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 D'opale et de feu [Leïna] - Terminé

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Nishati ya Jua
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MessageSujet: D'opale et de feu [Leïna] - Terminé   Jeu 20 Juin 2013 - 0:58

J'avais pris mes résolutions. Surveiller Darel, sur ma vie. Le seul problème, c'est que le suivre discrètement était un peu plus compliqué que prévu. Et surtout que je n'avais aucune compétence viable en pistage. Toujours est-il que je le perdis de vue assez rapidement. Heureusement pour moi, il était guérisseur. Ce n'était pas compliqué de poser des questions dans les villes que je traversais, et généralement, je retrouvais sa trace, ou du moins sa direction générale. De temps en temps, je demandais à Coral de me le retrouver et de m'indiquer si j'étais loin ou non. De cette manière, je savais s'il fallait que j'accélère ou non.

En l'occurrence, quand je m'arrêtais, il était non loin d'une petite bourgade à l'ouest de Feïral. Je décidai d'y passer la nuit, et de reprendre ma route au matin. Peut-être aurais-je en plus quelques malades à soigner. C'est ainsi que je passai la fin de la journée à prodiguer mes soins. La nuit ne tardant pas à tomber, je pris une chambre à l'auberge, que le propriétaire me donna en échange d'un onguent contre les éruptions de bouton. Je passai une nuit relativement calme. J'avais fait monter eau chaude et repas avant ma transformation du crépuscule, et il ne me resta qu'à déposer les restes, une fois que j'eus terminé, à l'extérieur. Après quoi, je m'endormis.

A l'aube, je redescendis dans la salle commune de l'auberge, pour y prendre de quoi me restaurer. On me servit du pain frais et deux pommes. Pas de quoi casser trois pattes à un canard, et considérant le prix que l'aubergiste demandait pour ses chambres, insuffisant. Mais je m'en fichais comme d'un guigne et ne pensais même pas m'indigner. Je reprendrais la route une fois mon déjeuner avalé.

Tout en grignotant ma première pomme, j'observais les personnes de la salle. L'aubergiste, évidemment, son jeune fils, à peine douze ans, et un autre client, une femme d'une petite trentaine. Peu de monde, en somme. Vu l'heure, ce n'était pas étonnant.

Je mordis dans le pain. Pas assez levé, et de quoi étouffer un orc, mais qu'importe. C'est à ce moment qu'entra un homme. Plutôt ramassé, les cheveux et le teint très sombres, son équipement de cuir éraflé et la flamberge accrochée à son dos le désignait immédiatement comme un mercenaire. Je n'appréciais pas spécialement ce genre d'engeance, mais je savais que tous avaient des talents particuliers dont ils usaient pour payer leur nourriture et leur toit. Et après tout, il en fallait bien, des spadassins.

A sa jambe, un bandage grossier, mais fait il y a peu, au vu de la clarté des bandes de lin. Bandes de lin un peu rouges, à ce propos.

- A ton avis, il s'est pris quoi dans la jambe ? Une flèche, un coup d'épée ? 
- Pour ce que j'en sais ! marmonnai-je en finissant l'étouffe-orc qui me servait de pain.
- Tu ne ferais pas mieux de l'ausculter ?
- Il l'aurait dit d'emblée, s'il cherchait un guéri...
- Aubergiste ! Ton meilleur vin. Et fait mander la guérisseuse. On m'a dit qu'elle séjournait ici.

Pourquoi c'est toujours sur moi que ça tombe ?

Je me levai, lentement. Sans un mot. Le tenancier de l'auberge me jeta un regard reconnaissant, je lui en retournai un avec tout le flegme propre à ma race. Plus je l'observais de près, plus il me déplaisait. Je rangeai ma dernière pomme dans ma besace principale, puis fit asseoir le mercenaire à la table que j'occupai précédemment. Enfin, pour être parfaitement exact, je le fis asseoir sur la table, et fis étendre sa jambe sur une chaise. Il grimaça, mais le fait qu'une femme s'occupe de lui suffit à lui faire ravaler la moindre protestation.

Il y en avait d'autres qui chouinaient un peu plus pour avoir plus d'attention, mais ce type là ne semblait pas être de ce genre. Plutôt serrer les dents et endurer la douleur comme un homme, un vrai. Je retins un ricanement. Que j'enfonce un doigt dans la plaie et il piaulerait comme tous les autres. Quoique sa manière de parler semblait un peu plus relevée que la plupart des reîtres. En tout cas, meilleur que la mienne.

Tandis que l'aubergiste apportait son « meilleur vin » - une piquette, sans le moindre doute – je déroulai le bandage de fortune. Je fronçai les sourcils, consterné. Il avait songé à panser sa blessure, mais pas à la nettoyer ? Son pantalon était collé à sa peau par du sang, et les fibres s'étaient parfois logées dans la plaie elle-même. Je me relevai et remontai mes manches, les enfouissant dans les deux brassards que je portais aux avants bras.

- Je peux pas vous bander correctement si vous gardez ce pantalon. Retirez le.

Coral retint à grand peine un ricanement à l'instant même où une lueur égrillarde s'allumait dans le regard du mercenaire.

- Pour toi, ma jolie, je retire tout ce que tu veux.

Le sens de mes paroles m'atteignit peu de temps après, et, si je ne pouvais foudroyer du regard Coral, je le fis amplement avec le nervi, pinçant les lèvres et utilisant tout le potentiel glaciaire que mes yeux pâles recelaient. Si un regard avait pu tuer, il aurait été étendu raide sur la table.

- Pardon, dame guérisseuse, reprit-il en se tortillant pour enlever son pantalon sans trop toucher sa blessure. Je m'appelle Andrea Kalinsky. Je sais que les elfes ont parfois du mal avec la langue des hommes. Je m'excuse.
- Ooooh ! ronronna Coral. Ma Belle de Jour fait décidément des ravages ! Tu arrives à faire s'excuser un mercenaiiire ?

Ignorant la remarque de ce satané esprit, j'aidai Andrea à retirer le tissu quand il arriva à la partie difficile. Sa courtoisie me surprenait. Enfin, heureusement pour lui que Darel n'était pas dans le coin. Il n'aurait pas eu le temps de s'excuser qu'il aurait déjà rejoint ses ancêtres. Carbonisé, sans doute, après ce que j'avais vu...

D'un geste impérieux, j'ordonnai à l'aubergiste de me ramener de l'eau claire et une bassine, que je plaçai sous la blessure. Délicatement, je versai le liquide sur la plaie, teintant l'eau qui retombait dans la bassine de rouge et parfois de morceaux de tissu. C'est ainsi que je remarquai que sa blessure était due à un coup d'épée. La curiosité me rongeait, mais il n'était pas dans mes attributions de savoir pourquoi, ou comment. Seule comptait la blessure.

Une fois celle-ci propre, j'entrepris de déposer, doucement, un baume cicatrisant. Je n'étais pas comme mes autres confrères. Je n'avais qu'un lien ténu avec la nature, et j'étais bien incapable de soulager une blessure rien qu'en posant la main dessus. Un don que la plupart des guérisseurs possédaient. Puis, sortant des rouleaux de lin propres, je refis le bandage. Il n'y avait rien à faire d'autre, de toute façon. La blessure se cicatriserait d'elle-même, n'étant pas profonde.

Une fois son pantalon et ses bottes de cuir noir remis, Andrea me saisit la main et l'effleura de ses lèvres, une lueur séductrice dans ses yeux sombres. Je connaissais ce regard. Il ne s'agissait que d'un jeu. Les autres elfes étaient infiniment trop loin pour ces éphémères qu'étaient les humains. Les guérisseurs également. Mais j'avais montré ma maladresse, et la maladresse rend tout beaucoup plus... humain.

- Je vous remercie infiniment, ma dame... S'il m'est permis de connaître votre nom, afin de louer votre bonté et votre beauté, et de me languir d'une prochaine rencontre...
- Seelen Amani. Je suis mariée, fis-je en dégageant brutalement ma main et en commençant à ranger mes affaires.
- Tiens donc ! s'esbaudit Coral. Je suis certain que Darel sera ravi que tu aies accepté sa proposition.
- Un chanceux, mais également un sot de ne pas être à vos cô...

La porte de l'auberge s'ouvrit brusquement et c'est alors que je croisai des yeux magnifiques, et que mes propres prunelles blafardes me parurent bien ternes.

Des yeux de flamme...

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Dernière édition par Nishati ya Jua le Sam 12 Avr 2014 - 16:17, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: D'opale et de feu [Leïna] - Terminé   Dim 23 Juin 2013 - 17:05

Etait-ce vraiment une bonne idée ? Ne suivait-elle pas, encore une fois, la voie de la colère ?
Cette question la taraudait, alors qu’elle avait les yeux fixés sur l’humain tremblant devant elle. Œil pour œil, dent pour dent. Cette logique, un jour, lui coûterait la vie. Un jour… pas maintenant.
 
- Où ?
 
L’humain tremblait trop pour répondre. Un soupir s’échappa des lèvres de l’assassin. L’homme qui l’avait attaqué, le chef de ce groupe de mercenaires, était plus insaisissable qu’une anguille. Elle le chassait en vain depuis des jours. Jamais une proie ne lui avait donné autant de fil à retordre.
Alors, elle avait cherché une autre piste. Une piste aléatoire, mais c’était tout ce qui lui restait comme solution. Elle avait cherché un survivant de la confrontation entre les Chevaliers et les mercenaires.
 
Et était sur le point de le trouver, à sa plus grande joie. Enfin, joie… façon de parler…
Il fallait juste faire parler cet humain, affalé contre le mur d’une ruelle sombre. Un ami de sa nouvelle proie. Un ami terrorisé.
Leï fit la moue et s’accroupit devant l’humain. Cette race n’était vraiment pas discrète. La nouvelle du massacre avait vite fait le tour d’Aranor – cela n’arrivait pas vraiment tous les jours. Et elle avait, au détour d’une rue, capté les mots de cet humain.
« J’ai un ami, parmi ces mercenaires. Il s’en est sorti. »
 
Hasard, destin ? Un assassin devait souvent ses trouvailles à la chance. Un mot, un geste, un regard accroché à l’ultime seconde…
 
- Bon.
 
Elle n’avait même pas eu besoin de l’attirer. Il s’était dirigé tête la première dans la ruelle, sans doute pour retourner chez lui.
 
- J’ai un différend à régler avec ton ami. Alors, j’aimerais savoir où il se trouve. Tu comprends ?
 
L’humain lui jeta un regard vide de toute intelligence, et elle soupira à nouveau. Puisque la manière douce ne marchait pas…
Elle saisit son poignard et le plaqua contre la gorge tendre de l’humain.
 
- Qu’est-ce que je disais, déjà ?... Ah, oui. Où est-il ?
 
Elle appuya les dernières syllabes, et la lame s’enfonça très légèrement dans la chair de l’humain, qui retrouva sa voix.
 
- Le… Le royaume de Feïral. Feïral !
 
Un sourire se glissa sur les lèvres de l’Ange. Elle avait sa direction.
 
- Son nom ? souffla-t-elle avec un air plus engageant.
 
Pour lui laisser l’espoir qu’elle allait l’épargner.
 
Il répondit dans un murmure.
Lorsqu’elle sortit de la ruelle, l’humain ne respirait plus, la gorge ouverte.
 
* * *
Elle ne devrait pas être là, sur cette route. Tael lui avait dit qu’elle était recherchée à Feïral. Mais, comme toujours, le désir de vengeance la poussait en avant. Elle trouvait le mercenaire, elle trouvait leur chef. Elle trouvait le chef… elle trouvait sa mère. C’était aussi simple que cela.
Une pluie hésitante tombait sur elle, la débarrassant de la poussière accumulée au fil de sa marche. Une marche sans fin. Feïral, Feïral… C’est vaste ! Bien trop vaste.
Encore une fois, ce fut la chance qui la guida. Chance, hasard ou destin… Peu importait, au final.
 
Elle passa une nuit sans rêve au bord de la route, perchée dans un arbre. Pas de villages en vue, ni d’auberge bien placée. Dommage. Ni, de fait, de repas consistant. Elle dû se contenter d’un bâtonnet de viande séchée et d’une pomme vieillissante comme dîner. Elle avait beau avoir l’habitude, ce n’était pas forcément génial.
 
Après quelques heures de sommeil, elle se réveilla, la lune encore haute dans le ciel, et elle, incapable de se rendormir. Elle se sentait proche du but qu’elle s’était fixée, très proche.
Leï descendit de son perchoir et reprit la route, lasse. Une vraie nuit, dans un vrai lit… Elle se demandait si elle allait vraiment dans la bonne direction. Pourchasser un mercenaire dans un royaume, pour en trouver un autre, les deux ayant l’air d’avoir la fâcheuse manie de disparaître…C’était un peu aléatoire. Très aléatoire !
 
Et pourtant… Peu après l’aube, elle aperçut une auberge baignant dans les premiers rayons de soleil. Elle décida de s’y arrêter pour prendre un bon déjeuner, avant de reprendre ses recherches. Elle s’était très mal débrouillée, se laissant encore emportée par la colère. L’humain… Elle n’aurait jamais dû le tuer. Il aurait pu lui servir. Ce qui était fait ne pouvait malheureusement être défait.
 
Leï poussa la porte. Se figea.
Non… C’est trop beau pour être vrai…
Malgré sa relative surprise, elle analysa ce qui se trouvait sous ses yeux à la vitesse de l’éclair. Une salle banale. Un homme, devant être l’aubergiste, un gamin, une femme à l’âge moyen. Trois personnes à qui elle ne prêta qu’une attention superficielle, cette dernière étant concentrée sur deux autres. Une elfe albinos, vêtue d’habits blancs la désignant comme guérisseuse, et juste à côté…
Sa proie. Tout en lui clamait mercenaire. Rien que l’arme et l’armure le désignait comme tel – il n’avait pas la grâce, la fluidité des assassins, et les pirates ne s’habillaient pas ainsi. Mais, surtout, c’était cette marque, ce tatouage, dans son poignet, qui éveillait un souvenir très récent.
Le chef des mercenaires… Avait, dans le poignet, un aigle tatoué. L’aigle de sa mère, maintenant qu’elle y pensait.
Le même aigle que celui de cet homme.
Les yeux feu dérivèrent sur ceux, pâles, de la guérisseuse.
Mais t’es qui, toi ?
Elle relégua cette question dans un coin de son esprit pour se concentrer sur le mercenaire. Elle accrocha son regard sombre.
 
- Merde ! lâcha-t-il.
 
Tu m’as reconnue, hein ?
Elle s’élança en avant. Son poignard jaillit de son fourreau sans un bruit et s’appuya sur la gorge de l’homme, tandis que sa main gauche agrippait sa nuque pour l’empêcher de reculer. Leï était légèrement plus petite, mais pas moins dangereuse pour autant.
 
- Andrea Kalinsky…
 
Ils luttèrent du regard.
 
- Tu es en vie.
- Déçu ?
- Pas vraiment. Qui t’as donné mon nom ?
 
Un sourire enjôleur fleurit sur le visage de l’assassin.
 
- Aucune importance. Je veux savoir une chose, et tu vas me la dire.
 
Un rictus dubitatif se dessina sur les lèvres du mercenaire.
 
- Où est ton chef ?
 
La grimace se nuança. Une étincelle de mépris et d’amusement dansa dans les yeux d’Andrea.
Pas bon.
 
- Et que feras-tu si je ne le dis pas ?
 
Ce fut au tour de l’assassin de sourire. Elle remonta brutalement son genou dans l’entrejambe du mercenaire, qui se plia en feux en grognant de douleur. Un coup de coude le fit se redresser brutalement tandis qu’une lame dessinait un trait de feu sur son visage.
 
- Compris ?
 
Le mercenaire peinait à reprendre son souffle. Il ne pouvait même pas se défendre, blessé.
 
- Et si je le dis ?
 
Leï haussa les épaules.
 
- Tout dépendra de ta réponse.
 
Andrea réfléchit rapidement.
 
- Je ne sais pas qui il est. Je peux te dire son surnom : l’Aigle de fer. Tu le trouveras sous ce nom, pas sous un autre. Et ne rêve pas ; il est trop fort pour toi.
 
L’Aigle de fer… Quel est le lien avec ma mère ?
Le regard de l’assassin croisa celui du mercenaire et y plongea. Elle eut la certitude qu’il n’en savait pas plus.
 
- Bien.
 
Le poignard quitta la gorge. L’espace d’un instant, une lueur d’espoir brilla dans les yeux du mercenaire. Pour s’éteindre lorsque la lame s’enfonça dans son front avec brutalité.
Voilà ce qui arrive à ceux qui pensent pouvoir me tuer.
Leï se souvint où elle était brutalement. Dans une auberge… Et l’aubergiste avait à première vue réussit à prévenir les gardes. Lui, ou quelqu’un d’autre. Aucune importance.
L’Ange se glissa derrière la guérisseuse et plaqua sa lame sur sa gorge.
 
