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 Nishati ya Jua. Ou l'escargot. Parce que ça lui va bien, comme emblême, et que c'est chouette, les escargots. Surtout avec de l'ail et du beur... *SBAFF*

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Nishati ya Jua
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Date d'inscription : 12/04/2013

Caractéristiques du mortel
Race/Nation/Guilde: Elfe/ Weranoï/ Guérisseur
Âge: 164 ans (689) en paraît 30
Signes particuliers: Albinos - Change de sexe selon le jour (femme) ou la nuit (homme)

MessageSujet: Nishati ya Jua. Ou l'escargot. Parce que ça lui va bien, comme emblême, et que c'est chouette, les escargots. Surtout avec de l'ail et du beur... *SBAFF*   Ven 12 Avr 2013 - 22:39


Identité


    Nom: Amani (apaisé) donné par Coral / aucun

    Prénom: Seelen (soleil matinal) / Nishati ya Jua (énergie du soleil)

    Surnom: Belle de jour / Nishati

    Âge et année de naissance: 164 ans, né en 689.

    Race & Royaumes: Elfe, originaire d'un clan proche des plaines de Weranoï

    Guilde & Rang: Cercle des Guérisseur – Guérisseur itinérant.



Psychologie


    Caractère: La première fois que l'on rencontre Nishati ya Jua (ou Seelen), un cocon d'insensibilité semble l'envelopper, son sang semble glacé d'indifférence : la seule chose qui le/la tire de son flegme est la nécessité de préserver la vie. Mais ne vous inquiétez pas, cette carapace ne dure jamais longtemps : Nishati est, selon les esprits de la flamme, un feu-né, c'est à dire qu'il a un caractère... enflammé. Il est incapable de garder son calme trop longtemps, et cette réputation de caractère froid vient essentiellement de ceux qui ne l'ont croisé que peu souvent. A vrai dire, Nishati ya Jua connaît son rôle et le fait, ni plus ni moins : s'il n'y a pas d'affinité particulière avec son patient, il ne va pas s'investir plus que ce que son rôle de guérisseur lui demande.. Rien n'est désormais plus important que la vie. Et il se battrait pour ça ! Gouverné par ses passions, il vit selon son cœur, ses envies : il ne vit les émotions que pleinement : là où l'un est en colère, Nishati hait. Là où l'autre aime, Nishati vénère. Voilà pourquoi le fait qu'il soit froid est hautement improbable. Pour ceux qui le connaissent bien. Parce que voilà, depuis que Nishati ya Jua a aimé, et qu'il s'est obligé de quitter son amour pour éviter de les blesser tous deux, il a l'impression que son cœur a brûlé. Il ne veut plus aimer, le temps que son cœur se remette. Et comme la blessure est profonde...
    Mais il est trop émotif et trop concerné par les autres, quels qu'ils soient pour rester neutre. D'ailleurs, il est assez colérique, aisément gêné, et sa malédiction l'a rendu presque timide quand il y a du monde. Presque. Parce qu'il ne sait pas tenir sa langue dans sa poche, ni même se retenir si une injustice se joue devant ses yeux. Il possède un humour assez ironique.

    Préférences: Ce qu'il aime ? La sala... hum, non, pardon, je me trompe de contexte. Question nourriture, Nishati est clairement un viandard. Oui, surprenant chez les elfes pour qui la salade est traditionnelle (arrêtez de me viser avec ces flèches, voyons ! Quoi, c'est encore un cliché...?). Il n'aime pas trop ce qui est sucré, mais le salé et l'amer, clairement. Ensuite, il aime le soleil. Bien que le jour lui est difficilement supportable du fait de sa condition, il aime l'astre du jour. Mais si vous lui demandiez s'il préfère marcher au soleil ou sous la lune, il vous répondrait certainement sous la lune, et il aurait sans doute pris un rythme de vie nocturne si ces saletés d'humains ne vivaient pas que le jour... Mais on ne peut pas tout avoir. Ensuite... Il aime méditer, se retrouver entouré par la nature, dans le silence. S'entretenir avec les esprits, essentiellement Coral et Étincelle. Il n'aime pas beaucoup la foule, en tout cas, ni les gens trop intelligents ou perspicaces.


