiter que son assaillante a les yeux rivés sur Teinakh pour s'échapper. Le cartographe détache avec douleur son regard des yeux de l'assassin. Sa voix claque, implacable.

- Tu ne bouges pas !

  Le jeune noble sursaute, ose lancer un regard surpris vers Teinakh.

- Si tu n'a pas la capacité de te battre pour ta vie, ta survie dépend des autres. Or, je ne suis pas ici pour t'aider. Tant que je n'aurai pas décidé de le faire ou que ton assaillante n'aura pas changé d'avis sur ton sort, ta place sera à terre.

  Ceci étant dit, il se tourne de nouveau vers la femme. Dans les yeux de l'assassin brûle une colère glaciale. Teinakh comprend qu'il la dérange. Son corps et son esprit se détendent un peu. Il est toujours en éveil, mais il semble plus à l'aise, comme s'il était dans son élément. Sa voix s'adoucit.

- Je suis désolé d'interrompre votre acte. Mais je ne compte pas m'en aller.

  Alors il pose la question qui brûle ses lèvres depuis le début :

- Qui êtes-vous, jeune dame ?

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Deryn Basalt
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MessageSujet: Re: Le Feu et le Vent [PV Deryn]   Ven 5 Juin 2015 - 14:24

S'ouvrit alors un instant plus haut perché que les oiseaux des tours d'Akeraï.
Le trouble-fête était aussi immobile et silencieux que je l'étais. Nos yeux s'étaient plantés les uns dans les autres, et, malgré la distance, je crus déceler une chose surprenante dans le regard de mon vis-à-vis.

De l'émerveillement.
Mais, sachant que c'était impossible, je me convaincue de prime abord m'être trompée.
Au moment-même où le jeune noble arrêta de bouger sous la menace de ma lame, l'homme qui me faisait face détacha avec un déchirement si visible que cette fois je ne pu me contenter de l'ignorer, son regard du mien. Et c'est à ce moment précis que le monde sembla se mettre à tourner à l'envers.

Mon sourcil gauche s'éleva vers mon front.
L'étonnement qui m'envahit était tel que le deuxième le rejoignit aussitôt.
C'était la première fois que je me retrouvais dans une situation aussi... improbable.
La première fois qu'au lieu de montrer haine ou terreur en découvrant mon travail en pleine action (ce qui n'arrivait, certes, pas très souvent), on enguirlandait... ma victime.

Par les crocs de Garwyn !
Même le dieu bestial ne m'aurait jamais encouragé dans mes crimes !
Je m'étais habituée à faire peur, à terroriser les gens et à déclencher la haine.
Pas la... fascination ? La dévotion ? Cette réaction était par trop étrange, vraiment. Je n'en comprenais ni la cause, ni les effets, alors son existence...

Je glissai un regard vers le jeune homme à mes pieds.
Le fait est que ma cible avait bien arrêté de bouger. Mais de plus, il semblait encore plus terrifié que toute à l'heure. Son regard passait de son futur meurtrier à celui dont il aurait été en droit de cherche l'assistance, sans paraître comprendre ce qu'il lui arrivait. Moi non plus d'ailleurs. Je songeais que j'avais quelques éclaircissements à demander au trublion, quand celui-ci se tourna de nouveau vers moi :

Une dame ? Moi ?
Je manquai d'éclater de rire.
Seul l'étonnement qui m'assaillait toujours m'en empêcha.
Je n'étais pas une dame, et il était très probablement plus jeune que moi.
Je réussis finalement à reprendre suffisamment mes esprits pour ôter de mon visage tout signe de stupéfaction. Cette opération réussie, je choisis de prendre mon ton le plus bourru pour répondre, comme pour réaffirmer mon image de prédateur implacable –qui en avait peut être prit un coup.

– Si je te disais mon nom je devrai te tuer, puis, réfléchissant à peine quelques secondes : Non en fait, je devrais te tuer ici et maintenant pour m'avoir interrompue dans mon travail.

Mon regard se fit encore plus glacial qu'il ne l'était –si c'est possible.
Avant de se radoucir légèrement. Un haussement d'épaules vint accompagner la suite de ma prise de parole –bien longue et inhabituelle au demeurant. Le nouveau venu semblait être un bien drôle d'oiseau, et il m'intriguait. Tous comptes faits, j'avais envie d'en savoir plus avant de décider ou non de lui prendre la vie.

– Mais je suis curieuse. Pourquoi sermonner ma cible et non moi-même ? Ici, ce n'est certainement pas moi l'innocente, mais lui. Pourquoi m'avoir interrompue à l'instant si son sort ne t'intéresse pas ?

La tentation de répondre à sa question était tout de même présente.
Aussi choisis-je de me faire un peu prier, pour une fois que j'en avais l'occasion.

– Si tes réponses me conviennent, il se peut que je consente à répondre à ta question, fis-je en haussant les épaules comme si cela m'importait peu.

À vrai dire, je me demandais quand même si, à l'écoute de mon titre si tristement célèbre, il ne sentirait pas poindre un peu de peur –ou de haine. Voilà donc où j'en étais... j'avais tellement l'habitude de susciter la terreur que lorsqu'elle faisait défaut, je la cherchais. Il y avait quelque chose d'un peu déplorable là-dedans, non ?

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Teinakh Daergen
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MessageSujet: Re: Le Feu et le Vent [PV Deryn]   Mar 9 Juin 2015 - 10:10

Etonnement. Non, stupéfaction. C'est bien de la stupéfaction que Teinakh lit sur le visage de son interlocutrice. Elle est clairement stupéfaite et pour être honnête, le jeune homme comprend sa réaction. En fait, il la comprend parce qu'il la connaît. Etrangement, il arrive régulièrement que ses interlocuteurs réagissent de cette manière face à ses actions. Pourtant, il ne fait qu'agir de la manière qui lui paraît la plus logique et surtout la plus juste.

Ses longues années de voyage lui ont permis de comprendre que sa vision du monde est partagée par une petite quantité de personnes. Une trop petite quantité, à ses yeux... Mais cette observation ne l'a jamais que poussé à continuer sur cette voie. Dans son cœur, il sent que si cette quantité était plus importante, le monde serait encore plus beau. Et à l'expression qui colore son visage, Teinakh comprend que l'assassin n'est pas de ceux qui voient le monde comme il le perçoit.

Rapidement, elle se reprend et son regard redevient d'une cruauté terrible. En fait, c'est même pire qu'avant. Le cartographe a véritablement l'impression de faire face à un prédateur implacable. Sa voix est plus glaciale encore, elle semble capable de geler l'air entre eux.

– Si je te disais mon nom je devrai te tuer. Non en fait, je devrais te tuer ici et maintenant pour m'avoir interrompue dans mon travail.

Menace ? Information pragmatique ? Teinakh ne parvient pas à déterminer l'une ou l'autre des possibilités. Il se contente donc d'écouter. Puis vient un haussement d'épaules, comme si rien ne comptait vraiment.

– Mais je suis curieuse. Pourquoi sermonner ma cible et non moi-même ? Ici, ce n'est certainement pas moi l'innocente, mais lui. Pourquoi m'avoir interrompue à l'instant si son sort ne t'intéresse pas ?

La question. Voilà que son interlocutrice révèle le centre même de son étonnement. Malgré le haussement d'épaules, Teinakh a la sensation intime que l'assassin est beaucoup plus intriguée qu'elle ne veut bien le montrer. Et, de fait, la question est des plus intéressantes. Le raisonnement est évident aux yeux du cartographe, mais il a bien conscience qu'il est peut-être le seul à le penser trivial. Aussi, il prend son temps pour décrire sa pensée.

- Votre incompréhension tient du fait que vous considérez votre cible comme la victime. Mais je ne viens pas sauver une vie, je viens empêcher un meurtre.

Un petit silence. Juste assez pour que ses mots marquent l'esprit de l'assassin. Puis il plonge son regard dans les yeux fascinants de la femme.

- Son sort m'importe. Mais le vôtre est à mes yeux bien plus dramatique.

Cette fois, Teinakh laisse un silence plus important. Quelques secondes. Ce qui va suivre est le cœur de sa pensée, il veut l'attention complète de son interlocutrice.

- Nous mourrons tous un jour. C'est la loi naturelle des choses et il est juste que cela se passe ainsi. Certaines morts sont tristes, regrettables et chacune laisse une douleur dans le cœur des proches. Mais c'est inévitable et c'est juste.

Il prend une inspiration qui se transforme en soupir. Son visage porte soudain une lourde tristesse. Ses yeux se perdent dans l'horizon.

- Il en est autrement pour le meurtrier. Quand la vie de l'assassiné prend fin, celle de l'assassin continue. Et, qu'il le veuille ou non, le meurtrier doit vivre en portant son meurtre. Il doit vivre en portant le poids de son péché. Il doit vivre, il doit continuer, aussi grande que soit l'horreur commise.

A ces mot, le jeune homme sent son cœur envahi de sa culpabilité propre. Oui, malgré toutes ces années, tout ce travail d'introspection, il souffre encore de son acte. Une partie de son esprit est conscient qu'il rumine là une souffrance qui lui est propre et il est donc curieux de savoir la réponse de la femme. Car il a exprimé là l'essence de tout son questionnement vis-à-vis des assassins. Il a pour la première fois mis en mots des questions qu'il n'a jamais su poser à Zoldik. Teinakh quitte l'horizon pour se tourner de nouveau vers son interlocutrice. Dans ses yeux résonne une question. Question qu'il pose à voix haute.

- Celui qui meurt repose en paix. Celui qui tue se détruit. Qui est le plus à plaindre ?

