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 Cheminée et voyageurs nocturnes (PV Teinakh Daergen)

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Aldarik de Tolossa
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MessageSujet: Cheminée et voyageurs nocturnes (PV Teinakh Daergen)   Sam 2 Aoû 2014 - 23:12

Cela faisait désormais sept jours qu'ils voyagaient en carriole ; dans cette malheureuse charrette en bois rongé par l'humidité, avec des chevaux épuisés et des roues pleines de boue tremblant sur les cailloux du chemin. Une nouvelle nuit tombait sur le royaume de Quetaïn. Une nouvelle journée se terminait. Une journée de plus de fuite, de peurs, où Aldarik se tenait là sur la paille et le bois du chariot, à moitié allongé, bras croisés sur son torse vêtu de haillons. Silencieusement mais extrêmement attentif, il guettait l'horizon d'arbres et de buissons à la recherche de possibles poursuivants. Les cernes sous ses yeux étaient monstrueuses, cela semblait faire une éternité qu'il n'avait pas dormi et diable qu'il était difficile de trouver le sommeil depuis qu'ils avaient fuis la capitale, Frederig et lui, aidés d'un marchand.

Harassé, exténué, il en venait même à penser qu'il dormait mieux dans les geôles royales et qu'il donnerait tout pour avoir enfin la paix. Cela ne faisait pourtant qu'une semaine qu'il était traqué de la sorte, que son portrait était placardé dans le royaume, que les crieurs hurlaient son nom et promettaient de grandes primes à qui le ramènerait vivant. Oui, seulement une semaine qu'il était dans cette fichue carriole, à vivre dans l'angoisse constante de voir arriver au loin, sur leurs chevaux de bataille, les cavaliers de l'Ordre ou la Garde Royale de Mitram Al'Kerpan, Sultan du royaume. Sept jours qu'il surveillait, sept jours sans rien apercevoir. Il savait qu'il devrait s'en réjouir ; Frederig le lui répétait plusieurs fois par jour. Il devrait s'estimer heureux d'être en vie, libre, mais il n'y parvenait pas.

Pas avec ces pensées qui tournaient en rond dans sa tête. Holm, blessé pendant la tentative d'évasion, était resté à Quetaïn avec Dorian, devenu médecin après son père. Tout deux recherchés pour assistance à un homme coupable de meurtre et de traîtrise envers l'Ordre et la couronne. Combien de fois par nuit, réfléchissait-il au fait que par sa faute ils soient peut-être en ce moment même à sa place dans les cachots de la ville, ou torturés, ou bien... déjà morts. Il pensait à tous ces innocents que ses amis avaient utilisé pour détourner l'attention des gardes, qui avaient sûrement eux aussi péris. Il se remémorait tous ses cours sur la justice qui n'étaient que foutaises. Était-ce juste de torturer quelqu'un pour lui soutirer des informations ? était-ce juste de condamner un homme à mort sans lui laisser aucune chance de se défendre ? Qu'est-ce qu'était la justice si ce n'était le mirage d'un peuple dominé et asservi ? Quelques jours auparavant, il aurait répondu que chaque homme méritait sa place, mais aujourd'hui, la justice avait un goût de sang et de fer sur ses lèvres sèches et fendues. Un goût amère, lui restant dans la gorge.

- Nous allons devoir faire une halte.

Le vieux marchand qui les accompagnait le tira de ses pensées. La charrette roulait toujours mais apparemment plus pour très longtemps. L'idée avait beau le réjouir, la perspective d'une nuit sans sommeil, lui faisait préférer continuer la route.
Sans arrêter le chariot, le vieil homme, avec ses carreaux de verre poussiéreux et fissurés, reprit doucement :

- Les chevaux sont épuisés, ils ne tiendront plus longtemps si on ne fait pas une pause. Ils doivent boire et manger également.

- Comme nous tous, répondit Frederig avant de proposer de faire un arrêt dans le prochain village.

- Ce n'est pas trop dangereux de s'arrêter dans un village ?

Aldarik se massa la nuque, ouvrit la bouche.

- Si. Mais au moins ne mourra t-on pas de faim, ni de soif.

Il fit une courte pause, histoire de réfléchir.

- Et je dois acheter de nouveaux habits.

- D'autant plus qu'une nuit à l'auberge ne ferait de mal à personne ! s'empressa d'ajouter Fred.

Le marchand acquiesça, continua de guider les chevaux dans le noir naissant. Les ténèbres de la nuit s'emparaient à vue d’œil du paysage de forêts et de bosquets qui les entourait. Aldarik leva les yeux vers le ciel. Une grosse lune grise couverte de tâches étranges, parfaitement pleine, le surplombait entre deux branchages. C'était bien tout ce qu'ils avaient comme lumière. Heureusement qu'elle existait. Par soucis de discrétion, ils s'étaient fixés de ne pas faire de feux la nuit, aussi dormaient-ils toujours dans une absence de lumière presque totale sous les feuillages ainsi que dans le froid et le risque d'attirer les bêtes sauvages. Mais comme disait Fred : Mieux valait des loups que des hommes.

Après une demie-heure supplémentaire de route, les lanternes suspendues aux maisonnettes leur apprirent qu'ils allaient sûrement pouvoir trouver l'hospitalité chez l'habitant. A y voir de plus près, le village était vraiment minuscule. Il ne devait pas y avoir plus de cinq cent habitants, néanmoins, une auberge aux feux intérieurs allumés semblait encore ouverte. Geralm, le vieux marchand fit s'arrêter les chevaux devant. Aldarik tourna la tête doucement vers la lumière et la fumée à l'intérieur et hocha la tête à la question silencieuse du vieillard.

- Bien, allez-y. Je vais trouver un endroit où parquer les cheveux, je vous rejoins plus tard.

Frederig sauta de la carriole sans se faire prier, embarquant dans le mouvement son petit sac de toile. Pieds à terre, il esquissa une grimace et poussa un grognement en maugréant que la route lui avait verrouillé tous les nerfs possibles et imaginables tant il avait mal. Aldarik sourit, posa une main sur le rebord de bois et descendit. Il avait les muscles du dos, des cuisses complètement ankylosées mais sans un mot, en serrant les dents, il s'en alla pousser la porte de l'auberge.
Droit devant lui, sur la troisième table ronde, se tenaient deux hommes, dont un portant un tablier blanc. L'homme lui adressa un signe de la main « Je suis à vous, tout de suite, mes chers ». Sur la droite, non loin de l'entrée, se dressait le comptoir en bois massif sur lequel des verres, plus ou moins grands, attendaient d'être remplis. En avançant sur le plancher brun, le jeune fugitif jeta un regard vers la cheminée qui, trouant le mur de pierres sur sa gauche, inondait la pièce de son feu sublime et de sa chaleur réconfortante. La salle de restauration était déserte en tout cas, probablement à cause de l'heure bien tardive (ou très matinale).
Une porte se ferma derrière Aldarik. Il se retourna, croisa le regard de Frederig qui désigna le fond du salon d'un faible mouvement de main. Sans prendre la peine d'acquiescer, il s'y dirigea et constata avec joie qu'un banc couvert de fourrures s'y tenait. Posant une main sur la table pour s'aider à se baisser, il s'y assit et s'adossa au mur en fermant les yeux.

- Par tous les dieux ! Je n'ai jamais été aussi heureux de m'asseoir ! s'exclama Fred à côté de lui.

Aldarik sourit et avant qu'il ne puisse répondre l'arrivée de l'aubergiste lui fit rouvrir les yeux. L'homme était plutôt petit, avec des cheveux noirs longs, attachés dans son dos par un lien de cuir sûrement. Il portait un bouc bien taillé et des vêtements modestes mais propres. Mains derrière le dos, il s'inclina légèrement vers ses invités.

- Messieurs, que puis-je pour vous ?

- Si vous avez de quoi faire couler un bain et des vêtements propres, je suis prêt à vous payer en or massif, répondit l'évadé.

- J'ai tout ça mon bon jeune homme, mais gardez votre or je vous prie. Il sourit un instant. Je n'en ai pas besoin. Sinon, il y a une bassine commune au rez-de-chaussée, il suffit de prendre la porte derrière l'escalier. Il désigna du menton ce dernier. Juste là. Et il y a de quoi se vêtir dans l'armoire.

Aldarik hocha la tête et le remercia avant de se lever.

L'eau était certes froide et la bassine étroite mais le jeune homme s'y plongea sans hésitation et bras sur les rebords, assit, il bascula la tête en arrière et ferma les yeux. Il avait oublié le toucher de l'eau sur sa peau. Il avait oublié la caresse le lavant du sang séché des dernières semaines, de la poussière, de la boue et surtout... il avait oublié le délice de la fraîcheur de l'eau sur son corps. Ses muscles semblaient se réveiller, s'enhardir de nouveau, bien que les courbatures soient si rudes qu'il doutait qu'un bain suffise à lui rendre sa vigueur. Voilà qu'il se mettait à somnoler puis à s'endormir. Ce fut un sommeil sans rêve, juste profond, confortable et rassurant.

¤ ¤ ¤

Puis quelques minutes ou heures plus tard, toute notion du temps perdue, il rouvrit les yeux, sortant de sa torpeur et se redressa. Sur un tabouret à côté de lui, étaient désormais posés une serviette, une chemise pourpre, un pantalon noir et des bottes de cuir. Il jeta un regard alentour... personne. La porte était toujours bien fermée.

N'ayant strictement aucune idée de l'heure, il se leva, se sécha, s'habilla. Diable qu'il avait aussi perdu la sensation des chemises de soie, délice sur sa peau et des vêtements tout simplement propres, frais et odorants. Il passa rapidement une main dans ses cheveux courts et rouvrit la porte. Au fond de la salle, Frederig se tenait toujours là, seul. Plus de tenancier. Il se leva en grimaçant encore et alla se laver à son tour, tant dis qu'Aldarik s'allongeait sur le banc de fourrures et sombrait dans le sommeil.