Physique


    Physique: Blême, ça c'est certain. Même chez les elfes, on a des problèmes génétiques. Nishati ya Jua est né mâle (oui, je précise, mais c'est important) et albinos. De constitution plus faible que celles des autres elfes (déjà que c'était pas probant...), il ne compense par rien. La longueur de ses cheveux, peut-être ? Le fait que même pour les elfes, il soit considéré comme beau ? M'ouais, voilà les avantages. Mais comme je m'égare, reprenons. Un mètre soixante-dix huit, soixante-quatre kilos, et toutes ses dents. Les yeux d'un bleu pâle, la peau pâle, les cheveux pâles... Et j'en passe. Obsédé par sa faiblesse physique, il a tenté (je dis bien tenté) de se renforcer musculairement. Il a réussi, mais il reste toujours plus faible qu'un elfe de même poids et qui adore les pâtisseries. Mais je suis une langue de vipère : il y a effectivement un avantage à être plus léger et moins musclé : la vitesse et la souplesse. Voilà une chose où on n'a pas besoin de trop forcer. Mais je crois que m'égare encore. De toute façon, vu les robes et tuniques amples dont il se vêt, on ne le voit pas trop, son corps. Un avantage, car en tant que Seelen, elle a une belle forme de sablier. Elle garde d'ailleurs sa taille originelle, ce qui déstabilise assez les autres de voir une femme qui approche le mètre quatre-vingt. (Haha, je parle d'homme et de femme en même temps, ça vous intrigue, hein ? Hein ? Hein ? Hé, que celui qui a dit « non » se dénonce!)
    Question cicatrices, on voit de grandes marques de brûlures sur quasiment toute la partie arrière de son corps.

    Vêtements & Équipements: La robe pâle des Guérisseurs, et une veste bleue ; l'insigne des Guérisseurs ; un stylet ; plusieurs bourses d'encens et d'herbes médicinales ; une pipe




Histoire

Parce que je suis quelqu'un d'une graaaaaaande attention, je vous ai préparé deux versions. Une abrégé, rapide à lire, succincte, et une autre bien détaillée.

Histoire abrégée pour nos amis les feignasses :

Voici la triste histoire de Nishati ya Jua, ou du prix de l'arrogance.

Il y a de cela cent soixante-quatre ans, dans un clan d'elfes proches culturellement des tribus Weranoï, naissait Nishati : garçon, albinos, yeux bleus, cet état de fait le désigna d'emblée pour devenir l'apprenti de Tiva, la Pie-Grièche, et chamane du clan. Très vite, les deux nouèrent une relation filiale, alors que les propres parents de Nishati étaient bien vite effacés.

A l'âge de vingt-cinq ans, Nishati ya Jua fut envoyé en montagne pour sa première épreuve chamanique : il s'agissait de se présenter aux esprits et leur annoncer, en douceur, la venue d'un nouveau chaman. Les deux premiers jours furent infructueux : le jeune elfe n'avait pas prévu le froid, ni la faim. Le troisième jour, il entra en contact avec un esprit mineur du feu : Étincelle, qui lui permit d'embraser les brindilles qu'il avait rassemblé et ainsi de se réchauffer et survivre.

Il reprit son éducation auprès de Tiva. Mais à quarante-cinq ans, alors plongé en pleine méditation, il rencontra un esprit qui allait bouleverser son existence entière : Coral Amani. Coral était un esprit en quête de revanche sur les Assassins. Ses raisons nous restent encore aujourd'hui obscures, mais quoi qu'il en soit, il vit en Nishati le jeune chaman inexpérimenté qu'il cherchait. Il pouvait ainsi le bercer de paroles mielleuses, le manipuler comme il le souhaitait.

Encouragé par Coral, Nishati ya Jua devint arrogant, dédaigneux envers la nature et son statut de chaman, considérant que les bases qu'il avait seraient suffisantes. Et il quitta son clan, sans un mot, sans un regard en arrière, pour découvrir un monde qui n'attendait que ses exploits pour être sauvé. Ce fut un temps où il s'arrangeait pour que les assassins qu'il croisait récoltent un collier de corde, et où son mépris des femmes se fit de plus en plus affirmé.

Se croyant au dessus des lois du monde, Nishati ya Jua implora l'esprit de Vie de se montrer. Il voulait donner à Coral un corps. Mais les esprits étaient contrariés par l'attitude de notre jeune chaman. C'est ainsi qu'à soixante-dix ans, Nishati ya Jua fut maudit par un Primordial. La Vie voulait qu'on ait honte, et qu'il haïsse ce soleil qu'il adulait tant... Quand le jour se leva, Nishati comprit, bien amèrement. Il avait eu son corps... un corps de femme, au prix d'une douleur immense, celle du passage de son corps masculin à celui féminin.