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Deryn Basalt
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MessageSujet: Re: Le Feu et le Vent [PV Deryn]   Jeu 11 Juin 2015 - 13:09

J'obtins bien vite la réponse à mes interrogations.
Les mots s'imprimaient dans mon esprit, et j'en comprenais et le sens et l'intention.
Mais définitivement, je n'en comprenais pas le sens. La logique était intéressante, pour ne pas dire brillante, mais... elle ne s'appliquait pas à moi. Pas du tout, même. Je ne me sentais jamais aussi bien que quand je tuais, et je n'en ressentais jamais aucun remord. Aucun fantôme n'avait jamais visité mon sommeil, je dormais comme un loir quand je le pouvais, et je ne rechignais jamais à ôter la vie.

– Mais... je ne me détruis pas, balbutiai-je, trop stupéfaite pour jouer mon rôle.

Je ne me détruis pas, je détruis les autres.
Les mots m'avaient échappé sans que j'ai pu les modeler avant.
Consciente qu'ils ne suffisaient cependant pas vraiment à retransmettre l'entièreté de ma pensée, je consentir à poursuivre.

Je songeai au passage qu'à l'écoute de ce discours, même un imbécile aurait comprit que ce garçon parlait avant tout de lui-même. D'ordinaire, je ne ressentais que du mépris pour ceux qui tuaient et ensuite s'obligeaient toute leur vie à porter ce fardeau en tentant de se repentir. Les chaînes invisibles qu'ils portaient entravaient sans cesse leurs mouvements, et ils ne faisaient ni de bons guerriers, ni de bons assassins. Mais étonnamment, je n'éprouvai nul mépris pour cet homme-là.

– Je comprends ta logique, étranger, mais je ne suis pas motivée par la rage et ne connais pas le remord, alors ce que tu me racontes n'a pour moi aucun sens. Tuer ne m'a jamais fait de mal, fis-je d'un ton qui suggérait : "bien au contraire...".

Je haussai les épaules, mais poursuivis tout de même.

– Et puisque tu m'as offert tant de détails... Les habitants de ce continent m'appellent Dernier Regard, déclarai-je en esquissant le geste de s'incliner, plus par moquerie qu'autre chose, avec un air de défi au fond des yeux et quelque part dans mon sourire et la position de mon menton. C'est du moins le surnom qu'ils écrivent au bas de leurs avis de recherche.

Je me repris alors, et poursuivis en adoptant un air plus... neutre, moins amène.

– À présent, si tu ne veux pas t'en aller, laisse-moi au moins achever ce que je suis venue faire ici.

Il n'avait pas l'air dangereux, ni même armé.
Mais je savais que cela ne voulait pas dire qu'il ne l'était pas.
Je choisis donc de ne pas lui tourner le dos entièrement, et gardai mon arbalète à portée de main, bien que rangée à ma hanche.

Je me tournai alors vers ma cible qui avait cessé de trembler, tétanisée par la peur.
L'annonce de sa mort semblait l'avoir totalement abattu, il ne cherchait même plus à fuir.
Je dardai sur lui un regard des plus glacials. Il pouvait bien jouer au lapin, réessayer de s'échapper ou bien faire le mort, rien de ce qu'il pourrait faire ou dire ne changerait quoi que ce soit... C'est alors que son regard se figea, plongé dans le mien.

Depuis l'aube, et d'ailleurs depuis le début de ma poursuite, j'avais toujours gardé ma capuche.
Elle était tombée sur mes épaules lors de mon saut quand j'avais rattrapé le fuyard sur le plateau.
Ensuite, il avait dû être trop occupé à essayer de supplier pour sa vie pour remarquer leur apparence singulière. Pour ma part, j'oubliais souvent leur présence, car elle ne se manifestait qu'à travers le regard des autres personnes –que je ne côtoyais quasiment que pour leur ôter la vie...

La peur qui se reflétait dans ses yeux n'aurait pu me faire plus plaisir.
La peur de l'homme face à la Mort qui approche de lui à pas lents, lame en évidence.
Je tiquai en m'apercevant que la peur que je lisais pourtant dans les yeux de ma victime du jour était toute différente de celle qu'arboraient les précédentes. Chose qu'il confirma quand il parla...

– Toi... non ! C'est impossible ! s'écria-t-il, tremblant, le regard toujours courant sur mes traits.

Un de mes sourcils s'éleva.
Allons bon. On voyait de bien drôles de chose en exerçant ce métier...

– Si tu crois qu'un stratagème aussi misérable va marcher... soupirai-je.

– Tu ne peux pas être là, s'étrangla-t-il sans même prêter attention à mes paroles. Il y a seize ans, tu...

Le bruit de la lame qui tomba sur le sol fut grandement atténué par la cendre qui tapissait le plateau. Le nobliau fut soudain arraché du sol, porté par le collet par l'assassin qui lui faisait face. Et quelle assassin. Ses yeux dissymétriques brûlaient d'une émotion sourde qu'un spectateur aurait bien du mal à décrypter. Colère ? Incrédulité ? Curiosité trop forte ?

– Comment sais-tu ? Qui t'a raconté cela ? Comment peux-tu être au courant ?!

La vérité, c'est que j'étais née, il y a seize ans maintenant, à l'âge de dix-sept ans.
J'étais apparue un jour sur une plage basaltique dans l'ouest du royaume de Quetaïn.
Je ne connaissais rien, ni mon nom, ni le lieu d'où je venais, ni quoi que ce soit.
Mais personne n'était au courant de cette histoire.
Personne.

– PARLE ! criai-je à lui en crever les tympans.

Mais la terreur qui le paralysait devait être bien plus effrayante que mes questions.
Que savait-il de si terrible ? Se fichait-il de moi ?

Le coup partit sans que je l'eusse prémédité.
Mon poing l'atteignit à mi-chemin entre sa tempe droite et le coin de sa mâchoire.
Lui non plus n'avait pas eut l'air de s'y attendre. Alors qu'il tentait de reprendre ses esprits, mon genoux rencontra son abdomen avec assez de force pour vider tout l'air présent dans ses poumons. Je le relevai sans trop de mal, le prenant à la gorge d'une main, et le forçai à me regarder.

Un peu de sang gouttait depuis sa tempe, et il avait l'air mal en point.
Rien de tout cela ne m'émut. Une nouvelle lame était apparue dans la main qui ne l'agrippait pas (la première gisait toujours dans la cendre à quelques pas de là). Mon ton fut plus froid que tout ce à quoi il aurait pu s'attendre, et mes yeux brûlaient d'une fureur contenue lorsque je le questionnai :

– Tu vas me dire absolument tout ce que tu sais sur moi. Que s'est-il passé il y a seize ans ? Si tes réponses sont suffisamment intéressantes, il se peut que je te laisse la vie sauve et que je prenne celle de ton commanditaire à la place.

Je sus aussitôt qu'il allait accepter, même s'il semblait hésiter.
Ma main descendit légèrement et le prit au collet au lieu de nouer son cou, pour lui laisser l'occasion de répondre.

– Qui est... le commanditaire de mon assassinat...? demanda-t-il finalement malgré une élocution apparemment douloureuse.

– ...ton frère, lui annonçai-je en lui renvoyant un regard indéchiffrable.

Ses yeux s'ouvrirent brusquement en grand.
Ses jambes ne parurent plus capables de le porter, et je lâchai son pourpoint.
Il tituba comme s'il allait tomber, esquissa quelques pas peu assurés, mais ne chut pas.
Je l'observai en me contraignant à la patience. Donner du bâton ne suffisant pas, j'avais essayé la carotte, mais même elle avait ses limites. Au bout de quelques minutes cependant, le noble se retourna pour planter son regard dans le mien.

– Je... je ne sais par où commencer. Quand j'avais onze ans, mon père a dû m'envoyer à la Cour d'Akeraï comme page du Roi, comme otage, si vous préférez. (devant mon regard pour le moins... impatient, il passa les éventuels détails et se mit à parler plus vite) J-j'ai presque aussitôt été affecté au service du mage de la cour, qui faisait des expériences étranges. C'est là-bas que je t'ai rencontrée. Tu étais... je ne sais pas comment dire cela... un... un cadavre parmi d'autres.

Dire que l'annonce m'avait coupé le souffle serait un euphémisme.
J'ouvris la bouche, mais aucun son n'en sortit. Je fronçai les sourcils. L'homme était-il soûl ? Drogué ?
J'allais commencer à l'enguirlander, voire à le torturer de nouveau, mais il ne m'en laissa pas le temps et continua son récit :

– Dit comme ça, c'est sûr que c'est invraisemblable, et pourtant... Le mage avait besoin de cadavres pour ses expériences, et c'est moi qui y ait été affecté... Je transportais les corps, je les entreposais dans des pièces très froides et je les ressortais quand il en avait besoin. À-à chaque fois, les expériences du magicien semblaient échouer... mais un jour, ce fut différent.

Mes yeux s'étaient écarquillés tout au long de sa tirade.
Une veine battait follement dans mon cou, d'ailleurs tout mon sang avait l'air de vouloir s'échapper de mon corps. Mes paumes moites serrèrent trop fort les poignées de leurs lames tandis que mes cils battaient pour tenter d'en ôter les gouttelettes de transpiration qui s'y accumulaient.

– Ce jour-là, c'était toi que j'avais déposée au centre des cercles remplis de runes, je... je t'avais immédiatement reconnue, tu étais celle qui était dans le meilleur état, les autres... eh bien, avaient pourrit d'avantage avant d'arriver dans la chambre... cependant tu étais... eh bien, comme une poupée désarticulée, on aurait dit que tu avais été passée à tabac... enfin tout ça pour dire que tu étais probablement dans le donjon lors de ta mort, l-le mage visite souvent le cimetière du château...

