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 La danseuse et l'alchimiste

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Ankii Narow
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MessageSujet: La danseuse et l'alchimiste   Dim 22 Déc 2013 - 21:11

La charrette oscillait doucement sur la route.
La forêt défilait lentement à ses côtés, toute d’or, de rouge et de vert passé. Bâton d’ivoire posé à ses côtés, les pieds battant le vide à quelques centimètres à peine du sol, Ankii savourait l’atmosphère de la forêt. Elle savait que l’air serait moins agréable à Akeraï. Tout le monde s’y préparait, et la caravane avançait dans un silence inhabituel, tous faisant le plein de sérénité avant d’entrer sur les terres du Bourbier.
Ils étaient partis tôt le matin de Quetaïn, maigre caravane marchande de trois chariots en direction de la cité des assassins. Les marchands étaient au nombre de six, plus elle, chargée de la préparation des repas et des menus travaux que les hommes du convoie préféraient déléguer. Les véhicules étaient remplis de caisses au contenu délicat, dont la sécurité leur imposait un rythme lent. Du matériel d'alchimiste, à ce que la jeune sryle avait compris.
La route menant à Akeraï étant difficile et peu utilisée, ils avaient loué les services d'un homme au regard dur et à la voix traînante. Il ne semblait pourtant pas apprécier la compagnie des marchands et voyageait en tête de file, à quelques mètres devant eux. Personne ne semblait le regretter.
La jeune Sryle passa une main dans ses cheveux, réarrangeant pour la dixième fois les mèches éparpillées par la brise. Elle les avait teints avant de sortir des bois, ce fameux soir, et leur blanc nacré était maintenant devenu un beau brun brillant, aux teintes chaudes et onctueuses. Pas vraiment naturel, d’après Écho, mais ça ferait l’affaire. Sa première action une fois arrivée en ville avait été de troquer l’étoffe semi transparente qui lui servait de robe contre une tunique de toile simple, un pantalon et des chausses. Tout ne lui allait pas parfaitement bien, mais qu’importe, l’essentiel était que l’on ne puisse pas la reconnaître. Elle n'avait conservé que son châle, qui lui couvrait les épaules et une partie du dos, cachant ses ailes diaphanes. Elle s’était félicitée cependant que le lupanar lui ait fourni un tissus si délicat et recherché, sans quoi elle aurait eu bien du mal à trouver de quoi se fournir sans…
La sryle secoua la tête. Non, il n’était plus temps de penser à cela. Plus avant longtemps, elle l’espérait.

Eh, fillette, faudrait peut être que tu les épluches, ces patates, on t'as pas prise pour rien.
La voix ne contenait aucune dureté, plutôt une bienveillance bourrue. Elle provenait de l'avant de la carriole, là où l'une des marchandes, qui était également la cuisinière du petit convoie, étendait ses lourdes jambes en tenant les rênes nonchalamment. Avec un petit sourire, Ankii posa un sac déformé et trouvé sur ses genoux, attrapa un tubercule sur la pile à sa gauche et entrepris de le dévêtir avec son petit couteau. Ce n'était pas simple, sans yeux valables, de savoir si ou non elle avait bien épluché les légumes. Mais elle avait l'habitude, pour avoir aidé maintes fois sa mentor dans la préparation des ingrédients pour ses potions, et elle était maintenant plutôt habile. Il suffisait de rester concentrée et de se repérer au toucher. Elle n'avais même pas besoin de l'aide d’Écho, qui de toutes façons trouvait la tache bien trop ennuyeuse.
Non, le plus dur était de prévoir les chaos de la route, pour éviter de s'amputer prématurément d'un doigt ou plus. Et ça, elle ne le maîtrisait pas encore tout à fait.


Deux jours passèrent sans qu'aucun événement notable vienne troubler leur avancée. Leur arrivée était prévue le lendemain dans la fin d'après midi, si tout se passait comme prévu. Ils avaient traversé l'Embourbé depuis un bon moment, et l'air fleurait bon le... marais. Chaud, gluant, humide, visqueux, plein d'insectes et de bestioles peu ragoutantes. Les arbres étaient plus biscornus, torturés, et croulaient sous une végétation dense, parasitaire. Partout résonnaient des chants et des stridulations aiguës. Le chemin, de vieille route caillouteuse, était devenu un lambeau de terre à peine moins boueux que le reste du marais. Sans la présence du guide, ils se seraient perdus depuis longtemps.
Pourtant l'atmosphère ne s'était pas détendue entre lui et le groupe de marchands. La confiance ne régnait pas, Ankii l'avait compris depuis longtemps. Elle même se sentait crispée, tendue, assise au bout de son chariot avec son sac de pomme de terres et ses mains bandées. La nervosité du groupe la contaminait peu à peu, et elle n'aimait pas franchement ça. Même Écho devenait plus irritable, sauvage, ce qu'elle jugeait pourtant très difficile.