Alertés par ses cris de douleur, trois hommes arrivèrent, et transportèrent un elfe plus que sonné dans leur village, le prenant pour une femme elfe ayant subi une agression. La nuit tombante, Nishati se précipita dans la forêt proche, horrifié à l'idée de se transformer en pire... mais il reprit son apparence masculine.

Perdu, égaré à l'intérieur de sa propre conscience, et enfermé dans son mutisme, la mort de l'épouse d'un des hommes qui l'avait ramené, trois ans après la malédiction de l'esprit de vie, le fit enfin sortir de son silence. Peu à peu, Nishati s'intégra au village. Toujours en bordure, toujours protégeant son secret honteux, mais, au plus bas, il ne pouvait plus prendre de haut ces humains qui l'aidaient et le soutenaient sans rien demander en retour.

C'est vingt-sept ans après avoir été maudit que tout bascula de nouveau. S'étant lié d'amitié avec un couple, qui lui demanda son prénom (de femme) pour leur fille qui venait de naître. Eux le comprirent mal, mais c'est à partir de ce jour que Seelen fut évoquée, embryon qui restait aux frontières de la psyché de Nishati. Ce jour là, le village fut attaqué, également.

Fait prisonnier avec les autres villageois, Nishati tenta le tout pour le tout : les assaillants cherchaient un or inexistant, et ils tueraient sans état d'âme le village entier. Mieux valait périr de la main de Nishati que de celles des voleurs, et c'est ce qui poussa l'elfe à demander à Étincelle de bien vouloir embraser des barils de poudre, à proximité des prisonniers. L'importance de l'explosion tuerait également les brigands.

Etincelle, contre toute attente, accepta. Nishati se prépara à mourir, satisfait d'avoir retrouvé son amie depuis longtemps perdue, même s'il ne devait pas la revoir plus tard. Mais là encore un miracle s'accomplit : Nishati survécut. Les esprits seuls savaient comment.

L'elfe, gravement brûlé, fut récupéré par Narragow Pied-Léger, un guérisseur itinérant. La guérison de Nishati ya Jua fut longue : elle prit dix années. Durant ce temps, Narragow partagea une partie de son savoir avec Nishati, et après, lui demanda si l'elfe voulait lui aussi devenir guérisseur. Nishati, ayant besoin de paix, accepta.

Les épreuves se déroulèrent plutôt bien, même si Narragow sentait que l'elfe n'arrivait pas à embrasser totalement les dogmes des guérisseurs. Ignorer violence et mort, alors que tant de malheurs et de massacres inutiles arrivaient ? Impossible. L'esprit du jeune chaman était encore trop rempli des cris terrifiés des villageois attaqués, et la colère le rongeait.

Malgré tout, après un peu plus de trente années, Narragow considéra Nishati prêt. Ou prête, en l'occurrence, car la cérémonie d'intronisation se déroulait de jour. L'elfe se présenta sous le nom de Seelen Amani, donnant ainsi une identité à son apparence féminine.

Narragow se faisait vieux, à quatre-vingt cinq ans, et insista pour que Nishati/Seelen continue de l'accompagner : il savait son apprenti encore agité et il voulait apaiser son âme avant de retourner à la Terre-Mère. Malheureusement, il n'y parvint pas.

Nishati continua de soigner les autres du mieux qu'il le pouvait. Il évitait ses confrères car il avait peur que leur trop forte empathie leur fasse découvrir sa malédiction. C'est à cent cinquante-huit ans qu'au cour d'une cérémonie d'intronisation, lors du regroupement annuel, qu'il rencontra Darel. Sentant quelque chose de spécial chez lui, il se mit à le fuir, mais très vite, le jeune elfe le poursuivant car tombé amoureux de Seelen le convainquit par sa persévérance à revoir son jugement. Darel était fascinant. Ce quelque chose de spécial... était finalement très attirant.

Nishati en devint amoureux, sans s'en rendre compte. Au début très embarrassé par ses sentiments, qu'il préfère dénier, mettant son amour sur le compte de son apparence de Seelen, il finit par les accepter. C'est à ce moment que Darel lui proposa de se lier à lui pour l'éternité. L'équivalent d'une demande en mariage.

Nishati n'avait jamais révélé sa malédiction à l'homme qu'il aimait. Et ne comptait pas le faire : il avait trop peur que Darel se mette à le haïr de lui avoir caché une chose d'une telle importance, et qu'il en soit blessé. Nishati préférait s'arracher le cœur plutôt que de faire mal à Darel. Il s'enfuit. Tout irait pour le mieux : Darel oublierait Seelen, et le temps soignerait leurs blessures respectives.