- Personne ne m’approche, c’est clair ?

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MessageSujet: Re: D'opale et de feu [Leïna] - Terminé   Lun 24 Juin 2013 - 10:25

J'observais la nouvelle venue, une fois la surprise que ses yeux magnifiques avait provoquée évanouie. Et je me rendis compte qu'elle était loin d'être une simple voyageuse de passage.

Tout en elle clamait l'assassin. La souplesse de ses mouvements, l'aspect létal de son armement... Les elfes étaient de manière générale plus déliés que ces éphémères d'humains, mais là il n'y avait pas de doute. A mes côtés, Coral s'était tendu, prêt à attaquer. Mais sans moi, il pouvait tout juste lui souffleter au visage. Je lui fis signe de se calmer, ne quittant pas des yeux mademoiselle Prunelles-Enflammées. Ce n'était pas ici, avec autant de monde, que j'allais pouvoir lâcher le mage de vent sur la petite. Pas ainsi.

Du coup, j'en oubliai mon patient. Alors que Prunelles-Enflammées avait ses jolis yeux rivés sur lui.

- Merde !

La qualité de son langage s'était sensiblement dégradée. Dommage. L'elfe s'élança, avec toute la rapidité et l'agilité propre à notre race. La prestesse de son geste, et surtout son silence m'impressionnèrent tellement que je n'esquissai pas le moindre mouvement. Un peu comme tout le monde dans cette auberge, en fait, mais contrairement aux autres ce n'était pas la peur qui me figeait. Tout assassin avait des organes vitaux qu'il était dommageable de faire imploser. Ils étaient loin d'être invincibles et contrairement à la magie, les lames pouvaient être infiniment moins rapides. Surtout face à un mage du vent comme Coral.

Pendant qu'ils discutaient, je remarquai finalement l'aigle tatoué sur le poignet d'Andrea. C'était ce qui avait attiré le regard de Prunelles-Enflammées. Appartenance à un groupe de mercenaire, sans doute. D'après ce que je compris, la petite cherchait le... chef ?

Je cillai un moment quand elle le frappa et lui lacéra le visage. Et je repris mes esprits. Reculant d'un pas, je fis signe au gamin d'aller chercher les gardes ; il détala aussi sec. Avec ce qu'elle avait fait, et devant autant de témoins, je n'avais peut-être pas besoin d'utiliser Coral. Faire comme dans le passé, quand je n'avais pas cette fichue malédiction. S'arranger pour que les assassins récoltent un collier de corde. Et c'était ce qui allait arriver à cette petite, elfe ou pas. Je n'avais aucune pitié. Surtout que, bordel de foutre, j'avais soigné Andrea ! Elle allait me l’abîmer d'autant plus ou pire, le tuer. J'aurais pu m'épargner un baume et des bandages.

L'Aigle de Fer... ? Jamais entendu parler. Mais c'était bien le genre des mercenaires, ça. L'Aigle de Fer ! Fichtre, mais ça transpirait la virilité, ça. Si la situation n'avait pas été aussi tendue, j'aurais pu ricaner. Un vrai bonhomme, ce chef. Bon, je sais, on ne peut pas dire que Seelen ou Belle de Jour soient des surnoms bien masculins. Hum... Vous savez quoi ? Je vous emmerde.

Je sursautai quand une dague s'enfonça avec un bruit mat dans le crâne d'Andrea. Et merde... Je le savais, que j'aurais pu économiser un onguent.

Absorbé par la scène, j'avais manqué l'entrée des gardes. Nous étions cernés. Le cadavre, elle et moi au centre d'un cercle de piques et de lames. Je n'avais pas bougé tout du long, figé, tel un observateur, comme loin de mon propre corps. Un guérisseur n'était pas là pour se battre, après tout. Mais mon immobilité avait du choquer un certain nombre de gens. Quoi, parce que j'étais guérisseur et elfe, j'aurais du arrêter Prunelles-Enflammées ? Couillons. Bon, j'aurais peut-être pu. Mais ce n'était plus mon problème. On pouvait difficilement remonter le temps. Si j'avais pu, je ne me serais jamais retrouvé dans cette auberge, parce que je serais sans doute encore étudiant sous l'égide de Tiva. Et que je n'aurais jamais rencontré Darel. Ni les guérisseurs.

Bref, j'étais au centre d'un cercle mortel, avec un assassin. Je ne sais pas pour vous, mais moi je commençais à la sentir assez mal, cette histoire. Même, ça puait.

Une lame se plaqua sur ma gorge. Je le savais.

- Personne ne m'approche, c'est clair ?

Hum. Si les gardes pouvaient éviter de venir, ça m'arrangerait. Avoir la gorge tranchée n'était pas des plus utiles quand on cherchait à sauver un amant d'un esprit maléfique. Je levai les mains en un geste apaisant vers les piques, mais la poigne des gardes se raffermit. Je comprenais pourquoi. Mais peut-être que Prunelles-Enflammées l'ignorait.

- Tu sais, petite, que tuer un guérisseur à Feïral est passible d'un châtiment très lourd – dont je te passerai les détails, aussi croustillants soient-ils – mais porte également malchance ? Trouver ton Aigle de Fer devrait devenir beaucoup plus compliqué, avec une bonne étoile en moins et une corde autour du cou. Si tu as de la chance. Mais comme tu n'en auras plus...

Coral s'agitait, agacé de ne pouvoir agir et de me voir menacé par une lame effilée. Surtout que, fidèle à mon habitude de grande gueule, je titillai Prunelles-Enflammées.

- Laisse moi faire, Nishati ! Je l'implose en moins de temps qu'il ne faut pour le dire.

Je secouai la tête.

- Pas ici. Pas devant tant de monde. Si tu veux tuer, fais le ailleurs. Recouvrir ces gens de tripaille et de sang ne me tente pas. Tu sais à quel point c'est dur, de laver le sang ? Surtout sur des vêtements blancs !

Mes mots pouvaient parfaitement être pris pour l'assassin. Je humai son parfum. Toute tueuse qu'elle était, avec l'odeur du sang et du métal sur elle, elle gardait cette espèce de senteur boisée qu'ont tous les elfes. Enfin, sauf un, mon Darel, mais là n'était pas la question. Tuer mes semblables ne me gênait pas. Qu'elle soit moitié plus jeune que moi ou pas.

Mon stylet était soigneusement dissimulé dans les pans de mon manteau. Je n'escomptais pas la vaincre à la lame, mais si je pouvais la blesser...

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Leïna Liuwën
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MessageSujet: Re: D'opale et de feu [Leïna] - Terminé   Lun 24 Juin 2013 - 12:39

Leï jeta un regard autour d’elle, enregistrant les moindres détails. Cette fois, elle pouvait mettre cette situation sur le compte de l’imprévu. En entrant, elle n’avait pas eu d’autres choix que se saisir du mercenaire, sinon, il en aurait profité pour s’enfuir.
Elle s’était déjà retrouvée coincée par des gardes. Mais surtout à l’extérieur, là où les mouvements étaient permis, les sauts aussi, où, d’un toit, l’on pouvait faire un saut de l’ange…
Elle ne devrait pas compter sans cesse sur ses sauts.
Les accès étaient barrés. A moins de dégainer ses armes et de danser avec les gardes… Ce qui était plutôt risqué et mortel, sa principale chance résidait dans l’elfe qu’elle tenait en otage. Si Andreas avait été encore en vie, il aurait apprécié le spectacle.
Andreas… encore une proie à mettre sur la liste de la course contre ma mère.
 
L’assassin se débarrassa de ses pensées parasites. Ses arrières n’étaient pas protégés, mais, avec de la chance, personne n’oserait risquer la vie d’une guérisseuse. Qui leva les mains, apaisante. Leï capta au vol les paroles de l’elfe albinos.
 
 - Tu sais, petite, que tuer un guérisseur à Feïral est passible d'un châtiment très lourd – dont je te passerai les détails, aussi croustillants soient-ils – mais porte également malchance ? Trouver ton Aigle de Fer devrait devenir beaucoup plus compliqué, avec une bonne étoile en moins et une corde autour du cou. Si tu as de la chance. Mais comme tu n'en auras plus...
 
… Pardon ?
Petite ? Ca fait des années que personne ne s’est plus risqué à m’appeler ainsi ! Enfin bref, on s’en fout.
Voilà pourquoi les gardes ne bronchaient pas…
Le « châtiment très lourd », elle s’en moquait éperdument. Tout ce qu’elle avait fait, les morts qui jonchaient sa route, ensemble, valaient plus que la mort de cette guérisseuse impertinente.
Quant à la chance…
 
- La chance, la chance… chantonna Leï, avant de reprendre sur un ton plus sérieux. Merci pour les détails, je les connais. Ce qui m’étonne plus, c’est que toi, tu les connaisses ! Enfin…
 
Un sourire se dessina sur les lèvres de l’assassin. Comme si elle était en train de boire un verre avec une amie, et pas au milieu de gardes décidé à avoir sa peau, avec une guérisseuse sous sa lame. Elle se pencha à l’oreille de cette dernière et lui souffla, audible par tous :
 
- Bonne étoile ? Je ne connais pas. Et je n’y crois pas. T’en as peut-être, mais pas moi.
 
Elle fit une légère pause et reprit, un ton plus bas, désormais seulement audible par l’elfe.
 
- Si je suis venue jusqu’ici, ce n’est pas forcément grâce à la chance.
 
Même si, il est vrai, elle aidait un peu. Mais on n’est pas obligé de le dire, hein ?
Leï se redressa et finit, d’une voix forte.
 
- Par conséquent, te tuer ne me dérange absolument pas.
 
Un éclat de rire ponctua ses mots. Un rire mauvais, et teinté de folie. Un rire qui les convainquit qu’elle n’hésiterait pas à tuer la guérisseuse si le besoin s’en faisait sentir.
 
- Pas ici. Pas devant tant de monde. Si tu veux tuer, fais le ailleurs. Recouvrir ces gens de tripaille et de sang ne me tente pas. Tu sais à quel point c'est dur, de laver le sang ? Surtout sur des vêtements blancs !
 
Leï jeta un regard curieux à l’elfe. Elle avait l’impression que ce n’était pas à elle qu’elle parlait. Elle décida vite que cela n’avait pas d’importance. Pour l’instant, elle devait sortir de ce guet-apens.  En comptant sur le fait qu’elle n’était pas dans une vraie ville, qu’elle ne pouvait s’enfuir par les toits et que, évidemment, ils n’allaient pas la lâcher aussi facilement. Et que, donc, elle allait encore avoir besoin de la guérisseuse. Et ensuite… Tuer l’elfe, ne pas la tuer ? Bah, elle aviserait.
Elle lâcha un léger soupir.
 
- Ecartez-vous.
 
Les gardes ne bougèrent pas. Quoi ?... Ils ne la croyaient pas ? Leï fit la moue, et son poignard s’enfonça très légèrement dans la chair de la guérisseuse. Un besoin urgent de sortir brûlait dans ses veines, et quand la claustrophobie prenait le dessus, elle ne répondait plus de rien. Elle était même, parfois, plus dangereuse encore. Dans la panique, elle n’était plus prévisible. Tantôt elle frappait, tantôt elle fuyait… elle ne suivait aucun schéma d’attaque.
 
A la vu des quelques gouttes de sang tachant la gorge immaculée de la guérisseuse, les gardes comprirent enfin. Ils s’écartèrent d’abord de la porte d’entrée, puis plus largement, sur un autre signe de l’assassin.
Leï avança avec circonspection. Son bras était de toute façon placé de telle sorte que si on l’attaquait, tuait, ou autre, la guérisseuse aurait la gorge tranchée. Ce serait tellement dommage, hein ? Si le truc de la bonne étoile marchait vraiment, les gardes le sentiraient passer.
 
Et puis, pourquoi ils ne lui fichaient pas la paix ? Ce n’était qu’un mercenaire ! Enfin, dans l’immédiat, d’accord. A part ça, elle avait juste tué beaucoup de gens. Mais ils ne me savaient pas forcément, et les mercenaires tuaient aussi…Un peu comme des assassins, rassemblés en bande, sans guilde, et avec un amour moins affirmé pour le sang et la douleur.
En quelque sorte, elle avait fait une bonne action ! Tant que personne ne la reconnaissait…
 
- C’est l’Ange noir…
 
Ah, tiens, dommage.
Le murmure ne lui avait pas échappé, et les ennuis venant avec non plus. Elle risquait effectivement la corde.
Elle parvint à la porte, la poussa de sa main libre – pas la peine de demander de l’aide à cette elfe insolente – et jeta un œil à l’extérieur. Personne, à part quelques chevaux. Leï fit volte-face, entraînant la guérisseuse dans son mouvement, et sortit à reculons, pour se glisser ensuite près d’un cheval.
 
- Grimpe, ordonna-t-elle à l’elfe.
 
Et, au cas où cela ne suffirait pas, elle appuya son ordre d’une légère pression sur un point névralgique, à la tempe. Juste assez légère pour provoquer une vive douleur. Avec un otage moins agaçant, elle s’y serait prise autrement, mais…
Une fois l’albinos installée, Leï prit rapidement place derrière elle, replaça son poignard et lança l’étalon au galop sur la route, tandis que les gardes sortaient de l’auberge et se précipitaient vers leurs propres montures.

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Nishati ya Jua
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MessageSujet: Re: D'opale et de feu [Leïna] - Terminé   Mar 25 Juin 2013 - 10:25

- Écartez-vous

Évidemment, les gardes n'obéirent pas sur l'instant, et l'assassin dut enfoncer légèrement le fil de sa lame, faisant perler le sang sur ma gorge. Sérieusement, qu'est ce qu'ils avaient tous à vouloir m'entailler ici, hein ? J'allais finir par avoir une marque, et j'étais certain que Darel voudrait une explication, et que les coupables allaient devoir se cacher vite fait s'ils ne voulaient pas finir en brochettes. Enfin, s'il rencontrait Seelen. Parce que Nishati ya Jua, j'avais quelques doutes quant à son intérêt. C'était même plutôt lui qui risquait d'être changé en brochette.

… Et merde, voilà que je recommence à parler à la troisième personne.

Le filet de sang finit par tâcher le haut de mes robes blanches, et enfin ces crétins songèrent à s'écarter. Putain... je détestais faire la lessive. Du sang ! Sur du blanc ! Les guérisseurs n'auraient pas pu adopter le rouge ou le brun, ou le vert, même ? Du blanc ! Nous avançâmes, elle plaquée derrière moi, son poignard contre ma gorge délicate de femme, moi, le menton relevé. Pour lui laisser plus de champ et tout le loisir de m'égorger plus aisément, sans doute. Parfois, ma propre connerie m'insupporte.

- C'est l'Ange noir...

Ah ? Inconnue du bataillon, la volaille. Enfin, du moins, je savais que Prunelles-Enflammées était plutôt surnommée comme ça. Entre nous, je préférais mon surnom. Mais tout ce qui a rapport au feu me plaît, je n'y peux rien !

Elle poussa la porte de sa main libre, m’entraîna lentement dehors. M'ordonna de grimper sur un cheval. Et souligna son ordre d'un geste qui déclencha une douleur aiguë qui vrilla mon crâne. Grimaçant, je pris appui sur les étriers et me juchai sur la bête. Je n'allais pas lui faire le plaisir de lui montrer que j'avais eu mal. L'envie me prit un instant d'enfoncer les talons dans les flancs de l'étalon et de planter la Poule Noire là où elle était, mais elle fut trop rapide pour moi. J'avais laissé passer ma chance. Bah ! Si elle arrivait à semer les gardes, qui allaient sortir bientôt à notre suite, je m'en occuperai. Prescription du jour, petite volaille : une implosion. Un programme enchantant, n'est-ce pas ?

C'était là où elle avait fait sa seconde erreur : me sous-estimer. Penser que j'étais une guérisseuse innocente et inoffensive. Qu'est-ce qu'elle croy... hein ? Quoi ? La première ? Ah ! Mettre un guérisseur en contact d'une bête. Savez, la foutue empathie, « aimons les papillons et les fleurettes – tiens, fume un peu en même temps, ça t'ouvre l'esprit » ? Ben ça marche aussi avec les animaux. Enfin, pour la plupart des guérisseurs. On ne pouvait pas dire que moi, c'était très brillant. J'arrivais à effleurer leur conscience, la plupart du temps. J'étais chaman, après tout. Piètre, mais chaman quand même : toucher les esprits était aussi naturel pour moi que respirer. Ils reconnaissaient ma présence, savaient que je n'avais guère d'intention belliqueuse, mais de là à deviner leurs émotions, l'endroit de leur douleur ? Absolument pas. Somme toute, j'étais plutôt un guérisseur d'êtres éphémères et d'elfes, et pas celui des écureuils.

Bref, sa première erreur ne me concernait pas, ô combien la seconde. Qu'elle échappe aux gardes, elle ne glisserait pas entre mes doigts. Coral, à mes côtés, trépignait d'impatience. Elle lança le cheval au galop, et les gardes décidèrent à ce moment de se bouger le cul et de sortir de l'auberge. La chasse était ouverte, et l'Ange allait sans doute y laisser quelques plumes si elle ne prenait pas garde.