À mon avis, entendre par la bouche d'un autre qu'on avait été à l'état de cadavre (et un cadavre disloqué qui plus est) n'était pas l'expérience la plus agréable qu'il soit. J'en oubliais de lui rappeler qu'il aurait dû passer les détails pour arriver au plus important. Mais des détails sur ce que j'avais auparavant considéré comme mon passé perdu, et que j'avais tant et tant cherché, je les découvrais à présent avec horreur.

C'était à mon tour de tituber. Qu'étais-je ?
Qu'était ce corps qui avait été mort, et qui était aujourd'hui vivant ?
Je voulais ignorer ce qu'il me disait, je le voulais absolument, mais quelque chose dans sa façon de parler et de me regarder m'affirmait qu'il disait bien la vérité. J'avais entendu des dizaines de confessions dans ma vie, fait cracher des vérités à certaines personnes qu'elles n'auraient même pas révélé à leur mère. Je savais distinguer la vérité du mensonge.
Malheureusement.

Car en cet instant, j'aurais tellement voulu fermer les yeux et me boucher les oreilles.
Après tant d'années à chercher mes origines, j'aurais tout donné pour ne pas entendre d'où je venais et qui j'avais été. Parce qu'imaginer et fantasmer un passé intangible est une chose, et la vérité en est une autre. Je pense que je ne réussis à reprendre en main mon esprit et mon corps que par une volonté dont je me serais crus incapable, avant ce jour.

Je serrai les poings.
Je devais être certaine que ce nobliau n'avait plus rien à m'apprendre...
...avant de me ruer vers la capitale d'Akeraï.

– Sais-tu à quoi les expériences de ce mage servaient-elles ?
– N-non, je n'en ai aucune idée...
– De quoi d'autre te souviens-tu ?

Pendant plusieurs minutes, je ne fis que questionner ma cible, cherchant ce qu'il aurait pu oublier de me dire. Mais au bout d'un temps, je dû me rendre à l'évidence qu'il ne savait pas grand chose, outre ce qu'il m'avait déjà révélé. Suite à ce pronostic, je cessai toute question pour le regarder droit dans les yeux.

– Je ne pose jamais deux fois la même question, mais pour toi je ferai une exception. As-tu une dernière volonté ?

Il recula d'un pas, effrayé.

– Mais... je vous ai dit ce que vous vouliez savoir, j'ai répondu honnêtement à chacune de vos questions !
– Sais-tu pourquoi la Guilde possède la réputation et l'opulence qu'elle a aujourd'hui ? demandai-je à ma cible d'une voix calme, presque douce. Parce qu'elle respecte toujours ses engagements. J'ai promit de te tuer, ou de mourir en essayant, et c'est ce que je compte faire. Rien sur cette terre n'a le pouvoir de me faire changer d'avis. Maintenant, réponds à ma question, ou je me passerai de ta réponse.

Le jeune homme s'était mis à pleurer.
Il ne faisait aucun bruit, mais des larmes rondes creusaient des sillons dans ses joues salies par la cendre et meurtries par mes coups. Il déglutit difficilement avant de répondre d'une voix où perçait une douleur sourde :

– Je veux que vous tuiez mon frère. Le Domaine de notre père reviendra à notre petite sœur. Si il vit, elle deviendra un jour un danger pour son héritage et il la tuera, elle aussi. Si je ne peux être sauvé, il faut qu'elle au moins le soit.

Je hochai doucement la tête.
Je pouvais au moins lui accorder cela... oui, c'était envisageable.
La réputation de la Guilde ne risquait pas d'en pâtir, puisque même si quelqu'un le découvrait, il s'agissait ici de ni plus ni moins qu'un contrat passé entre un homme et un assassin, en échange d'informations. Et puis il n'y avait pas de raison que quelqu'un le découvre.

– Si tu ne m'as pas menti et que les informations que tu m'as données me concernent bel et bien, j'exécuterai ce contrat.

Le soulagement qui se lut dans le regard de mon vis-à-vis se passait de mots.
Sans lui laisser le temps de s’apitoyer davantage sur son sort, la lame jaillit de mon bras, porteuse de mort. Le corps tomba, se dégorgeant d'un flot de sang impressionnant. C'est alors que je me rendis compte de la présence de l'homme, que j'avais... totalement occultée, bouleversée par le récit du présent cadavre.

Je me retournai vers lui et plantai encore une fois mes yeux dans les siens.
Cependant, cette fois ils n'étaient pas aussi menaçants qu'ils avaient pu l'être un peu plus tôt.
Tout en essuyant ma lame ensanglantée avec un foulard, je tâchai de reprendre mes esprits pour analyser les solutions qui s'offraient à moi pour combattre les conséquences de cet oubli, et en limiter les effets négatifs.

La solution de facilité serait bien évidemment de le tuer sur-le-champ...
Mais outre le fait qu'il ne faisait pas l'objet d'un contrat et que je n'avais rien de personnel contre cet homme, j'estimais ne pas pouvoir compter sur le soutien de la guilde pour ce que je m'apprêtais à faire. Un complice ne serait donc pas de trop, pour peu qu'il soit d'accord.

– Eh bien... soupirai-je. Tu es à présent celui qui en connaît le plus sur moi, et sur lequel je connais le moins de choses. (Je portai l'arme devant mes yeux pour vérifier que les traces de sang en avaient bien disparu, avant de la ranger.) J'ai assez vu de morts pour aujourd'hui, (pieux mensonge, je n'avais aucune limite sur ce plan-là...) te laisserais-tu embarquer pour une quête perdue d'avance dans le palais de la capitale ?

Le sourire qui ornait mes lèvres aurait convaincu un pirate de l'honnêteté et de la justesse de ma quête.
J'espérai seulement que cela suffirait à convaincre l'homme de m'aider, car dans le cas contraire, soit s'il décidait que tout cela ne le concernait absolument pas (ce qui était absolument vrai), je devrai le tuer, car il en savait trop pour que je le laisse se balader à sa guise.

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Teinakh Daergen
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MessageSujet: Re: Le Feu et le Vent [PV Deryn]   Ven 19 Juin 2015 - 11:50

Ses mots déstabilisent totalement l'assassin. Elle semble se perdre face à son incapacité à s'approprier les mots qui viennent de lui être offert. En fait, Teinakh a l'impression qu'elle en comprend la logique et l'ampleur, mais que, tout simplement, cette logique ne s'applique pas à sa personne. Cette constatation éveille dans le cartographe une sensation toute en nuances. Il est d'abord submergé par une grande tristesse, comme si la jeune femme souffrait sans s'en rendre compte. Mais très vite, il prend conscience que cette tristesse n'a aucun sens : définitivement, son interlocutrice est différente de lui. Il n'a pas à être triste pour elle car si sa vision est vraie pour lui, elle ne l'est pas pour la jeune femme. Et à partir de là, il se trouve empli de curiosité.

Teinakh ne comprend pas qu'une personne puisse se construire en détruisant des vies. C'est pour lui inconcevable. Mais il observe avec pragmatisme qu'il est visiblement face à quelqu'un dont c'est le cas. Et cette observation attise sa curiosité. Je tiens à préciser une chose importante, Papillon... Si la curiosité du cartographe est réveillée, cela n'implique pas forcément qu'il cherche à comprendre à tout prix. Sans forcément comprendre, Teinakh a surtout envie de vivre, et être face à quelqu'un de si différent de lui lui donne une irrésistible envie de s'intéresser à cette personne, de lui demander, de l'écouter. Sans forcément comprendre, Teinakh a surtout envie de partager.

Et le partage commence rapidement. En effet, la jeune femme met en mots ce que le cartographe a lu dans ses yeux.

– Je comprends ta logique, étranger, mais je ne suis pas motivée par la rage et ne connais pas le remord, alors ce que tu me racontes n'a pour moi aucun sens. Tuer ne m'a jamais fait de mal.

Le ton accompagnant ces mots suggérait même bien plus... C'est le moment que choisit la jeune femme pour offrir son identité, accompagnant la déclaration d'une révérence emplie de défi.

– Et puisque tu m'as offert tant de détails... Les habitants de ce continent m'appellent Dernier Regard. C'est du moins le surnom qu'ils écrivent au bas de leurs avis de recherche.

Ce nom... Dernier Regard... Ses longues années de voyages l'ont amené à lire ce pseudonyme à de nombreuses reprises. Il connaît ce nom et, maintenant que le soleil se lève et que les traits de la jeune femme se précisent, il réalise qu'il connait aussi ces traits. Les formes de ce visage, la teneur de ces yeux. Et, tout comme il l'a déjà observé, il constate encore que les avis de recherche ne savent pas rendre toute la puissance d'un regard. Les dessinateurs ont beaux être des plus talentueux, ils ne parviennent jamais à saisir et à faire ressentir la profondeur dense et intime que l'on ressent quand on plonge au fond des yeux d'une personne. Et en la situation actuelle, quels yeux...

C'est alors que Dernier Regard prononce des mots glaciaux, impitoyables. Des mots de mort, lâchés comme de vulgaires banalités.

– À présent, si tu ne veux pas t'en aller, laisse-moi au moins achever ce que je suis venue faire ici.

Elle se tourne vers le jeune noble. Celui-ci est totalement tétanisé. A cet instant, Teinakh sait qu'il doit agir. C'est l'instant, le moment. Elle ne lui tourne pas le dos entièrement, mais l'angle qu'elle lui offre peut suffire pour qu'il arrache une seconde qui pourra faire pencher la balance des forces en sa faveur. Il veut agir. Et si ce n'est pas pour elle, soit. Il veut agir pour lui-même. Parce qu'il est sur le point d'être témoin d'un meurtre. Et en tant que témoin, il portera lui aussi cette tuerie. Il aura vu les derniers instants et s'il ne réagit pas, ces moments le hanterons. Il doit agir. Il veut agir.