Nishati se réfugia de nouveau dans son rôle de guérisseur. Mais ce n'était pas suffisant. Il avait besoin de se passer les nerfs, d'évacuer cette rage qui avait repris possession de son être. Il se vengea sur les assassins. Ceux dont il était certain de la nocivité et du plaisir qu'ils retiraient à tuer car éliminer aveuglément les autres ne lui plaisait pas.

C'est un autre secret qu'il cache, car il est certain que si un guérisseur vient à l'apprendre, il serait radié de l'ordre. Mais c'est toujours mieux que d'imploser de l'intérieur, non ? Aujourd'hui, Nishati n'espère qu'une chose, qu'on le laisse tranquille, et que Darel oublie Seelen.

Il ne se trompe que plus sûrement.


Autre



    Don & Particularités: Chamanisme mineur, et un savoir extrêmement avancé dans l'art et la manière d'utiliser les plantes.

    Esprit: Nom Coral Amani

    Affinité / Capacité & Histoire: Ancien mage spécialisé dans la maîtrise de l'air. La pression, en fait, et la capacité à insuffler de l'air dans des endroits confinés... et les faire imploser. Malheureusement pour lui, une mauvaise chute de cheval lui brisa la nuque. Une fois mort, il rechercha un chaman, car il se rendit compte qu'en tant qu'esprit et avec une seule maîtrise de l'air, il ne pourrait pas atteindre son but : la destruction des Assassins. N'ayant pas réussi de son vivant, il s'approcha de Nishati ya Jua et le poussa à quitter sa tribu natale alors qu'il avait pas terminé son apprentissage, pour réussir là où lui avait échoué : Au début de mauvais conseil, très égocentrique et ciblé sur ses propres besoins, c'est après que Nishati ait été maudit qu'il revoit ses priorités : entre temps, il s'est attaché au chaman et se sent coupable de son état et du fait qu'il l'ait poussé dans la mauvaise direction. S'il n'a pas renoncé à ses ambitions, il est plus mesuré et compte bien libérer Nishati/Seelen de la malédiction. Pragmatique, il préférera toujours la solution la plus simple, la plus économique, la plus égoïste : aider les autres ne rapporte pas grand chose, au fond. Il obéit parfaitement à Nishati/Seelen, surtout lorsqu'il s'agit de se battre.

    Esprit: Nom Étincelle

    Affinité / Capacité & Histoire: Esprit mineur du Feu. Peu utilisée car on lui préfère généralement la Flammèche, elle fait preuve de sarcasme mais semble bien apprécier notre Guérisseur : d'une, parce que comme elle, il est plus ou moins ignoré malgré un rôle essentiel. De deux, il soigne les autres. De trois... Bon, au final, qui s'en soucie ? Elle lui répond souvent, et si elle ne le fait pas, ce n'est jamais lors d'un cas critique où sa vie ou sa santé sont en danger. Elle aimerait qu'il reprenne la voie chamanique, car elle pense qu'il a un don inné pour communiquer avec les esprits, surtout ceux du feu. Elle s'est tellement liée à lui que parfois, les autres esprits l'appellent l’Étincelle de Seelen. C'est en quelque sorte l'ange gardien de Nishati.

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Nishati ya Jua
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MessageSujet: Re: Nishati ya Jua. Ou l'escargot. Parce que ça lui va bien, comme emblême, et que c'est chouette, les escargots. Surtout avec de l'ail et du beur... *SBAFF*   Ven 12 Avr 2013 - 22:45

Histoire véritable, la longue, la dure, celle pour les vrais bonhommes :


« ça doit être bien pratique, de pouvoir commander à tous ces éléments ! »

La vieille me fixe depuis que je suis rentré dans la maison pour soigner son petit-fils. Histoire tragique que la sienne : Elle perd son époux, ses deux fils et sa fille en même temps, lors d'un raid d'orcs. Il ne lui reste que ce gamin, qu'une mauvaise toux cloue dans un lit miteux. Rien que je puisse soigner, cela dit. Mais quand elle m'a vu demander humblement à Étincelle de bien pouvoir m'aider à allumer le feu dans la cheminée, son regard s'est mis à pétiller. Faut dire aussi que mon amie a encore fait des siennes.

Étincelle est à la fois très ancienne et très jeune. Elle joue les grandes dames quand je suis seul avec elle, mais elle adore se mettre en valeur, comme une enfant qu'on complimenterait tout d'un coup. Quand je soigne quelqu'un et que j'ai besoin d'elle, elle aime les effets spectaculaires. Quand elle veut bien répondre à ma requête, aussi. Mais je m'égare. Là, elle a accepté de m'aider pour peu que je claque des doigts près des brindilles. Évidemment, ça n'a pas loupé. Le bois s'est enflammé, et la vieille pense que je suis un grand chaman du feu. Ça fait marrer Étincelle. Et Coral.