Un bruit de chaise tirée sur le plancher le fit sortir de son repos. Impossible de savoir encore s'il venait de s'endormir ou si on approchait du petit jour. Il ouvrit un œil, se redressa. Ce n'était rien qu'un nouvel arrivant. Sonné, prisonnier des méandres de la somnolence, il s'assit, s'appuyant sur ses bras tendus, mains de part et d'autre de ses jambes, tête baissée. A côté de lui, à même le sol, dormait et ronflait Frederig. Quelle belle image donnaient-ils à eux deux à s'endormir ainsi dans la salle commune...
Réveillé, il leva finalement les yeux et salua de la tête le voyageur qui venait tout juste d'arriver.

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Teinakh Daergen
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MessageSujet: Re: Cheminée et voyageurs nocturnes (PV Teinakh Daergen)   Lun 4 Aoû 2014 - 16:47

Feïral. Akeraï. Quetaïn. Trois royaumes aux cultures, aux meurs, aux gouvernements et aux aspirations radicalement différentes. Trois royaumes possédants pourtant un point commun dans leurs trois frontières. Teinakh est précisément en chemin vers ce point en particulier : l'endroit où du fleuve de la Pourpre nait celui de l'Embourbé.

Il s'était mis en route depuis déjà plusieurs jours dans le but d'étudier précisément combien la culture liée aux royaumes se développe à leurs frontières. A quel point faut-il s'éloigner des frontières pour commencer à pouvoir parler de meurs du pays ? A quel point cela dépend-il du pays en question ? Peut-on envisager de parler de culture frontalière ? Pour le cartographe, ce point particulier de contact entre trois pays est le lieu d'étude rêvé pour tenter de répondre à ces questions. Ou du moins, pour mettre en place une ébauche de raisonnement à ce sujet...

Il estime à deux semaines le temps nécessaire pour parvenir à sa destination. Il veille donc au grain sur ses vivres pour ne pas se trouver à court. Heureusement, il a choisit sa route pour qu'elle soit parsemée d'auberges et de villages afin qu'il puisse se ravitailler régulièrement. C'est d'ailleurs vers l'une d'elle qu'il se dirige d'un pas tranquille alors qu'une journée de plus s'achève.

Une journée de plus à s'émerveiller de la beauté du monde, de la puissance du soleil, de la verdure protectrice des arbres, des couleurs chatoyantes des buissons et de la végétation au sol, et de l'enthousiasme de la vie animale de cette fin d'été. Une journée de plus à savourer d'avoir les pensées fébriles quant à ce qu'il sera amené à découvrir lors de son étude et quant aux conséquences de ses découvertes sur sa vision du monde. Car, que son travail soit concluant ou non, il sait que le simple fait de s'être mis en mouvement dans ce sens le mènera à mettre en question ce qu'il croit savoir sur les cultures.

Le soleil a déjà quitté le ciel depuis une ou deux heures et Teinakh continue d'avancer à la lumière argentée de la lune ronde. Ses pas suivent silencieusement le tracé sinueux que la route grise trace à travers la plaine pâle parsemée des silhouettes sombres des arbres dont les feuillages murmurent. L'air est doux, chargé des senteurs de la végétation et de l'humidité du début de la nuit. Les chants du jour ont cédé leur place aux sons de la vie nocturne.

Arrive un moment où sa route en rejoint une autre, plus large, courant entre les arbres. La luminosité est suffisante pour que Teinakh discerne que celle-ci est marquée de sillons. Se penchant pour étudier un instant ces traces, il les reconnait comme ayant été laissées par une charrette. Ses connaissances ne lui permettent pas de comprendre à la profondeur des sillons que cette charrette transportait trois hommes. Cependant, il sait compter le nombre de cheveux qui la tirait et la direction qu'elle empruntait. Il se réjouit donc en comprenant qu'il sera certainement amené à avoir de la compagnie à l'auberge de la Loutre Endormie.

¤¤

C'est près d'une heure plus tard qu'il atteint la taverne. Son esprit est remplit de bonheur, son âme est apaisée par la nuit et son corps est exténué par sa marche. La lumière blafarde filtrant à travers les carreaux lui apprend que le tenancier a quitté son poste. Il est certainement parti en quête d'un repos mérité après une journée de travail bien remplie. Le cartographe pousse timidement la porte et il s'emplit de reconnaissance envers le tavernier quand elle s'ouvre sans résistance.

Il comprend que le brave homme est partisant d'une pratique commune au nord de Quetaïn : il est monnaie courante de trouver des auberges dont la salle commune reste à disposition des voyageurs durant la nuit. Les tenanciers ferment alors l'accès aux cuisines pour éviter toute sorte de vol et s'arrangent pour que leur fût soient vides, ou peu s'en faut, quand ils quittent leur poste.

Teinakh avait de toute façon prévu de puiser dans ses vivres pour se sustenter, ce soir-là. Et il s'accommodera parfaitement de la salle commune pour dormir. Il entre et découvre qu'il va partager la pièce avec deux autres voyageurs. Ces derniers dorment d'un sommeil qui semble profond. Teinakh se fait le plus discret possible pour ne pas les réveiller alors qu'il traverse la pièce. S'approchant d'une table, il dépose son sac et retire son manteau de voyage.

Alors, il détail un instant les deux endormis. Si l'un d'eux est affalé à terre et montre son dos au cartographe, l'autre s'est effondré sur un banc, face tournée vers Teinakh. Ce dernier est tout de suite frappé par l'épuisement qui dévore son visage. Ses cernes sont profondes et son teint est pâle. Cependant, ses traits portent quelque chose de fort, de solide. La cicatrice qui barre son front est la seule source de chaos dans son visage.

Teinakh ignorait que les fouets dont sont victimes les prisonniers étaient capable de meurtrir la chair à ce point. Son cœur se trouve inondé de compassion envers cet homme dont l'avis de recherche est visible dans toutes les villes et villages alentours. Ses traits puissants sont de ceux qu'il reconnait tout de suite et le cartographe, habitué à user de son sens de l'observation pour son travail, aurait su mettre un nom sur ce visage même s'il avait vu ne serait-ce qu'une seule affiche.

Cependant, il y a un détail physique qu'une affiche ne sait donner. Et cette information lui est offerte quand il tire sa chaise délicatement. Ce qu'il estime comme étant un son ténu suffit à éveiller le fugitif qui, se redressant difficilement, finit par poser son regard sur Teinakh. Un regard profond, intense.

Vert.

Le cartographe présente un petit sourire, gêné d'avoir tiré l'homme de son sommeil. Il répond à son salut en s'inclinant légèrement.




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Aldarik de Tolossa
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MessageSujet: Re: Cheminée et voyageurs nocturnes (PV Teinakh Daergen)   Jeu 7 Aoû 2014 - 14:34

C'était un homme plutôt grand, fin, allongé, qui de cuir entièrement vêtu, lui adressa un sourire gêné tout en avançant le buste avec respect pour lui rendre son accueil. En se courbant de la sorte, la longue tresse qui nouait ses cheveux noirs glissa sur son épaule. Elle descendait jusqu'au milieu de son torse environ et était maintenue attachée par un lien de cuir beige ressortant sur le noir corbeau de sa chevelure. Les deux jeunes hommes ne devaient pas avoir une bien grande différence d'âge, en témoignait l'aura de maturité qui se dégageait du nouvel arrivant. Ce dernier détaillait Aldarik d'un œil un peu trop insistant au goût du fugitif.

La réalité lui revint brutalement en mémoire.
Il était pourchassé dans tout le royaume. Son portrait dessiné et placardé dans les espaces publics avait beau être simpliste, il ne restait pas moins reconnaissable. Le jeune voyageur tout fraîchement arrivé reparti dans ses affaires, Aldarik amena une main à ses yeux. De l'index et du pouce, il passa dessus dans le but de le réveiller un peu mieux en retenant un long soupir. Ça ne faisait qu'une semaine mais il se sentait plus qu'exaspéré. Il était fatigué de devoir constamment surveiller ses arrières, il était épuisé de fuir, il était éreinté de se cacher pour ne pas être reconnu et retrouvé, il était harassé de devoir se méfier de tout et de tous. Il n'en pouvait plus, simplement. Le manque de sommeil, la fatigue physique et musculaire s'ajoutait à l'exténuation mentale.

Dans ce village tout près de la frontière d'Enetari, la milice n'avait pas encore eu le temps de lancer les avis de recherche, mais au regard que lui avait lancé l'autre homme, il n'y avait aucun doute qu'il venait du cœur du royaume. Aldarik se massa les tempes d'une main. Quelqu'un l'avait reconnu, alors voilà qu'un danger de plus se rajoutait à la liste. C'était un possible dénonciateur. Que pouvait-il faire maintenant ? L'éliminer tout de suite en l'assommant d'abord avec son verre, attendre qu'il sombre dans le sommeil pour l'étouffer, l'étrangler, fuir vite et loin avant qu'Ils ne le retrouvent ? Le cœur du fuyard se serra. Pourquoi pour se cacher et attendre de trouver quelqu'un qui pourrait l'aider à mener un procès, il était obligé de transgresser encore plus les lois ? Tuer cet homme ferait de lui le meurtrier qu'on disait qu'il était. Ça n'avait aucun sens.

Il s'agenouilla près de Fred pour fouiller ses poches à la recherche d'un morceau de viande séchée à manger mais de peur de le réveiller, il s'arrêta après la première, vide. En se redressant, il trouva sa choppe de bière encore pleine, toujours devant lui. Il tendit la main et tourna l'anse vers lui avant de s'en emparer. Il jeta un œil au contenu où une fine couche de mousse subsistait encore, et porta le verre à ses lèvres. Il bût une gorgée et se leva, choppe à la main. La bière était froide, tout comme le courant d'air qui avait balayé la pièce.

Les traits de son visage se tordirent légèrement, bien qu'il lutta pour qu'on ne le remarque. Ses muscles avaient du mal à lui répondre, et ce en dépit du bain d'eau froide qu'il l'avait réveillé quelques temps plus tôt. Les courbatures étaient bien réelles, aussi fallait-il faire avec. Il sillonna entre deux tables où il posa son verre et s'accroupit devant la cheminée. A la main, évitant de se brûler, il déplaça quelques bûches, se pencha et souffla doucement pour faire repartir le feu. Des flammes s'élevèrent, mordant le bois sec qui se consumait. Il aurait bien aimé savourer une bonne cuisse de canard cuit à la broche...