– Toi... non ! C'est impossible !

Les mots ont été lâchés dans un cri étranglé. Le jeune noble se perd dans son incapacité totale à appréhender ce qu'il voit. Et le cartographe doit bien avouer qu'il se demande vraiment ce qui est si étrange dans la situation actuelle... En fait, sa surprise est telle que sa volonté de combattre s'évapore en un instant. La tueuse, elle, ne semble pas le moins du monde interloquée. Du moins, jusqu'à ce que le jeune noble prononce un nombre.

Seize. Seize ans.

Un nombre qui déclenche dans le cœur de l'assassin un flot d'émotions déchaîné de chaos. Puis viennent les explications. Au fur et à mesure, le fil se déroule. Une trame se tisse. Mais très vite, la trame se révèle être une simple ébauche. Car une fois que le noble a achevé, le peu de réponses qu'il a apporté a révélé bien plus de questions. La femme titube. Le jeune homme semble presque aussi perdu qu'elle. Et pour être honnête, Teinakh se trouve à la limite d'être pris de vertiges. Un corps mort qui marche ? Pourtant, s'il a été absorbé dans le regard dissymétrique de l'assassin, c'est précisément parce qu'il était empli de vie. Une vie puissante, indomptable. Une vie farouche et fière. Que signifient ces histoires macabres ?

Dernier Regard prouve alors la puissance de sa volonté. Elle se met à questionner le noble avec une précision qui semble hors d'atteinte pour une personne troublée comme elle a montré l'être. En voyant cette détermination plus forte que tout, le cartographe se rappelle Zoldik. Lui aussi était capable de faire taire son être pour accéder à une concentration absolue. Alors, tout comme Zoldik l'aurait fait, elle fait résonner la mort.

– Je ne pose jamais deux fois la même question, mais pour toi je ferai une exception. As-tu une dernière volonté ?

Ces mots réveillent l'esprit comateux du cartographe. Mais cette fois, il sent qu'il ne pourra rien faire. Dès cet instant, plus rien ne pourra sauver le jeune noble. Même la mort de Dernier Regard ne résoudra rien. Et si, après tout ce trouble, l'assassin est capable de se recentrer à ce point sur son contrat, Teinakh craint que rien de ce qu'il pourrait dire n'aura le pouvoir d'infléchir ce qui va suivre. Pourtant, il ne peut réduire au silence son élan. Il veut agir. Il a besoin d'une ouverture. Mais si l'assassin était totalement décontenancée encore quelques minutes auparavant, elle a à présent retrouvé toute sa concentration et la maîtrise de ses moyens. Aussi, le corps tendu comme un arc, Teinakh guette.

Vient alors ce moment où l'assassin parle de la Guilde. Et ce qu'elle explique est d'une logique implacable. Ces mots confirment ce que le cartographe ressent instinctivement : le jeune noble est condamné. Elle présente la Guilde comme une véritable entreprise qui, pour assurer son existence, ne doit laisser aucune chance de survie aux cibles de ses contrats. C'est logique, pragmatique et claire comme de l'eau de roche. Et c'est peut-être ça qui empêche Teinakh d'agir. L'assassin semble avoir oublié sa présence et pourtant, il n'intervient pas. Et cela parce qu'il sait au fond de lui que toutes ses tentatives pour intervenir seront soldées d'un échec. La seule chose qui pourrait empêcher ce meurtre, ce serait que Dernier Regard soit touchée par les larmes du jeune noble ou par sa dernière requête et qu'elle décide qu'il vivra.

Mais il n'en est rien.

- NON !

La lame fuse. Le corps tombe sans bruit, rougissant la cendre qui a étouffé tout son. La colère explose dans le cœur du cartographe. Quel idiot. Il savait. Il savait mais il n'a pu s'empêcher d'espérer. Jusqu'au dernier instant, il a espéré, de toutes ses forces. Quel imbécile ! Son sentiment est si fort qu'il entend à peine l'assassin. Par contre, il perçoit très clairement le regard qu'elle pose sur lui. Et son sourire. Elle veut qu'il accepte. Elle ne veut pas avoir de raison de le tuer. Et lui n'en a que faire.

- Tu l'as tué !

Sa voix est un rugissement et dans ses yeux flamboie sa rage. Une colère brûlante adressée à nul autre que lui-même.

- Tu l'as tué ! Il t'avait tout dit !

Sa gorge déploie un long hurlement de rage pure qui fini par se perdre dans les rayons du soleil qui se lève. Il tombe à genoux dans la cendre. Ses poings s'écrasent sur le sol. Il reste de longs instants là, à genoux, face contre le Plateau Ecarlate. Sa mâchoire est serrée et des larmes d'amertume coulent sur ses joues, laissant des sillons si salés qu'ils irritent sa peau. Finalement, il se redresse. Son visage porte une amère résignation.

- Plus rien ne pouvait empêcher ce meurtre, n'est-ce pas ? Tu n'as agis qu'en tant que l'arme, l'implacable main de la volonté de son frère.

Alors, il s'avance. D'un pas souple et décidé, il avance vers elle. Il s'arrête à mi-chemin. Son regard a changé. Il a accepté que sa souffrance ne regarde que lui. Il ne sait pas encore clairement ce qu'il va en faire, mais lui est vivant. Et il compte bien ne faire de sa vie que ce qu'il entend en faire. Sa voix est posée quand il s'adresse à l'assassin.

- Dernier Regard, sachez que vous êtes pour moi un mystère absolu. La nature de votre être est source d'un questionnement abyssal en moi. De plus, votre profession d'assassin creuse entre nous un écart gigantesque.

Dans les yeux du cartographe peut alors se voir le profond respect qu'il ressent envers son interlocutrice.

- Pour ces raisons, nous sommes des personnes très différentes. Et parce que nous sommes si différents, je souhaite vous connaître.

Au cœur de la mort et de la cendre, à quelques mètres du cadavre du jeune noble, naît alors un sourire. Un sourire mélancolique et portant une trace d'ombre. Mais un sourire franc et adressé droit au cœur de son interlocutrice.

- Dernier Regard, puisque c'est le nom que vous m'avez offert, sachez que je souhaite ardemment vous accompagner. Je souhaite partager cette quête avec vous. Je souhaite apprendre à vous connaître. Et je souhaite vous apporter mon aide.

Semblant soudain se concentrer, il adresse cette question à la femme :

- D'après vous, est-il judicieux d'aller enquêter sur votre origine avant de traiter le cas de la petite sœur de ce jeune homme ?

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MessageSujet: Re: Le Feu et le Vent [PV Deryn]   Dim 21 Juin 2015 - 11:39

Le cri s'élève.
Déchirement. Colère. Incompréhension.
Je découvre tant d'émotion dans ce cri que je ne me rends d'abord pas compte de qui le pousse.
C'est l'homme, l'étranger, l'inconnu, le trouble-fête. Le témoin de toute la scène, le témoin de la dernière confession de ma victime. Le témoin de la première révélation que j'entends à propos de mon passé.

Celui que je n'avais pas envie de tuer tout de suite.
"Je l'ai tué, je l'ai tué, je l'ai tué." Effectivement. J'avais dit que je le ferai.
La guilde est mon refuge et mon royaume, pourquoi la mettrai-je en danger pour si peu ?
Ses révélations pourraient parfaitement être les élucubrations d'un fou, croyant suffisamment ses propres dires pour convaincre les sens aiguisés d'un assassin qu'il dit la vérité. Du moins, c'est de cela que j'essaye de me convaincre moi-même.

Mon regard se pose avec tristesse sur l'homme agenouillé dans la cendre.
Finalement, je vais devoir le tuer. Il est vrai que peu d'humains acceptent nos actes contre-nature, j'aurais dû m'en souvenir, mais ce genre de chose m'échappe si facilement... C'est en l'écoutant plaider pour mon âme et me plaindre au lieu de ma victime que j'ai cru pouvoir m'en servir de complice pour mes crimes à venir.

J'ai donc eut tord, mais ce ne sera probablement pas la dernière fois.
Le genre humain est si difficile à comprendre... Je darde sur la forme prostrée un regard où pourrait se lire une forme de compassion. Compassion pour la douleur provoquée par la vision d'une vie ôtée sans véritable raison. Compassion pour quelqu'un qui ressent davantage d'empathie pour un inconnu que tout ce que je pourrais jamais supporter en plusieurs siècles.

C'est triste à dire, mais on meurt tous un jour, ne sont-ce pas ses propres mots ?
La lame capture un des reflets du pâle soleil levant alors que je me prépare à achever les souffrances du pauvre hère dans la fraîcheur matinale.

Mais lorsque son visage se relève finalement, ma lame disparaît aussitôt.
Je dois dire que l'expression qui s'y affiche m'y a grandement incité. L'amertume de la résignation. Peut être n'est-il finalement pas trop tard pour qu'il en vienne à accepter ma proposition ?

– Plus rien ne pouvait empêcher ce meurtre, n'est-ce pas ? Tu n'as agis qu'en tant que l'arme, l'implacable main de la volonté de son frère.

Je cligne des yeux, amusée.
Je ne me cacherai jamais de façon aussi totale derrière la Guilde.
En effet, j'ai tué cette homme parce qu'il devait mourir, certes, mais aussi et surtout parce que je ressens le besoin intrinsèque de tuer des humains, une soif que je sais inextinguible et qui me dévore depuis bien longtemps. Mais comment le dire à un être humain sans qu'il prenne peur ? Déjà que celui-ci a hurlé de douleur lorsqu'il a vu un inconnu se faire poignarder...