Cela se produisit au milieu de l'après midi, alors que le groupe avançait dans un silence lourd de tensions. Les buissons autours de la route explosèrent, déversant une dizaine de silhouettes sombres sur la route. Le guide fut le premier à tomber sous l'assaut, et les marchands comprirent qu'ils avaient fait erreur à son sujet. Trop tard, malheureusement.
Une main caleuse projeta Ankii dans le tas de sac sans qu'elle ne parvienne à déterminer si la manœuvre était amie ou ennemie. Elle en profita néanmoins pour se couler sous la pile recouvrant son corps maigre de sacs évidés. Elle n'avait cependant aucun moyen de savoir si son camouflage était efficace. Elle fit de son mieux pour se faire toute petite pendant que résonnaient les coups de l'acier contre la chair, les hurlements de douleur de ses anciens compagnons de voyage. Elle aurait aimé faire quelque chose pour les aider et se haïssait d'être aussi lâche et faible, mais que pouvait faire une gamine aveugle contre une bande de bandits ?
Elle était totalement impuissante.
Les cris cessèrent d'un coup, et Ankii serra ses poings délicats. C'était fini. Tous étaient morts, maintenant. Encore des morts. À croire qu'ils la suivaient à la trace.
Elle entendit les bandits s'interpeller à quelques mètres de sa cachette, à l'avant de la caravane, mais malgré son ouïe surdéveloppée elle ne put saisir que quelques brides, tant leur accent était fort et la pile de sacs épaisse. Elle compris cependant que les hommes allaient reprendre la caravane et encaisser le paiement à la place des marchands. Ils semblaient déçus, comme si la marchandise n'était pas celle à laquelle ils s'étaient attendu, et l'un d'eux avait même proposé d'abandonner le convoie sur place. Cependant l’appât du gain était plus fort, et gâcher telle marchandise n'était pas dans leurs habitudes.
Quelques minutes plus tard, les chariots reprirent leur avancée. Ankii soupira.
Et réalisa enfin dans quelle situation elle était.

Désespérée, c'était le mot.

Elle ne pouvait même pas profiter de la nuit pour s'échapper discrètement, car jamais elle ne pourrait retrouver son chemin dans le Bourbier, encore moins sans vision de l'environnement. Echo pourrait l'y aider, bien sur, mais elle perdrait trop de temps, et sans provision, une telle aventure relevait du suicide. Elle n'avait plus qu'à espérer rester invisible jusqu'à l'arrivée en ville. Ensuite... ensuite, elle aviserait.

La caravane avançait nettement plus vite qu'avant, les nouveaux convoyeurs n'accordant pas autant de soins à la marchandise que les précédents. Heureusement, la route était plus lisse ici, les cahots moins importants, et malgré quelques tintements métallique outragés, la cargaison n'eut pas trop à en souffrir. Cela rendait malheureusement la position de la jeune sryle encore plus précaire, les sacs ayant tendance à glisser au rythme le l'oscillation du véhicule. Elle parvint tant bien que mal à les maintenir, et quand les imposteurs firent halte pour se préparer pour la nuit, elle n'avait pas été découverte. C'était plutôt rassurant.

Elle ne put fermer l’œil de la nuit, l'esprit résonnant des cris de ses compagnons massacrés plus tôt, et de ceux morts avant eux, le jeune homme, son mentor... Elle avait peur de faire de mauvais rêves et de trahir bêtement sa présence. Et puis les planches du chariot étaient franchement inconfortables.
Le matin la trouva maladive, recroquevillée sous les sacs tièdes. Elle avait froid, et par endroit sa peau pâle avait pris une teinte violacée, meurtrie par les chocs et le bois dur.
Elle du lutter contre une crise d'éternuements alors que les hommes harnachaient les chevaux, et n'échappa que de justesse à leur vigilance.
Elle fut néanmoins rassurée lorsqu'une conversation entre deux brigands passant à côté d'elle lui appris qu'ils arriveraient bien plus tôt que prévu, avant midi. Son calvaire serait bientôt terminé.