« C'est... Plus compliqué... » fais-je, hésitant.

Un crépitement. C'est le rire d’Étincelle. Le léger souffle fait voler mes cheveux. Celui de Coral. Si le geste de Coral n'avait pas fait briller d'autant plus les prunelles de la vieille, j'aurais pu rire avec eux. Intérieurement, bien sûr. Ils aiment beaucoup trop me voir gêné. Ça me ferait presque regretter d'avoir du respect pour eux et ne pas les enfermer directement dans une bouteille, tiens.

Parce que ouais, un truc que vous autres pigez pas forcément avec les chamans, c'est le respect. Nous, on aime la nature et ses lois, et tout ce qui l'a formée. C'est un cycle parfait, et on n'a pas le droit de l’abîmer ou le toucher. C'est la première leçon que m'a inculqué la Pie-Grièche. Après m'avoir expliqué pourquoi j'étais différent. J'entends encore sa voix caquetante et grêle.

« Tu es né pâle et fluet. Tu n'y peux rien. Les esprits en ont décidé ainsi. Ce sont ceux de la Vie qui choisissent. C'est pour ça que tu as été désigné, dès ta naissance, pour me succéder. Les esprits de la Vie se sont déjà penchés sur toi et t'ont donné ta couleur de peau différente des nôtres : ils ne peuvent que t'écouter encore. Mais c'est aussi pour cela que l'on t'a donné un nom de chaleur, que tu puises dans le feu du soleil pour te rendre plus fort : Nishati ya Jua, il faut que tu comprennes que tu ne peux aller à l'encontre de la volonté des esprits. Ils sont puissants, nous gouvernent, et font marcher le monde. Mais tu peux tenter de marchander. S'ils n'avaient pas voulu que grâce à ton nom, tu puisses avoir un lien avec le feu du soleil, ils ne l'auraient pas permis, Seelen. »

Seelen, mon surnom. Soleil matinal. Un soleil pâle. Pas que ma couleur de peau ait été une grande barrière. Même, ça m'avait désigné dès le départ pour devenir l'apprenti de la chamane de notre clan : Tiva, la Pie-Grièche. Après, ça avait été une existence plutôt solitaire, mais je ne m'en plains pas : j'ai appris des choses merveilleuses, à me plonger dans de profondes méditations, à purifier mon âme des choses mauvaises, à respecter ce que mon monde m'offrait, et à le partager. Tiva était un professeur dur, mais bienveillant. Elle était devenue ma mère, ma confidente, ma sœur, tout.

Oh ? Mes parents ? Je les croisais. Mais ils étaient devenus des membres du clans comme tant d'autres. De toute manière, c'était la même chose pour tous les enfants de la tribu : le peu qui naissait était élevé par tout le monde. Le rôle de père et mère s'effaçait. Sauf pour moi et Tiva. Mais nous étions toujours un peu à part. Mon clan de naissance même est particulier : à force de côtoyer certains humains de Weranoï, nous en sommes venus à adopter certaines de leurs coutumes. La preuve, nous préférons le chamanisme au pouvoir de l'Eldar : ça ne m'étonnerait pas que, des siècles plus tard, nous en venions à vivre comme eux, nomades, dans les grandes plaines.


Je reviens au présent, pose mes mains, doucement, sur la poitrine du garçon. Toux rauque et fièvre, je ne peux lui donner qu'un onguent fait maison. La recette vient de mon maître. Narragow Pied-Léger. On lui avait donné ce nom car il avait un rythme de marche extrêmement rapide. Il est aujourd'hui retourné à la terre. Je lui suis extrêmement reconnaissant : non seulement, il m'a aidé, m'a éduqué, mais il m'a également redonné espoir, et a gardé bouche cousue à propos de ma... malédiction.

Hum... on y reviendra plus tard, hein ? Je n'aime pas en parler. Je n'aime pas parler de moi de manière générale, mais c'est un sujet sensible, qui se doit d'être abordé dans les bonnes circonstances. C'est à dire en connaissant tous les faits, et au moment adéquat.