Aldarik positionna ses mains devant l'âtre et les frotta pour se réchauffer avant de se relever et de récupérer son verre. Le regard de l'inconnu était vert profond, attirant, doux. Incapable de réellement s'en défaire maintenant qu'ils s'étaient croisés avec insistance, le fugitif hésita à l'ignorer et retourner s'allonger, bien que l'envie ne lui manquait pas. Finalement, bottes claquant doucement sur le plancher, il récupéra sa choppe et se posa sur la chaise face à la cheminée, tournant le dos à l'étranger.

Il hésitait à demander clairement si l'homme avait dans l'intention de le dénoncer, ou s'il avait des nouvelles des accusés coupables d'évasion qu'étaient ses amis restés à Quetaïn, mais il préféra faire comme si de rien n'était. Ce qui était bien plus difficile à faire que prévu. Après tout, il avait quand même la mort d'une famille entière sur la conscience, enfants et femmes compris. Il était l'assassin des Samgans, c'était incontestable. Il n'aurait jamais cru que, par vengeance, il oserait  faire une chose pareille, mais sûrement que de voir sa famille à lui, condamnée à la pendaison sur la place centrale de Tolossa, y avait joué pour quelque chose. Était-ce des circonstances atténuantes ? Pas réellement en fin de compte. Vengeance n'était pas justice. Or, il se devait d'être un justicier, pas un vengeur.

Il poussa un soupir las, but un coup et commença à voix basse :

- Je sais qu'il n'est point dans la coutume de faire ça et je m'en excuse, mais..., il se retourna d'un quart sur sa chaise et posa ses yeux fatigués sur l'inconnu, auriez-vous quelque chose à manger qui ne vous manquerait pas ?

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Teinakh Daergen
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MessageSujet: Re: Cheminée et voyageurs nocturnes (PV Teinakh Daergen)   Dim 10 Aoû 2014 - 16:06

Le fuyard ne semble pas tenir rigueur à Teinakh d'avoir été réveillé. Du moins, il n'en exprime rien. Par contre, après quelques instants d'incompréhension, il semble brusquement porter toute la fatigue du monde sur ses épaules. Le cartographe émet l'hypothèse que fuir l'épuise. Il n'a lui-même jamais été en fuite et il ne peut donc qu'imaginer l'énergie que demande constamment le fait de devoir se cacher, se méfier, tromper pour survivre.

Pendant que l'homme se masse les yeux, une ombre de tristesse et de compassion passe sur le visage de Teinakh. Il se sent le désir ardent de lui apporter toute l'aide dont il aurait besoin. Mais de quoi peut bien avoir besoin un homme dans sa situation ? Le mystère est entier pour le cartographe et il craint de commettre une maladresse en lui proposant ouvertement le meilleur qu'il a à offrir. En outre, il craint que la seule chose que son état ne nécessite actuellement soit un peu de sommeil et surtout pas une conversation à propos de sa situation.

De plus, le jeune homme a conscience qu'il ignore tout du fuyard si ce n'est sa condition de meurtrier. Et son élan ne le prive en aucun cas de la présence d'esprit nécessaire pour envisager le fait que cet homme peut se révéler être un fou dangereux. La seule manière de savoir quel genre d'homme il est serait de partager une conversation. En somme, il attend. Il attend en espérant de tout son cœur que l'homme ouvrira le dialogue. Alors, il saura.

Il reporte son attention sur son sac. L'ouvrant, il en sort un étui de carte. Passant sa main sur la table qui lui fait face pour en apprécier la qualité, il juge qu'elle est en bon état et parfaitement propre. Il déroule donc sa carte sur toute la surface de la table, puis il pose devant lui un flacon d'encre noire. La nuit est déjà bien entamée, mais il tient à achever l'ébauche de son travail pendant qu'il a encore les détails en tête. Le cartographe commence donc à tracer.

Au début, il garde le fuyard à l'œil, observant son manège quand il fouille les poches de son compagnon et qu'il boit à lampés timides sa bière. Mais très vite, Teinakh se trouve complètement absorbé par son travail. Sa perception du monde se limite à sa plume et à la globalité de ses tracés. Il n'est plus humain. Il est cartographe. En tant que tel, son corps n'est plus que yeux et doigts. Il lui reste aussi une parcelle de son cerveau dans lequel il puise les souvenirs de ce qu'il a observé tout au long du jour.

Sa concentration atteint son point culminant après quelques instants seulement. Aussi, quand la voix résonne, elle est loin, très loin de lui. Elle est un son, dénué de sens, qui se perd dans l'infini qui le sépare du monde. Cependant, une bribe lui parvient, parcelle suffisante pour le ramener. Bien qu'il n'ait pas saisit la phrase dans son intégrité, il lui reste des morceaux éparses qui lui permettent de reconstituer le sens. Point... Coutume... Excuse. L'homme semble vouloir s'excuser de quelque chose qui n'est pas habituel.

Il craint d'avoir raté l'essentiel, étant donné qu'il ignore absolument quel est le sujet de ces excuses. Mais très vite, le fuyard complète :

- auriez-vous quelque chose à manger qui ne vous manquerait pas ?


Teinakh ne peut retenir un sourire presque béat. Il ne pouvait sincèrement pas espérer mieux. La voilà, son opportunité pour connaître l'homme mystérieux ! Les yeux rieurs et la voix claire, il répond :

- Homme, qui que vous soyez, sachez que jamais ne me manquent les vivres que je partage.

Il tire une chaise à sa table et invite le fuyard d'un geste ample.

- Je me ferais un réel plaisir de vous accueillir à ma table, une fois que je l'aurais débarrassé de mon travail...

Sur ces mots, il referme son flacon, nettoie sa plume, roule sa carte et range le tout dans son sac de voyage. Il en sort les vivres qui lui restent et les présente sur la table : il y a là de quoi lui faire trois repas frugaux. En clair, il pourra manger à sa faim et il espère que son invité aura de la nourriture en suffisance, lui aussi. Il tourne ensuite son sourire des plus franc vers l'homme.




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Aldarik de Tolossa
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MessageSujet: Re: Cheminée et voyageurs nocturnes (PV Teinakh Daergen)   Mer 13 Aoû 2014 - 21:03

Le jeune homme qui lui faisait face leva les yeux de ses affaires quand Aldarik se tourna et posa les siens sur lui. Il doutait qu'il ait écouté quelque chose, vu son air concentré et complètement ailleurs. Seule la lueur de la cheminée maintenait la pièce dans une lumière rougeoyante réconfortante, jetant les ombres du mobilier sur le sol. Il ne devait pas y voir grand chose, à ce qu'il faisait. Un sourire s'illumina finalement sur le visage du voyageur et les yeux lumineux, il déclara :

- Homme, qui que vous soyez, sachez que jamais ne manquent les vivres que je partage.

Il avait l'air honnête et sans que cela puisse se comprendre, le fugitif sentait qu'il se dégageait de lui une aura de confiance, de douceur et de sincérité. Cependant, quelque chose dans sa phrase l'interpella une seconde. « Qui que vous soyez ». Ainsi, c'était certain qu'il avait vu les affiches. Il savait. Et il avait du mérite d'oser offrir ainsi au meurtrier et au traître qu'il était ce sourire là. Pire, il lui tirait même une chaise à sa table et d'un signe clair l'invitait à l'y rejoindre. Était-ce un piège ? Était-ce une couverture ? Il pouvait être un soldat en civil, prêt à donner l'alerte à ceux qui attendaient dehors.

- Je me ferais un réel plaisir de vous accueillir à ma table, une fois que je l'aurais débarrassé de mon travail.

Liant le geste à la parole, il commença à ranger ses affaires. Aldarik hésita quelques secondes. Qu'est-ce qui pouvait vraiment motiver un homme à inviter et discuter avec l'ennemi public du royaume et de l'Ordre. Qu'est-ce qui pouvait bien faire qu'il passait au-delà de toutes les choses qu'ils avaient entendu, vu sur lui, avec cette facilité déconcertante ? A  réfléchir... c'était la pitié, sûrement. Le jeune fuyard serra un instant les dents, tandis que l'autre roulait une carte, la rangeait et sortait ses victuailles. Il préférerait être plus encore dans la galère, plutôt que d'être aidé par pitié. Les gens avaient pitié quand ils se rendaient compte que l'autre était faible et Aldarik de Tolossa, élevé à la cour en tant que prince héritier, puis Chevalier de l'Ordre, n'était pas faible. C'était une passade.

Un jour, le gong de la vengeance sonnera et ce jour-là, il pourra dire qu'il aura eu sa revanche sur la vie. Un jour, le procès aura lieu. Un jour, son nom sera lavé de toutes ces histoires. Un jour, il pourra marcher, manger, dormir où il voulait, sans manquer d'être assommé et livré aux autorités. Un jour, il pourra ne plus cauchemarder d'un possible retour dans les geôles royales. Un jour, pas maintenant. A l'heure qu'il était, à l'aube du huitième jour de fuite, il était épuisé et affamé. Aussi fallait-il qu'il se contente de la pitié des gens charitables qui lui proposaient leur aide et mettre de côté sa propre fierté.

D'une main, il prit appui sur l'accoudoir de sa chaise et se leva. En tournant le dos à la cheminée, son ombre se déroula à ses pieds ; il s'avança alors vers l'inconnu. Il rangea sous une table un tabouret qui le gênait et finit par arriver à hauteur. Là, il tira légèrement la chaise à lui et s'y assit. Coude sur l'accoudoir, il se frotta la barbe d'une main, mal à l'aise. Il avait rarement vu quelqu'un sortir autant de vivres.

- Il y a de quoi nourrir du monde avec tout ça, fit-il remarquer.

Il y avait des fruits, des légumes et de la viande séchée sûrement dans les différents torchons enroulés par-ci par-là, des herbes... en bref, tout ce qui nécessaire et bien plus encore. Il hésitait encore. Cet homme était réellement surprenant. Toute cette générosité spontanée le touchait plus qu'il ne l'aurait imaginé. Enfin quelqu'un qui avait l'air de ne pas s'attarder sur les apparences et qui semblait désirer passer au-delà. Aldarik reporta son regard sur l'inconnu, qui lui renvoyait un franc sourire. Il se sentit lui-même forcé de le rendre, aussi un léger sourire flotta sur ses lèvres, aimable et touché.