Du moins l'imaginait-elle.
Il se mit en effet presque aussitôt à pleuvoir à verse, l'eau ruisselant le long des côtés de la carriole pour former une petite flaque glacée là où elle se cachait, allongée. Elle fut bientôt trempée et glacée, et ne pu réprimer un tremblement violent, incontrôlable. Plusieurs sacs glissèrent, sans qu'elle puisse les rattraper. Elle entendit un juron venant de l'avant de son chariot, lui ôtant tout espoir que l'incident soit passé inaperçu.
L'homme enjamba les cloisons pour rejoindre le dernier compartiment, celui où Ankii était cachée. Il y eut un moment de flottement, moment de tous les espoirs, de tous les possibles.
Puis le rire mental d'Echo retenti, grinçant, pas tout à fait joyeux, et une voix grave, blessante, retentit.

Eh les gars, on a laissé un cadavre dans ce chariot ! Tiens, Mil, viens me filer un coup de main pour le bouger de là. Ça ferait désordre si on le trouvait là.

Un grognement se fit entendre, suivit d'un choc sourd. Le dit Mil venait de monter aux côtés de son ami. Ce n'était plus qu'une question de secondes, maintenant. Il y eut du mouvement, des raclements, comme si les deux brigands voulaient faire durer les choses. N'y tenant plus, congelée, trempée, courbaturée et affamée, Ankii se redressa légèrement, laissant une main émerger des sacs, puis un bras, et enfin une tête. La vision d'Echo lui revint soudain, comme un flash de lumière dans l'obscurité. À l'air libre, son sonar spirituel pouvait de nouveau fonctionner.
Elle ne pris pourtant pas le temps de savourer cette sensation, crispée dans l'attente des hurlements.
Qui ne vinrent pas.
Étonnée, la jeune femme sonda les alentours, pour découvrir que les deux hommes étaient penchés sur un autre objet long, un corps sûrement, qu'ils achevaient de faire rouler hors du chariot. Le cadavre heurta le sol avec un bruit mat, spongieux, et Ankii ne put retenir un déglutissement de dégoût.
Le son, bien que ténu, intrigua l'un des hommes, qui tourna la tête, et découvrit le visage de la jeune Sryle, tout proche de lui.
Regard noir contre puits d’absinthe. Pendant un moment de flottement, les deux êtres se fixèrent, statufiés.
Ankii fut la première à réagir.
Je ne suis pas là chuchota-t-elle tout doucement, si bien que seul l'homme l'entendit.
Et elle s'enfonça silencieusement sous sa pile de sacs.

Moins d'une seconde plus tard, évidement, de grosses mains rugueuses entreprirent de fouiller sans douceur les sacs évidés, et se saisirent sans difficulté aucune de la jeune femme.
Tiens tiens, Mil, c'est quoi, à ton avis ? Une jolie petite bestiole toute trempée... Tu sais quoi ma belle, je suis bien content qu'on t'ai pas abîmé, on va pouvoir s'amuser avec toi...

Ankii frémit, et cette fois ci, ce n'était pas à cause de ses vêtements trempés.. Il se dégageait quelque chose de profondément vicieux des paroles de cet homme. Vicieux et glaçant.

Laisse la. On a pas le temps de jouer, on est presque aux portes de la ville, et je veux me débarrasser de la marchandise. Garde la et surveille la bien, on trouvera sûrement à la vendre en ville tout à l'heure.