Même si je n'étais pas un guérisseur talentueux, je tentais d'entrer en contact avec la bête. Peine perdue. Le cheval était curieux, percevant ma présence avec plus d'acuité que d'habitude, mais je n'arrivais pas à lui transmettre qu'il fallait ralentir, et il m'avait l'air trop bien éduqué. Je n'allais pas non plus utiliser les pouvoirs d'implosion de Coral alors que les gardes étaient aussi proches. On était à Feïral. Un guérisseur n'avait pas beaucoup de raison d'être inquiété, mais un chaman capable de faire exploser ses adversaires, si. Surtout que les guérisseurs n'étaient pas censés tuer. Ces imbéciles bornés étaient parfaitement capables de me dénoncer au Cercle.

Mais par contre, un vent un peu trop soutenu...

L'Ange tenait les rênes. J'avais les mains libres. Un sourire de loup étira mes lèvres. Troisième erreur, petite volaille. J'étais parfaitement capable d'ouvrir la porte pour Coral. J'effectuai les gestes rituels.

- Ne fais pas ce que tu brûles d'envie de faire. Plus tard. Ralentis. Pourquoi se salir les mains ?

Coral haussa un sourcil, mais il obéit néanmoins. Un vent violent se mit à souffler, faisant voler mes cheveux blancs dans la figure de l'Ange. Allez, mange. Je n'avais cure de ce qu'elle pourrait penser, du fait que je parle à voix haute. De la poussière s'éleva, le vent redoublant d'effort pour obscurcir la vue de l'assassin et faire peiner la bête. On se serait cru juste avant un orage, une petite tempête. Un rire moqueur s'éleva de ma gorge entamée, à moitié grisé que j'étais par le déferlement et la furie du vent.

- Tu ne crois toujours pas à la chance, petite ? Allez, échappe toi. Montre-moi qu'on peut forcer le sort.

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MessageSujet: Re: D'opale et de feu [Leïna] - Terminé   Mar 25 Juin 2013 - 13:25

L’adrénaline se propageait dans les veines de l’elfe. Voilà une situation qui lui plaisait. Un peu de mouvement, une course pour échapper à la mort, le cheval qui fendait les airs… Ce qui s’apparentait le plus d’un bateau malmené par les vents.
Avec le bruit des sabots, derrière elle, ni trop loin, ni trop proche.
Seul bémol : cette guérisseuse, dont elle avait envie de se débarrasser. Mais il fallait s’attendre à tout, et les gardes ne s’approcheraient pas tant qu’elle l’avait avec elle.
Oh, et puis, en fait, ce que son instinct lui soufflait.
Danger…
 
- Ne fais pas ce que tu brûles d'envie de faire. Plus tard. Ralentis. Pourquoi se salir les mains ?

A qui parle-t-elle ?
Elle n’avait jamais prêté une grande attention à tout ce qui concernait les guérisseurs. Peut-être aurait-elle dû. Ce n’était pas forcément sa faute… Elle était sur cette terre depuis peu de temps, au final, même pour un humain à la vie si éphémère. Sa mère n’avait jamais daigné lui apprendre quoi que ce soit, et elle n’était descendue du bateau qu’en de rares occasions, et jamais pour longtemps.
Elle fouilla sa mémoire. Si elle n’était pas douée pour retenir les visages sur le long terme, chaque information sur ce monde (plante, guilde, ville…) se gravait dans son esprit pour l’éternité.
Son maître avait tenté de lui apprendre le plus de choses possibles. Il devait lui apprendre le reste à la fin de son apprentissage officiel mais… il était parti… Et l’avait laissée, encore un peu étourdie par ce monde neuf à ses yeux, comme le serait un enfant.
Qui ? Quoi ?
 
Elle trouva la réponse lorsqu’un vent étrange se leva, face à elle. Alors que l’instant d’avant, il n’y avait qu’un très léger souffle, qui, de plus, venait de derrière elle. Voilà qui éclairait bien des choses.
Le danger vient d’elle.
Un sourire éclaira son visage. Elle ne prêta qu’une vague attention à la poussière qui l’aveuglait, et aux cheveux de l’albinos qui venaient frapper son visage. Son ouï lui signalait que les gardes se rapprochaient, mais elle s’en moquait. Elle avait vu pire que ça.
Réponse au rire de la guérisseuse, le sien s’éleva, fort et mauvais, teinté de folie.
 
 - Tu ne crois toujours pas à la chance, petite ? Allez, échappe toi. Montre-moi qu'on peut forcer le sort.
- Tu prétends m’arrêter avec… ça ? J’ai fait se faufiler un navire au milieu de tempêtes dont la terre a été à jamais marquée !
 
Loin de la décourager, ce défi l’amusait.
Quand on ne peut braver la tempête… On l’esquive !
Elle rejeta la possibilité d’immobiliser l’albinos en pressant un de ses points névralgique. Pas assez de panache. Elle aurait dû se débarrasser d’elle dès le début, finalement… Mais est-ce que cela aurait changé quelque chose ?
Peut-être croyait-elle un peu à ses absurdités sur les bonnes étoiles. Mais, alors, cela faisait longtemps qu’elle n’en avait plus. Elle avait exécuté femme, comme enfant, comme vieillards. Sans la moindre once de remords, toute entière concentrée sur son but.
 
Leï freina l’adrénaline et se concentra. C’était le moment d’avoir l’esprit complètement clair. De surprendre.
Elle tira brusquement sur les rênes du cheval, le forçant à tourner. Oh, pas de beaucoup. Un quart de tour. L’animal, trop heureux d’échapper à la mini-tempête, lui obéit aussitôt pour filer droit vers une petite forêt.
Que j’aimerais avoir une arbalète, finalement…
Elle espéra que les gardes n’en possédaient pas. Elle n’était pas sûre qu’ils oseraient tirer, mais valait mieux rester prêt à tout.
Les gardes, surpris par cette volte-face, ne réagirent pas immédiatement. Juste le temps pour que le cheval emporte ses deux cavalières entre les arbres.
 
Les arbres défilèrent devant leurs yeux. C’était tellement plus facile de se perdre ou de perdre dans une forêt. Leï guidait le cheval presque au hasard, décidée à s’éloigner des gardes. Tss, elle le savait, que c’était une mauvaise idée, de venir à Feïral.
Elle n’entendait plus les gardes. Ce n’était pas une raison suffisante pour se méfier, mais elle pouvait enfin s’arrêter. Elle fit s’arrêter l’animal dans une sorte de petite clairière et en descendit d’un bond, pour se retourner et dévisager, songeuse, l’elfe albinos.
 
- Décidément, tu es une proie bien étrange…
 
Leï réfléchit un instant à la possibilité de la tuer, puis l’écarta. Cela ne lui servait à rien, et puis, il serait dommage de tuer des gens si intéressants, qui la changeait des lâches.
L’assassin lui laissa le cheval d’un signe de la main, se retourna et commença à s’éloigner.

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Nishati ya Jua
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MessageSujet: Re: D'opale et de feu [Leïna] - Terminé   Mer 26 Juin 2013 - 16:46

- Tu prétends m’arrêter avec… ça ? J’ai fait se faufiler un navire au milieu de tempêtes dont la terre a été à jamais marquée !

Mon sourire s'élargit. Moitié moins de mon âge, la fillette. Et tout aussi arrogante que moi dans ma jeunesse. Avec un peu de chance, ça allait lui retomber dessus. Quoique je l'imaginais assez mal en homme. D'un autre côté, je ne m'étais jamais imaginé en femme...

Je la sentais grisée, elle aussi. Elle devait l'être carrément pour que quelqu'un comme moi, qui manquait foutrement d'empathie, le remarque. Elle fit tourner prestement la monture et s'enfonça dans les bois. Coral, surpris, ne réagit qu'une seconde trop tard, mais ce fut suffisant. Dans les bois, la violence des vents était atténuée et ne manqua pas de mourir. D'une, parce que les troncs faisaient barrage. De deux, parce que Coral était un esprit. L'esprit d'un mort, doué de pouvoir sur le vent, mais guère plus, et dans les bois, c'étaient les esprits de la Terre qui régnaient. Forcément, les pouvoirs contraires étaient atténués. Allez demander à un esprit de l'Eau d'user de ses dons dans un incendie. C'était la même chose.

Cela ne l'empêchait nullement de faire imploser les poumons ou l'estomac de l'Ange, mais j'étais trop proche, encore. Et il savait parfaitement que je n'étais pas très friand du fait d'être aspergé de sang et d'organes déchiquetés. La course était hasardeuse, les arbres défilaient devant nous. Je ne pensais pas que la petite volaille savait où elle allait, mais cela paya : bientôt, les cris des gardes devinrent moins forts, pour finir par retentir au loin et s'éteindre. Elle fit ralentir la monture, jusqu'à l'arrêter, près d'une clairière. Là, elle sauta au sol d'un bond leste, et nos regards se croisèrent une fois de plus, feu contre opale.

- Décidément, tu es une proie bien étrange…

Une proie... ? Alors qu'elle me tournait le dos et commençait à s'éloigner, je me saisis des rênes du cheval et, menant la bête au pas, la suivit, un sourire hilare aux lèvres.

- Une proie ? Moi ? Qui te dit que je ne suis pas le chasseur, petite ?
- Nishati ya Jua ? A quoi tu joues ?!
- Pas maintenant, fis-je, d'un ton sec, mon attention se reportant après sur l'Ange. Pourquoi tu ne m'as pas tué ? Qui était vraiment cet Andrea Kalinsky ? Pourq...
- On s'en fout ! Depuis quand tu t'intéresses à ça ?! Laisse moi agir !

Coral commença quelques gestes. Mais sans moi, tout au plus pouvait-il faire souffler un vent léger.   Je percevais sa rage, sa colère aveugle. Malgré toutes ces années en sa compagnie, j'ignorais toujours ce qu'il voulait aux assassins. Je n'étais pas certain qu'il me considère digne de confiance sur ce point là. A moins que la raison était tellement oiseuse qu'il ne voulait rien me dire ? La seule chose que je savais, c'était qu'il les haïssait de toute son âme. Que je veuille taper la causette à l'un d'eux, même pour avoir une piste quant à notre prochaine victime, l'ulcérait à un point que je n'aurais jamais cru possible.

- Laisse-moi la buter, foutredieu ! C'est une tueuse ! Tu l'as bien vu ! Si tu n'agis pas maintenant, elle va te planter un couteau dans le dos ! Laisse-moi agir !

Il réussit si bien à m'agacer, enchaînant l'habituel refrain sur la sournoiserie des assassins et leur manque de parole, m'envoyant le vent dans la figure, que je me mis à crier à mon tour. Irrité, sans doute, par mon inquiétude envers Darel, par cette prise d'otage, par le fait qu'il s'incruste sans savoir ce que j'avais en tête.

- Par les Primordiaux ! Mais tu vas la fermer, oui ?! Je sais ce que je fais !
- Et moi je sais aussi de quoi je parle ! C'est un assassin, Nishati ya Jua !
- Non, tu crois...? fis-je, sarcastique. Va voir ailleurs, s'il te plait.
- Qu... quoi ?
- VA VOIR AILLEURS ! Je gère. Je. Sais. Ce. Que. Je. Fais, répétai-je, lentement, d'une colère froide.

Coral se tut, mais je savais qu'en cet instant, il me traitait de tous les noms. Vexé, d'un ton hargneux, il me prodigua un dernier mot.

- Soit. Mais ne compte pas sur moi pour regretter l'imbécile qui a tendu la gorge à un assassin. Ni à pleurer avec Darel. Je m'en vais.

La mention de Darel me mit hors de moi.

- Comment oses-tu l'impliquer là dedans ?!

Pas de réponse. Je grinçai des dents, encore plus irrité s'il en était possible, et lançai, au vent, certain qu'il entendrait.

- C'est ça ! Va trouver un autre gamin à utiliser, ô grand manipulateur, et à entraîner dans ta putain de vendetta merdique !


La présence de l'Ange noir me revint en mémoire, et le rouge de mes joues ne fut plus uniquement dû à l'énervement. Je l'avais complètement oubliée celle-là. Bah... ! Coral reviendrait. Elle, elle pouvait disparaître d'un moment à l'autre.

- Hem... toussotai-je. Je disais donc... pourquoi l'avoir tué lui ?

Un petit sursis pour la volaille... Même, un grand. Sans Coral, j'étais incapable de faire imploser les autres. Je touchai le manche réconfortant de mon stylet. Et si je parvenais à énerver la petite en face, je pourrais plaider la légitime défense pour implorer l'aide d’Étincelle...

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MessageSujet: Re: D'opale et de feu [Leïna] - Terminé   Mer 26 Juin 2013 - 18:00

La guérisseuse la suivait, à cheval. Leï en fut étonnée. Vraiment, vraiment une personne étrange… Elle sentait son amusement, et cela la poussait à la méfiance.

- Une proie ? Moi ? Qui te dit que je ne suis pas le chasseur, petite ?

Leï éclata de rire. Cette elfe pouvait bluffer comme dire la vérité – cas problématique. Quoi qu’il en soit, son insolence l’amusait.
Chasseur, proie… L’un peut devenir l’autre en une fraction de secondes.
Dès le moment où elle avait survécu à l’attaque des mercenaires, leur chef était passé du statut de chasseur à chassé. Inéluctablement, l’elfe se rapprochait de lui. Et elle, elle ne raterait pas son coup.

- Pas maintenant. Pourquoi tu ne m'as pas tué ? Qui était vraiment cet Andrea Kalinsky ? Pourq...

La fille recommençait à parler seule. Enfin, seule… un bien grand mot. Leï supposait qu’elle s’adressait à un esprit. Ou alors, elle était schizophrène. Peu probable.
Pendant ce temps, l’assassin continuait d’avancer tranquillement. Elle espérait juste que les gardes n’allaient pas finir par se ramener, alertés par le bruit.
Quand la guérisseuse se tut sans raison, l’elfe s’arrêta pour se retourner et la dévisager. Bon sang, elle n’avait vraiment rien d’autre à faire ? Répondre ne dérangeait pas Leïna – elle était de relative bonne humeur – mais quand même…

- Par les Primordiaux ! Mais tu vas la fermer, oui ?! Je sais ce que je fais !

Je serais curieuse de savoir ce que tu fais…
Avec un soupir ennuyé, Leï s’appuya contre un arbre, bras croisés, attendant patiemment que la fille finisse son espèce de monologue. Elle donnait l’air de ne pas écouter, pourtant elle prêtait une oreille attentive à ce que disait la fille. Quelque chose, quelque chose qui puisse l’informer sur son degré de dangerosité.

- Je gère. Je. Sais. Ce. Que. Je. Fais.

Si tu le dis…

- C'est ça ! Va trouver un autre gamin à utiliser, ô grand manipulateur, et à entraîner dans ta putain de vendetta merdique !

Leï fut très intéressée par ces dernières paroles. Vendetta, hein ? Devait-elle se sentir concernée ? Probablement. Mais, avec un peu de chance, le danger émanant de la guérisseuse venait de baisser.
Lorsqu’elle vit les joues de l’albinos se teinter de rouge, l’assassin laissa échapper un petit rire.

- Hem... Je disais donc... pourquoi l'avoir tué lui ?

Leï décroisa les bras, songeuse. Il n’y avait pas d’autres questions ? Ah, si. Elle allait être polie, elle allait répondre à toutes.

- Je ne t’ai pas tuée… Hm, comme ça, en fait. Ouais, juste comme ça.

Et aussi parce que l’insolence dont elle faisait preuve l’amusait considérablement.

- Ensuite… Andrea est – ou plutôt était – un mercenaire, tu t’en doutais sûrement. Et je lui ai, disons… rendu la monnaie de sa pièce.

Le regard de l’assassin se fit à nouveau songeur.

- Je veux trouver son chef. J’ai des affaires à régler avec lui. Et Andrea pouvait lui répéter que j’étais à sa recherche.

Leï glissa la main dans sa veste pour vérifier que l’Aigle de fer était toujours là. Ce pendentif… comment avait-il pu se retrouver entre les mains d’assassins ? Sa mère ne le quittait absolument jamais, ce qui était plutôt étonnant puisque c’était un cadeau d’Elwen, le père de Leï.

- A mon tour, fit-elle, pensive.

Elle leva la tête vers la guérisseuse. Son instinct lui commandait de partir le plus vite possible. Distancer la fille ne serait pas bien compliquer, voyager dans les arbres étant plus rapide que sur terre, même si ce n’était pas son domaine de prédilection. Mais elle avait envie de rester, voilà.

- Une vendetta, hein ?