Je passe l'onguent sur la poitrine du garçon, lui murmure des paroles apaisantes. Il semble respirer déjà un peu mieux. S'il y a bien une chose sur laquelle je peux compter, c'est la science des plantes que m'a apprise mon maître. Il n'était pas mage ; d'après ce que j'ai compris, il était plutôt alchimiste à la base, mais lassé du manque d'empathie de ses confrères, il avait mis son art au service des autres, et avait entrepris une formation de guérisseur. Il m'a transmis tout son savoir. Je n'ai jamais eu de difficulté à apprendre. C'était même l'inverse : le savoir me fascinait, connaître le monde, comprendre le fonctionnement de ses forces... La Pie-Grièche était ravie. Et la preuve, c'est qu'elle m'envoya me présenter aux premières forces élémentaires lorsque j'avais vingt-cinq ans. C'était ma première épreuve chamanique.

« Une soudaine lueur dans le noir... »

« Mon petit Nishati ya Jua, voilà une épreuve déterminante dans ton parcours de chaman. Tu vas aller au sommet de la montagne, et te présenter, comme je te l'ai appris aux esprits. Ne t'attends pas à une réponse, et même si tu en as une et qu'un esprit se montre à toi, n'espère pas un esprit supérieur : ils ne se déplacent qu'en cas de nécessité et ne prenne pas la peine d'aller voir tout jeune chaman qui fait son initiation. Fais preuve d'humilité.
- Oui, Tiva »

Ma voix sonnait grêle, apeurée, juste après la solennité de celle de la Pie-Grièche. Je savais que je devais y aller seul, sans aucune aide, et que je devrais passer une, voire plusieurs nuits sur une montagne déserte de vie humaine, à survivre par mes propres moyens jusqu'à ce qu'un esprit daigne se montrer à moi ou du moins envoie un signe de reconnaissance de mon statut d'apprenti chaman.

Je suis parti, avec mes vêtements sur le dos, une petite dague accroché à ma ceinture, et un sac contenant quelques herbes et une couverture. Car je savais que les nuits étaient froides. Le seul problème, c'était que, ignorant que j'étais, je n'avais pas prévu qu'elles le soient encore plus. Somme toute, dès la première nuit, je faillis mourir de froid. Ce fut avec un grand soulagement que je vis le soleil se lever. Mais, gelé, je n'avais pas médité, ni ne m'étais plongé dans les rites pour appeler un esprit. En somme, ce premier jour était un échec. Mais j'étais un petit garçon enjoué, et je n'allais pas m'arrêter pour si peu.

La nuit suivante fut quasiment comme la précédente. Enveloppé dans une couverture, claquant des dents, j'essayais en vain d'accéder au monde des esprits et de me présenter à eux. Le soleil se leva une fois encore sans que j'aie eu la moindre réponse. Mais le troisième jour fut le bon. Plus qu'un bon jour, il fut une victoire, un succès. Car aujourd'hui encore, l'esprit qui me répondit m'accompagne et me conseille.

J'avais prévu les encens, et un peu de bois pour faire du feu, pour me préserver du froid, mais j'avais tellement faim et mes doigts étaient tellement gourds que je n'arrivais pas à claquer de manière précise deux pierres l'une contre l'autre pour allumer le feu. Et puis je me souvins que j'étais un chaman. Et qu'un chaman peut demander de l'aide aux esprits. Je fermai les yeux, mes lèvres bleuies par le froid murmurant les mots qui allaient me sauver la vie :

« Je vous supplie de m'entendre... répondez à mon appel, je vous en conjure. Une étincelle... pour allumer un feu... Pour raviver la chaleur en mon être. J'ai juste besoin... d'un feu. Du commencement du feu...
- Assez théâtral, comme demande, petit. »

Je sursautai, avant de voir une petite lueur briller devant moi. Je savais qu'elle n'était visible que de moi seul. Je m'inclinai profondément.

« Je... je vous remercie de m'avoir répondu, euuh...
- Tu peux me nommer Étincelle. Tu es bien jeune, dis-moi ! Ne sais-tu pas qu'il n'est pas nécessaire de parler pour nous demander de l'aide ? Ça peut toujours servir, et ça rajoute du mélodrame, mais bon...
- euh... »

Je la sentis sourire. Comme une légère vague de chaleur quand on s'approche d'un feu. Je ne savais plus comment formuler ma demande, déstabilisé par le fait que j'avais effectivement évoqué un esprit.

« Étincelle, vous me voyez votre débiteur. je... J'aimerais que, euh... dans... dans votre bonté, vous... m'aidiez à euh... embraser ces... euh... branches ?
- Je suis une étincelle, petit. Je ne suis pas la Braise, et encore moins la Flamme, fit-elle, plus sévère, prête à retirer son aide.
- Mais d'étincelle, on obtient une braise, puis une flammèche, puis une flamme, du feu, un brasier, un incendie... ! Vous êtes le commencement. »

Un crépitement. Au début, je ne comprenais pas qu'elle riait, mais ce son me devint vite familier.