Ankii ouvrit la bouche pour protester, pour la refermer aussi sec. Il n'était sans doute pas malin de s'attirer plus d’ennuis maintenant. Non, le mieux était sans doute d'attendre d'être arrivé à la ville, et profiter du fait qu'ils la croyaient docile et légèrement idiote pour s'enfuir. Elle aurait certainement plus de chances ainsi. Elle se laissa donc porter sans ménagement jusqu'à l'avant de la carriole, pendant que la pluie continuait de marteler le monde.
À peine une dizaine de minutes plus tard, la caravane stoppa. Ankii devina sans mal qu'ils avaient atteint les portes de la ville. Le gros porc qui la « surveillait » en la collant un peu trop à son goût se leva enfin pour aider à décharger la marchandise. Visiblement, le commanditaire était venu lui même chercher ses produits à l'entrée de la ville, procédé peu commun. Sauf si la cité d'Akerai était aussi peu accueillante qu'on le racontait, bien sur. Les ordres et les grognements des hommes transportant les lourdes caisses résonnaient autours d'elle, hachés par le bourdonnement de la pluie.
La danseuse aveugle se concentra. Trois à droite, quatre à gauche, tous bougeant, croulant sous l'effort ou se protégeant de la pluie. Personne ne faisait attention à elle. Bien.
Elle allait se couler le plus silencieusement possible à terre, lorsque qu'un raclement de gorge peu ragoutant retentit tout près d'elle, la glaçant jusqu'à l'os. L'homme passa à quelques centimètres d'elle et elle sentit son regard mauvais peser sur elle. Il entreprit ensuite d'enlever l'harnachement du cheval qui avait tracté la carriole.
Ankii soupira, entre l'anxiété et la rage.
Et un sifflement retentit.
Oh, personne d'autre ne l'entendit.
Personne à part le cheval tout juste libéré, qui, paniqué par ce son agressif dont il ne déterminait pas l'origine, se cabra, bousculant l'homme et envoyant un magnifique coup de sabot dans la caisse transportée par un autre, juste derrière. Des cris s'élevèrent, de colère et de douleur, en même temps que des bruits de verre brisé.

Imbéciles ! Cette caisse était remplie de potions très rares, très délicates et très chères !

Effectivement, un brouillard au parfum floral commençait à se répandre autours des débris de la caisses, entêtant. Chancelant, celui qui paraissait être le chef du groupe, main plaquée sur le nez et la bouche, s'approcha du chariot. Il saisit Ankii par le bras et la traîna sans ménagement en direction du mécontent.  
Tenez, vous pourrez la revendre ou l'utiliser, je ne sais pas ce qu'un alchimiste comme vous préférerait et je m'en fiche. Vous en tirerez sûrement une belle somme. Enfin une somme correcte. Enfin un prix, quoi.
Sans laisser le temps aux deux concernés de réagir, il se retourna, lança deux ou trois ordre, et finalement se saisit de la bourse de l'alchimiste, tout naturellement.
Bien, cela nous revient je crois. Vos caisses sont déchargées, nous n'avons plus rien à faire ici. Adieu.
Et ils partirent, aussi simplement et normalement que cela.
Ankii compris qu'ils avaient aussi vendu les chevaux de trait et les chariots, ne conservant que le cheval de l'ancien guide et la mule portant les provisions et les affaires de campement.

Elle se tourna vers l'emplacement où l’alchimiste s'était fait entendre pour la dernière fois, pas bien sure de le localiser parfaitement, mais néanmoins déterminée.
Je vous préviens. Je ne suis pas à vendre.

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Le monde est une musique.
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L'impossible est un mensonge,
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Rihan Elswey
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MessageSujet: Re: La danseuse et l'alchimiste   Ven 6 Jan 2017 - 22:14

Akerai, la où tout avait commencé. Enfin j'étais de retour. La ville n'avait pas changé, toujours aussi crasseuse, puante et malfamé, toujours cette atmosphère de vice, de pauvreté et de danger. Akerai, cela faisait des années que je n'étais pas revenu et elle me dégouttait toujours. Alors pourquoi m'installez ici me demanderez-vous ? Oh ne vous faites pas d'illusion, ce n'étais ni par élan de nostalgie ni pour une auto-flagellation mal placé, il me fallait juste un nouveau local dans un endroit où on ne poserait pas de question, et ici les bâtiments n'étaient  pas cher et les cobayes nombreux.

Mais pourquoi quitter Sipheaï pour Akeraï si cette ville me dégoutte tant ? Après tout, là bas j'avais accès à l'immense savoir des bibliothèque de l'académie. Et bien il y avait plusieurs raisons à cela : premièrement ma relation avec les anciens qui se dégradaient de plus en plus. Malgré leur interdiction j'ai continué mes recherches après tout. De plus la vie y est chère et sa proximité avec l'académie rendait le commerce peut fructueux. Et enfin j'y étais connu, et mener des expériences interdites lorsque l'on est connu est ma foi fort délicat, je dois l'avouer j'ai eu des démélés avec la justice de la ville.