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MessageSujet: Re: D'opale et de feu [Leïna] - Terminé   Ven 28 Juin 2013 - 11:32

Elle avait un joli rire, la gamine. Un rire qui ne collait pas du tout à son statut d'assassin. Elle était mignonne, aussi. Un instant, je me demandai comment elle avait pu devenir un de ces bouchers qu'on appelait Assassins. Par plaisir ? Par contrainte ? Par tradition ? Qu'est ce que j'en savais ! Sans Coral, je m'entendais enfin penser, mais mon esprit s'égarait dans des hypothèses farfelues. Qu'importe sa raison. Elle massacrait des gens. Le cycle de mort ne cesserait jamais. A moins que quelqu'un y mette un terme.

J'ignorais les raisons de Coral pour haïr autant les Assassins, et à vrai dire je m'en fichais. Je m'étais juste rendu compte que la mort entraînait la mort : l'enfant voulait venger ses parents, l'affamé tuait pour une bouchée de pain... et d'autres encore. Les Assassins, et autres nervis, monnayaient leur service de boucherie, et très franchement, ils entretenaient le marché. Leur faire manger les pissenlits par la racine pouvait contribuer à ralentir le cycle. Ralentir, seulement, et pour peu de temps. La soif de sang des éphémères est bien trop grande pour être étanchée.

Qu'elle soit jeune, plutôt jolie, de mon peuple, avec des yeux magnifiques ne changeaient rien à la donne. C'était un Assassin. Et elle contribuait au cycle.

La preuve la plus flagrante, ce fut qu'elle m'annonça m'avoir épargné pour... rien ? Un ricanement nerveux franchit mes lèvres. Girouette, la petite volaille. Biieeen. A garder en mémoire. Ensuite, la surprise aurait été plus grande si elle m'avait annoncé qu'Andrea n'était pas un mercenaire.

- Et je lui ai, disons… rendu la monnaie de sa pièce. Je veux trouver son chef. J’ai des affaires à régler avec lui. Et Andrea pouvait lui répéter que j’étais à sa recherche.

Oh...? D'après ce que j'avais entendu du dialogue, Andrea ignorait le véritable nom de son chef, de même que sa localisation. Une mort inutile. Un point en moins pour la volaille. Elle se rapprochait un peu plus de mon jugement. Et ce jugement n'allait pas lui être favorable. Je réprimai un rire moqueur. Je savais bien que j'étais loin d'être une sommité dans le domaine de l'intellect, même si je n'avais jamais eu de mal à apprendre, mais il ne fallait pas exagérer ! Qui croiyait-elle convaincre ? Elle l'avait tué parce qu'elle en avait eu envie. Comme elle avait eu envie de m'épargner. Non, ça n'allait certainement pas lui être favorable...

- A mon tour...

Je haussai un sourcil blanc. Ah oui...? Juché sur mon cheval, je la dominai, même si je n'étais pas spécialement grand, mais je n'avais pas l'impression d'être en si bonne position de force. Je pouvais me taire. Elle ne me rattraperait pas. Cela dit, elle avait répondu à toutes mes questions, sans rechigner. Je pouvais bien lui rendre la même chose. Même si j'avais prévu de l'exécuter. Bref. Quoi, je ne fais pas preuve de logique ?

- Une vendetta, hein ?

Un sourire acide retroussa mes lèvres. Moi qui pensais qu'elle m'aurait ignoré... C'est vrai ! Qui écoute les propos des fous qui parlent seuls, mmh ?

- Je ne suis pas le... la mieux placée pour parler de ce qui n'est pas mon but,
commençai-je, me remémorant à temps qu'il fallait que j'accorde mes mots au féminin. Mais si je présume bien, ce que tu poursuis s'approche un peu de ce que poursuit mon... ami. Vendetta, vengeance, mort, en somme. Tu dois avoir l'habitude. Enfin. Même si ce que tu fais s'approche plutôt de la bouch...

Le claquement d'une corde, le sifflement d'une flèche. J'eus tout juste le temps de pivoter vers l'origine du bruit pour qu'une douleur aiguë fleurisse dans mon épaule et que l'impulsion de la flèche me fasse vider les étriers, chutant tout en délicatesse et grâce au sol. Non, je déconne. Je m'écroulai aussi lourdement que possible, bien loin de l'élégance elfique dont les éphémères nous rabâchent sans cesse les oreilles. Aïe... D'une, voilà la preuve qu'il faut éviter de gueuler en forêt. De deux, qu'il faut apprendre à se servir d'une selle. De trois, j'étais interrompu au bon moment : tel que je me connaissais, j'allais finir par sortir une connerie. De quatre...

On était attaqués.

Je me relevai, grimaçant. J'en connaissais un rayon sur la douleur, et celle de mon épaule ne valait pas tripette comparée à celles qui me fouaillaient les tripes et me brisaient les os à l'aube et au crépuscule, mais quand vous ne vous y attendez pas, ça peut surprendre. Surtout que le plus vicelard avec les flèches, c'est le bout. Et comme je suis quelqu'un qui est comblé par la chance... Le trait n'était pas ressorti. Lever le bras gauche envoyait des signaux cuisants dans tout le membre et je ne pouvais le bouger sans aggraver la blessure. Bordel.

Je tirai mon stylet, prêt à en découdre. Je savais que je n'étais qu'un piètre combattant. Surtout qu'en face, ils étaient cinq. A cheval. Trois armés d'épées et de piques, les autres d'arc et de dagues. Au vu de leur équipement, bandits. Je fermai un instant les yeux et lançai un appel. Celle à qui il était destiné ne tarda pas à répondre. Par orgueil, je ne prévins pas Coral. Tant pis pour lui.

- Oh... C'est animé, par ici, Seelen.
- Mon amie... Je vais avoir besoin de toi ! Donne moi ton prix. Comme d'habitude, il sera le mien.
- Un prix ? Alors que ces idiots t'attaquent ? Tu plaisantes !
- Merci, fis-je en gloussant devant son ton scandalisé, mais grimaçant quand mon épaule se rappela à mon bon souvenir.

Je jetai un coup d’œil rapide à l'Ange noir. C'était elle, la combattante, après tout. Mais les hommes gardèrent une immobilité qui me déplut. Étincelle, elle, frémissait d'indignation et était prête à exécuter ma demande. Le cheval, affolé, s'était perdu dans les arbres : il pouvait être aussi proche que loin. L'un d'eux, armé d'un arc, fit avancer sa propre monture vers le duo qui nous formions, la petite volaille et moi.

- L'Ange noir, je présume... ? On était avec Andrea. Quand il n'a pas reparu, on s'est douté que quelque chose n'allait pas. Et devine quoi ? On tombe sur toi.

Oh. Andrea n'était pas seul. En même temps, quel mercenaire se baladerait tout seul ? Surtout un tatoué ! Le regard du type à l'arc se posa cette fois sur moi.

- Qu'est-ce que tu regardes, guérisseuse ? Va-t-en ! C'est ta dernière chance de rester en vie. Va-t-en et oublie.

- Ce que je regarde ? Toi, connard. M'en aller, alors qu'un de tes abrutis de copain m'a transpercé l'épaule ? Va te faire foutre.

Je pris une inspiration, chassant les lucioles noires qui commençaient à obscurcir ma vision. La douleur, je pouvais la supporter. Perdre trop de sang... Eh bien, comme tout le monde, je m'évanouirais. En l'occurrence, ma manche n'avait plus guère une couleur pure et blanche.

- Ses yeux, si tu veux bien, ma toute belle.

Un crépitement et une sensation de chaleur. Elle avait compris ce que je souhaitais. A force de me pratiquer, sans doute. Je me mis à sourire à mon tour. La manière dont mon amie riait me réchauffait le cœur et me donnait l'impression que rien ne pourrait m'arriver.

Un hurlement de souffrance pure, et l'homme à l'arc porta les mains à ses yeux, du sang et de l'humeur visqueuse sur son visage, rendu soudainement aveugle – et pour longtemps, à mon avis – par l'altération brûlante et brutale de ses prunelles. Eh oui, les yeux, c'est fragile...

Et le chaos commença.

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Leïna Liuwën
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MessageSujet: Re: D'opale et de feu [Leïna] - Terminé   Ven 28 Juin 2013 - 13:50

La forêt était étrangement calme. Absorbée par sa discussion, elle n’y avait pas vraiment prêté attention, mais… Certes, les animaux habituels avaient déjà dû être bien dérangés par les deux elfes, mais depuis le temps, ils auraient dû revenir. Après tout, justement, il n’y avait que deux elfes…

- Je ne suis pas le... la mieux placée pour parler de ce qui n'est pas mon but. Mais si je présume bien, ce que tu poursuis s'approche un peu de ce que poursuit mon... ami. Vendetta, vengeance, mort, en somme. Tu dois avoir l'habitude. Enfin. Même si ce que tu fais s'approche plutôt de la bouch...

Boucherie ? Désolée, je préfère la finesse !
La boucherie, elle la laissait aux guerriers. Une flèche, une fine lame, un carreau d’arbalète… C’est tellement plus élégant qu’une grossière épée ou une hache.
Enfin… Tout cela ne répondait pas vraiment à sa question, mais pour l’instant, Leï s’en moquait.
Le sifflement de la flèche vrilla ses tympans et la surprit. Aurait-elle voulu s’écarter, elle n’en aurait pas eu le temps. Pourtant, le trait se ficha dans l’épaule de la fille.
Attaquer un guérisseur ? Mais... Ils sont inoffensifs !

Leï se secoua. Une de ses mains saisit son poignard, tandis que l’autre plongeait à l’intérieur de sa veste pour saisir une de ses lames de rasoir. Elle jeta un coup d’œil appréciateur à l’albinos, qui, malgré la douleur due à la flèche, était debout et armée. Puis elle se concentra sur les cinq hommes qui venaient d’apparaître.
Cinq… Risqué. Mais moins que la foule désireuse de me tuer que j’ai rencontré dans une ruelle !
Elle détailla leur équipement. Mercenaires, sans doute. Bandits, à la limite.
Elle ne prêta pas attention au monologue de l’elfe, calculant fiévreusement ses chances de s’en sortir. Quand cela fut fait, un sourire tordu, celui qui orne le visage de n’importe quel tueur avide de sang qui va s’apprêter à tuer, se dessina sur son visage.

Elle était assassin. Elle aimait tuer. C’était ainsi. Dès son plus jeune âge, on l’avait noyée dans le sang, la mort et la souffrance, et elle s’en était relevée changée. Elle y avait pris goût. Elle ne savait rien faire d’autre, et le besoin de tuer pulsait sans arrêt dans ses veines.
Quel autre choix que celui de mercenaire, puis d’assassin ? Elle poursuivait son but, et était prête à tout pour y parvenir.

Elle jeta un coup d’œil à la guérisseuse. Elle pouvait partir et la laisser avec les autres gigolos… Elle n’était pas non plus aussi si innocente qu’elle s’efforçait de montrer, et cela ferait un danger de moins.
Elle pinça les lèvres.
Hmm…
Elle calcula les chevaux, l’habilité des hommes, et décida que cela ne valait pas la peine.
Et puis…
Elle avait envie de jouer.

L’un d’eux, armé d’un arc, fit approcher sa monture.

- L'Ange noir, je présume... ? On était avec Andrea. Quand il n'a pas reparu, on s'est douté que quelque chose n'allait pas. Et devine quoi ? On tombe sur toi.
- Quelle drôle de coïncidence, lança l’elfe, moqueuse.
- Qu'est-ce que tu regardes, guérisseuse ? Va-t-en ! C'est ta dernière chance de rester en vie. Va-t-en et oublie.
- Ce que je regarde ? Toi, connard. M'en aller, alors qu'un de tes abrutis de copain m'a transpercé l'épaule ? Va te faire foutre.

Leï éclata de rire. Elle appréciait l’insolence de l’albinos. Elle vit du coin de l’œil la manche de la guérisseuse s’imbiber de sang mais n’y prêta pas grande attention. Il y avait plus urgent. Certes, ce n’était pas une façon de penser agréable, mais cela faisait longtemps qu’elle ne s’inquiétait plus pour personne.

- Ses yeux, si tu veux bien, ma toute belle.

L’assassin leva instinctivement le regard vers les yeux de celui qui avait parlé. Et fut très surprise du résultat.
Satisfaite, aussi.
Elle commençait à deviner à quel point la guérisseuse pouvait être dangereuse.
Elle coinça son poignard entre ses dents, lança sa lame dans la gorge du débile à l’arc, puis grimpa à un arbre. Elle ne disposait pas d’une grande liberté de mouvement, et les autres péquenots étaient à cheval. Non, il n’y en avait plus qu’un à cheval. Il bandait un arc en sa direction, convaincu, malgré le coup d’éclat de la guérisseuse, qu’elle était la plus dangereuse. Les autres d’approchaient de l’albinos.
Toi d’abord.
Le mec aux yeux brûlés était probablement mort. La lame de rasoir s’était profondément enfoncée dans sa gorge.

Leï se hissa sur une branche et disparut dans le feuillage. Elle ne devait pas rester trop longtemps hors de vue, sinon il s’attaquerait à l’autre elfe.
L’assassin sauta vers un autre arbre, se reçut en s’accrochant à une branche du bout des doigts et, renforçant sa prise, regarda la distance qui la séparait du mercenaire à l’arc.
Oh, merde, il me voit.
Elle tira sur ses muscles et commença à remonter sur la branche. Pas assez vite. La flèche qui vint transpercer sa cuisse la convainquit qu’il savait aussi viser.
Ignorant la douleur, elle s’accroupit sur la branche de façon à soulager sa jambe blessée. Puis, sans la moindre seconde d’hésitation, malgré la distance, elle sauta.

Ce n’était pas un de ses sauts habituels. Pas assez d’espace pour ça. Mais il l’a mena là où elle voulait : sur le cheval du mercenaire. Ou, plus précisément, elle le percuta violemment.
Ils roulèrent à terre. L’homme lâcha son arc sur le coup, mais saisit sa dague. Leï fit de même, sauf qu’elle eut la présence d’esprit de bloquer son bras avec sa main libre. Sa lame se ficha dans la gorge de l’homme.

L’assassin roula à nouveau et se releva tant bien que mal, s’appuyant à un arbre. En tombant, la flèche s’était encore plus enfoncée dans sa chair.
Du coin de l’œil, elle vit un des hommes s’approcher de la guérisseuse, dans son dos. Leï lança son poignard vers lui. Le mercenaire s’écroula dans un gargouillis.
L’elfe saisit son sabre et le pointa devant elle. Sa jambe l’élançait et elle ne pouvait pas s’appuyer sur elle. Essayez de vous battre à cloche-pied...

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Dernière édition par Leïna Liuwën le Ven 28 Juin 2013 - 22:02, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: D'opale et de feu [Leïna] - Terminé   Ven 28 Juin 2013 - 21:57

L'homme à l'arc s'effondra, une lame de rasoir lui ayant soudainement poussé dans la gorge. Malheureusement pour moi, il en restait quatre. Enfin... trois, si on enlevait le deuxième archer qui se concentrait sur l'Ange. Il avait raison, au fond. C'était elle, la tueuse expérimentée. Une honte que les trois aux piques ne l'aient pas compris. D'un autre côté, ce n'était pas elle qui avait fait fondre les yeux de leur chef.

Je jetai un autre coup d’œil à l'endroit où elle s'était tenue quelques temps auparavant, mais il n'y avait plus rien. Elle avait disparu dans les feuillages, et les trois imbéciles commençaient à former un cercle autour de moi. Merde. L'un d'eux amena sa pique un peu trop près.

- Lui ! Ses mains !

Sous l'impulsion qui lui brûla les doigts, il lâcha son arme, mais tira son épée. Du moins, il était un peu plus loin et beaucoup plus circonspect. Un rire nerveux me secoua. J'avais pensé que l'Ange leur sauterait dessus, et n'irait pas gambader je ne savais où dans les frondaisons. Je déglutis. Je m'étais fourré dans une sacrée merde. Ma prise sur le manche du stylet se raffermit, même si ma main tremblait, tant sous l'effet de la peur que de l'adrénaline.

Le dernier homme avec un arc banda ce dernier et lança un trait dans le feuillage. Je décidai d'ignorer la petite : elle savait bien se débrouiller seule et c'était moi qui était en mauvaise posture. Je ne pouvais me choisir un adversaire et lui enfoncer proprement mon arme dans la gorge car ç'aurait été tourner le dos aux deux autres.

- Où est Coral ?
- Hum... On s'est un peu dispu...

Les mercenaires l'avaient bien compris, c'était en parlant que je désignais mes cibles. Je réussis à esquiver le premier coup de pique, mais le second m’érafla la cuisse, imbibant d'autant plus mes robes blanches de sang, et le troisième, un coup d'épée, manqua bien de me trépaner... Comme si je n'avais pas assez de cicatrices sur le crâne. Et tel que j'étais parti, j'allais devoir demander des nouvelles robes au Cercle. Merveilleux.

- Je vois. Reste en vie. Je le ramène.
- N... !