- Puis-je espérer avoir le nom de l'homme qui s'apprête à partager son repas avec tant de bonté ?

Ça n'était pas donné à tout le monde, d'avoir autant d'altruisme mais cet homme là était né avec. Aldarik était partagé entre l'idée de se confier, de partager avec lui, et de rester sur ses gardes, se méfier. Après tout, ils ne se connaissaient pas. Il ne savait rien le concernant et dans sa situation, même la personne la plus aimable au monde pouvait s'avérer être dangereuse.

A la vue de toutes ses vivres sur la table, il s'infligea une claque mentale. Cet homme n'était pas une menace ; s'il l'était, il l'aurait deviné à son attitude. Il avait l'habitude d'être confronté aux dangers quand il était chevalier. Il savait le déceler. Or, ce voyageur là n'en consistait pas un. Il en mettrait ses mains à couper. Difficile de regarder les gens dans les yeux quand on leur parlait. L'évadé se força néanmoins à le faire. Il était gêné que tout ça soit là pour lui, sur sa demande. Il n'avait pas l'habitude. C'était lui le noble, à l'origine, lui qui servait. C'était lui le chevalier, lui qui aidait, se dévouait pour les autres. Rares étaient les fois où on lui avait retourné la pareille comme se faisant aujourd'hui

- Comme vous le savez sans doute, je m'appelle Aldarik et je bénis les dieux d'être à la table d'un homme comme vous en ce jour. Je ne sais comment vous remercier.

La faim lui tiraillait l'estomac, lui creusait le ventre, les joues. Ça lui semblait faire une éternité qu'il n'avait eu autant de choses à manger. Ca remontait à... six, sept mois peut-être. Avant que tout ça ne commence. Comble du malheur, son dernier vrai repas avait été à la table des Samgans. Ce fameux jour où il avait décidé de les empoisonner. Sur leur table allongée, avec ces trente convives, attendait d'être mis en bouche le plus grand festin qu'il n'avait jamais vu. Si les Maugrïns n'avaient jamais manqué, ils n'avaient jamais fais autant de dépenses pour seulement quelques amis riches. Non, ils mangeaient noblement mais avec une certaine once de retenue pour le peuple qui jeûnait tous les soirs. Quand on sortait le grand jeu, c'était qu'on avait un hôte de réelle importance, rien de plus.

Aldarik se souvint qu'au fur et à mesure des jours passés avec les Samgans, leur gaspillage s'amoncelait en cuisine et les pauvres cuistots s'activaient à le recycler pour le lendemain, en en jetant la moitié chaque jour. C'est là qu'il avait eu l'idée de glisser son poison. Il pensa une seconde à cette servante qui l'avait vu là, à la fin du repas, à vérifier qu'ils étaient bien tous morts. Pourquoi ne les avait-il pas tué tous ? Samgans, serviteurs, tous. Il n'en serait pas là aujourd'hui. En y réfléchissant, il se dit que l'Ordre aurait mené une enquête malgré ça. Et qu'étant censé protéger ladite famille, il aurait été rétrogradé et aurait suivi un Conseil de l'Ordre. Et puis... finalement, ça aurait pu lui retomber dessus. Tous les Maugrïns étaient morts, sauf un seul : lui. Évidemment que ça se serait retourner contre lui.

Il rajouta finalement, affamé mais attendant que son bienfaiteur ne se lance d'abord :

- Je prends ces dieux à témoin pour donner ma parole et promettre que je vous le rendrai, soyez-en sûr.

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Teinakh Daergen
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MessageSujet: Re: Cheminée et voyageurs nocturnes (PV Teinakh Daergen)   Lun 15 Sep 2014 - 11:27

Aldarik... Un nom à l'image de ses yeux : porteur d'une grande noblesse. Il se trouve attristé par l'incapacité qu'ont les affiches à montrer cette noblesse. Les yeux comme le nom paraissent bien fades, imprimés sur le papier jauni. Teinakh est pourtant certain que les gens seraient moins enclins à poursuivre le jeune homme s'ils étaient conscient de ce trait de caractère qui semble le définir.

Le cartographe est à présent en face du fugitif de l'Ordre et il est témoin de la grandeur d'âme qui émane de son être. Aussi, il se trouve plus affecté encore par les marques que la fatigue lui impose. Pour ne pas s'être renseigné sur l'affaire, Teinakh ignore les détails de son crime. En revanche, il compte bien profiter de ce repas pour le connaitre, lui.

Après avoir entendu de sa bouche le nom de son invité, il estime qu'il est plus que temps de lui donner le sien. Aussi, il fait sonner sa voix douce et accueillante :

- Je suis Teinakh Daergen. Humain de sang, Sryle d'éducation, Cartographe de formation et de cœur, je suis ici présent surtout heureux de pouvoir partager ma table avec vous, Aldarik de Tholossa.

Le jeune homme comprend que son invité ne touchera pas aux victuailles avant que lui-même n'ait entamé le repas. Il saisit donc un chiffon enroulé autour d'une miche de pain, en coupe une généreuse tranche et tend la miche au fugitif. De même, il se sert ainsi de fromage et de quelques fruits secs. Avant de commencer le repas, il hydrate sa gorge d'une lampée de sa gourde et vérifie qu'Aldarik dispose bien de tout ce dont il pourrait avoir envie.

Cette attention lui permet de déceler la gêne du fugitif. Teinakh est touché par ce qu'il considère comme étant l'expression d'une grande noblesse d'âme. L'homme est en fuite et manifestement, il est épuisé de l'être. Il semble n'aspirer qu'au repos du corps mais aussi de l'esprit. En outre, si la moitié de ce que Teinakh a entendu dire à propos des raisons de sa fuite s'avère véridique, le cartographe ne saurait imaginer l'acharnement avec lequel il est poursuivit.

Pourtant, quand un homme lui offre sans l'ombre d'une hésitation de quoi rassasier son corps affamé, une de ses premières réactions est d'être gêné par cette générosité. Le cartographe ne sait vraiment comment réagir à la sensation de son invité. Il prend donc la parole :

- Je vous en prie, servez-vous comme bon vous semble : je vous juge affamé et j'ai l'intention de faire le plein de vivres auprès de notre généreux aubergiste.

Il ajoute, un sourire complice sur les lèvres :

- Aussi, ne craignez pas de dévaliser mes réserves !

Sur ce, il part d'un rire qu'il garde discret afin de ne pas éveiller le compagnon d'Aldarik et mord dans sa tranche de pain. Il savoure la mie avant de déglutir avec entrain. Levant à nouveau son regard enjoué vers Aldarik, il lui lance :

- Les convenances voudraient que, connaissant votre situation de fugitif, je ne cherche pas à m'en enquérir davantage. Cependant, je crois avoir d'ors et déjà insulté les convenances en vous invitant à ma table... Aussi, c'est sans honte aucune que j'exprime ma curiosité à votre égard.

Tout à sa joie, Teinakh prend soudainement conscience que son comportement peut passer pour cavalier aux yeux de son invité. Il ajoute donc prestement tandis que le rouge monte à ses joues :

- Loin de moi la volonté de vous importuner ! Je peux tout-à-fait comprendre que vous ne souhaitiez pas parler de souvenirs dont la simple évocation vous serait douloureuse...


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MessageSujet: Re: Cheminée et voyageurs nocturnes (PV Teinakh Daergen)   Ven 6 Mar 2015 - 23:31

Les dieux. Aldarik jurait, promettait devant les dieux. Les grands. Ceux qui méritaient qu'on leur adresse nos prières chaque jour, ceux pour qui on se sacrifiait, ceux pour qui on organisait les plus grandes fêtes, les plus grands festins, banquets, feux, ceux pour qui on dressait des statues de marbre blanc finement taillées et qu'on élevait vers le ciel des temples aussi chers que sublimes. Aldarik s'en remettait à eux comme témoins. Et ce n'était pas là mince parole.

Ainsi, le jeune homme s'appelait Teinakh. Teinakh Daergen...

« Humain de sang, Sryle d'éducation, cartographe de formation et de cœur. »

Ça avait pourtant bien commencé. Jusqu'à ce qu'au détour de sa phrase il prononce son nom d'ancien chevalier, son nom de cavale « Aldarik de Tolossa », son nom de traître, de meurtrier et de fugitif. Aldarik serra une nouvelle fois les dents tandis que l'autre ouvrait un chiffon, laissant découvrir un pain noir mais appétissant. Il en coupa une tranche, se servit, avant de tendre la miche à Aldarik, qui d'apparence calme, était quelque peu décontenancé.

- Je vous en prie, servez-vous comme bon vous semble : je vous juge affamé et j'ai l'intention de faire le plein de vivres auprès de notre généreux aubergiste. Aussi, ne craignez pas de dévaliser mes réserves !

Il acceptait sans un mot la miche noire et tendait la main vers le couteau glissé dans sa botte droite. Il y découpa une tranche avant de reposer le pain sur le bois de la table et d'examiner avec attention les vivres posées là. Il n'y aurait certainement pas les sept services qu'il connaissait à la table de la haute noblesse... Pas de mise en bouche d'abord, de soupes, de ragoût, de poisson, de rot avec la viande rôtie, de dessert et enfin de vin sucré pour aider la digestion, pas encore. Mais il osait espérer qu'il pourrait un jour goûter de nouveau au luxe d'avoir assez mangé pour bien des jours.

A l'odeur et à la forme, il devina qu'une tranche de porc se trouvait dans le torchon le plus proche de lui. C'était un met courant dans la région. Les cochons demandaient peu d'attention et on les laissait souvent en liberté dans les villes où ils se nourrissaient de déchets organiques. Ça demeurait néanmoins un plat très raffiné. Il tendit une main propre, brunie par le soleil et forte et déplia la toile. Le sel autour de la viande saignante lui apprit que le jeune cartographe ne l'avait pas depuis très longtemps en sa possession. Une telle viande ne tenait pas longtemps.

- Les convenances voudraient que, connaissant votre situation de fugitif, je ne cherche pas à m'en enquérir davantage. Cependant, je crois avoir d'ors et déjà insulté les convenances en vous invitant à ma table... Aussi, c'est sans honte aucune que j'exprime ma curiosité à votre égard.