Or à Akeraï , en plus des logements peu couteux, le commerce ne manquerait pas, les alchimistes ne devaient pas y courir les rues. De plus j'y étais inconnu et la justice y était très peu présente. Et puis, en se qui concerne les livres, on va dire que j'avais « emprunter » divers ouvrages assez intéressant. Bref, à Akeraï je pourrais bosser tranquille.

Enfin pour bosser déjà me fallait-il mes équipements, déjà trois jours de retards, les livreurs pouvaient être sûr que j'allais réduire leur paye de moitié ! On m'avait assuré que la livraison aurait lieu aujourd'hui , et c'est pourquoi je faisais les cent pas devant la grande porte de la ville , misère , l'attente était longue, bien trop longue.

Trois heures après les douze coup de midi, une averse qui ne semblait pas vouloir se terminer et bien des cigarettes (de ma création, une petite fierté) plus tard. Les caravanes apparurent à l'horizon. C'est donc avec un soupir de soulagement, avec une teinte d'exaspération, que j'accueillis celui qui semblait être le chef de manière plutôt désagréable.

- Enfin ! 3 jours de retards ! Bordel j'ai cru employer des convoyeurs connaissant la région, pas des abrutis se perdant au moindre carrefour. J'espère que votre excuse est bonne, sinon j'espère que vous aimez les chauves atteints de strabisme, votre futur se trouve peut être par là.

Le visage de l'homme passa du rouge au blanc au cramoisie en une fraction de seconde. Ses expressions faciales furent fascinante : colère , peur , honte. Il essaya bien de se contrôler mais il ne put s’empêcher de répondre d'une voie tremblotante et un peu trop forte.

- Désolé monsieur, des bandits sur la route , plusieurs bandes bien organisées.

- Peu importe, passons , j'espère que vous n'avez rien endommagé, deux vies comme la votre ne suffiraient pas à tous rembourser, enfin vous verrez bien si ça se ressent sur votre salaire.

L'homme serra les poings, il ne semblait pas habituer à ce qu'on lui parle de cette façon. A vrai dire il avait plus l'air d'un de ces bandits plutôt que d'un convoyeur, et à bien y regarder son groupe était plutôt une bande de brute épaisse que de marchand... Toujours rencontrer ses partenaires commerciaux , j'avais été stupide. Enfin, tant que mes affaires étaient là.

Je montrais au groupe une énième fois où posé les caisses volumineuses tout en passant en revue la moindre potion lorsqu'un bruit de verre brisé retenti. Çà y est, s'en était trop, l'atmosphère de la ville, les employés grossiers , le chef lourdaud et sa bande d'imbécile déjà me portaient sur les nerfs mais ça.

Comme une furie j'arrivais sur le malheureux que je pensais être coupable, écumant de rage.

- Imbéciles ! Cette caisse était remplie de potions très rares, très délicates et très chères ! Bon, pour rembourser, une main ? Un pied ? Peut être les yeux ? A moins que vous aillez un saphir ou un rubis ? Crois moi je peux te maudire sur cent génération, ou faire en sorte que tes descendants soient tous manchots.

Le chef arriva à ce moment à la défense de son subordonné, tenant une jeune femme par le bras.

- Tenez, vous pourrez la revendre ou l'utiliser, je ne sais pas ce qu'un alchimiste comme vous préférerait et je m'en fiche. Vous en tirerez sûrement une belle somme. Enfin une somme correcte. Enfin un prix, quoi.

Il la poussa vers moi , lâcha quelques consignes à sa bande et saisi sa paye avant que j'ai le temps de répondre.

- Bien, cela nous revient je crois. Vos caisses sont déchargées, nous n'avons plus rien à faire ici. Adieu.

Puis ils déguerpirent aussi sec, toute l'opération dura quelques secondes, la rapidité des détrousseurs efficaces. Heureusement, la bourse ne contenait que la moitié de la somme prévue. Au final l'opération m'arrangea, pour le prix de quelques potions j'avais pu économiser de nombreuses pièces. Mais tout de même, quelle journée de merde, Akeraï n'apporte décidément que des ennuis.

Une voie faible retentis, me sortant de mes pensées.

- Je vous préviens. Je ne suis pas à vendre.

Mon attention se tourna vers la jeune femme , je l'avais complètement oublié. Elle avait des yeux couleur absinthe , des cheveux auburn et était vêtu de vêtements amples trempées.

- Oui oui c'est bien, va jouer quelque part, pas le temps de m'occuper de toi... juste me traîne pas dans les pattes.