Mais au brusque vide, je sus qu'elle était déjà partie. Un coup d'épée manqua de peu mon épaule déjà blessée, mais je réussis à tracer un sillon sanglant sur le bras d'un autre. Je commençai à paniquer, et fatiguer. Les autres ignoraient que mon principal moyen de défense et d'attaque était parti, ce qui me protégeait quelque peu. Mais... D'un côté, Étincelle avait eu raison, je serais autrement plus efficace avec Coral mais sans aucun esprit de mon côté j'étais terriblement vulnérable.

Un instant, je maudis à la fois mon attitude timorée avec les esprits, qui me faisait voir toute nouvelle rencontre avec circonspection, et mon clan natal, qui s'était détourné de l'Eldar. Primordiaux, je savais parler l'elfique, mais j'ignorais tout des mots de pouvoir ! J'étais trop dépendant, trop faible. C'est à ce moment que je réalisai que j'étais réellement démuni. Et que ça n'allait pas être avec un esprit mineur de feu – même si je l'aimais sincèrement – et un ancien mage du vent – tout aussi efficace qu'il soit, infiniment moins puissant qu'un esprit du vent – que j'allais pouvoir sauver Darel de cette salope d'Azira. Ou même me préserver moi. Mon visage afficha une expression résolue. Il ne fallait pas que je meure. Et que j'élargisse mon répertoire d'esprits.

Un grand fracas, et le hennissement d'un cheval se fit entendre : l'Ange noir venait de revenir dans la danse. Elle avait prit son temps ! Mais l'archer était hors d'état de nuire.

J'aurais mieux fait de m'occuper de moi ! Le temps que je regarde la jeune elfe, les autres s'étaient rapprochés. Enfin... Un. Qui s'écroula en gargouillant quand un poignard fleurit dans sa gorge. Je me retournai, à temps pour parer, maladroitement à cause de ma lame trop courte et trop fine, un coup. Le suivant mordit profondément mon flanc et je posai un genou à terre, trop affaibli par la perte de sang de mon épaule.

- Nishati !

Un sourire releva faiblement mes lèvres, et me concentrant pour garder les idées claires, j'exécutai les gestes pour permettre à Coral d’interagir. Je relevai les yeux vers la future victime, avec un sourire de loup. Trop proche. Bah... ! Ce n'était pas comme si mes vêtements n'étaient pas déjà souillés.

- Lui.

Le mercenaire le plus proche de moi me regarda d'un air étrange. Puis sa cage thoracique éclata en une gerbe sanglante, m'aspergeant de liquide vermeil et de chair écarlate. Je cillai et faillis m'effondrer définitivement. Laisser Coral faire une telle chose me demandait une énorme quantité de concentration et, pour tout dire, je n'étais pas un chaman assez puissant pour supporter un tel effort. Une chance, cependant, que je sois déjà couvert de sang. L'Ange noir ne verrait pas le fluide vital s'écouler de mes narines, et je pouvais mettre les lourds vertiges sur le compte de mes blessures : elle ne saurait pas à quel état de faiblesse ce sort me contraignait.

Il y avait une chose que j'avais oubliée, cependant. Les hommes étaient cinq. J'avais brûlé les yeux du premier, fait implosé un second. La petite avait tué un archer, un autre... Mais il en restait un. Celui là, Etincelle fit sauter son arme de ses mains, sur un geste de ma part, mais j'étais trop sonné pour faire un mouvement de plus. J'espérai que la rouquine comprenne qu'elle avait à finir le travail.  

Je toussai, fronçant les sourcils d'inquiétude quand ce fut du sang que j'expectorai. Merde... C'était plus grave que ce que je pensais.

Je m'effondrai.

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MessageSujet: Re: D'opale et de feu [Leïna] - Terminé   Sam 29 Juin 2013 - 0:41

Leï observa rapidement la scène. Il ne restait que deux mercenaires. Compliqué, avec sa jambe, mais faisable.
Elle hoqueta de surprise.
Un mercenaire.
L’autre venait de… mourir de façon violente, douloureuse et particulièrement sale. Vraiment très sale. L’assassin eut une moue de dégoût. Comme quoi, on peut aimer faire couler le sang et être dégoûter en voyant une cage thoracique éclatée.
Qui est la proie, qui est le chasseur…
Voilà qui lui faisait voir à quel point cette guérisseuse pouvait être dangereuse. Pourtant, ils n’étaient pas censés être tout gentil tout mignon ? Ben… Y avait des exceptions partout, à première vue…
Je crois que nous sommes toutes deux des chasseuses. Après, la question est : qui est la plus dangereuse ?
Elle commença à avancer avec difficultés. L’arme du dernier mercenaire jaillit de ses mains, et il tira son épée. Elle fronça les sourcils quand elle vit l’albinos s’effondrer et le dernier homme s’approcher de son corps. S’attaquer à quelqu’un d’inconscient !... Ok, elle l’avait déjà fait.
Mais quand même !

- Eh, face de troll ! C’est moi, ta cible, non ?

Le mercenaire se détourna et l’observa, notant la flèche fichée dans sa jambe. Il en conclut rapidement qu’elle restait un danger, contrairement à la fille évanouie.

- J’arrive, fit-il avec un sourire carnassier.

L’assassin le lui retourna et préféra attendre qu’il s’approche, sabre pointé devant elle. Tout son poids reposait sur sa jambe valide et cela la déséquilibrait.

- Cela ne te fait rien, que ce soit ta mère qui demande ta mort ? lui lança-t-il, narquois.

Elle ignora ses piques, concentrée. Quand on sait pousser à bout les gens, on est généralement plus calme face aux moqueries des autres…
Voyant qu’elle restait immobile, il s’approcha plus franchement, accélérant le pas. Leï le prit par surprise en se jetant en avant. Son sabre s’abaissa et rencontra l’épée de l’homme. Les deux lames crissèrent désagréablement l’une contre l’autre. Le mercenaire utilisa sa force pour faire ployer le bras de l’elfe. Une bonne tactique.
Si seulement il n’avait pas oublié qu’elle était assassin. Rapide.
Leï lâcha le sabre d’une main tandis que l’autre plongeait dans sa veste pour ressortir armée d’une lame de rasoir. Celle-ci se plongea aussitôt dans la poitrine du mercenaire, s’y enfonçant de tout son long. La pression sur son bras se relâcha brusquement, à son grand soulagement.

Elle regarda le mercenaire tomber en arrière, mort. Puis elle s’effondra à son tour. Elle resta quelques secondes allongée, puis se mit à genoux. Elle allait devoir retirer la flèche. L’idéal aurait été en tirant sur la pointe, mais ce ne serait pas facile. Heureusement, le trait était bien enfoncé dans sa chair.
Enfin, heureusement… façon de parler, hein.
Leï brisa le bout portant la pointe et ressortant à l’arrière de sa cuisse, puis saisit à deux mains l’empennage. Elle inspira profondément et tira dessus, retenant de justesse un gémissement de douleur lorsque le bois commença à glisser.
Elle jeta enfin la flèche brisée et tachée de sang loin d’elle.
Il me faut quelque chose pour faire office de bandage…
Elle prit une autre de ses innombrables lames de rasoir et découpa une longue bande de son débardeur. Elle allait devoir en racheter un, ainsi qu’un pantalon.

La bande de tissu s’enroula autour de sa blessure. Avec de la chance, cela allait empêcher le sang de trop couler…
De la chance. Ha. Ha. Ha.
Elle se leva un soupir, s’appuyant sur son sabre, et s’approcha de la guérisseuse évanouie.

- J’ai bien envie de te laisser là, voire de t’achever, lança-t-elle.

Elle soupira de nouveau. Elle aurait bien besoin d’un guérisseur, tiens, mais comment être sûre que sa cage thoracique n’allait pas elle aussi… exploser ?
L’assassin se laissa tomber à genoux à côté de l’albinos et prit sa gourde. Elle versa la quasi-totalité de son eau sur l’elfe, cherchant à nettoyer les blessures qu’elle apercevait. Epaule, cuisse, flanc. Aïe.
En se disant que de toute façon, son débardeur ne pouvait être dans un état plus lamentable, elle déchira d’autres bandes pour entourer son épaule et son flanc. La blessure à la cuisse avait l’air d’être superficielle.

- Et j’y connais que dalle, moi, en soins !

Elle parlait un peu toute seule.
Leï secoua sa gourde, y but une gorgée et versa le reste sur le visage de l’albinos. Puis elle se laissa aller contre un arbre proche.
Oh, je suis bête. J’aurais dû nettoyer ma blessure…
Elle haussa mentalement les épaules. Elle allait rester. Sans trop savoir pourquoi, comme pourquoi elle avait tenté de soigner cette guérisseuse bizarre.
Elle jeta un coup d'oeil à ce qui restait de son débardeur et s'aperçut avec une grimace que cela ressemblait plus à une brassière qu'à autre chose. Elle ferma sa veste - qu'elle gardait d'ordinaire ouverte, pour accéder plus facilement à ses lames.
Elle commença à sommeiller.

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MessageSujet: Re: D'opale et de feu [Leïna] - Terminé   Lun 1 Juil 2013 - 17:23

Ba boum... Ba boum... Ba boum...

Vie qui pulse. Tambour de guerre. Profondeurs glacées et sombres.

Ba boum... Ba boum... Ba boum...

Pensées qui voltigent. Chute. Tressaillement. Bouger. Il faut bouger. Sortir.

Ba boum... Ba boum... Ba boum...


Fraîcheur du liquide. Souffle qui s'échappe. Rauque. Paupières qui tressautent. Plongeon encore plus distant dans les ténèbres. Sépulcrales. Éthérées.

Éthérées...? Compréhension soudaine.

- Comment oses-tu te tenir là ?

Question. Soubresaut. Il faut répondre. Lourdeur. Inhabileté. Une bouche s'ouvre, des lèvres sont sèches, une langue pâteuse.

- Excuse. Timidité. Volonté de ne pas déranger. Perdu.


Un rire qui se moque. Méprisant. Chagrin ressenti.

- Oh là ! Ça ne m'étonne pas que tu ne saches pas t'exprimer correctement... Ouvre les yeux.
- Impossibilité. Tentative de se débattre. Lourd... Tout est tellement lourd.
- Haaa... Un verbe. On s'améliore, petit parjure... On va peut-être arriver à communiquer ! Tu as de la chance que personne ne m'ait appelé aujourd'hui, je m'ennuyais un peu. Qu'est-ce que tu fiches ici ? Tu n'as rien à faire là.
- Ignorance. Peut-être... Souvenir de sang et de douleur.
- Laisse-moi voir... ? Ah. Oui. Bien amoché. Et alors ? Tu dois partir. Je n'ai aucune envie de traiter avec toi.
- Mort... ?
- Non. Tu ne sais pas qui je suis, n'est-ce pas ?
- Non.
- Tu le saurais si tu ouvrais les yeux. Je fais partie de la Vie.


Panique. Tentative de revenir en arrière. Excuses plates.

- Ce serait plus efficace si tu arrêtais de parler comme ça, c'est agaçant. J'ai du mal à croire que c'est le petit elfe arrogant qui a tellement agacé la Vie.
- Changem... avoir changement. Non. Cha... changé. Douleur. Concentration pénible. Excuses.
- Si tu dis toi-même avoir changé, ce n'est pas preuve que ton arrogance est toujours là ? Enfiler les robes blanches des guérisseurs ne fait pas de toi un guérisseur et ne fait pas table rase sur ce que tu nous as fait. Un de mes Primordiaux a raison, tu es un fat qui croit tout savoir.
- Un des Primordiaux ? Pas que Vie ?
- La Terre, aussi. C'est peut-être parce que tu as autant saigné. Et fait autant saigné. Le sang est parvenu jusqu'à moi, et ça a dû attirer ton esprit ici. Intéressant, l'usage de ton esprit mort, à ce propos. Oh, au fait, tu meurs. Si tu ne trouves pas un de tes... confrères... rapidement, plus de Nishati ya Jua.
- Je... meurs... ?
- Ah, un « je ». Très ironique de voir que tu t'améliores alors que tu vas disparaître. Pas tout de suite, mais dans peu de temps. Ce n'est pas l'assassin à côté de toi qui sait s'y prendre, et tu es plongé tellement profondément en transe que tu ne vas pas pouvoir envoyer ton Coral chercher un guérisseur. C'est Étincelle qui va être déçue, mais entre nous je ne comprends pas comment un esprit peut s'attacher autant à un mortel. Vous mourrez tous un jour ou l'autre...


Je meurs. Darel. Darel. Tristesse infinie. Darel. Un énorme creux dans la poitrine. Je... veux le revoir. Je ne peux pas lui faire ça. Pas avec l'autre salope qui s'est accrochée. Darel...

- … Peut-être dois-je réviser mon jugement. Tu étais incapable d'aimer quelqu'un d'autre que ta petite personne. Qui est ce Darel ?
- Ma vie.


La réponse fuse. Simple. Élémentaire. J'ouvre les yeux. Je devine un sourire. Narquois.

- Soit. Je te fais ce cadeau. Pour te dire que tu es sur la bonne voie. Peut-être que le Primordial de Vie te pardonnera. Un jour.
- Je... merci.
- Ne me remercie pas trop vite.
- Attends, dis-moi...


Ba boum... Ba boum... Ba boum...


Tambour de guerre. Vie qui pulse.

J'ouvris les yeux, prenant dans le même instant une grande inspiration, comme si mon torse était aspiré par quelque chose. Ça brûlait. Mon corps brûlait de partout. Je me retrouvai allongé, un peu mouillé, mais la seule chose que je pouvais percevoir, c'était le feu. Loin des crampes auxquelles j'étais habitué, la douleur n'était pas moindre mais moins étendue, concentrée sur ma cuisse, mon flanc et mon épaule.

- … ton nom ? toussai-je en voulant me relever. Mais cette fois, pas de sang. Juste une gorge à vif.

Revif...

Un vertige me prit et je me rallongeai. On allait procéder par étapes, d'accord... ? Un mal de crâne insidieux me battait les tempes avec un plaisir sadique. Contrecoup d'une rencontre avec un esprit peut-être un peu trop fort pour moi... Prenant appui sur mes mains, c'est avec lenteur que je me redressai. Mais pas à me lever. Pas fou, l'animal.

Encore un peu hagard, je jetai un coup d’œil à la petite rouquine. Amochée, elle aussi. Et puis quelque chose me frappa. J'avais utilisé mes mains, mes bras pour me relever. Mon regard se posa sur mon épaule gauche. Flèche retirée. Bandée. Encore grâce à la petite. Mais même grâce à ses premiers soins, ma blessure aurait dû m'élancer. Se remettre à saigner. Et pourtant... Alors que le feu se dissipait, d'une main hésitante, je défis le bandage. Un peu de sang séché, mais autrement... rien. Une fine ligne blanche : la cicatrice. Même la petite plaie à ma gorge avait été guérie.

Revif. Esprit de la Terre et de la Vie. Revif. J'en avais rapidement entendu parler, par Tiva qui avait un lien fort avec la Terre. Efficace, accélérant la cicatrisation et la guérison du chaman qui l'utilisait : une plaie béante pouvait être refermée en quelques secondes là où elle aurait pris des mois et aurait été la cause de la mort du blessé. Mais demandant au préalable un sacrifice. De sang. Une vie pour une vie. Et il fallait plonger très profondément dans une transe pour le réveiller. La main encore tremblante, je défis le second bandage – attend... il était fait avec le débardeur de la petite volaille ou quoi... ? – de mon flanc, pour y retrouver le même spectacle. Une fine ligne blafarde.

Inutile de vérifier ma cuisse. Je savais ce qu'il y aurait.

- Nishati ya Jua ! Tu avais disparu ! J'ai eu...
- Je vais bien, fis-je, un peu étonné moi-même.

Je me traînai vers la petite, fouillant dans ma besace pour des composants. J'allais bien, grâce à Revif. Je n'étais pas assez idiot pour lui demander une nouvelle faveur, déjà que j'avais eu du mal à avoir son aide. En même temps, je ne m'étais pas tellement impliqué. Le fait que je sois complètement déboussolé et, ma foi, passablement paniqué devant un esprit de Vie avait dû jouer. On est plus enclin à aider un idiot qui s'est perdu qu'un jeune fat. Soit dit en passant, j'avais plutôt l'impression que Revif m'avait soigné parce qu'il s'ennuyait.

- Fais moi voir où tu es blessée, fis-je à l'assassin.

Il n'était plus question de la tuer. Elle avait veillé sur moi.

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MessageSujet: Re: D'opale et de feu [Leïna] - Terminé   Mar 2 Juil 2013 - 0:29

Yeux clos, Leï réfléchissait, restant néanmoins attentive à ce qui l’entourait. Elle commençait déjà à projeter ce qu’elle allait faire plus tard. L’albinos allait probablement y passer ; elle resterait jusqu’à être sûre qu’elle soit morte ou dans un état stable.
Ce temps serait consacré à se reposer un peu. Ensuite, si la fille se réveillait, elle lui demanderait de la soigner – elle ne refuserait pas. Sinon, elle partirait. Elle avait vu pire qu’une simple flèche.
Dans ce second cas, elle chercherait un guérisseur – sûrement pas dans ce village, en tout cas – et se ferait soigner.