Je cligne de nouveau des yeux alors qu'il s'approche sans crier gare.
Son pas est sûr, déterminé, et son regard a énormément changé. Tandis que je le jauge du regard pour tenter de comprendre la nature exact du changement, je ne regrette déjà plus ma décision de l'avoir laissé en vie.

– Dernier Regard, sachez que vous êtes pour moi un mystère absolu. La nature de votre être est source d'un questionnement abyssal en moi. De plus, votre profession d'assassin creuse entre nous un écart gigantesque.

Ah, oui... la morte qui marche...
Un frémissement incontrôlable s'empare de ma colonne vertébrale.
J'essaye de ne pas trop y penser mais ces paroles m'obsèdent, résonnant encore et encore dans mon cerveau trop étroit pour parvenir à accepter l'entièreté des révélation de ma victime. L'étranger doit me prendre pour une bête de foire, ou le résultat d'une expérience impie qui n'aurait jamais dû voir le jour.

Je plante mon regard dissymétrique dans celui de mon vis à vis.
Et ai bien du mal à cacher mon étonnement, car nulle frayeur, nulle terreur, nul dégoût ne s'y lisent.
À la place, je peux y lire, –comme s'il le livrait et voulait que je le vois– un respect démesuré. Je lus en lui plus de noblesse que n'en auraient jamais les nobles comme celui qui venait de rendre l'âme.

– Pour ces raisons, nous sommes des personnes très différentes. Et parce que nous sommes si différents, je souhaite vous connaître.

Je ne me demandais déjà plus si l'homme était fou.
Car s'il l'était, nous l'étions tous les deux. Le sourire qui naquit sur ses lèvres, aussi improbable qu'il fut, n'aurait pu confirmer ni infirmer cette affirmation. Mais il était si sincère que je ne pus empêcher le coin mes lèvres de se relever de quelques centimètres. Un pâle sourire en comparaison du sien, mais c'était là le seul que je pouvais lui donner au su de mes questionnements internes.

– Dernier Regard, puisque c'est le nom que vous m'avez offert, sachez que je souhaite ardemment vous accompagner. Je souhaite partager cette quête avec vous. Je souhaite apprendre à vous connaître. Et je souhaite vous apporter mon aide.

Je déglutis.
Que répondre à cela.
Soûl ou fou, là n'était plus la question.
Aucun humain ne m'avait jamais parlé avec autant... d'effusion.
Surtout après m'avoir vu commettre un meurtre.

Je haussai des épaules imaginaires.
Il avait répondu, et favorablement, c'est tout ce que j'attendais.
Même s'il était fou, il représentait en l'occurrence le complice parfait, admiratif et prêt à m'apporter l'aide que je demandais. Mon sourire s'élargit doucement.

– Merci.

Merci de ta confiance, de ton admiration, de ton dévouement, de ton abnégation.
Mais j'avais déjà tant de mal à m'adresser de manière générale à un autre être humain, alors exprimer mes sentiments et mes émotions... ce fut donc mon regard qui se chargea de transmettre une partie de ces dites émotions envers mon interlocuteur.

C'est alors qu'il reprit la parole, après avoir réfléchit quelques instants.

– D'après vous, est-il judicieux d'aller enquêter sur votre origine avant de traiter le cas de la petite sœur de ce jeune homme ?

Mon regard glissa sur le côté.
J'eus la tentation de répondre que j'attendrais d'avoir la confirmation que les informations étaient véridiques. Mais je ne le fis pas. Parce que je savais, au fond de moi, que tout ce qu'il m'avait révélé était vrai. Une histoire pareille était impossible à inventer, surtout en quelques secondes et face à sa propre mort.

– Elle ne court pas un danger immédiat. Je laissai filer quelques secondes, laissant à penser que c'était là tout ce que j'en ferai. Mais... il existe en effet un risque que je ne revienne pas de la quête que j'entreprends. Alors mieux vaut au préalable honorer mes engagements.

Je le toisai de nouveau, tentant de mettre des mots sur le paradoxe que je percevais ici.

– Cela étant dit... êtes-vous certain de vouloir m'accompagner tuer cet homme ? Vous venez de vous effondrer pour le meurtre d'un inconnu, pourquoi serait-ce différent pour celui-ci ?

L'humain est véritablement empli de paradoxes.
Comme si j'accordais peu d'importance à sa réponse, j'entrepris de vérifier mon équipement, remettant en place certaines parties de mon armure de cuir, ajustant certaines sangles, en resserrant d'autres. Cela fait, je vérifiai chacune de mes lames avant de les remettre dans leurs gaines, en profitai pour en graisser certaines... bref, je me préparai pour un nouvel assassinat. Finalement, je lui posai une autre question, qui me tenaillait :

– Vous connaissez mon nom, mon emploi, ainsi qu'une bonne partie de mon histoire, souris-je. Aurai-je droit à mon tour à quelques éléments ?

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MessageSujet: Re: Le Feu et le Vent [PV Deryn]   Dim 28 Juin 2015 - 22:25

Un remerciement. Un remerciement puissant, profond et sincère. C'est là ce que les yeux de l'assassin offrent au jeune homme après qu'il ait partagé son désir de l'aider. A la vue de ce regard si plein de vie, Teinakh se prend à refuser de croire que le corps de la femme puisse être mort. Comment cela se pourrait-il ? Comment envisager qu'un cadavre puisse être empli de tant de vie ? Son questionnement est abyssal et son esprit échoue à développer ne serait-ce qu'une ébauche de réponse.

Mais rapidement, Dernier Regard lui offre une ancre qui lui permet de revenir à la réalité. Car en réponse à ses doutes quant à la sécurité de la petite sœur du jeune noble, elle lui pose deux questions. Et la seconde fait naître sur ses lèvres un sourire doux.

- Il est vrai que j'ai manqué là à la plus élémentaire des politesses...

Le jeune homme effectue une légère révérence, sous l'effet de laquelle sa longue tresse noire tombe sur son torse.

- Je suis Teinakh Daergen. Humain de sang, Sryle d'éducation, cartographe de profession et de cœur. Je suis venu ici afin de profiter du large panorama que le Plateau Ecarlate offre sur ses environs.

Se redressant, le jeune homme continue :

- Finalement, les choses en ont été autrement. Et il semblerait que je vous ai rencontré.

Observant l'assassin apprêter son équipement, Teinakh s'avance vers le cadavre du jeune noble. Arrivé à sa hauteur, il reste quelques instants silencieux.

- Avant que je ne répondre à votre première question, permettez-moi de réaliser quelque chose.

Alors, Teinakh s'agenouille auprès du corps égorgé. Il dépose son sac de voyage à terre et porte son regard sur le visage du jeune homme. Un visage encore empreint de tristesse, saisit par la mort foudroyante de l'acier. Mais ceci est une illusion. Ce que Teinakh voit n'est que le reste physique que le jeune homme a abandonné derrière lui. Tandis que le cartographe ferme ses yeux, une question envahi son esprit : si cette expression sur ce visage est illusion, que ressent le jeune noble, à présent ? Inspirant profondément, Teinakh empli son corps des souffles. Il ouvre son esprit à la vivacité et à l'acuité du Vent. Expirant intensément, Teinakh déploie ses sens, usant des souffles comme autant de support pour porter sa perception plus loin, plus précisément.

D'abord, il sent la cendre. La cendre sous lui, la cendre en suspension autour de lui. La cendre omniprésente sur le plateau. Sa perception s'immisce dans les moindres recoins qui sépare chaque grain, puis dans les imperfections de la surface de ces grains. Ils sont une multitude, son esprit manque d'être pris de vertiges. Alors, il atteint l'autre personne en présence. Dernier Regard. Ses sens l'entourent, l'effleurent. Il perçoit la finesse de ses cheveux, il sent la puissance de son corps, il manque de se blesser sur le fil de ses innombrables lames. Et puis, il y a cette odeur de mort.

Extérieure ? Intérieure ?
Différences. Rencontre.

La respiration de Teinakh gagne encore en intensité. Sa conscience s'accentue. Les souffles imprègnent son être. Le vent entoure et pénètre. Alors il perçoit. Questionnement, curiosité, bonheur. Doute, fierté, mort. Crainte, égarement, tristesse. Trois vies. Trois êtres dont les existences s'entrechoquent. Et il est ici pour un seul d'entre eux. Tout à leurs jeux, les souffles acceptent de l'aider encore. Virevoltants et dansants, ils le portent et le guident là où il veut aller. Grâce à eux, il trouve rapidement ce qu'il cherche.

Crainte, égarement, tristesse.

.. Lâche prise. Abandonne-toi à la mort. Tout ira bien, maintenant.
.. J'ai peur. Peur pour moi, que vais-je devenir. Je regrette. J'aurai voulu encore rire, pleurer, aimer. Je crains pour elle. Que va-t-il lui faire ? Je le hais. Je lui souhaite le Malheur. Je veux le blesser.
.. Lâche prise. Ne lui en veux pas. Il est vivant. Il est faible. Il est plein de haine et de douleur. Ne lui en veux pas. Ne crains pas pour elle. Nous l'aiderons. Ne crains pas. Lâche prise. La mort est venue à toi, embrasse-la. Lâche prise.
.. Lâcher...
.. Lâche prise. Ai confiance. Accepte. Et savoure.
.. Lâcher...
.. Ai confiance. Accepte. Et savoure.
.. Lâcher...
.. Accepte. Et savoure.
.. Lâcher...
.. Savoure.

Sourire. Abandon. Abandon.

Sourire.
Saveur.

Sourire.