Bon, les problèmes mineurs après, d'abord le transport des marchandises. A la base les transporteurs devaient m'aider à les transporter chez moi après leur avoir payé une partie de la somme promise. Ce plan tombait à l'eau. Et merde... de pire en pire. Je saisis machinalement une cigarette avant de me rendre compte qu'elles étaient complètement trempées et donc foutu... journée de merde.

Voyons la marche à suivre, j'allais devoir aller en ville, engager deux trois personnes et tout ramener chez moi. Heureusement j'avais encore les chariots, 3 paires de bras devraient suffire à tout ramener. Je ne pouvais cependant pas laisser mes affaires sans surveillance, c'est la que la fille intervenait. Je n'aimais pas ça, je ne connaissais même pas son nom mais bon, pas le choix, à situation d'urgence mesure extraordinaire, me restait juste à prier... ou a utiliser la superstition des crédules.

- Et machine ! Viens voir ! Tu veux retrouver ta liberté ? Bien, restes ici jusqu'à ce que je revienne et surveille la marchandise , tu auras peut être même une pièce.


Suite à ça je fis semblant de prononcer des paroles impies. La plupart des gens ne connaissaient rien à la sorcellerie alors réciter deux trois formules d'une voix grave en révulsant les yeux suffisaient à leur faire peur.

- Bien, je t'ai maudit, si tu t'enfuis ou que tu me voles , tu perdras la totalité de tes sens et tu deviendras folle, compris ? Oui ? Très bien. Oublies pas, si tu le fais tu es libre.

Sur ces belles paroles, je retournais en ville , la taverne la plus proche devrait le faire, en espérant bien sûr que tous se passe bien. Vu comme c'était partie, les probabilités pour que tout se passe mal étaient fort élevées. Baston de bar, feu dans la ville , jour des tavernes fermées... bref quelque chose de ridicule... Bah plus que quelques heures et j'allais pouvoir me mettre au travail...

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Ankii Narow
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MessageSujet: Re: La danseuse et l'alchimiste   Jeu 26 Jan 2017 - 14:56

Oui oui c'est bien, va jouer quelque part, pas le temps de m'occuper de toi... juste me traîne pas dans les pattes.

Ankii haussa les épaules, à la fois rassurée et étrangement vexée par le manque total d’intérêt de l’homme. Elle ne demandait pas mieux que de s’en aller, en réalité. Elle ne croyait toujours pas à sa chance d’être encore en vie, et relativement libre qui plus est. Ses jambes tremblaient encore légèrement, effet résiduel du stress intense qu’elle avait enduré depuis le massacre de ses compagnons, la veille. Et puis il faisait froid. Et elle était trempée. Elle s’éloigna de quelques pas indécis des chariots et de l’homme qui s’agitait en l’ignorant, l’air exaspéré. Le regard fixé sur le sol, elle contemplait au travers des yeux d’Echo les remparts de la cité.

Eh bien, ça s’est terminé mieux que ce que je ne l’aurais pensé.

Ankii ne daigna même pas sursauter quand la voix-croassement d’Écho résonna dans son esprit. Celle-ci n’avait fait que bouder et ricaner depuis leur départ de Quetaïn, et la jeune femme n’était pas tout à fait certaine d’apprécier son retour à la parole.

Oh, bien sûr, tu vas certainement tomber malade et mourir d’ici quelques jours, misérable au fond d’une ruelle. Ou retourner dans un bordel. Quoi qu’il en soit, je ne donne pas cher de ta peau. Ça sera juste plus long à venir que de te faire trancher la gorge par ces abrutis.

Ankii jeta un regard meurtrier dans la direction générale de l’esprit. Difficile, pourtant, d’être prise au sérieux quand on se contente de fixer le vide à quelques brassées de la cible de son courroux. Écho lâcha un nouveau croassement amusé, mais retomba dans le silence, au grand soulagement de la sryle. Elle n’avait pas tort, cela dit. Sans l’argent que la caravane lui avait promis, elle n’avait pas beaucoup de chance de survivre à son séjour à Akeraï. Du moins, mais sans se vendre à nouveau, et elle ne pouvait s’y résoudre. Pas encore. Sa main se resserra sur son bâton d’os. Elle allait devoir trouver une solution.
La jeune femme redirigea son attention vers les chariots couverts de caisses, songeuse. Découragée par son manque de réaction, l’esprit lança une dernière pique avant de s’éloigner en pestant.