Aldarik avait choisi ce moment pour se lever et tourner son regard vers la cheminée. Réaction presque calculée pour esquiver le regard qui accompagnait les paroles du jeune homme. Ainsi, il savait véritablement. Il était démasqué depuis le début.

- Loin de moi la volonté de vous importuner ! Je peux tout-à-fait comprendre que vous ne souhaitiez pas parler de souvenirs dont la simple évocation vous serait douloureuse...

Le jeune évadé planta doucement son couteau dans la viande rouge et marcha jusqu'à l'âtre dont les flammes avaient de nouveau commencé à baisser. Il s'accroupit, se retenant de justesse de déglutir tant ses muscles semblaient se déchirer à chaque sollicitation. Un chaudron s'y tenait déjà, il ne fit qu'y placer son morceau saignant plein de sel, tout en réfléchissant aux questions sous-entendues qu'on venait de lui adresser. Grâce à la crémaillère, le chaudron était positionné en hauteur à une certaine distance du feu. La cuisson au chaudron permettait également de cuire de grosses pièces (volailles entières, jambons...) et le chaudron en métal, permettait les rissolages avec de la matière grasse. Le gras de la pièce se chargerait d'empêcher la chair d'accrocher au métal.

Il ne voyait pas très bien où l'homme voulait en venir.
Rectification. En fait, il ne voyait pas du tout où il voulait en venir.

Qu'est-ce qui pouvait bien attirer tant sa curiosité ? Qu'est-ce qui pouvait inciter cet inconnu à s'intéresser à ça ? Etait-ce réellement possible d'invoquer le simple motif de la curiosité dans un pareil contexte ? Y avait-il autre chose que l'autre n'avouait pas ?
Aldarik se redressa en prenant appui sur ses genoux. Ses douleurs lui tirèrent cette fois une véritable grimace. Il revint vers l'étranger.

- Je vous avoue ne pas comprendre clairement les raisons de votre requête...

Il parcourut des yeux les herbes posées sur la table. Il y avait du romarin, tout ce qu'il lui fallait. C'était puissant, boisé, frais, s'utilisait en début de cuisson et relevait bien le goût des viandes... Après la demande silencieuse s'il pouvait se servir de nouveau et l'acquiescement dans les yeux de son interlocuteur, Aldarik prit un peu des herbes et la cuisson au chaudron demandant une surveillance attentive en vue d'éviter de trop gros bouillonnements et l'évaporation totale de l'eau de cuisson, le jeune homme fit les cinq pas qui le séparait de la cheminée.

- Et je ne peux qui plus est répondre qu'à une réelle interrogation...

Il se pencha légèrement au-dessus du feu, leva le bras, laissa tomber quelques brins de romarins puis s'accroupit encore pour essayer de raviver le feu. Chose une fois faite, il se releva encore, retourna la pièce de viande avec la cuillère posée sur le rebord de la cheminée et se retourna vers le voyageur.

- Voudriez-vous bien m'éclairer ?

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Dernière édition par Aldarik de Tolossa le Dim 5 Avr 2015 - 18:54, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Cheminée et voyageurs nocturnes (PV Teinakh Daergen)   Dim 15 Mar 2015 - 16:22

Teinakh sent son esprit turbiner. Malgré toute sa sincérité, son interlocuteur se méfie. Et cet état de fait attriste le jeune homme, car cette méfiance est due à un malentendu. Si Aldarik est méfiant, c'est parce qu'il n'a pas compris qu'il n'a rien à craindre. Ainsi, aux yeux du jeune homme, il ne reste qu'une issue. Si la sincérité ne suffit pas, il est temps de jouer la transparence absolue. Il reste un instant interdit, se demandant par où commencer. Très vite, il lève son regard vers son interlocuteur. Son visage légèrement penché sur le côté présente un léger sourire. Sa voix est posée quand elle s'invite dans le silence :

- J'ai vu votre visage pour la première fois sur un avis de recherche placardé sur les murs de Quetaïn.

La réaction ne se fait pas attendre. Le visage d'Aldarik se ferme, comme si les mots du cartographe confirmaient un soupçon que l'ancien chevalier avait été trop bête de ne pas comprendre dès le départ. Les yeux du fugitif se mettent à scruter chaque détail de son environnement, cherchant à déceler des détails qui trahiraient la présence d'hommes à l'extérieur ou un ordre que Teinakh donnerait pour déclencher une attaque. Celui-ci ne quitte pas des yeux son interlocuteur. Conscient de la détresse d'Aldarik, il cherche à le rassurer par son immobilité et par la sincérité de son regard.

- Aussi, quelle ne fut pas ma surprise en vous découvrant en ce lieu !

Il garde son exclamation légère pour ne pas effrayer le fugitif, mais il veille tout de même à l'exprimer pour détendre l'atmosphère qui tend à devenir électrique.

- Devinerez-vous ma première pensée quand vous vous êtes éveillé ?

La question ne semble pas vraiment atteindre Aldarik. Ses sens sont au maximum de leur éveil et son corps semble avoir oublié la fatigue. Souhaitant de toutes ses forces mettre fin à cette torture psychologique, Teinakh ne laisse pas le silence durer.

- Je me suis étonné de la profondeur de vos yeux. Si un dessinateur chevronné peut rendre la noblesse de votre visage par son dessin, la couleur terne des affiches ne sauront jamais exprimer combien la couleur de votre regard met en valeur cette noblesse.

Le fugitif semble tiquer. Teinakh reprend :

- Aldarik, je ne vous veux aucun mal. Je comprend que cela puisse être inattendu, mais je vous prie de croire que je ne suis pas là pour vous arrêter ni pour porter atteinte à votre vie en aucune façon.

Il continue :

- Ne croyez pas non plus que je vous offre ce repas et ma compagnie par pitié. Je n'ai que faire de ces affiches et votre état de fugitif ne m'importe que si vous souhaitez partager à ce sujet.

Enfin. Après avoir exposé les faits, il peut exprimer le fond de sa pensée et de son cœur.

- Je ne cherche qu'à vous connaître. Je ne suis là que pour partager notre relation. Pourquoi ? Comment ? Je n'ai pas la prétention d'expliquer la source des relations humaines. Je suis seulement animé par le désir de les savourer.

En achevant sa tirade, il prend conscience qu'il s'est levé sous l'effet de ses émotions. Il plonge son regard dans les yeux d'Aldarik.

- Qu'en est-il de vous ? Souhaitez-vous partager cette relation avec moi ?



HRP : j'ai modifié la couleur de la voix de Teinakh pour une teinte qui lui correspond mieux, je trouve ^^

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MessageSujet: Re: Cheminée et voyageurs nocturnes (PV Teinakh Daergen)   Ven 10 Avr 2015 - 21:16

- Devinerez-vous ma première pensée quand vous vous êtes éveillé ? Je me suis étonné de la profondeur de vos yeux.

Aldarik remuait son repas du bout de sa cuillère. Il en releva les yeux et tourna légèrement la tête vers son interlocuteur. Intrigué. Qu'avait-il dit ? La profondeur de ses yeux ? Que voulait-il dire par là ?

- Si un dessinateur chevronné peut rendre la noblesse de votre visage par son dessin, la couleur terne des affiches ne sauront jamais exprimer combien la couleur de votre regard met en valeur cette noblesse.

Le jeune fugitif n'était pas bien sûr de comprendre la... profondeur d'une telle déclaration. Il continua de tourner son repas distraitement de sa cuillère.

- Aldarik, je ne vous veux aucun mal. Je comprend que cela puisse être inattendu, mais je vous prie de croire que je ne suis pas là pour vous arrêter ni pour porter atteinte à votre vie en aucune façon.
Ne croyez pas non plus que je vous offre ce repas et ma compagnie par pitié. Je n'ai que faire de ces affiches et votre état de fugitif ne m'importe que si vous souhaitez partager à ce sujet.


Viande enfin cuite dans son jus, Aldarik décrocha le chaudron brûlant en s'aidant de la serviette posée sur le rebord de l'âtre et retourna à la table.

- Je ne cherche qu'à vous connaître. Je ne suis là que pour partager notre relation. Pourquoi ? Comment ? Je n'ai pas la prétention d'expliquer la source des relations humaines. Je suis seulement animé par le désir de les savourer.

Là, il déposa le chaudron sur un coin du plateau et tira de nouveau sa chaise pour s'y asseoir.

- Qu'en est-il de vous ? Souhaitez-vous partager cette relation avec moi ?

Que pouvait-il bien être, cet homme ? Il avait dit qu'il était cartographe de formation, mais son attitude ressemblait à celle d'un guérisseur, ceux qui avaient le cœur sur la main, le sourire aux lèvres, les yeux pétillants et qui dévouaient leur vie au bien-être des autres. Cet homme-là, ce cartographe, il n'était pas guérisseur, il était simplement humain. Et diable qu'il était difficile de trouver des gens comme lui sur cette terre, d'en croiser le chemin et d'avoir l'opportunité de partager un repas.

Aldarik avait posé la cuillère en travers du chaudron et dévoré par la gêne et une infinie reconnaissance, il avait posé ses yeux verts dans le regard profond de son interlocuteur. Là, il esquissa un sourire. Certes, léger ; comme un infime étirement des lèvres, mais un sourire.

- Je crains ne rien vous apprendre en vous avouant que je vous trouve... incroyablement surprenant. Rares sont ceux qui oseraient une telle chose. Vous vous demandez ce qu'il en est de moi. Je vais vous le dire. J'ai attendu un pareil jour depuis trop longtemps, je ne saurais donc laisser filer cette occasion.

Il s'arrêta, s'employa à attraper le morceau de viande juteux au fond de son chaudron et le déposa sur sa tranche de pain noir. Il se pencha, sortit son précieux couteau de sa botte droite, le dépoussiéra et coupa la pièce en deux. La garde en bois était à l'origine finement taillée mais les voyages et la dureté de sa paume avaient fini par ternir ses motifs si délicats.

- Dites-moi... vous savez qui je suis mais j'aimerais en apprendre plus sur vous. Qu'est-ce qui vous a amené à passer la porte de cette auberge en une si noire et avancée nuit ?