« Beau parleur. Tu as gagné mon aide. »

Des étincelles jaillirent de sous les branches, les enflamment plus aisément grâce à l'amadou et au bout de corde que j'y avais mis. Je ne pu retenir un éclat de rire, de pure joie, et j'approchai mes mains glacées au plus proche pour y capter la chaleur.

« Merci ! Merci beaucoup !
- Et que me donnes-tu en échange... ? »

La question me refroidit. Évidemment. Mais elle n'entama pas cette joie retrouvée d'avoir simplement de quoi se chauffer. Je lui fis un sourire éclatant.

« Je peux vous donner mon amitié. »

Elle était interloquée. Songeuse. Elle ne savait pas si elle devait rire de mon arrogance, ou si au contraire, elle acceptait.

« … Soit. J'accepte ton amitié, Nishati ya Jua. Mais tu n'as pas forcément la mienne.
- Cela me convient, Étincelle. Je vous remercie une fois encore. »

Elle disparut. Et le jour suivant, je pus revenir au sein de mon clan, un sourire radieux sur le visage.


Je jette un coup d’œil derrière mon épaule pour voir la vieille me regarder avec gratitude. Je lui souris, gentiment, et me retourne d'un mouvement fluide.

« Voilà. Gardez le au chaud et nourrissez le au bouillon. Je reste au village encore quelques temps, alors s'il y a le moindre problème, n'hésitez pas à venir me trouver. »

Elle hoche la tête, je lui souris une fois encore. En sortant, je vois que la nuit s'éclaircit. Le jour va se lever. Mon expression s'assombrit. J'en suis venu à détester l'aurore et le crépuscule, alors que je les adorais autrefois. J'en suis venu à aimer le jour comme un fou, et à en souffrir terriblement. Je soupire, comme si tout le poids du monde était sur mes épaules. Il va falloir que je gagne la forêt. D'une, je m'y sens le plus à l'aise. De deux... Bon, on va suivre l'ordre chronologique, hein !

« … un vent de changement... »

Vingt ans passèrent après ma rencontre avec Étincelle. J'avais appris à demander l'aide de la Brise, et un peu de celle de la Pierre, mais ils n'avaient pas ma préférence. Tiva disait que c'était parce que j'étais bien plus proche du Feu que des autres éléments. Je la croyais. Malgré mon corps pâle et plus faible que les autres, mon caractère était propre à s'enflammer. J'étais très idéaliste, aussi. Naïf. Influençable. C'est ce qui poussa, je le pense, Coral Amani à me trouver.

Je m'étais isolé pour méditer, m'imprégner des énergies de la nature, laissant le soleil chauffer mon visage, mon âme s'évader, réfléchir, s'ouvrir au monde pour le comprendre. Et qui dit s'ouvrir au monde, dit s'ouvrir aussi aux esprits. La plupart vous laissent en paix, car vous ne communiquez pas avec eux, vous ne faites qu'observer. D'autres vous parlent, car ils vous demandent un service mineur. Je pris Coral pour l'un d'eux. Sa tâche était énorme.

Je sentis sa présence. Il se tenait devant moi, m'observant longuement. J'attendis qu'il commence, car il est impoli pour un chaman de parler à un esprit sans autorisation ou but précis. Mais au bout d'un moment, je ne tins plus. J'appréhendais le fait de briser le protocole, mais tant que je ne saurais pas ce que l'esprit voulait, je ne trouverais plus le sommeil.

« Que puis-je faire pour vous ? »

L'esprit sourit. C'était l'esprit d'un mort, d'un homme.

« Bien... ! Je vois que tous les chamans ne sont pas engoncés dans des traditions étouffantes. »

Sa voix était hautaine, dédaigneuse. Mais tellement... charismatique ! Pour un jeune elfe aussi impressionnable que moi, il dégageait une aura attirante. Pas autant que les esprits supérieurs du feu, mais assez pour piquer ma curiosité, et, au mépris de toutes les convenances, continuer de lui parler. Même si mon instinct me hurlait d'appeler Tiva à l'aide. Car, tout apprenti que j'étais, elle avait veillé à ce que je côtoie des esprits bienveillants. Ou neutres. Coral... N'était pas vraiment neutre. Pas maléfique, mais pas vertueux non plus. Un homme, somme toute, gouverné par ses désirs.

« Les traditions nous protègent, esprit, elles ne sont pas là que pour nous limiter et nous étouffer »

Il esquissa un sourire plus large devant ma gentille remontrance.