Les souffles rient. Les souffles jouent. Et même s'il aime partager leur jeu, même s'il souhaite si fort partager leur jeu encore, il s'en va doucement. Il peut partager le jeu, mais son temps n'est pas venu de jouer. Son temps n'est pas venu.


Teinakh sent son sourire rayonnant. La sensation de ses lèvres étirées et du bonheur qui l'envahi ramène sa conscience. Son temps n'est pas venu. Serait-ce de l'impatience qu'il ressent ? Certainement. Mais il faut vivre. Il est vivant et il va continuer à savourer la vie. Alors, ses yeux s'ouvrent. Un instant, le vert de ses iris est lumineux, comme si elles reflétaient la malice infinie des souffles. D'expérience, il sait que sa méditation n'a pas duré plus d'une minute ou deux dans la réalité physique. Mais ces instants ont été plus que précieux. A présent, son visage rayonne. La mort nous prendra tous. C'est grâce à elle que la vie peut avoir un sens. La mort donne raison à la vie. Toujours.

Le cartographe se tourne vers l'assassin. Il est serein et son esprit comme son corps sont prêts. Prêts à vivre.

- Je ne me suis pas effondré pour lui. Ma colère était dirigée contre moi-même. Je savais qu'il mourrait, cette état de fait ne me convenait pas. Pourtant, jusqu'à la fin, je me suis contenté d'espérer. Au lieu d'agir, j'ai attendu, usant de toutes mes forces pour seulement espérer.

Teinakh se relève, passant sa main dans ses cheveux, gêné.

- Je ne veux pas jeter la pierre à ceux qui fonctionnent ainsi, ni blâmer ceux qui vénèrent l'espoir. Je juge l'espoir comme étant d'une importance capitale. Mais si espérer est un prétexte à l'inaction, alors l'espoir est mon ennemi.

Alors qu'il récupère son sac de voyage, il adresse un sourire tendre à l'assassin, penchant légèrement sa tête sur le côté.

- Et je vous présente mes excuses si ma colère vous a atteinte d'une manière ou d'une autre. J'étais le seul concerné par mon sentiment, et je ne souhaitais pas vous importuner.

Son regard se pose encore une fois sur le corps à terre, puis, suivant un courant d'air, ses yeux se portent sur le lointain.

- Quoi qu'il en soit, votre question est des plus intéressante. Pourquoi en serait-il différemment pour un autre ? Ma réponse est dans la connaissance. Je ne connaissais pas ce jeune homme.

Alors, Teinakh s'avance encore. Ouvrant légèrement son manteau pour découvrir ses mains et prouver son pacifisme, il s'approche encore de Dernier Regard jusqu'à se trouver à trois pas de distance de la femme. Son regard est intense et son sourire porte quelque chose d'implacable.

- Je veux vous aider. Je veux porter secours à la petite sœur de ce jeune homme, et je veux aussi vous aider. Cela implique que nous travaillons à présent ensemble. Je veux vous connaître et vous découvrir. Pour cela, je vous suivrai. Mais je ne me contenterai pas de cela. Sachez que je ne tuerai pas aveuglément. A commencer par ce frère indigne.

Sans crier gare, le cartographe s'incline, posant un genou à terre.

- J'ai conscience que vous portez la dernière volonté d'un homme. Et je vous prie d'accepter de me la reléguer.

Il laisse un silence intense. Son visage se relève et ses yeux se plantent dans ceux de l'assassin.

- Quand le moment viendra, laissez-moi décider de ce qu'il adviendra de la vie du frère. Et acceptez que je sois l'acteur du sort qu'il rencontrera.

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MessageSujet: Re: Le Feu et le Vent [PV Deryn]   Lun 29 Juin 2015 - 10:55

Un sourire étire mes lèvres amusées devant la révérence de mon nouveau compagnon de route.
Non que j'en ai eu beaucoup, notez bien, nouveau qualifiant surtout le caractère naissant de cette relation. J'avais toujours travaillé en solitaire, et le fait d'envisager d'utiliser un complice était une expérience toute nouvelle pour moi. Les contrats pris dans mes dernières années d'apprentissage et exécutés en compagnie de Sen ne comptent évidemment pas.

Teinakh. Teinakh Daergen.
Ma tête s'incline légèrement, à la fois écho à sa révérence et remerciement pour son don.
Un cartographe, hein... Tandis que j'essaye de déterminer en quoi cette donnée neuve peut m'être utile, mon regard s'égare sur les alentours. Ah, oui, le panorama... songeai-je avant que mes prunelles dissymétriques se replantent dans celles de mon vis-à-vis. C'est ce moment qu'il choisit pour se détourner, mais ce n'était que pour mieux reprendre la parole.

Sa demande, si étrange qu'elle fut, ne m'arracha qu'un léger haussement de sourcil.
Lorsqu'il s'agenouilla, je compris qu'il souhaitait offrir un adieu digne de ce nom au cadavre, et me détournai. Du remord ? Les dieux m'en gardent ! Du respect serait plus honnête. Peut être même une infime touche d'empathie, mais je vous rassure, il faudrait creuser très profondément pour la trouver.

Lorsque je le sens enfin se relever, j'ai poli ma lame favorite trois fois depuis le début de la journée.
Ah, et ramassé celle qui était par terre, aussi. Mais l'étincelle que je trouve après sa méditation dans le regard du cartographe me rassure et me fait oublier le coup émotionnel de cette journée, qui avait pourtant si bien commencé. Je ne me rends pas compte que quelque chose cloche, car je n'ai jamais été très proche du spirituel.

C'est alors que le cartographe se mit à parler.
À parler d'actions et d'espoirs, mâtinés de non-actions.
Ah, l'espoir... tous les humains le possèdent, et lorsqu'ils le perdent, ils ont l'impression d'avoir tout perdu dans le même coup. Mais ce n'était pas à coup d'espoir que se gagnaient les batailles, que s'effondraient les royaumes, que mourraient les empereurs.

Je hoche la tête.
L'espoir ne vaut pas l'action.
Mais l'espoir n'est pas forcément à jeter.
Du moins pour les autres.

Le pauvre homme...
J'ai déjà parlé de la sorte de chaînes que s'infligeaient ceux qui regrettaient d'avoir prit une vie.
Mais je me rends petit à petit compte que cet homme s'est bardé d'autres chaînes encore. Le remord, mais aussi l'espoir, la foi, et peut être d'autres que je ne connaissais pas encore. Mais il avait une chose de plus, cependant. Il reconnaissait ces chaînes et souhaitait les ôter, ou du moins passer outre.

Je ne peux m'empêcher de lui rendre son sourire.
Sa façon tendre de sourire, et amusante de pencher la tête sur le côté y est probablement pour quelque chose. Mes paupières s'écarquillent alors qu'il s'excuse au cas où sa colère m'aurait atteinte. C'était bien la première fois qu'on me faisait pareilles excuses. Un nouveau sourire s'empara de mes lèvres, et je déniai de la tête pour éviter qu'il ne s'en fasse trop.

La réponse qu'il donne à ma question est des plus intéressantes.
Il admettait que la vie d'un autre homme soit prise si il estimait qu'elle le méritait.
Se donnerait-il ainsi le droit d'être à la fois juge et bourreau ?
Un sourire amusé se prit à flotter sur mes lèvres.

Il se fana légèrement lorsque mon compagnon de voyage continua à avancer.
D'accord, dix pas c'était un espace un peu trop grand pour converser convenablement, mais trois...
Quand je me trouvais à trois pas d'un autre être humain, c'était quand l'Ombre me parlait, quand je donnais des cours à Leïna et Taelon, quand Lyra était dans la même pièce que moi ou bien quand... quand je tuais.

Autant vous dire que je n'étais pas très à l'aise.
Mais Teinak était affable, aimable et souriant, son expression respectueuse et pacifiste donnait envie de lui faire confiance, aussi ne tiquai-je pas lorsqu'il s'approcha, ouvrant son manteau et montrant ses mains désarmées. Mais rien n'aurait pu me préparer à ce qu'il se mit en tête de me demander.

– Je veux vous aider. Je veux porter secours à la petite sœur de ce jeune homme, et je veux aussi vous aider. Cela implique que nous travaillons à présent ensemble. Je veux vous connaître et vous découvrir. Pour cela, je vous suivrai. Mais je ne me contenterai pas de cela. Sachez que je ne tuerai pas aveuglément. A commencer par ce frère indigne.

Je clignai des yeux, mi-étonnée, mi-amusée.
Un complice, oui, mais un complice avec ses conditions.
Un sourire étira mes lèvres.
Intéressant.

C'est alors que le-dit complice s'inclina pour poser un genou à terre.
Mais... mais... mais qu'est-ce qui lui prend ?

– J'ai conscience que vous portez la dernière volonté d'un homme. Et je vous prie d'accepter de me la reléguer.

Aucun sourire n'habite plus mes lèvres, qui s'entrouvrent, peut être pour essayer de placer un mot, mais elles restèrent muettes tandis qu'il reprenait :

– Quand le moment viendra, fit le cartographe en plantant son regard dans le mien avec une volonté que je ne lui connaissais pas, laissez-moi décider de ce qu'il adviendra de la vie du frère. Et acceptez que je sois l'acteur du sort qu'il rencontrera.

Je laissai filer de longues secondes, profondes comme des entailles dans la chair nue.
Je ne pense pas que je donnerais à la légère un don comme celui que le jeune noble m'a fait.
Pourquoi reléguerai-je à cet homme la promesse que j'ai faite ?