Glissant la lame sous la viande il la souleva légèrement.

- Puis-je vous demander d'accepter ceci ? Je me sentirai honoré de partager cette pièce avec vous. Ce n'est pas cuisiné finement mais vous devez voyager depuis quelques temps déjà si j'en crois la poussière sur vos vêtements, et votre infinie générosité mérite un retour. Même si je le trouve bien maigre, j'ose espérer que je pourrais vous rendre la pareille un jour.

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MessageSujet: Re: Cheminée et voyageurs nocturnes (PV Teinakh Daergen)   Dim 7 Juin 2015 - 0:16

Son âme s'illumine de bonheur. Le sourire d'Aldarik est franc et pur. Ses mots sont sincères. Et ses yeux le regarde sans détours. De plus, il accepte leur rencontre et explique même qu'il en a grandement besoin. La joie du cartographe est immense et elle transparaît sur son sourire éclatant. Il accepte la pièce de viande comme le plus beau des cadeaux et, se rasseyant, il la place sur sa tranche de pain avant de croquer délicatement dedans. La saveur qui se déploie sur son palais surcharge ses papilles gustatives pendant un instant... La viande a été cuisiné avec attention, avec doigté. Qui plus est, elle a été offerte. Toute cette attention et cette volonté de partage en font, malgré ce que le fugitif en dit, le met le plus raffiné d'Aranor.

Savourant le met avec patience, Teinakh tourne ses yeux ravis vers son interlocuteur. Il lui a demandé la raison de sa présence. Cela est bien naturel et Teinakh est heureux d'avoir là une occasion de parler de son travail. Achevant sa bouchée, il lâche un petit soupir de délectation.

- Merci pour cette pièce... C'est pour moi un véritable régal de la partager avec vous.

Il saisit sa gourde et boit une longue lampée avant de reprendre :

- Vous me demandez ce que je fais ici, dans cette auberge ? Et bien, comme tout voyageur, je suis venu chercher un abri pour la nuit. Et si je suis arrivé aussi tardivement, c'est parce que ma route touche à sa fin et que l'approche de ma destination éveil une grande excitation dans mon cœur. Aussi, je marche jusqu'au plus tard possible !

Sur ces mots, son visage s'illumine. Le cartographe commence alors à expliquer le sujet de sa venue. Feïral, Akeraï et Quetaïn. Trois royaumes distincts , trois cultures différentes. Pourtant, un point géographique lie les trois royaumes.

- Alors si un point est partagé par les trois terres, qu'en est-il des cultures des habitants de ces royaumes ? Car les habitants d'Akeraï, de Feïral ou de Quetaïn ne partagent absolument pas les mêmes meurs de vie...

Teinakh atteint là le point central de son étude : si les trois royaumes sont géographiquement liés, comment les cultures se mêlent-elles en ce point ? Il va chercher à saisir si les gens partagent une culture frontalière, et dans ce cas jusqu'à quand cette culture devient celle qui est propre à chacun des pays. Ou bien peut-être que ce point de contact est un temple à la xénophobie... Autant de questions qui le fascinent. Ses yeux sont brillants et sa voix, qu'il garde basse pour ne pas éveiller le compagnon de son interlocuteur, est remplie de toute son excitation.

Quand il a achevé son explication, il adresse un œil complice à Aldarik.

- Maintenant que je vous ai révélé tout cela, je crois que vous me devez, à votre tour, quelques éclaircissements...

Saisissant une poignée de fruits secs, il se fend rapidement d'un petit rire.

- Bien sûr, je ne veux absolument pas vous forcer la main ! Disposez de votre parole comme vous le souhaitez.

Teinakh croque les fruits puis achève :

- Simplement, je ne puis cacher que je suis curieux de savoir ce que vous pouvez rechercher... Comment en êtes-vous arrivé à devenir fugitif. Et, dans cette situation, que cherchez-vous ?

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MessageSujet: Re: Cheminée et voyageurs nocturnes (PV Teinakh Daergen)   Dim 19 Juil 2015 - 15:27

Aldarik avait craint une seconde que le jeune cartographe refuse son offre, mais c'est un sourire lumineux qui s'étira sur ses lèvres. Ils s'assirent tous deux en même temps. Le couteau du fugitif revint effleurer sa pièce de viande avant qu'il n'en pose la lame sur la tranche de pain noir et vienne réajuster la distance entre la chaise sur laquelle il était assis et la table où les victuailles étaient posées. Il croisa ensuite les chevilles sous son siège et posa une fraction de secondes ses poignets sur le bois avant d'attaquer.
Il saisit d'une main le pain pour le maintenir et coupa un morceau de sa noble lame. Elle lui avait été léguée par son père à ses treize ans. Cela était une tradition de l'aristocratie quetaïnienne depuis des générations. A treize ans, le petit garçon était appelé à devenir homme. Il n'avait plus le droit aux caprices qu'on prêtait aux enfants. Le temps de l'apprentissage du métier était arrivé. Ainsi, le père de famille se devait d'offrir un coutelas à chacun de ses fils.

Aldarik le fit tournoyer distraitement entre ses doigts tandis que le jeune humain lui contait sa réponse. Teinakh, si tel était réellement son nom, racontait qu'il était sur le point d'atteindre sa destination et que ce long voyage touchant à sa fin l'excitait tant qu'il marchait jusqu'à n'en plus pouvoir.

En dépit du confort que les voyageurs cherchaient immanquablement dans les auberges, pour y passer la nuit, c'était la sécurité qui les inquiétait le plus. Les hommes n'étaient pas fait pour vivre la nuit et c'était du noir que sortaient les plus terrifiantes légendes d'Aranor. Si le feu de camps permettait de se réchauffer et faire cuir son repas, l'odeur attirait les bêtes sauvages. Les flammes pouvaient les tenir à distance quand une bête seule se décidait à attaquer un groupe de caravaniers. Néanmoins... bien souvent c'était en meute que se chassaient les loups. Et que pouvait un homme seul face à une dizaine de loups noirs, affamés ? Et que pouvait un homme face à une créature mystique sortie des enfers ?

Teinakh était justement entrain d'aborder le sujet de son périple : la culture. Il désirait étudier les liens entre la cartographie et les cultures du continent, principalement celles d'Akeraï, Quetaïn et Feïral. Si certains grands savants et hommes de lettre avaient entrepris de rédiger des compte-rendus des cultures et des histoires des grands royaumes, nombre de mystères demeuraient. Aldarik avouait volontiers ne pas trop s'y connaître en histoire des civilisations, des mœurs et des royaumes. Il avait eu quelques cours d'histoire et de géographie par son précepteur, quand il était encore dans le palais des Maugrïn, à Tolossa, mais rien qui ne l'ait bien passionné à l'époque.

Il connaissait la culture de l'aristocratie quetaïnienne, un brin de son histoire, du moins celle contée par son géniteur et avait retenu les principaux traits de caractéristique des grands royaumes grâce à son travail au sein de l'Ordre. C'était la complexité des mœurs, des cultures, des histoires qui expliquait la complexité des relations entre les royaumes. Les échanges politiques, diplomatiques, économiques, sociaux suivaient des codes différents en fonction des royaumes et les dieux étaient témoin de la difficulté qu'il y avait à trouver des accords entre eux.

Aldarik découpa un morceau de viande et de pain en écoutant son interlocuteur dont le sourire brillait dans la voix. Il saisit ensuite entre ses doigts ce qu'il avait coupé et viande posée sur la mie, il la porta à ses lèvres et la mâcha avant de l'avaler. Les herbes relevaient le goût du porc. Il était plutôt content de sa cuisson et même si le cartographe s'était laissé emporté par son discours et ses recherches, il ne doutait pas qu'il ait aimé ce qu'il avait partagé.

Teinahk termina finalement son récit, plus passionné et passionnant que jamais et offrit un clin d'oeil au fuyard.

- Maintenant que je vous ai révélé tout cela, je crois que vous me devez, à votre tour, quelques éclaircissements... Bien sûr, je ne veux absolument pas vous forcer la main ! Disposez de votre parole comme vous le souhaitez.

Il croqua dans les fruits secs qu'il venait de déballer et demanda :

- Simplement, je ne puis cacher que je suis curieux de savoir ce que vous pouvez rechercher... Comment en êtes-vous arrivé à devenir fugitif. Et, dans cette situation, que cherchez-vous ?

Aldarik coupa une autre pièce de viande, se laissant le temps d'entendre, comprendre et analyser les questions qui lui étaient posées.

- Hum... commença t-il.

Il glissa de nouveau le pain et le porc salé cuit dans son jus entre ses dents, mâcha en baissant les yeux, avala, les releva, regardant dans le carreau de la fenêtre le reflet de l'intérieur de la pièce. Il s'y voyait, là, assis, les avant-bras sur la table, les cheveux, le visage et les vêtements propres. La situation présente lui avait fait oublier pendant quelques minutes son statut de prisonnier évadé et recherché par la couronne et l'Ordre gardien de la Paix sur tout le continent.
L'homme dont le reflet était de profil, sa longue tresse descendant dans son dos, était légèrement penché sur la table, tendit alors la main pour attraper un nouveau fruit.

Aldarik tendit la main à sa choppe, porta la bière à ses lèvres, bu, la reposa avant de sécher ses dernières. La question de Teinakh réveillait en lui un instinct presque primaire. Il voulait laisser sa trace. Si demain, les hommes de main du Sultan ou les soldats de l'Ordre mettaient la main sur lui, personne ne saurait. Personne. Personne ne saurait réellement ce qui s'était passé. Personne ne saurait pourquoi il avait fait ça. Personne ne saurait. On se souviendrait de lui comme le chevalier traître et meurtrier. Il avait besoin d'écrire. Il avait besoin de mettre par écrit ses pensées, son histoire, ses arguments, sa défense. Il avait besoin de voir tracer à l'encre noire sur un parchemin fragile tout ça pour mettre de l'ordre dans sa propre tête.

- Pour tout vous dire, je ne suis pas certain de savoir réellement pourquoi les choses qui se sont produites ce sont produites. Des fois, la situation nous échappe et par un concours de circonstances qui n'atténuent en rien mon...