Essaie au moins de me trouver un bon parti avant de crever, d’accord ? Je n’ai pas envie de rester seule au fond d’un caniveau pour les trois prochaines années.

Elle n’obtint qu’un vague hochement de tête en retour. Ankii s’était trop habituée au style agressif d’Echo pour se laisser toucher, et elle avait d’autres choses auxquelles penser. Comme par exemple trouver de l’argent pour survivre.

- Et machine ! Viens voir ! Tu veux retrouver ta liberté ? Bien, restes ici jusqu'à ce que je revienne et surveille la marchandise , tu auras peut être même une pièce.

La jeune sryle haussa un sourcil. En voilà un qui arrivait à point nommé. Pourtant, elle n’avait pas eu l’impression de pouvoir attendre grand chose de ce sombre personnage.

- Bien, je t'ai maudit, si tu t'enfuis ou que tu me voles, tu perdras la totalité de tes sens et tu deviendras folle, compris ? Oui ? Très bien. Oublies pas, si tu le fais tu es libre.

Ankii manqua de s’étouffer. Allons bon. Mais que s’imaginait-il, qu’elle était née de la dernière pluie ? Manifestement non, puisqu’ils étaient encore dessous et qu’elle ne poussait pas les vagissements insupportables d’un nouveau-né. Elle envisagea quelques secondes l’options de le faire, pour voir, mais se retint. Elle avait besoin d’argent, et il semblait presque prêt à lui en donner. Autant ne pas le vexer. Pas tout de suite.
Elle hocha donc la tête le plus gravement qu’elle put. Elle ne réussit pas à prendre un air apeuré, mais parvint au moins ravaler son sourire ironique à temps.

L’homme s’éloigna en direction de la ville, certainement pour trouver quelqu’un pour l’aider à transporter ses affaire ou à qui revendre les chariots et les chevaux. Ankii soupira et s’approcha d’une des bêtes placides qui avaient bravement tiré la caravane depuis son départ. Les naseaux de la bête étaient veloutés sous ses doigts, son souffle chaud et humide. Elle se demanda si elle souffrait de son destin, si elle regrettait ses anciens maîtres. Sans doute pas. C’était facile, d’être un cheval. Personne ne vous laissait dans la rue. Un peu d’herbe, de l’eau et un abri dans la tempête suffisaient à vos besoins immédiats.
La jeune femme retira vivement sa main, sentant le changement d’humeur soudain de l’animal. Elle fronça d’abord les sourcils, avant de comprendre. Depuis que les brigands avaient capturé la caravane, pas une fois n’avait elle entendu le son caractéristique d’un sac d’avoine déplacé ou du grain écrasé par des mâchoires puissantes. Ces brutes avaient laissé les chevaux mourir de faim ! Les deux autres avaient réussi à atteindre du bout des dents un lambeau d’herbe écrasée, mais celui-ci louchait avec envie sur la jeune sryle, en se demandant sûrement si son goût était si différent que ça de celui d’une bonne pomme bien juteuse.
Ankii jura et se précipita vers l’arrière du chariot. À tâton, elle trouva la réserve d’avoine et des sacs pour nourrir les pauvres bêtes. Quelques minutes plus tard, les trois chevaux mâchaient avec enthousiasme. La jeune femme fut forcée de reconnaître qu’elle s’était trompée. Le sort des chevaux n’était pas si enviable, pas si simple. Tout dépendait de la bonne volonté de leurs maîtres, et cette situation n’était pas sans lui rappeler celle qu’elle avait connue quand elle se trouvait encore au bordel.