Parce qu'il me le demande ? me souffle une voix.
La réponse n'est pas si bête qu'elle y paraît. Lui accorder ce qu'il demande me permettrait de consolider la relation de confiance qu'il a lui-même décidé d'entamer. Je gagnerai un peu plus sa confiance et son estime dans une collaboration précieuse. De plus, pendant qu'il s'occupera de tuer le frère, je pourrai m'occuper de veiller à ce que rien n'enraille notre plan ni notre fuite.

Mais, car il y a tout de même un mais.
L'être humain est par nature faible, paradoxal et indécis.
Celui-ci probablement autant qu'un autre.

– Je peux t'accorder de décider de la manière dont mourra ma cible, mais une promesse est en jeu, la dernière volonté d'un homme, et il est hors de question que je choisisse de ne pas l'honorer. Aussi, je peux t'offrir sa mort, mais si tu en viens à décider qu'il vive, je ne pourrai être tenue de m'y conformer. Comprends-tu ?

« Je veux que vous tuiez mon frère. »
C'est ce que le jeune homme m'a dit, et laisser un autre l'exécuter me semblait –en partie du moins– faire mauvaise foi à ma propre promesse. D'autant plus si au final il décidait de ne pas le tuer.

– Et, euh... relève-toi s'il te plaît, fis-je en passant une main gênée dans mes cheveux. Je ne suis pas un seigneur et tu n'es pas chevalier, tu n'as pas à faire ça. Tu viens de le dire, nous travaillons ensemble, tu n'es pas sous ma coupe, pas ainsi en tous cas.

Je jette un coup d’œil au ciel de plus en plus bleu.
Le soleil a déjà bien grimpé dans le ciel depuis le réveil des deux hommes à leur feu de camp.
Si nous voulons avoir une chance d'arriver à Akeraï sans trop avoir marché de nuit –si nous voulions agir, il était préférable que ce soit de nuit–, il fallait nous mettre en marche maintenant. J'attendis sa réponse pour continuer :

– Si nous marchons à bonne allure, nous pouvons arriver à Akeraï peu après le coucher du soleil.

Sans plus de cérémonie, je rajustai ma capuche sur mon front et me mis en marche.
La famille des deux frères habitait à Akeraï, quoiqu'un peu excentré par rapport à la ville, donc au final la direction ne changeait pas, qu'on y aille pour le donjon royal ou leur manoir. J'aurais de toutes façons eut rendez-vous avec le commanditaire de l'assassinat, ne serait-ce que pour lui dire que c'était fait, et toucher la récompense.

Tandis qu'il m'emboîtait le pas, je tâchai de lui offrir les données que je possédais à propos du prochain assassinat. Je m'étais trouvée dans la maison de la cible, pour prendre son contrat, un manoir typique d'Akeraï, fait de la pierre locale surmontée d'un toit d'ardoises, mais avec des ouvertures plus hautes que la moyenne, qui se révélaient ainsi dater d'une époque bien plus récente, et donc plus difficiles à forcer. Je lui détaillai également la topographie de la demeure.

Les heures du petit jour passèrent tandis que je tâchai de me montrer la plus précise possible, ne serait-ce que pour éviter  qu'il ne se perde une fois dans le feu de l'action.

– Mon plan de départ était simple : demander une audience auprès du commanditaire, et une fois en face de lui, le tuer, ainsi que ses gardes s'il y en avait. Mais si c'est à toi de le tuer, il faudrait s'occuper d'abord de ne pas être dérangés, puis ouvrir la voie et ainsi te permettre d'entrer pour exécuter ton œuvre, car ils ne te laisseront probablement pas entrer de leur plein gré. Il faudrait peut être effectuer une reconnaissance avant de penser notre plan dans son ensemble.

Le chemin à travers les marais n'était pas le meilleur que j'ai pu emprunter sur ce continent, mais il faisait son office, même si par endroits on courrait encore le risque d'être enlisé. Fort heureusement, nous n'avions pas de charrettes à enliser, ni même de chevaux.

– Des questions ? m'enquis-je.

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Teinakh Daergen
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MessageSujet: Re: Le Feu et le Vent [PV Deryn]   Lun 6 Juil 2015 - 11:10

– Je peux t'accorder de décider de la manière dont mourra ma cible, mais une promesse est en jeu, la dernière volonté d'un homme, et il est hors de question que je choisisse de ne pas l'honorer. Aussi, je peux t'offrir sa mort, mais si tu en viens à décider qu'il vive, je ne pourrai être tenue de m'y conformer. Comprends-tu ?

L'explication est très claire et, pour être honnête, Teinakh ne s'attendait même pas à ce qu'elle lui accorde autant. Il était prêt à exposer son opinion avec bien plus d'ardeur dans le but de tenter de convaincre l'assassin, mais finalement, elle s'est montrée très compréhensive tout en restant attachée à ses valeurs. En somme, Dernier Regard a su être souple tout en restant intègre. Et cela touche Teinakh au fond de son cœur. Le fait qu'elle ait recherché puis trouvé cet équilibre pour lui est une marque de l'attention qu'elle porte à leur relation naissante. Aussi, quand elle lui demande de se relever, son visage est paré d'un sourire tendre. Ses yeux sont remplis de reconnaissance.

Alors que l'assassin se met en route, Teinakh lui emboîte le pas. Et au moment où ils atteignent la lisière des marais, le jeune homme s'arrête et se tourne vers le sol couvert de cendres qu'ils quittent. Oui, les choses se seront finalement déroulées autrement. Le Plateau Ecarlate aura finalement été le lieu d'une rencontre. Le cœur empli de reconnaissance, il ferme les yeux pour humer l'air lourd régnant sur le plateau. Quelle direction peut bien prendre une rencontre qui a débuté ainsi, dans le sang et la cendre, dans la mort et le mystère ? Impatient de découvrir la réponse à son questionnement, Teinakh se retourne, offrant son élan et sa marche au destin.

Dernier Regard partage rapidement tout ce qu'elle sait de la résidence de leur cible. Elle n'omet aucun détails, explicitant le style d'habitation, sa topographie, mais aussi la matière de ses murs et la nature de ses fenêtres et de son toit. Autant d'informations certainement primordiales pour l'assassin, mais aussi très importantes pour le cartographe : le détail dont elle use pour lui décrire allié à sa capacité d'observation lui permettent dès maintenant de se représenter le tout très clairement. Le plan d'action qu'elle lui propose lui semble tout-à-fait adapté, et quand elle s'enquit de ses questions, il se met à lui poser toute une série d'interrogation destinées à ce qu'il acquiert un maximum de détails quant à l'intérieur de la demeure. Ceci fait, il garde le silence un temps, afin d'assimiler pleinement les informations acquises.

- Une dernière chose me chiffonne : je souhaite parler avec notre cible. Je souhaite prendre le temps d'échanger avec lui. Je ne pourrai hélas pas aller jusqu'à le connaître, mais j'ai besoin de pouvoir le jauger.

A ces mots, une ombre de compréhension passe sur son visage.

- Oh... Je réalise soudain qu'une méprise peut avoir été faite... Je vous ai tout-à-l'heure parlé de combien il aurait été important pour moi de connaître le jeune noble et je vous expose à présent mon besoin de jauger notre cible. Vous êtes absolument libre de croire ou de penser ce que bon vous semble. Et je souhaite aussi faire de mon mieux pour éviter toute méprise.

Il prend une légère inspiration.

- Il ne s'agit pas pour moi de juger. Je ne prétends pas être de capable de discerner qui mérite de mourir, et je ne cherche pas à être capable d'un tel discernement. Simplement, mon expérience m'a appris que beaucoup des personnes qui infligent la souffrance sont elles-même victimes d'un malaise.

Il se tourne vers Dernier Regard, lui offrant ses yeux simplement purs.

- En somme, loin de vouloir le juger, je souhaite l'aider.

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MessageSujet: Re: Le Feu et le Vent [PV Deryn]   Dim 12 Juil 2015 - 11:28

– Une dernière chose me chiffonne : je souhaite parler avec notre cible. Je souhaite prendre le temps d'échanger avec lui. Je ne pourrai hélas pas aller jusqu'à le connaître, mais j'ai besoin de pouvoir le jauger.

Ah oui, parler.
Ce que font les humains civilisés.
Parler, ça prend du temps et c'est tout sauf discret.
Donc j'aime pas. Sauf quand c'est utile, cela dit. C'est vrai que c'est parfois utile.
C'est la raison pour laquelle j'ai plus parlé en quelques instants en compagnie du cartographe que pendant la dizaine de jours qui vient de s'écouler. Parce qu'il y avait de la nécessité. Nécessité de questionnements, d'informations, de partage.

Mais mon compagnon n'en avait pas terminé :

– Oh... Je réalise soudain qu'une méprise peut avoir été faite... Je vous ai tout-à-l'heure parlé de combien il aurait été important pour moi de connaître le jeune noble et je vous expose à présent mon besoin de jauger notre cible. Vous êtes absolument libre de croire ou de penser ce que bon vous semble. Et je souhaite aussi faire de mon mieux pour éviter toute méprise.

Le temps d'une légère inspiration, –que je lui laisse volontiers, peu impatiente de prendre la parole– il semble se concentrer pour trouver les mots justes :

– Il ne s'agit pas pour moi de juger. Je ne prétends pas être de capable de discerner qui mérite de mourir, et je ne cherche pas à être capable d'un tel discernement. Simplement, mon expérience m'a appris que beaucoup des personnes qui infligent la souffrance sont elles-même victimes d'un malaise. En somme, loin de vouloir le juger, je souhaite l'aider.

Il ne jugera pas mais souhaitait quand même décider de sa vie ou de sa mort.
J'eus le réflexe de sourire, vague protection contre des mots qui portaient un sens que je ne voulais entendre. Mais la pureté que me renvoya son regard me l'interdit. Je découvrais au fur et à mesure que mon nouveau compagnon de route avait le chic pour me désarçonner.