Il fallait qu'il le dise. Mais le mot lui restait en travers de la gorge.
Il s'insinuait en lui. Insidieusement. Comme pour l'intégrer définitivement.

Aldarik poussa un soupir.

- Crime... J'ai perdu le contrôle. Et la suite vous la connaissez déjà sûrement.

Il passa une main sur sa nuque, pour la masser en inclinant la tête pour la détendre. Il n'était que courbatures et tensions. Les nerfs de ses épaules étaient complètement noués. Lui rappelant que cela faisait trop longtemps qu'il cavalait.
Après son acte, il avait fui. Le plus vite possible, le plus loin possible. Pendant une journée, une deuxième, une troisième. Sans se détourner. Sans réfléchir. Puis la réalité l'avait heurté et il était revenu à lui-même. Qu'avait-il fait ? Qu'avait-il osé faire ? La Justice n'avait pas un visage. Elle était multifacettes. Elle portait le masque de son porteur. Quiconque pouvait invoquer le motif de la Justice. Mais quelle était-elle réellement ? Ceux qui l'exerçaient étaient-ils plus dans le Juste que ceux qui la trahissaient pour la rétablir ?
Que de questions sans réponses. La vie était un océan de questions sans réponses et Aldarik s'était noyé dans l'alcool pour oublier, tel un lâche. Encore et encore. Jusqu'à ce que les gardes le retrouvent et l'envoient à Quetaïn.

Il avait alors passé cinq mois et quatre jours enfermé dans les geôles royales de Quetaïn, dans l'obscurité, l'humidité, les rats, la faim, la soif, les pieds et poings liés par des chaînes de fer, le corps meurtri par les coups de fouet et l'immobilité, l'âme fendue et l'esprit en lambeaux. Il n'était plus personne. On l'avait effacé. On l'avait arraché à lui-même. Il n'était plus qu'une coquille vide qu'on torturait.

Il poussa un nouveau soupir.

- J'ai passé une décennie au sein de l'Ordre, dont cinq ans à exercer mon devoir de Chevalier, et le concept de Justice m'est de plus en plus indiscernable, incompréhensible, impalpable. Il y a un moment où la faille dans le système m'a semblé telle que je n'ai pu me résoudre à la laisser telle quelle.

Il porta machinalement la choppe à ses lèvres.

- Au nom de la Justice, on commettait une injustice.

La reposa, gardant les doigts enserrés autour de l'anse.

- Mes convictions, mes repères en quelque sorte, se sont effondrées et j'ai enfreint les règles de l'Ordre et de la nature en mettant un terme à la vie d'une famille. Aussi peu innocents soient ses membres, j'ai... trahi l'Ordre et dois être condamné à une sanction à la hauteur de mon acte.

Il leva de nouveau sa bière, bu encore une longue gorgée pour arroser sa bouche sèche.

- Mais je refuse de mourir au nom d'une fausse justice, alors je fuis. Je suis en tort, me direz-vous, oui, j'en suis conscient. Conscient d'avoir tué conscient d'être un meurtrier. Comment pourrais-je le nier ?

Il bu encore, reposa son verre et jeta un œil discret à son interlocuteur, suspendu à ses lèvres.

- Pour l'instant je fuis sans nul autre but que de sortir des frontières de Quetaïn. Si je me fais prendre, on m'exécute et le combat aura ainsi pris fin. Mais si j'arrive à tenir caché et en vie assez longtemps, je pourrais m'arranger pour négocier un procès équitable. Ensuite... advienne que pourra, n'est-ce pas ?

Il esquissa un faible sourire et un haussement d'épaules.

- La justice est un jeu d'argent. Un jeu où on gagne ou on meurt. N'importe qui peut être victime ou coupable, mais une chose est sûre, c'est l'argent qui juge qui est de l'un ou l'autre nous sommes.

Il haussa un sourcil espiègle :

- Je prends le risque de jouer, pour faire changer les choses.

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MessageSujet: Re: Cheminée et voyageurs nocturnes (PV Teinakh Daergen)   Mer 14 Oct 2015 - 1:15

Le repas se révèle être parmi les meilleurs auquel Teinakh ait pu goûter. Mais si les victuailles aident à la chose, c'est bien la compagnie qui réalise le miracle qui a lieu autour de la table. Le miracle de la rencontre. La découverte de l'autre, de sa personne, de sa pensée, de son histoire, de ces valeurs, de ses doutes. Un simple aperçu de tout cela à la fois, un aperçu qui devient plus clair à mesure que les paroles sont échangées, que les coeurs s'ouvrent. Cette alchimie est magnifiée par le fait que les paroles d'Aldarik sont très claires ; le fugitif répond aux questions de Teinakh sans chercher à les éviter. Aussi, le cartographe a maintenant une vision bien plus précise de la situation dans laquelle se trouve Aldarik. Et il sent en lui se réveiller une certitude. Aussi durs que soient les mots, il les libère tels qu'ils lui viennent, les accompagnant d'un sourire mélancolique.

- Vous n'y parviendrez pas.

Il laisse le silence envahir la pièce. Comme pour respecter l'impact de ses dires dans le cœur de son interlocuteur, il cesse de manger, respectant ce silence comme on rend un hommage.

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MessageSujet: Re: Cheminée et voyageurs nocturnes (PV Teinakh Daergen)   Mer 28 Oct 2015 - 9:23

Ce n'était que quatre mots. Mais ils eurent l'impact de quatre coups de poignard. Comment osait-il seulement affirmer ça ? Aldarik n'avait même pas eu le temps de tendre la main vers un fruit juteux pour achever son repas, que l'autre avait répondu.
Vous n'y parviendrez pas.
Vous n'y parviendrez pas.
Vous n'y parviendrez pas.

Il grinça des dents et articula doucement :

- Qu'est-ce qui vous fait dire ça, mon cher ?

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MessageSujet: Re: Cheminée et voyageurs nocturnes (PV Teinakh Daergen)   Mer 28 Oct 2015 - 21:26

Ses mots ont l'effet que Teinakh craignait sur le fugitif. Le cartographe ne peut qu'imaginer ce que ressent son interlocuteur, qui doit certainement avoir l'impression d'être pris totalement au dépourvu. Il se sent peut-être aussi trahi. Mais comment le lui reprocher ? La personne qui l'a invité à sa table est en train de fouler du pied ce pour quoi il se bat depuis des mois. Pourtant, encore une fois, Teinakh sait que ses paroles sont justes. Et même si l'idée de blesser Aldarik le torture, il doit continuer.

- Les faits parlent d'eux-mêmes. Je me contente de les écouter.

Ses yeux sont tournés vers la table, occupés à observer un point quelque part entre eux.

- Vous n'échapperez pas à l'Ordre, organisation gigantesque et puissante qui, si elle dispose elle-même de forces en nombre et en qualité conséquentes, est également habilitée à exiger le soutien des Seigneurs Marchands.

Il lève des yeux intenses vers Aldarik.

- Vous ne leur échapperez pas dans cet état. C'est déjà un miracle que vous ayez fait tout ce chemin. Comment voyagez-vous ? A cheval ? Ou bien le misérable chariot attelé à l'arrière de l'auberge est-il le votre ?

Son regard a encore gagné en intensité, de même que sa voix. En fait, cette intensité se précise et fini par dessiner une profonde inquiétude sur le visage de Teinakh tandis que sa voix se fait presque suppliante.

- Je vous en prie, comprenez-moi. Je ne suis pas en train d'avancer qu'échapper à une entité telle que l'Ordre est une entreprise vouée à l'échec. J'affirme simplement que les moyens dont vous usez ne sont pas adaptés et auraient déjà dû vous perdre il y a longtemps. Dans ces conditions, non, vous n'y parviendrez pas.

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MessageSujet: Re: Cheminée et voyageurs nocturnes (PV Teinakh Daergen)   Jeu 21 Avr 2016 - 18:48

Il avait les yeux perdus dans le vide, attendant sa sentence.
Un coup de poignard non. Un coup de fouet. Lacérant. Brûlant. Un coup de fouet si violent qu'il vous en arrachait la peau, le cœur et vos moindres infimes espoirs. « Vous n'y parviendrez pas ». Son estomac s'était serré, lui coupant brutalement la faim. Les victuailles sur la table ne lui faisaient plus envie, à vrai dire, elles lui en donnaient presque la nausée.

- Les faits parlent d'eux-mêmes. Je me contente de les écouter.

Aldarik glissa son regard sur le jeune homme, dont les yeux, vides, semblaient s'être perdus dans le vague. Aldarik attendait. Il attendait l'explication qui allait suivre. Il attendait la douleur qui, probablement, allait se réveiller. Il attendait, détournant de nouveau les yeux sur un point invisible quelque part en direction de la fenêtre. Qu'est-ce qu'il aurait aimé fuir.

- Vous n'échapperez pas à l'Ordre, organisation gigantesque et puissante qui, si elle dispose elle-même de forces en nombre et en qualité conséquentes, est également habilitée à exiger le soutien des Seigneurs Marchands.

Aldarik serra de nouveau les dents. Sur le carreau de verre de la fenêtre close s'agitaient les quelques reflets de la pièce. Il disait plus que vrai, comment lui en vouloir ? Il sentit le cartographe bouger, aussi reposa t-il son regard sur lui, distant.

- Vous ne leur échapperez pas dans cet état. C'est déjà un miracle que vous ayez fait tout ce chemin. Comment voyagez-vous ? A cheval ? Ou bien le misérable chariot attelé à l'arrière de l'auberge est-il le votre ?

Il fallait avouer qu'il avait le sens de l'observation. Aldarik reporta son attention sur la fenêtre, posa un coude sur la table et se servit de sa paume ouverte pour y poser le menton, penseur, mais surtout perturbé. Ultime support pour l'empêcher de vaciller encore une fois. Le cartographe était un très fin observateur, comme l'étaient souvent les gens généreux et tolérants. L'ouverture était observation et l'observation était ouverture. Cet homme était fin, bien plus fin que ceux qui pouvaient prétendre l'être, et même si ses mots lacéraient Aldarik comme le fouet des gardes des geôles royales l'avaient lacéré quelques jours plus tôt, ils étaient porteurs de vérité. D'une vérité peut-être trop évidente pour qu'elle soit sans douleur.