Satisfaite, la jeune femme se tourna à nouveau vers la ville. Chose curieuse, personne ne semblait vouloir emprunter la grande porte. La pluie avait repris, plus forte, et les rares passants qu’elle voyait de son point d’observation traçaient leur chemin en toute hâte, ignorant totalement l’étrange spectacle de la caravane abandonnée gardée par une aveugle.
Comme la vision de la ville réveillait en elle des pensées bien sombres, Ankii se tourna à nouveau vers les chariots. L’alchimiste prenait son temps. Comme elle n’avait pas l’intention de rester là sans rien faire, elle s’approcha à pas décidés du cadavre de la caisse et s’agenouilla.
L’air était empli du parfum suave, presque étouffant, des potions éclatées. Elle y distinga des notes douces de cannelle, d’anis et de clou de girofle, acides d’agrumes, désagréables de soufre et d'ammoniac. Elle pouvait déjà deviner quelles étaient certaines de ces potions au sort funeste. Rien de bien compliqué, à vrai dire. Rien, en tout cas, qui ne corresponde à la description, certes fort succincte, qu’en avait fait l’alchimiste. Ce n’était que des produits de base, qu’elle aurait très bien pu composer elle-même si elle avait eu le temps et les ingrédients nécessaires. Se pouvait-il alors que…
Oui. Là, couché sous une planche brisée, se trouvait un petit paquet. Ankii le récupéra avec douceur, et écarta les pans de tissu molletonné qui en protégeait le contenu. Elle fit courir ses doigts sur le verre des fioles, et laissa échapper un sifflement impressionné. Bien, cela devait certainement expliquer la colère de l’alchimiste. Si elle avait su que ce chariot transportait quelque chose d’aussi rare et volatil, elle n’aurait même pas osé passer à côté de la caisse sans retenir son souffle.
Bien sûr, elle n’était pas experte en alchimie. Mais sa maître l’avait initiée aux secrets des potions, et elle les connaissait assez pour les reconnaître et deviner leurs effets, la plupart du temps. Elle savait aussi reconnaître au toucher ces fioles si particulières, issues des ateliers d’alchimie les plus renommés. Casser de telles merveilles aurait été pure hérésie, rien que pour leurs bouteilles finement ouvragées. La jeune femme lança un regard noir vers le bout du chemin, là où avaient disparu les brigands. Ces abrutis avaient sans doute bien trop peur de croiser les gardes de la ville. Enfin, s’il y avait des gardes dignes de ce nom ici, et elle en doutait. Peut-être une organisation criminelle concurrente alors ? Bah, peu importe. Qu’ils se fassent piétiner par des buffles des marais. Ils ne méritaient pas mieux.

Gardant le petit paquet à la main, elle grimpa sur le banc du premier chariot, laissant pendre ses jambes dans le vide devant elle. La pluie semblait prête à se calmer, mais l’eau rempait encore le long de ses membres fourbus. La jeune femme bailla. Elle était glacée jusqu’à la moelle, et aurait sans hésité vendu père et mère contre un bain chaud et une couverture sèche. Mais ce n’était pas la première fois qu’elle était ainsi laissée à la merci des éléments, et cette situation pourtant désagréable avait un petit côté réconfortant. Elle se surprit à sourire.
Au bout d’un petit moment, elle perçut enfin l’approche d’un petit groupe de personnes en provenance de la ville. Elle leva la tête, aux aguets. Elle espérait vraiment qu’il s’agissait de l’alchimiste et de quelques porteurs, sans quoi… elle n’était pas exactement de taille à tenir tête à une bande de voleurs. Mais quelle idée, aussi, de confier la garde d’une cargaison précieuse à une gamine chétive et aveugle ! Bon, certes, ce n'était plus une gamine depuis un moment. Mais elle était chétive et aveugle, quand même !
Heureusement, il s’agissait bien de l’alchimiste, accompagné d’une poignée d’hommes aux mines patibulaires. Était-ce là leur expression naturelle, ou était-ce simplement un effet de la présence de l’alchimiste ? Ankii ne put retenir un petit sourire malicieux à cette pensée.
Quand ils furent arrivés près des chariots, elle se laissa glisser à terre et s’approcha de l’alchimiste, mains dans le dos, l’air de rien.

Voilà, personne n’est venu reluquer vos marchandises, et j’ai même donné à manger aux chevaux. Vous devriez en tirer un meilleur prix, maintenant qu’ils n’ont plus l’air de crève-la-fin. Pas la peine de me remercier, une pièce suffira, comme convenu.

Elle tendit la main, sourire aux lèvres, avant de la baisser comme si elle venait juste de se rappeler la présence du paquet dans son autre main.

Ah, avant que j’oublie : je pense que vous serez heureux de retrouver ceci.

Elle lui tendit le paquet. Il était encore relativement sec : son corps l’avait protégé de la pluie.

Vous avez eu de la chance. Les potions brisées de tout à l’heure n’était que du tout venant. Une perte regrettable, certes, mais moins que celle de ces deux bijoux. Les Animae Volentrice ne courent pas exactement les rues...

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Le monde est une musique.
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De sons, de couleurs brisées.
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La danseuse et l'alchimiste

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