Dans les deux cas, elle chercherait une source, une rivière pour se laver un peu, puis irait se payer un nouveau débardeur et…
Elle regarda son pantalon abîmé.
Et un nouveau pantalon, un ! Génial…

Trouver l’Aigle de fer sera plus ardu. Il devait se méfier. Si Illiya lui avait filé suffisamment d’informations, il savait qu’elle n’aurait de cesse de le pourchasser.
Chaque groupe de mercenaire avait ses propres moyens de communications. Aucun d’eux ne devait la reconnaître et lui communiquait sa localisation. Il avait été capable de la trouver une fois, il était capable de la trouver deux fois.
Et il n’y aura pas de Chevaliers tout le temps.

Quel stratagème pourrait-elle utiliser ?... Le plus simple. Le plus évident. Un elfe vit vieux. Par conséquent, il n’allait pas arrêter d’effectuer des contrats. Voilà son point faible. Si elle pouvait disparaître, lui était obligé de surveiller son groupe de mercenaires. Il avait beau ne pas avoir communiqué à tout le monde sa localisation, elle le trouverait.

Il suffirait… De se grimer, peut-être. Il ne s’y attendrait pas. Se grimer et faire courir le bruit qu’elle cherchait des mercenaires. Il y avait certes des chances qu’elle tombe sur d’autres mercenaires, mais elle n’aurait qu’à s’en… débarrasser.

Après, restait la question principale : à un moment ou à un autre, prenait-il contact avec ses commanditaires ? Et quand ? Dès le début, pour recevoir le contrat ? Dans ce cas, le tuer sera aisé. Sinon… Il lui restera à pister le mercenaire envoyé pour le retrouver.
Il ne lui échapperait pas.

J’espère apprendre où ma mère s’arrête pour se ravitailler. Au pire, j’irais la traquer sur les mers. Bien plus difficile, en un sens. Où trouver un bateau ? Un équipage ? En demander un à un pirate ? Mais pourquoi ferait-il cela ?
Mm… Parce que cela l’arrangerait. Une pirate de moins, cela fait toujours plus de navires à piller. En tout cas, c’est la logique de ma mère. Et elle s’y connaît. Et à la rigueur, je peux promettre des contrats, des assassinats, des stupidités de ce genre.
Que je n’exécuterais jamais.

Le chemin jusqu’à elle est encore long. Mais j’y arriverais. L’attaque des mercenaires est le fil qui me mènera jusqu’à elle. Sa plus grande erreur… Sauf si les Chevaliers n’avaient pas été là. Alors, elle aurait gagné.
Désormais, je serais bien plus prudente.

Leïna rouvrit les yeux, alertée. Ce n’était que l’albinos qui se réveillait.
Eh bah, elle est pas morte, finalement !
Impassible, elle regarda la guérisseuse se redresser et retirer le bandage de son épaule. Une lueur de surprise traversa son regard en s’apercevant qu’il ne restait de la blessure qu’une fine ligne blanche. De même pour son flanc.
Eh bah putain !
C’était la seule chose qui lui venait à l’esprit. Et à voir l’air étonnée de la fille, elle ne s’y attendait pas non plus.

- T’es en vie… J’aurais pas parié dessus.

L’assassin se redressa un peu lorsque la fille se traîna jusqu’à elle, fouillant dans sa besace. Un problème de réglé : elle n’aura pas besoin de fouiller les alentours pour trouver un guérisseur, elle en avait un sous la main.

- Fais moi voir où tu es blessée.

Sans un mot, Leï lui désigna sa cuisse. La blessure l’élançait désagréablement.
La fille est vraiment un chasseur, de toute évidence. Y a qu’à voir l’état de la poitrine de l’autre attardé. Chasseuse d’assassin, peut-être.
C’est amusant.
Parfois, les chasseurs se chassent, parfois ils s’entendent. S’aident. L’avoir soignée et sauvée a joué en ma faveur, on dirait.


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MessageSujet: Re: D'opale et de feu [Leïna] - Terminé   Sam 6 Juil 2013 - 1:05

- T’es en vie… J’aurais pas parié dessus.

Moi non plus, petite. Et surtout pas après avoir rencontré un esprit de Vie. Foutremerde, je m'en étais tiré à bon compte. J'aurais pu me sentir euphorique si Revif n'avait pas fait ça par pur ennui. L'adrénaline retombant, je me rendis compte que mes mains tremblaient encore un peu.

Je sortis une gourde d'eau et passai rapidement mes mains sous le liquide histoire de les nettoyer, puis j'écartai les pans déchirés du pantalon de l'assassin pour mieux voir la blessure. Elle avait retiré la flèche. Bien.

- Elle... euh... a veillé sur toi.
- Non, tu crois ? fis-je, sarcastique. Bon, je pense que nous sommes d'accord pour ne pas agir... ?

Un silence gêné et à la fois boudeur de la part de Coral. M'étonne pas. Le fait même de m'avoir surveillé mettait la petite hors de portée. Et puis même si Coral n'avait pas changé d'avis, je m'y serais fermement opposé. Oui, c'était une tueuse. Mais pas plus que moi.

Tandis que je m'affairai, sortant les composants nécessaire pour nettoyer et bander la blessure, je me rendis compte qu'elle et moi étions couverts de sang. Génial. Il faudrait que je me rachète les vêtements les plus blancs possibles. Avoir des robes d'un marron pisse parce qu'on a pas réussi à enlever le sang m'agaçait au plus haut point.

- Il va falloir que tu retires ton pantalon, annonçai-je.

A croire que ça devenait une habitude... Mais je n'aimais pas travailler avec ces couches de vêtements qui m'encombraient. De toute manière, je n'allais pas panser cette blessure par dessus son pantalon.

Attendant qu'elle s'exécute, je jetai un coup d’œil aux victimes. Pas étonnant que Revif ait accepté. C'était un bien beau sacrifice, un vrai carnage. Les mouches s'affairaient déjà. Un cheval était resté non loin de la clairière, je pouvais l'entendre piaffer, mais il n'était guère rassuré par l'odeur du sang. Ça pouvait se comprendre. J'eus une soudaine acuité de tout ce qui nous entourait.

Le soleil tapait fort, à une heure si matinale. Mais un vent bienvenu soufflait et faisait danser les frondaisons. Quelques feuilles virevoltaient, portées par la bise, et retombaient dans la clairière. Une d'elles se posa sur un cadavre. La première victime de la petite. Je sentis un léger parfum... Celui de la chaleur, et des fleurs. Ç'aurait été une matinée magnifique, ensoleillée, le vent dans les cheveux, à respirer à plein poumons pour capter toutes les senteurs : celle de l'herbe, des fleurs qui en séchant se débarrassaient de leur rosée... Mais par dessus, il y avait l'odeur et le goût cuivré du sang... L'amertume d'un corps qui commençait à refroidir, attirant déjà insectes pour faire leur part du cycle... Pour connaître la mort, il faut connaître la vie...

Quelques oiseaux, des moineaux, peut-être, passèrent dans le ciel, pépiant joyeusement. Comme s'il n'y avait pas des cadavres, sur le sol. Et qu'il n'y avait que l'immensité des nues. Un instant, j'aurais aimé les rejoindre. Pas de soucis, pas de cadavre. Dormir, manger, se reproduire.

Mais il y avait ma malédiction, Darel, Azira, mon statut de chaman, Coral, Etincelle... Et maintenant cette fille. Je ne pouvais pas me permettre de continuer à agir comme je l'avais fait.

- Quel est ton nom ?

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MessageSujet: Re: D'opale et de feu [Leïna] - Terminé   Dim 21 Juil 2013 - 23:46

Leï resta immobile pendant que la guérisseuse s’occupait de sa blessure à la cuisse. Elle devait bien envier ces incapables de Chevaliers sur ce point : leurs armures les protégeaient des flèches. Mais elles les ralentissaient aussi. Un détail pouvant se révéler fatal, parfois.
Entre un assassin en pleine possession de ses moyens et un chevalier, qui le remporterait ? Les mercenaires ne comptaient pas vraiment. Leï aurait qualifié leur façon de se battre comme oscillant entre guerrier et assassin. Ni complètement l’un, ni complètement l’autre.
Et un chevalier sans armure, serait-il plus vulnérable ?
Peut-être. Mais il y aurait aussi moins de défi. Moins de risques.

Attentive, portée par cette soif d’apprendre qui l’avait maintes fois caractérisée, elle se tourna vers l’elfe albinos et observa ses gestes. Celle-ci lava ses mains puis examina sa blessure.

- Non, tu crois ? fis-je, sarcastique. Bon, je pense que nous sommes d'accord pour ne pas agir... ?

Si j’ai bien compris, en veillant sur cette étrange guérisseuse, je me suis mise hors de tout danger… Intéressant.
Légèrement inquiète, elle se demanda si cette blessure pouvait affecter sa jambe. Elle espérait que non. Une assassin avec une jambe en moins n’était plus une assassin. Et cela la priverait de bien d’autre choses, comme de ses sauts, où tout son corps jouait un rôle essentiel : lutter contre le vent, la gravité, surveiller la trajectoire, amortir la chute…
Elle refoula sa crainte lancinante dans un coin de son esprit, comme à son habitude.  

- Il va falloir que tu retires ton pantalon.

Leï retint un grognement. Elle s’en doutait, on ne pouvait s’occuper d’une blessure si le vêtement se trouvait dessus. Mais cela ne l’enchantait pas vraiment. Sa lame secrète était dans la ceinture, et la garder, sans l’habit qu’elle retenait, aurait paru étrange.

- Et il va falloir que j’en rachète un…

Un coup d’œil aux habits de la guérisseuse l’informa qu’elle n’allait pas être la seule. Saleté de mercenaires, ils n’avaient toujours pas compris la leçon ?! Si elle avait survécu à la première embuscade, ce n’était pas cinq petits morveux qui allaient la tuer.
Retenant un soupir, elle se redressa, déboucla sa ceinture avec un infime pincement de regret – elle ne s’en séparait quasiment jamais –, la laissa au sol, à portée, puis baissa son pantalon jusqu’à ses bottes. Elle ne portait en-dessous qu’un court short – noir, lui aussi. Puis elle se rassit.

- Quel est ton nom ?

Leï n’hésita qu’un bref instant. Poursuivant cet homme au visage caché qui semblait en savoir un peu trop sur elle, son nom devait désormais rester secret.
Elle fouilla dans sa mémoire. Qu’avait-elle dit au Chevalier, déjà ?...
Ah, oui.

- Alia Ezer.

Nom factice jailli de son imagination, qu’elle avait gravé avec résolution dans son esprit. Donner un faux nom ? Ok. En donner dix, tous différents ? Il ne faut tout de même pas exagérer. Même si le risque était mince, le chevalier, la guérisseuse et elle pouvaient se retrouver ensemble.
Mais un bon assassin prend tout en compte, même les détails les plus anodins, même les risques les plus insignifiants.

- Et toi ?

Quelle étrange conversation. Une guérisseuse à l’air meurtrier, une assassin et… des corps. Dans une clairière.
La clairière en question avait dû être belle… avant leur passage, et celui des imbéciles.
Voilà ce qui arrive, quand on parle trop fort, ou qu’on se croit trop puissant.
Les cadavres finiraient bien par attirer l’attention, que ce soit de prédateurs ou de gardes, ou même de simples promeneurs, attirés par l’odeur forte de sang, de mort et de combat. Une odeur qui en général ne la repoussait pas. Lorsqu’il s’agissait d’une simple personne.
Elle ne frémirait pas sur un champ de bataille, mais cela ne voulait pas dire qu’elle appréciait de tels massacres. Elle y préférait la finesse, une lame discrète, une flèche silencieuse…
Pas cette barbarie. Orchestrée en bonne partie par une parodie de guérisseuse.

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MessageSujet: Re: D'opale et de feu [Leïna] - Terminé   Lun 22 Juil 2013 - 21:32

Je fus soulagé qu'elle s'exécute. Nos rapports pour l'instant étaient pacifiques sinon amicaux. Pour le moment. Je doutais qu'après tout ça elle soit le genre à me planter une dague dans le ventre, mais allez savoir, avec les assassins...  Tous des bouchers. Quoi ? Oh, précision, finesse... m'ouais. Ils ne connaissent pas la Vie. Pour eux, prétendre connaître la Mort et, pis encore, la donner, est faire preuve d'arrogance, même selon mes critères.

Puis je m'occupai de sa blessure. Elle était propre, relativement, et cicatriserait sans mal. Bien sûr, pendant quelques temps, l'assassin ressentirait une certaine raideur, mais elle disparaîtrait vite. Tandis que je nettoyai la plaie avec le reste d'eau, elle répondit à ma question :

- Alia Ezer. Et toi ?

Loin d'être elfique, ce nom, et la brève hésitation me fit me demander si elle était réellement sincère. Mais comme je ne l'étais pas moi-même, je pouvais difficilement l'en blâmer. Et même mon véritable prénom faisait largement plus Weranoïen qu'elfique. Mais qu'importe, je décidai de lui laisser le bénéfice du doute, même si je n'étais pas des plus convaincus. J'étalai sur la blessure un onguent, et des morceaux d'une mousse d'Enetari qui accélérerait la guérison.

- Seelen Amani.

Une chance, en fait, que Coral ait un nom de famille plutôt doux. Je sortis une compresse de lin et la posai sur l'onguent et la mousse, puis passai un bandage délicatement autour de la cuisse d'... Alia. Un doute affreux me saisit. Elle était à Feïral, Darel également. J'ignorais ce qu'elle allait faire. Le plus probable qu'elle allait retourner d'où elle était venue et ne pas s'enfoncer dans Feïral plus avant, mais... sait-on jamais.

- Oh, si tu croises un de mes confrères et qu'il pose des questions sur moi, ce serait délicat et très appréciable d'oublier que tu m'as vu... et vu faire ce que j'ai fait. Et s'il te faut une contrepartie, je ferai de même... et t'aiderai à trouver des vêtements. Je doute que les fermes alentours susceptibles de nous vendre des choses sans trop poser de questions apprécient de voir une jeune elfe aussi armée que toi toute ensanglantée, mais accompagnée d'une guérisseuse, la potion passera nettement mieux. Surtout que je baratine les gens depuis plus longtemps que toi, ajoutai-je, avec un sourire un peu sarcastique.

Je serrai le bandage étroitement, et je repris.

- Ensuite... eh bien, nous repartirons chacun...es de notre côté. J'oublierai l'Ange Noir et toi tu oublieras l'albinos que je suis. Ça te paraît un bon compromis, Alia ?

Sans attendre de réponse, je me tournai vers Coral qui observait depuis le début un silence boudeur.

- Tu veux bien voir s'il y reste un cheval dans le coin, et ensuite nous repérer la ferme la plus proche ?

Je me tus un instant. J'avais utilisé « nous ». Je jetai un coup d’œil à la petite volaille. Même après ce qu'il s'était passé et le fait qu'elle ait veillé sur moi, je n'allais pas changer de sitôt mon comportement avec les assassins. Ou les mercenaires. Je détestais les bouchers pour la simple et bonne raison qu'ils m'avaient tué la petite Hélène. Et, en l'occurrence, que mes cicatrices venaient d'eux. Oui, j'étais revanchard. Et alors ?

Je me levai, et d'un geste lui fit signe de rester assise.

- Je vais aller te chercher des béquilles. Il ne faut pas que tu forces sur ta jambe, sinon la plaie va s'ouvrir encore plus. Libre à toi de te rhabiller si tu le souhaites, mais évite de trop tirer dessus.

Coral revint à ce moment là.

- Il y en a un, près d'un chemin qui sort de la forêt, derrière toi. Il broute de l'herbe, il devrait en avoir pour encore un moment.
- Merci.

C'était sur le chemin, il suffirait de le prendre en passant. En attendant, je m'enfonçai dans les bois pour y trouver des branches suffisamment grosses pour confectionner des béquilles. Narragow me l'avait enseigné. Ce serait des béquilles de fortune, n'ayant pas le temps d'en fabriquer de plus élaborées, mais cela suffirait. Alia n'était pas une personne que je chérissais, et plus je traînais ici, plus Darel s'éloignait et pouvait faire je ne savais quoi.  

Je finis par trouver mon bonheur, et revins auprès de la petite volaille pour me mettre au travail. Coral reviendrait à son heure. Maintenant, il s'agissait de quitter les lieux avant que quelqu'un ou qu'un prédateur ne soit attiré par un fumet de cadavre de plus en plus fort et écœurant. Que Revif savoure pleinement ce sacrifice. Moi, je ne resterai pas là plus longtemps.

Une fois les béquilles achevées – Narragow aurait roulé des yeux, arguant qu'on a toujours le temps et qu'en tant qu'elfe, je devrais arrêter de me comporter comme si j'allais mourir de vieillesse – je me redressai, et tendis une main vers Alia.

- Il est temps de se mettre en route.