- Je vous en prie, comprenez-moi. Je ne suis pas en train d'avancer qu'échapper à une entité telle que l'Ordre est une entreprise vouée à l'échec. J'affirme simplement que les moyens dont vous usez ne sont pas adaptés et auraient déjà dû vous perdre il y a longtemps. Dans ces conditions, non, vous n'y parviendrez pas.

Aldarik inspira, se redressa sur sa chaise, passa une main frêle dans ses cheveux et sans oser reporter son regard sur son interlocuteur, commença :

-  Je ne peux que reconnaître que vos propos sont justes.

Il laissa une fraction de secondes de silence, le temps de réfléchir à ce qu'il allait dire.

-  Je dois néanmoins avouer que je n'ai pas trouvé de meilleures solutions que le misérable chariot que vous évoquiez. Je ne connais pas assez bien les routes, les reliefs et les dangers de ce monde pour me risquer à des chemins obscurs et torturés. Et… J'avoue aussi ne pas connaître d'autres moyens de transport que la marche, le cheval ou les carrioles. Si j'arrive à rejoindre la mer, par un quelconque miracle, je me serais bien embarqué sur l'océan… mais faut-il encore parvenir à le rejoindre.

Il s'interrompit et reprit presque aussitôt, encerclant l'anse de sa bière.

-  A moins que vous n’ayez une idée en tête, je crains ne devoir continuer sur cette voie, aussi périlleuse soit-elle.

Il porta le verre à ses lèvres, avala une gorgée, le reposa.

- Une cause perdue n'est jamais perdue tant qu'un fou est encore capable de se battre pour elle.

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MessageSujet: Re: Cheminée et voyageurs nocturnes (PV Teinakh Daergen)   Mar 10 Mai 2016 - 22:37

- Une cause perdue n'est jamais perdue tant qu'un fou est encore capable de se battre pour elle.

La phrase tire une grimace à Teinakh. Alors Aldarik en est là. Il est à ce point acculé qu'il ne trouve rien de mieux à faire que de se sacrifier pour une cause qu'il reconnait lui-même comme étant perdue. Le cartographe décide de continuer à exprimer le fond de sa pensée, refusant de laisser le fugitif seul dans cet état de résignation.

- Aldarik, la question n'est pas d'être fou ou de vous battre pour une cause perdue. Non, la vraie question est de vous sortir de cette situation.

Ses yeux plongent dans ceux de son interlocuteur. Il cherche à le remplir de toute la détermination qui l'habite.

- Les moyens que vous employez ne sont pas viables. Vous devez changer de comportement afin de mettre toutes les chances de votre côté. Ce que je relève est purement pragmatique et nécessaire : vous avez d'abord besoin de repos. De beaucoup de repos. Mais aussi de forces, de vigueur. Dans cet état, vous ne pouvez pas assumer une fuite.

Comme pour illustrer son propos et cherchant à faire retomber la pression, il saisit à nouveau sa tranche de pain et mord à pleines dents dans la pièce de porc salé. Tout en mâchant, il continue, le regard toujours brûlant de détermination :

- Vous devez voyager à pied, pour des questions de mobilité et surtout de discrétion. Le chariot limite vos déplacements aux routes, qu'il vous faut pourtant éviter à tout prix. Et cela me mène à mon dernier point.

Il achève sa bouchée et avale une gorgée d'eau de sa gourde. Alors, il affirme :

- Vous avez besoin d'un guide. Quelqu'un qui connaisse les chemins afin de vous en éloigner le plus possible. Quelqu'un qui puisse vous mener à votre destination sans user des routes.

Il range sa gourde et achève, un sourire lumineux et complice aux lèvres :

- Votre chance est inouï. Je suis moi-même cartographe et en tant que tel, je suis tout-à-fait apte à vous guider de la sorte.

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MessageSujet: Re: Cheminée et voyageurs nocturnes (PV Teinakh Daergen)   Lun 18 Juil 2016 - 17:59

Aldarik tendait la main vers un abricot quand les paroles du cartographe lui tirèrent un léger sourire. Les choses se passaient rarement comme prévues. Rien ces derniers temps ne s'était passé comme prévu. La vie, les chemins, le temps, les hommes et les bêtes, tout était imprévisible. Jamais il n'avait imaginé qu'en entrant dans cet établissement misérable il rencontrerait pareille personne. Peut-être qu'il y avait encore du bon en ce monde de complots, d'intrigues, de mots empoisonnés, de sang, de tortures, de guerres et d'injustice. Peut-être que tout n'était pas perdu. Du moins, peut-être lui restait-il une infime chance de s'en sortir en un morceau, ne serait-ce que pour quelques heures ou jours de plus.

Il ouvrit l'abricot en deux, porta un morceau à ses lèvres, mordit dans la chair tendre et sucrée et jeta un coup d'oeil amusé à l'homme étonnant qui était assit à sa table. Il avala.

- Bien que mon envie soit à accepter votre proposition, je ne peux que tenter de vous raisonner, cher ami.

Sourire et regard brillants s'étaient effacés quand il prit son inspiration...

- Je crains que vous ne sachiez ce que cette… aventure encourerait pour vous.
«  Ce serait aider un meurtrier, un traître, un hors-la-loi, un fugitif, un condamné à mort. Et toute personne coupable, ou toute personne aidant une personne coupable ou s'associant à une personne coupable de traîtrise envers l'Ordre et de non-respect des lois royales est condamnée à mort par pendaison.
Ce qui… ferait de vous un coupable par association et ce qui, aux yeux de la loi vous rendrait susceptible d'être pendu.

Si vous étiez prêt à accepter ça, je crains aussi… que vous ne deviez très sérieusement apprendre à manier une épée. J'entends par-là… Apprendre à manier une lame aussi bien que ceux qui me poursuivent savent le faire. Il vous faudrait également mentir à tous ceux qui, se pensant bien intentionnés, viendraient ardemment poser des questions dérangeantes. Il vous faudrait peut-être même tuer pour empêcher la garde de nous retrouver. Il vous faudrait vivre, respirer, dormir avec la crainte qu'on ne vous retrouve, car, quand bien même nos routes bifurqueraient, cela ne laverait guère l'aide que vous m'avez apporté. »


Il posa son regard sur le cartographe. « Dites-moi...

... Qu'est-ce qui pousserait un homme à commettre pareille folie ? Qu'est-ce qui pousserait un homme équilibré, stable, sans problèmes avec la justice et le royaume à commettre une telle action ? Qu'est-ce qui vous pousserait à préférer le risque à la raison ? »

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MessageSujet: Re: Cheminée et voyageurs nocturnes (PV Teinakh Daergen)   Lun 18 Juil 2016 - 23:18

La réponse immédiate de son interlocuteur le rempli de joie : Aldarik a envie d'accepter. Teinakh en ferait bien des sauts de joie. Il écoute le fugitif tenter de le dissuader d'affirmer sa proposition. Il l'écoute exposer les conséquences d'une telle assistance, aussi bien au niveau de la loi qu'au niveau de ce qu'il faut être prêt à faire et à subir. Et pendant qu'il l'écoute, il sourit. Le cartographe est joyeux. Le contraste entre son sentiment et la gravité de ce qu'Aldarik expose le pousse à se questionner : pourquoi est-il si joyeux, pourquoi est-ce que rien de ce qu'avance Aldarik n'a d'importance à ses yeux ? Comme en écho à son questionnement, le fugitif demande :

- Dites-moi... Qu'est-ce qui pousserait un homme à commettre pareille folie ? Qu'est-ce qui pousserait un homme équilibré, stable, sans problèmes avec la justice et le royaume à commettre une telle action ? Qu'est-ce qui vous pousserait à préférer le risque à la raison ?


Amusé, Teinakh rit doucement :

- J'étais justement en train de me questionner sur le sujet. C'est là une très bonne question...

Il se tait quelques instants, fait mine de réfléchir. Rapidement, les choses lui apparaissent, évidentes.

- En fait, je pense qu'il y a trois raisons. D'abord, je crois que je suis animé par une envie et un goût de mettre à profit mes forces pour aider les personnes dans le besoin. Oui, c'est bien ça... J'aime aider, j'adore utiliser ce que je sais faire pour le bien d'autri. Je n'attends rien en retour, vraiment, j'aime simplement ça !


Son visage est radieux, comme s'il venait de comprendre quelque chose d'essentiel. Il continue :

- La deuxième raison est purement inhérente à votre situation. Votre histoire me touche et votre situation m'attriste. N'allez pas penser que je vous prends en pitié. Simplement, je trouve votre histoire tragique et cela me donne envie de vous aider. Enfin, voici la troisième raison : comme vous l'avez dit, ce sera une aventure. Et j'adore les aventures ! L'imprévu, les risques encourus, la découverte du lendemain, la mort parfois... J'aime, j'adore ce concentré de vie qu'on nomme aventure.

Sa voix prend le ton de la confidence quand il demande :

- Après cette réponse, pensez-vous toujours que je suis équilibré et stable ?

Il achève sa tranche de porc, en savoure quelques instants la riche saveur et reprend :

- Le reste ne m'importe pas. J'ai des ennemis et des amis. Des gens cherchent à me causer du tort, des gens apprécient celui que je suis. Je ne cherche en aucun cas à réduire le nombre de mes détracteurs. Si vous aider ajoute l'Ordre à la liste de mes ennemis, qu'il en soit ainsi.

A ce moment, l'expression de son visage change un peu. Il sourit toujours, mais quelque chose de sévère vient teinter son regard.

- Quant au fait de vivre dans la crainte constante, non, je n'y compte pas. Je compte vivre en assumant mes choix, mais je ne laisserai pas la crainte et la peur régner en maîtres sur mes jours.

Quand il ajoute cette dernière phrase, un calme surprenant semble l'habiter.

- Je tiens trop à ma sérénité pour craindre pour ma vie.

Sur ces mots, il reporte son attention sur les victuailles. Il décide qu'il a lui aussi envie d'un abricot. Tandis qu'il l'ouvre, il demande :

- Alors, maintenant que la teneur de mon engagement est clarifié, que dites-vous que nous discutions des jours à venir ?

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