Je me mordis la lèvre.
"Beaucoup des personnes qui infligent la souffrance sont elles-même victimes d'un malaise."
Se rendait-il seulement compte à quel point je pourrais me sentir insultée par sa phrase ? Pourrais. Car à vrai dire, comme pour son discours sur le remord et la culpabilité tout à l'heure, ses mots ne renvoient eux non plus aucun échos en moi. Autant qu'une vérité étouffée blesse inévitablement celui qui l'entend, une non-vérité ne peut rien causer.

De quel malaise serais-je victime ?
Je ne me souviens même pas de mon enfance.
À cette pensée, je fermai les yeux une poignée de seconde.
Le fameux malaise serait-il d'avoir été ravie à la mort par magie ?
La question méritait peut être d'être posée.
Quant à y répondre...

– Je vois, fis-je en plantant un regard qui semblait parfaitement calme et apaisé dans le sien. Il va donc falloir revoir certaines parties du plan.

Je me laissai un instant de réflexion pour faire le tour de toutes les possibilités que la configuration des lieux et de ses acteurs m'offraient. Finalement, j'optai pour celle que je trouvais la plus efficace –ou celle qui avait le moins de chance d'échouer, dirons-nous.

– Je te propose de me laisser m'annoncer à la porte de sa demeure. Comme je serai un invité considéré comme très dangereux, tous les gardes auront les yeux fixés sur le serpent qu'ils laissent entrer chez eux, et tu pourras te faufiler jusqu'à la salle où il devrait me recevoir sans trop d'efforts. Une fois à l'intérieur, je m'occuperai des gardes, –je ne précisai pas si je prévoyais de les tuer ou non– je sortirai pour veiller à ce que tu ne sois pas dérangé, et ce sera à toi d'entrer en scène.

Je me tus un instant.
En vérité, comme tout plan, il avait tant et tant de façon d'échouer.
Teinak pouvait ne jamais arriver jusqu'à la bonne salle, quelques gardes pouvaient n'en avoir rien à faire de moi et le trouver, et s'il arrive finalement à être seul avec lui, qui dit que la cible sera inapte à sa défendre ? Il pourrait sortir une arbalète, voire une de ces armes à feu qu'affectionnent les pirates.

– Cela étant dit, commençai-je, je ne suis pas omnisciente, et tu as le droit de proposer un autre plan, ou une variante, si celui-ci te paraît mauvais.

Après tout, j'avais pour ma part l'habitude de risquer ma vie.
Lui, probablement beaucoup moins –je ne dis pas qu'il ne le faisait jamais, je dis juste que ce genre d'entreprise, soit m'apprêter à tuer quelqu'un, m'était beaucoup plus familière qu'à lui. Et donc ce plan, qui le mettait à l'épreuve, pouvait être dangereux selon son degré de prédisposition à l'infiltration.

J'écoutai ce qu'il avait à répondre, puis nous sombrâmes de nouveau dans le silence.
Maintenant qu'il n'y avait plus vraiment de nécessités de communication, je m'étais retranchée derrière mes habituelles protections mentales. Cela dit, il est important de noter qu'il n'y avait rien de négatif dans ce silence. Simplement, il y avait un temps pour parler, et un temps pour se taire, et mon compagnon de route sembla l'accepter, ou du moins, il accepta la gangue ouatée qui nous enveloppait et ne la brisa pas jusqu'à ce que nous arrivions dans la ville d'Akeraï.

Nous ne mîmes que quelques minutes à nous rendre dans le quartier de la demeure de notre cible.
Le manoir était tel que je l'avais décrit : immense, entouré d'un jardin plus grand encore. Une imposante grille était tenue par deux gardes en faction, et beaucoup d'autres patrouillaient à l'intérieur de l'enceinte. La dernière fois, j'en avais dénombré une vingtaine, mais peut être avait-il encore renforcé la garde.

Pour le moment, nous nous étions embusqués à l'angle d'une ruelle adjacente, de l'autre côté de la rue, pour voir sans être vus.

– Il serait inconscient de croire que tous les gardes auront les yeux rivés sur moi, murmurai-je à Teinak sans le regarder, les yeux rivés sur la demeure de la cible, essayant de noter chaque détail.

Je me tus un instant.
Mon rythme cardiaque était légèrement trop élevé, mais je savais que bientôt il s'abaisserait.
C'était toujours ainsi : dans l'expectative, j'étais fébrile, mais dès que les choses sérieuses commençaient, j'étais aussi calme et froide qu'une tombe. Je posai enfin le regard dans celui de mon complice.

– Si tu as quelque chose à dire, une question, une suggestion, c'est le moment ou jamais.

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Teinakh Daergen
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MessageSujet: Re: Le Feu et le Vent [PV Deryn]   Mar 8 Sep 2015 - 22:30

Le plan proposé par Dernier Regard est fort simple à exposer et à comprendre. Il est aussi périlleux et va nécessiter que Teinakh se montre précis et efficace. Cela convient à merveille au cartographe qui sent son esprit s'échauffer à la perspective de l'action.

– Cela étant dit, je ne suis pas omnisciente, et tu as le droit de proposer un autre plan, ou une variante, si celui-ci te paraît mauvais.


Le visage du jeune homme est paré d'un fin sourire teinté de froid. La tension qui s'éveille dans son corps l'enivre, diffusant dans ses veines une liqueur chargée en adrénaline. Sa pensée fuse, appréciant la pertinence du plan exposé et en explorant les facettes ainsi que les multiples opportunités qu'il offre. Le champ des possibles est immense et cela grâce à la simple perspective de se séparer. Teinakh va devoir avancer seul, à sa manière. Comme il le fait toujours, en somme. Mais il s'est écoulé une éternité sans qu'il n'ai eu l'occasion d'user de ses facultés d'infiltration et l'idée de devoir de nouveau y faire appel excite son esprit. Il va devoir s'appuyer sur les vents, certainement bien plus que d'habitude, et il sait qu'il doit s'y préparer. En réponse à Dernier Regard, le jeune homme assure d'une voix calme :

- La perspective de ce que vous proposez me sied à merveille. Je suivrai donc ce plan.

Cela étant dit, Dernier Regard plonge dans le silence. Un silence que Teinakh perçoit comme étant doux et tranquille. Un silence qui tire un sourire au jeune homme. S'il est habitué à voyager en solitaire, il lui arrive régulièrement de partager de la compagnie ; alors, la discussion est souvent de mise, que cela soit pour partager ou simplement pour faire passer le temps. Mais le comportement de la femme lui permet de vivre une chose qu'il n'a jamais expérimenté : la parole réservée à l'utile. Non, pas tout-à-fait... Parler est toujours utile, même simplement pour tromper l'ennui ou montrer l'appartenance à un groupe social. Il ne s'agit donc pas d'une question d'utilité, mais de nécessité. Le silence de l'assassin exprime le fait que se parler davantage ne se montre pas nécessaire.

Et Teinakh partage cet avis. Cela n'est pas du tout dans ses habitudes et il se trouve tranquillement émerveillé de découvrir une compagne avec qui partager le voyage peut signifier goûter ensemble au silence. Et s'il est une grande beauté du silence, c'est précisément que le partager est une chose qui se fait à la fois ensemble et seul. Un commun accord de communion avec soi-même. C'est donc animé d'une immense tranquillité que le jeune homme se plonge dans le monde qui l'entoure. Rapidement, les sons envahissent tendrement ses sens... Le marais qui les entoure est plein de vie et Teinakh, pour qui cet environnement est hostile et grouillant, voit sa perception évoluer : le marais devient un lieu généreux, au sein duquel des millions d'êtres vivants profitent de l'humidité omniprésente pour prospérer. Et puis, une grande partie de ces habitants usent des souffles pour se mouvoir. A cette pensée, le cartographe inspire profondément, invitant les souffles jusqu'au fond de son âme.

Le voyage se déroule ainsi, chacun goûtant tranquillement à sa solitude. Finalement, les pas assurés de Dernier Regard les mènent au manoir de leur cible, après qu'ils aient prestement traversé de nombreuses rues sales de la grande ville d'Akerai. Le soleil est à la fin de sa course et ils sont postés de manière à voir le lieu sans être remarqués par les gardes qui en surveillent les alentours.

– Si tu as quelque chose à dire, une question, une suggestion, c'est le moment ou jamais.

La voix de l'assassin porte quelque chose de fébrile, comme si elle était tremblante d'excitation. Au moment où il perçoit cela, Teinakh sent en lui s'éveiller le même sentiment : l'agitation avant l'action. Avant de répondre à sa compagne, il prend le temps de poser son regard sur la bâtisse. En fait, il ne s'agit pas simplement de son regard. Le jeune homme est en train de tendre tous ses sens vers le manoir. Sa respiration se pose et s'amplifie à mesure qu'il use des souffles comme d'un support pour ses sens. Il cherche à percevoir tout ce qui peut l'être, à engranger tous les éléments qui composent le lieu avec lequel il va interagir. Il sent l'odeur des cinq gardes postés à l'extérieur. Il repère les innombrables voies qui lui permettraient d'accéder directement à l'étage sans entrer au rez-de-chaussé. Il entend la respiration diffuse de 5 hommes à l'intérieur des murs. Il entend aussi qu'il y en a d'autres, mais la distance et la matière l'empêchent d'en savoir davantage. Il va donc se contenter de cela.

C'est avec un regard tranquille au fond duquel brille une perle de détermination inébranlable qu'il s'adresse à Dernier Regard en ces simples mots :

- Je suis prêt.

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