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MessageSujet: Re: D'opale et de feu [Leïna] - Terminé   Sam 7 Sep 2013 - 20:45

Leï regarda la guérisseuse s’occuper de sa blessure, attentive. A la fois curieuse et prudente. Il était si facile de glisser habilement un peu de poison, quelque que soit sa forme, dans une plaie, ou même une simple estafilade. Elle l’avait elle-même fait, quelques mois auparavant.

Une proie, qui marchait tranquillement sur une route menant à Akeraï. Seule. En haut d’une colline aux flancs vertigineux et couverts de ronces, d’arbres aux branches pointues. Leï s’était glissé dans don dos et l’avait poussé brutalement. Le pauvre homme avait dévalé le flanc de la colline en criant. Elle avait attendu quelques instants et s’était faufilée à sa suite, vêtue en civile. Le commanditaire avait dit que cela ne devait pas ressembler à un meurtre.
Elle avait prétendu l’avoir entendu crier. L’humain avait eu la mauvaise idée de percuter un arbre et son bras s’était ouvert. Leï l’avait soigné, remis sur pieds, fabriqué des béquilles, et avait humecté ses bandages d’un peu de poison. Puis elle l’avait regardé reprendre la route avec un sourire, le suivant de loin. Deux jours après, il était mort suite à l’empoisonnement. Elle avait alors remplacé ses bandages et l’avait lancé dans les marais. Les bêtes qui y rôdaient s’étaient chargées de lui.

Peut-être un brin compliqué. Mais tout le monde a le droit de s’amuser… Et, au final, les autorités, d’ailleurs plutôt laxistes, avaient conclues qu’il s’était blessé, et que son sang avait attiré les bêtes. Même s’ils avaient voulu vérifier la thèse de l’empoisonnement, il n’aurait rien trouvé.

- Seelen Amani.

Elle enregistra le nom dans sa mémoire. Celle là, elle n’allait pas l’oublier. On ne sait jamais, quelqu’un pourrait avoir envie d’accrocher sa peau au-dessus d’une cheminée.
Elle écouta distraitement le quasi-monologue de la guérisseuse. Alors, comme ça, quelqu’un la cherchait ? Intéressant. Elle pouvait promettre, certes, mais rien ne disait qu’elle allait tenir cette promesse. Ce qu’elle évitait de faire remarquer en général.

- C’est bon, c’est bon, je dirais rien… Et effectivement, j’aime bien l’idée des vêtements.

Quant à baratiner, je serais surprise de savoir en quoi un guérisseur en a besoin… Enfin, tu n’as pas forcément l’air comme les autres. En fait, tu n’en a pas seulement l’air. Les guérisseurs sont pacifiques, normalement, non ?

- Ensuite... eh bien, nous repartirons chacun...es de notre côté. J'oublierai l'Ange Noir et toi tu oublieras l'albinos que je suis. Ça te paraît un bon compromis, Alia ?
- Oui, oui...

Désolée ! Mais je n’oublie jamais personne. Surtout des gens aussi intéressant que toi. Et à la base, ta demande même est ridicule. Demander à un assassin d’oublier quelqu’un… Franchement.

- Je vais aller te chercher des béquilles. Il ne faut pas que tu forces sur ta jambe, sinon la plaie va s'ouvrir encore plus. Libre à toi de te rhabiller si tu le souhaites, mais évite de trop tirer dessus.

Leï la regarda s’éloigner. Elle se rhabilla en ménageant sa jambe blessée, boucla sa ceinture et vérifia que la lame qui y était cachée n’avait pas bougé. Avec un sourire amusé, elle se releva e s’appuyant à l’arbre derrière elle et s’y adossa. Ce n’était pas aujourd’hui que quelqu’un allait lui dire quoi faire.
L’odeur de sang et de mort n’allait pas tarder à attirer les charognards, qu’ils soient de simples animaux ou des races à civilisation. Elle-même pouvait parfois sentir de loin le léger parfum de mort qui s’était imprégné dans sa chair et la suivait, tantôt semblable à une malédiction, tantôt comme un signe de reconnaissance, comme une marque, qui la qualifiait.

L’albinos – Seelen – revint avec deux grossiers bouts de bois. Elle les travailla sous le regard impassible de l’assassin et finit par les lui tendre. Leï les attrapa et fit quelques pas avec. Elle avait déjà utilisé des béquilles, il y avait de cela quelques années, alors qu’elle était encore en formation. On était en hiver, les toits étaient verglacés, et elle avait bêtement glissé pour tomber trois mètres plus bas. Sa souplesse lui avait permis d’éviter de plus graves blessures mais sa jambe n’avait pas apprécié le choc.

- Il est temps de se mettre en route.

Leï jeta un dernier coup d’œil au charnier. Une œuvre qu’elle aurait volontiers qualifiée de barbare. Orchestrée par quelque guerrier, non pas par une guérisseuse et une assassin.

- Quelle excellente idée, fit-elle, légèrement ironique.

Maniant les béquilles de fortune avec dextérité, elle la suivit



[Pas extra, désolée]

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MessageSujet: Re: D'opale et de feu [Leïna] - Terminé   Lun 9 Sep 2013 - 23:15

Qu'Alia évite d'utiliser ma main tendue ne me froissa pas plus que cela. Je me doutais qu'une telle alliance n'allait pas être des plus amicales. Surtout après qu'elle ait vu ce que j'étais capable de faire. Bah... Comme si j'allais m'en formaliser, hein ? Une petite volaille pour amie ne m'intéressait pas. C'était toujours fort intéressant, mais je n'en avais pas besoin. Pas avec les esprits de mon côté.

Je baissai la main, sans chercher à dissimuler ou camoufler mon geste en autre chose. Elle avait refusé mon aide, tant pis. Elle savait utiliser les béquilles, du moins, et c'était déjà ça. Je n'aurais pas à l'aider plus.

Je sifflai pour ramener le cheval, mais je n'obtins qu'un moment de silence et un ricanement moqueur de Coral. Je fronçai les sourcils. Bon. C'était toujours pas ça, pour la communication et l'empathie avec les animaux. Je marchai d'un pas plus vif, pour récupérer l'animal, mais il hennit et recula quand il sentit l'odeur de mort et de sang qui me maculait. Je tentai le tout pour le tout, et utilisai une vieille technique de Narragow... le chant. Enfin, j'avais vu mon vieux maître le faire une ou deux fois, et ça avait marché. Mais lui avait été un véritable guérisseur, et si l'on se posait des questions sur ma légitimité, il suffisait de jeter un coup d’œil au massacre que je laissai derrière moi...

Et puis merde, à la fin, le chant des elfes était réputé pour être apaisant pour les bêtes, toute créature vivante. Vous vous demandiez pourquoi les oreilles-pointures s'adonnaient si facilement aux reniflettes et tout le toutim des guérisseurs ? Parce qu'ils avaient un putain de chant qui aidait et calmait. Oh, et à un certain niveau de magie, qui pouvait créer des choses. Enfin, ça, on allait le laisser aux pratiquants de l'Eldar, hein, parce que moi, à part parler... Je m'éclaircis la gorge, et fredonnai une vieille berceuse, que me chantonnai parfois Tiva, quand j'étais petit. Faux et trop bas, au début, mais je retrouvai bien vite ma tessiture de femme et toute la justesse requise. Plus aiguë, plus pure. Sans me vanter, j'aimais bien le son qu'elle donnait, ma voix, quand j'étais une femme. Jamais plus que celle d'homme, mais je pouvais me targuer que ce n'était pas désagréable.

L'animal aplatit les oreilles, s'ébroua, mais fit quelques pas vers moi, jusqu'à ce que ma main touche  son chanfrein. Un sourire éclatant étira mes lèvres. Ahaaaa ! Pas si nul que ça, le guérisseur ! J'étais ravi que ça marche. Inutile de me couvrir plus de ridicule devant la petite volaille noire, ou sinon elle allait vraiment se poser des questions. Du genre à se demander si je n'avais pas volé mon insigne et mes vêtements blancs. Un peu comme Darel, en somme, sauf que mon soleil n'avait pas vu les petits dons particuliers de Coral... Bref !

Je me saisi des rênes, puis guidai la bête près d'Alia, avant de l'aider à monter. Puis je pris place sur le cheval, me positionnant derrière elle. Je n'avais pas l'habitude des chevaux, mais avec les vieilles mules de Narragow, je pensais en connaître assez pour guider une bête dans ce genre. Je tirai les rênes vers la gauche, pour nous faire sortir de la forêt.

- Sur ta droite, Nishati.

Je stoppai la monture.

- Tu es sûr?
- Par la gauche, vous retournerez d'où vous venez. Donc vers le village où vous êtes connus. Sur ta droite, vous resterez encore un peu en forêt, mais il y a des fermes, pas loin. La nouvelle ne les aura pas encore atteint.

Je hochai la tête, et suivis ses indications. Je talonnai le cheval, et c'est au petit trot que nous traversâmes le bout de forêt. Cela devait faire un peu mal à Alia, toutes ces secousses, mais au bout du compte, je me disais que ma générosité avait ses limites. Bon, et puis ce n'était pas comme si j'avais le pouvoir de rendre le chevauchée moins douloureuse. Mes herbes à fumer n'étaient pas pour elle. Et elle pouvait bien serrer les dents.

Une fois enfin sortis de la forêt, j'entrepris de pousser la bête au galop. Pas trop vite, cependant, j'ignorais où il fallait aller. Coral me désigna un petit lot de bâtiments isolés, et j'orientai le cheval dans cette direction. Nous ne tardâmes pas à y arriver. Feïral pouvait être assez plat.

Un gamin crasseux, gardant quelques moutons, nous vit approcher et courut prévenir ses... parents?Du moins, quand je vis débarquer un homme grand et gras, le chaume tapissant ses joues et des yeux aussi porcins que ceux de l'enfant, le doute ne me fut plus permis. Si ce gosse n'était pas le fils de cet homme, je pouvais aller me vendre à l'esprit de la Luxure. Il était accompagné, un fait des plus surprenants, par une femme plutôt... jolie. Non, vraiment. De jolis cheveux châtains, noués sous un foulard à carreaux – mode très paysanne... –, un visage agréable, constellé de tâches de son, mais qui lui donnait tout son charme. Des formes plantureuses, mais même cet embonpoint ne parvenait pas à retirer l'impression amicale, voire maternelle de cette femme.

Je me composai un sourire avenant. Sans ayant besoin de me forcer.

Et puis elle ouvrit la bouche.

- Qu'eh qu'vous v'nez faire pa' chez nous ?

Le charme se rompit. Coral ricana. Et ce fut avec peine que je gardai mon expression affable.

- Mes hommages, madame, messieurs. Nous avons été victimes d'une attaque, par des brigands. Heureusement pour nous, nous avons été sauvées, mais nos vêtements ont quelque peu souffert de l'attaque. Nous aimerions savoir si vous accepteriez de nous en céder quelques uns.
- Tu fais exprès de bien parler, ma Belle de Jour... ? Pas très sympathique de ta part, de te la poser, Nisha.

Je l'ignorai. C'étaient sans aucun doute des êtres simples. Des elfes les impressionneraient, des êtres à leurs yeux immortels et d'une magnificence si peu égalée. Avec un peu de chance, ils ne demanderaient rien. Moi, méprisant ? Sans doute. Les éphémères ne m'inspiraient qu'une très vague sympathie et encore plus ce genre là. Je respectai infiniment plus les chasseurs de Weranoï, qui eux avaient à travailler dans de dures conditions, qui méritaient mon respect. Bon, et peut-être que j'en voulais un peu à cette femme d'avoir ouvert la bouche alors qu'elle m'apparaissait si charmante. Passons.

La femme plissa les yeux. Le garçon ne dit rien. L'homme ne quittait pas Alia des yeux. Hem. Ça partait bien...

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Leïna Liuwën
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MessageSujet: Re: D'opale et de feu [Leïna] - Terminé   Sam 28 Sep 2013 - 22:17

Leï esquissa un sourire moqueur lorsque la guérisseuse tenta sans succès de faire revenir le cheval. Elle nota néanmoins ce détail surprenant – mais qui collait plutôt bien avec le massacre qu'elles allaient laisser derrière elles.
L'albinos s'éloigna pour aller récupérer la bête, qui n'eut pas l'air d'apprécier sa présence, pour tenter finalement un chant elfique. Ces chants dont Leï ne connaissait que des bribes enfouies dans un coin délaissé de sa mémoire, avec les vieux souvenirs flous qui s'estompent peu  à peu, ne laissant derrière eux qu'un peu d'amertume et de nostalgie vite réprimée.
Ce chant, qui eut l'air de fonctionner et attira le cheval vers la guérisseuse.

Leï accepta sans rechigner l'aide de Seelen. Quand elle y repensait, cette blessure allait immobiliser pendant un certain temps. Elle ne pouvait courir le risque de poursuivre le chef des mercenaires avec une jambe en moins. Néanmoins, elle était plutôt satisfaite de tout cela, même si la blessure la tiraillait désagréablement. Des têtes ne tarderaient pas à tomber.

La guérisseuse monta derrière elle et recommença son monologue, sans que Leï y prêta attention, cette fois, avant de faire tourner le cheval vers la droite après un bref moment d'hésitation. L'animal se lança au trot et l'elfe ne tarda pas à serrer des dents. Elle avait beau être habituée à la douleur, ce n'était pas forcément plaisant pour autant.
Le galop qui s'ensuivit la soulagea un peu plus. Elle n'avait de toute façon jamais apprécié le trot, qu'elle soit valide ou pas.

Quelques instants après la sortie de la forêt, elles arrivèrent devant un groupe de bâtiments, où les accueillir un gosse humain, qui aurait eu besoin d'un bon bain, qui alla chercher en courant deux personnes qui semblait être ses parents et étaient tout aussi répugnantes aux yeux de l'assassin, même si la femme était plus agréable à voir.
Mais dont le langage faisait pitié, comme fut forcée de le constater l'Ange.

- Qu'eh qu'vous v'nez faire pa' chez nous ?

Vous apprendre le savoir-vivre. Oh, non, j'oubliais, c'est impossible : vous êtes des humains !

La douleur ne la rendait pas vraiment de bonne humeur.

- Mes hommages, madame, messieurs. Nous avons été victimes d'une attaque, par des brigands. Heureusement pour nous, nous avons été sauvées, mais nos vêtements ont quelque peu souffert de l'attaque. Nous aimerions savoir si vous accepteriez de nous en céder quelques uns.


La belle phrase de la guérisseuse n'eut pas vraiment d'effet sur les trois humains. Leï en particulier n'appréciait pas que l'humain adulte la dévisage ainsi. A son tour, elle tenta de les convaincre. L'albinos avait l'habitude d'embobiner les gens ? Soit. Elle aussi.
Revêtant un air avenant, elle esquissa un faux sourire, sympathique, empli de bonté ; tout ce qu'elle n'était pas et ne serait probablement jamais. Puis elle adopta un ton presque jovial.

- Nous avons eu de la chance, ils n'étaient que deux...

Même pour des imbéciles, imaginer que deux frêles elfes pouvaient survivre à des brigands, cela était aberrant. Il paraîtrait que les meilleurs mensonges sont les plus courts, mais un peu de précision ne faisait pas de mal.
Repensant à l'avidité caractéristique des humains – bon, ok, pas que des humains – elle ajouta :

- Nous avons un peu d'argent si cela vous intéresse.

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Nishati ya Jua
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MessageSujet: Re: D'opale et de feu [Leïna] - Terminé   Dim 20 Oct 2013 - 20:54

Alia reprit après moi, y ajoutant sa touche : l'argent. Évidemment. L'or ouvrait des portes que les belles paroles gardaient fermées. En voyant l’œil de l'homme se mettre à briller d'avidité, je sus que j'aurais dû commencer par là dès le départ. Mon mépris pour ces gens se fit plus fort. J'étais accoutumé au troc. Même si, à force de voyager dans Aranor, j'avais bien dû faire des transactions avec le peu d'or que l'on me donnait.

Je forçai mon visage à dissimuler le pli dédaigneux qui venait de retrousser légèrement ma lèvre supérieure, et je hochai la tête aux paroles d'Alia. Finalement, la femme fit une moue que je considérai comme approbatrice :

- 'vais voir c'que j'ai pou' vous.

Je sautai du cheval et m'inclinai gracieusement, tandis qu'elle s'engouffrait dans la maison. Le gamin nous reluquait toujours, mais l'homme avait sensiblement baissé sa garde. En d'autres termes, ses bras n'étaient plus croisés, mais balaient de chaque côté de son corps gras.

- 'pouvez faire reposer vot' monture dans la grange, si vous voulez, offrit le gamin.

Le père lui lança un regard d'avertissement, mais par pur esprit de contradiction, j'offris à l'enfant un sourire éclatant qui colora ses joues. Et un regard railleur et triomphant à l'homme. Je proposai mon bras à Alia pour l'aider à descendre, puis donnai les rênes au gamin. Ce dernier baissa la tête quand il passa devant son père, s'attendant sans doute à recevoir une taloche, mais comme nous étions là, l'espèce de porc ne fit rien. Surtout que son regard s'était cette fois attaché sur l'insigne en argent de mes robes de guérisseur souillées. Et l'éclat de la cupidité se fit plus fort dans ses yeux porcins. Mon visage se ferma.

A cet instant, la femme passa la tête dans l'embrasure de la porte.

- Qu'eh qu'vous faites, vous v'nez, ou bien ? 'peux pas vous faire essayer si vous restez dehors. Ou c'est des elferies?
- Non, non. Nous venons.

L'intérieur était loin d'être crasseux, contrairement à ce à quoi je m'attendais. Peut-être que les humains n'étaient pas tous sales, après tout. Bah, qu'est ce que ça pouvait me faire ? La femme avait sorti d'un placard en bois grossier des piles de vêtements – essentiellement féminins – qu'elle avait disposé sur une table de la même facture que le meuble. Inutile de lui demander si elle avait des vêtements blancs. Quand on vivait d'élevage, c'était une connerie. Quand on guérissait les blessures également, mais quand la décision de la couleur des guérisseurs avait été prise, j'avais une petite idée du nombre de pipes fumées et de drogues que les Anciens avaient consommées.

Ma veste – dernier souvenir de Weranoï – était clairement fichue, éclaboussée de sang comme elle était. Les couches supérieures de mes robes également, le sang avait taché non seulement la manche où j'avais reçu ma flèche dans l'épaule, et les multiples blessures, notamment celles à ma cuisse et au flanc n'ayant pas arrangé les choses... mais on ne parlait pas du type que j'avais fait imploser juste devant moi et qui m'avait fait l'immense et douteux cadeau de son fluide vital et de ses petits morceaux d'organes. La seule chose un peu moins tachée de sang était mon pantalon. Même si la blessure à la cuisse en avait changé un peu la couleur. Bon, disons le tout de suite, beaucoup. Mais c'était sur le haut du tissu. On n'allait pas râler pour si peu, hein ?

Je jetai néanmoins mon dévolu sur les vêtements les plus clairs qui soient. Un pantalon, beaucoup trop large pour moi. Une robe qui s'arrêtait au mollet, d'une couleur crème douteuse et au tissu rêche d'avoir été trop lavé, qui confirmait mon hypothèse qu'on ne gardait pas un vêtement blanc très longtemps. Heureusement pour moi, elle était grossière, absolument pas cintrée, et conviendrait parfaitement pour ma forme masculine. Ensuite, une veste sans manche, d'un vert sombre. Qui, je devinais par la forme, appartenait à l'autre porc. Grands dieux, j'espérais qu'elle les avait lavés. Ce n'était pas comme si j'allais me mettre à la lessive sitôt la première rivière croisée, mais on ne savait jamais.

Bien que raides de sang séché, je décidai de garder les vêtements que je pouvais mettre sous les nouveaux : en d'autre termes, juste mon pantalon. Histoire de garder des couches supplémentaires. Il est aisé d'en retirer quand on a trop chaud, mais quand vous avez trop froid, vous ne pouvez que pleurer. Puis je m'écartai afin de laisser Alia choisir ceux qu'elle désirait. Dans le même moment, je retirai, avec une discrète grimace de soulagement, les vêtements les plus empoissés de sang. Je ne prêtai aucune attention au fait que je me retrouvais poitrine nue, et dos balafré exposé. Qu'ils se rincent l’œil et reluquent tant mes cicatrices que ma gorge, je n'en avais rien à faire. J'enfilai mes nouveaux vêtements, passant le pantalon trop large par dessus le mien. Je retirai mon insigne de guérisseur pour l'épingler sur mes nouveaux habits. Je jetai finalement un coup d’œil au tas de vêtement.

- Vous n'auriez pas une large bande de tissu, rectangulaire?

J'utilisai un type de ceinture propre à Weranoï, qui permettait de resserrer les vêtements à la taille... et qui était parfait pour passer mon stylet. La femme haussa les épaules.

- P'têt dans la grange. D'mandez à l'homme ou au gamin.

Je ne me fis pas prier et quittai la bicoque. L'enfant se fit un plaisir de farfouiller dans les recoins de la grange pour me dégoter ce que je désirais. Je laissai mon regard vagabonder sur la vieille jument, les quelques poules qui habitaient la grange, quand mon attention fut attirée par... oh merde. Oh putain de merde. Du... Attends, je rêve, là !

Je m'approchai du vêtement accroché près du box de la jument, et touchai. Non, je n'hallucinais pas. Ces crétins avaient une putain de fourrure de Ragnar chez eux, coupée en un manteau court à large capuche, et ils s'en servaient pour... pour... Mes yeux firent le trajet entre le gamin qui me tournait le dos, et de nouveau la fourrure. Ce n'était pas possible. Ils devaient ignorer... Un gloussement nerveux franchit mes lèvres. Hoho. Je n'allais pas me gêner. L'enfant se retourna à ce moment précis, avec une bande de tissu élimé mais qui pourrait me servir de obi.

- Petit, je prends ça, aussi.
- Hé, c'est la couverture de not' vieille Blanchette, j'sais pas si...
- J'en parle à ta mère.

Sans dire un mot de plus, je raflai la petite fortune et ma ceinture et me dirigeai vers la maison. Alia avait fini de choisir ses vêtements. Tandis que je nouai ma nouvelle ceinture autour de ma taille et y glissai le stylet, je désignai du menton ma trouvaille.

- Je prends ça, également.
- Ben, c'est la couve'tu' d'not'...
- Vieille Blanchette. Je sais. Je vous laisse mes robes. Une fois dûment lavées, elles pourront servir de couverture pour votre animal. Elles sont tissées par les elfes et lui tiendront chaud.

La femme sentit l'entourloupe car elle plissa les yeux, mais elle ne pouvait discerner ni comparer la valeur entre une fourrure de Ragnar et un tissu elfique banal. Heureusement pour moi. Coral arborait un rictus narquois et son silence amusé me disait tout. Finalement, il suffit que j'agite une bourse – mes économies – pour qu'elle obtempère. Je sortis deux pièces d'or. Assez sans doute pour acheter plus de la moitié de la ferme, mais je n'avais jamais trop réussi à évaluer correctement la valeur des choses avec de l'or. Je savais qu'en tout cas, la fourrure que je leur extorquais (autant appeler un chat un chat...) valait bien la ferme entière. La femme ouvrit grand les yeux, bouche-bée.

- Je paye pour ma compagne également.

Je jetai un coup d’œil à Alia. Je doutais qu'elle aille rechigner à l'idée de me laisser tout payer. Quand on était capable de tuer pour de l'argent, on y tenait, à ses pièces d'or.

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Leïna Liuwën
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MessageSujet: Re: D'opale et de feu [Leïna] - Terminé   Ven 25 Oct 2013 - 22:46

Leïna retint un sourire un brin narquois en observant l’effet de ses paroles. Eh oui. Tous les hommes ont un prix, et elle venait de trouver le leur. Ce qui allait l’obliger à débourser un peu d’or, mais la tranquillité ne coûte jamais trop cher.

- 'vais voir c'que j'ai pou' vous.

La moue de l’elfe se fit triomphante tandis que l’humaine rentrait dans la maison. L’ambiance était d’un coup nettement moins tendue – aaah, que ferait-on sans l’argent, hein ?
Prends ça dans les dents, miss « je suis plus retorse que toi ».

- 'pouvez faire reposer vot' monture dans la grange, si vous voulez. 

L’albinos descendit du cheval puis aida Leï à faire de même. Celle-ci ne refusa pas son aide – pour une fois. Elle désirait ménager sa blessure. Une fois à terre, l’elfe prit appuie sur ses béquilles de fortune et observa le comportement du père avec son fils. Cela lui rappelait douloureusement l’attitude de sa propre mère à son égard.
Sans que cela soit tout à fait la même chose.
La femme réapparut.

- Qu'eh qu'vous faites, vous v'nez, ou bien ? 'peux pas vous faire essayer si vous restez dehors. Ou c'est des elferies?

- Non, non. Nous venons.
- Ouais, c’est ça, soupira Leï.

Des elferies. Je rêve.
Leïna suivit l’albinos à l’intérieur. Elle ne prêta qu’une vague attention à la décoration et s’intéressa plutôt aux habits que l’humaine avait disposé. Ce n’était que provisoire – impossible de trouver de bons vêtements chez des éleveurs – mais cela permettrait d’en acheter d’autres sans attirer l’attention.
Elle eut un petit sourire en pensant que les habits généreusement accordés par ce cher Philip n’avait finalement pas fait long feu.

Leï farfouilla dans les tissus et dénicha de quoi se vêtir décemment. Une chemise aux manches longues brune, un pantalon couleur crème brûlée vraiment trop grand – mais bon, on fait avec – et une veste grise – la sienne était toujours en bon état mais tant qu’à faire... Au moins, elle ne risquait pas d’avoir froid.
Une fois son choix fait, elle retira ses vêtements gorgés de sang pour revêtir les nouveaux, puis jeta un coup d’œil à ses affaires. Avec un bon lavage, le débardeur était peut-être récupérable. Le pantalon, c’était nettement moins sûr. Il faudrait pour cela le recoudre, et ses dons en couture étaient de l’ordre de zéro.

Elle effectua quelques gestes pour vérifier qu’elle était à l’aise dans ces vêtements – elle était un assassin, après tout. Heureusement, les habits étaient assez larges pour permettre une grande liberté de mouvement – trop, peut-être.
Sa ceinture, qui d’habitude servait surtout à planquer sa lame, pas à maintenir en place son pantalon, dû remplir son rôle officiel pour la première fois.

Elle daigna adresser un sourire à l'humaine, qui le lui rendit. L'elfe prit ensuite place sur une chaise pour attendre la guérisseuse. Cette dernière arriva, avec comme surprise une fourrure de Ragnar. Elle haussa les sourcils, tout d'abord surprise, puis amusée. Bon sang, ces humains... Parfois tellement naïfs.
Elle vit avec un réel amusement l'humaine se faire avoir en beauté.
Ça me donne envie de la dénoncer, tout ça...
Elle se retint néanmoins. Mais c'était tentant.

- Je paye pour ma compagne également.

Leïna répondit au coup d’œil de la guérisseuse par un sourire un peu narquois.
Je t'en prie, paye. Cela ne me dérange absolument pas. Surtout que si t'avais pas papoté aussi fort, on serait pas dans cet état.

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MessageSujet: Re: D'opale et de feu [Leïna] - Terminé   Sam 12 Avr 2014 - 16:00

Le silence d'Alia pouvait en dire long comme pas du tout. Son amusement était palpable, mais allez savoir, si elle se riait de moi ou de la bêtise de l'humaine. Peut-être un peu des deux. Et puis merde, au fond, je n'en avais rien à foutre.

Je déposai les pièces dans la main tendue de la femme. Qui bredouilla un :

- M'ci bien, ma dame.

Allons bon, je ne faisais plus d'elferie... ? Je haussai un sourcil railleur. Enfin, avec ça, j'étais persuadé que des rumeurs sur les richesses des elfes allaient circuler. Déjà que plus l'emprise des humains se faisait sur nos terres ancestrales, plus des ragots les plus stupides allaient et venaient, le fait que nous roulions sur l'or ne m'étonnerait pas.

- Pouvez-vous m'indiquer la direction de la cité blanche?

Darel s'y trouvait, et je ne devais pas oublier que mon but était de le rejoindre, le protéger de cette Azira, cet esprit malfaisant qui voulait s'emparer de lui. Comment, c'était une bonne question, puisque je doutais d'être la personne qu'il veuille voir... enfin, si. Bordel, on s'embrouille, dans cette histoire.

J'ignorais si Leïna souhaitait aller dans la même direction ou non. Je poursuivis en Eldar :

- Si ça ne te dérange pas, j'aimerais m'approcher le plus possible de la ville. Je te laisserai la monture, tu dois reposer ta jambe et un long voyage... t'attend sans doute. A moins que tu ne décides de venir avec moi, du moins jusqu'aux portes de la ville. C'est sûr que tu pourrais te reposer correctement et guérir, et les mercenaires n'oseront pas te pourchasser jusque là.

J'avais cependant deviné que les Chevaliers n'allaient pas forcément la laisser tranquille, cet Ange Noir... Peut-être que la compagnie d'une guérisseuse lui donnerait une garantie ? Mais là, ma bonté s'arrêterait là. Il ne s'agissait pas de m'étendre sur le reste de mes... particularités. Alia en savait déjà beaucoup trop à mon goût.

L'humaine m'indiqua d'un geste de la main la direction de l'est. J'aurais pu demander à Coral, mais du moins cela meublait un silence qui en devenait inconfortable.

***

Leï détourna son attention de l’humaine, de l’albinos et de leur transaction. Pour elle, venait le moment de la séparation. Hors de question de rester avec cette espèce de guérisseuse assez futée pour attirer une bande de pillards.

- Pouvez-vous m'indiquer la direction de la cité blanche?

Ah, la cité blanche. Non, merci.

- Si ça ne te dérange pas, j'aimerais m'approcher le plus possible de la ville. Je te laisserai la monture, tu dois reposer ta jambe et un long voyage... t'attend sans doute. A moins que tu ne décides de venir avec moi, du moins jusqu'aux portes de la ville. C'est sûr que tu pourrais te reposer correctement et guérir, et les mercenaires n'oseront pas te pourchasser jusque là.

Quetaïn, sa bande de mercenaires et ses chevaliers lui revinrent en mémoire, mais elle se contenta de sourire. Si des assassins osaient se glisser entre les murs de la cité – impossible, pour elle, de douter de ça –, pourquoi pas des mercenaires ?

- Cela aurait été avec joie, mais j’ai récemment eu un… différend avec les chevaliers, répondit-elle, un brin sarcastique, dans la même langue. Pour l’instant, je me tiens loin des grandes villes, le temps qu’ils m’oublient un peu. Ces gens-là n’ont aucun humour.

***

Pas que ça m'embêtait, le manque d'humour. J'en avais moi-même relativement peu. Ou du moins une très nette exaspération pour les blagues de Coral.

***

Elle ignorait exactement où aller. Elle allait sans doute reprendre une petite errance. Après tout, l’humain – Andrea – lui avait donné un indice, qui, bien que maigre, allait bien lui servir. Après tout, elle aimait penser que personne n’arrivait à lui échapper bien longtemps. Il fallait juste, cette fois, faire preuve d’encore plus de discrétion. L’Aigle de fer ne devait pas se douter qu’elle était sur ses pas.
Elle avait même une idée, tiens.

- De plus, je suis sûre qu’une personne comme toi a autre chose à faire que traîner avec quelqu’un comme moi, non ? continua-t-elle, toujours en Eldar. Garde donc le canasson dehors, tu en auras plus besoin que moi, qui peux en… trouver à peu près n’importe où.

Sourire. Ce n’était pas de la gentillesse. Mais il manquerait plus qu’elle tombe sur quelqu’un ayant vu le cheval, l’ayant vu elle, et fasse le rapprochement. Bien que la voir suffise parfois amplement, il est vrai.
Sa jambe, en effet, aurait dû rentrer en ligne de compte, mais diverses raisons l’empêchaient d’accepter cette offre. Orgueil, en partie : elle n’avait pas l’habitude de se ménager, et encore moins d’être redevable. Oui, à ce point-là, oui. Ensuite, elle comptait se terrer dans un coin quelques temps, le temps justement que son corps se remette, et pour cela, nul besoin de cheval, trop encombrant.

***

Je haussai les épaules. Comme elle voulait. Je n'avais en effet pas grand plaisir à trainer avec des assassins, mais j'avais une espèce de dette envers elle. Et puis j'étais curieux. Une chose qui ne m'a attiré que des ennuis. Quoi qu'il en soit, j'avais l'intention de revendre le cheval sitôt arrivé en ville. Cette bête aurait un bon traitement à Feïral.

Quoi, il était volé ? Qu'est ce que j'en avais à faire, hein ? De l'argent était de l'argent. Et même si je n'avais qu'un respect relatif envers les pièces d'or, il fallait avouer qu'elles vous ouvraient certaines portes.

***

- Vers l’est, hein ? Je vais plutôt aller vers Quetaïn, prétendit-elle.

Elle fit un vague signe de la main à l’humaine, se dirigea vers la porte et prit congé de l’elfe en ces mots :

- A bientôt, peut-être.

Puis elle partit.

***

Je lui répondis par un bref signe de tête. Avec sa jambe dans cet état, elle aurait un peu de mal. Mais ce n'étaient plus mes affaires. Je sortis à sa suite, grimpai sur le cheval laissé, et l'observai quelques instants. Puis j'enfonçai mes talons dans les flancs de la monture et partit au galop vers Feïral.

Une tueuse bien singulière. Mais j'avais d'autres chats à fouetter.

Darel, en l'occurrence.

[fin du rp. Pour info, il a été écrit à 4 mains o/]

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