« Tu me parles au mépris des convenances, et tu me rappelles des lois qui gouvernent mon existence depuis des années... Je savais que j'avais bien fait de te choisir.
- Q... Quoi ?
- ça fait un certain temps que je t'observe, jeune chaman. De loin, car cette chère Tiva restait proche et pouvait me voir, mais je suis certain que tu es celui que je cherche. »

Ce qu'il cherchait ? Un chaman avec un bon potentiel, assez jeune pour passer sous sa coupe. Encore assez innocent et inconscient pour ne pas le prendre pour une menace suffisante, et surtout vouloir l'écouter.

Et, imbécile que j'étais, je le fis.

« Je suis persuadé que tu pourras réussir là où j'ai échoué, Nishati ya Jua. Il y a une tâche que je n'ai pas pu achever de mon vivant. Une tâche qui pourrait s'avérer primordiale pour tous les autres peuples. Qui pourrait apporter la paix. »

Sur le coup, je ne me suis pas demandé pourquoi il s'adressait à un chaman inexpérimenté et pas à un mage plus puissant. Pourquoi il m'informait, moi, jeune elfe dans une tribu éloignée des autres par les mœurs et le lieu, de cette tâche.

Il se présenta : Coral Amani. Il m'affirma qu'il avait découvert une chose essentielle à propos des Assassins et qu'il fallait les arrêter. Il ne précisa bien sûr pas, pour ma propre sécurité soi-disant, sa découverte.

J'étais naïf. Une naïveté enfantine. Je ne connaissais pas la rouerie des hommes, je ne connaissais que celle des esprits, et la fidélité et la franchise des bêtes et des elfes. Je n'avais que quarante-cinq ans. Et quel adolescent aurait pu résister à cette aura fascinante, ces propos enjôleurs au sujet d'élu, de tout un poids d'un monde qui repose sur vos épaules ? J'avais l'impression d'être un héros. Qui sauverait les autres peuples du chaos.

Coral me mentit. Me flatta. Me mit des mauvaises idées, de mauvaises pensées en tête. Je devins présomptueux. Arrogant. La Pie-Grièche tenta vainement de chasser Coral, mais il revint. Toujours. Il me convainquit que les petites bases de chamanisme que j'avais étaient suffisantes. Que mon pouvoir personnel comblerait le manque, et qu'au besoin il m'aiderait, car autrefois il était un puissant mage de l'air.

D'un autre côté, il m'apprit des tas de choses sur le monde des hommes. Il était cultivé, et ce fut grâce à lui que, par les histoires qu'il me raconta, je voyageai. Et puis, évidemment, vint l'envie de voir les merveilles de ses récits. Et loin de m'en dissuader, il m'y encouragea. Tiva n'était pas au courant, et j'étais sûr qu'elle aurait désapprouvé. C'est pour cela que, du haut de ma prétention, je quittai mon clan sans un regard en arrière.

J'avais alors à peine cinquante-trois ans à l'époque. J'étais un gamin. Un gamin stupide. Et avide des paroles doucereuses de Coral. Il devint mon ami. Mon seul, car Étincelle, ulcérée par ce qu'elle considérait comme une trahison, ne me répondait plus. Trahison car j'avais abandonné la voie du chamanisme. Trahison car le petit garçon qu'elle avait connu n'était plus. Trahison car j'avais laissé derrière moi mon clan, ma famille, mes valeurs. Trahison car j'écoutais un esprit peu recommandable et que je me laissais faire.

Les esprits du feu respectent la force et l'audace. Je n'avais plus ces qualités pour elle. Si, quand elle ne répondit plus à mes appels, je fus profondément peiné, Coral se chargea bien vite de me faire oublier ma douleur. Surtout que si j'insistais, Étincelle reviendrait et tout le travail d'influence de Coral serait mis à sac.

Plusieurs années s'écoulèrent. Ce fut un moment de ma vie où je n'eus pas vraiment la notion du temps. Tout ce que je sais, c'est que ma présomption fit beaucoup de mal. Je refusais mon aide aux nécessiteux. Je prenais ce que je voulais sans en avoir l'autorisation. Auréolé de mon impression de gloire et de grandeur, je ne voyais pas toute l'affliction que je semais dans mon sillage, et les murmures mielleux de Coral n'arrangeaient rien. Les Assassins ? Quand j'en rencontrais un, Coral et moi nous nous arrangions pour le livrer aux autorités et qu'il récolte un joli collier de corde. Je ne le tuais pas moi-même, car malgré toute l'influence que Coral avait sur moi, je me refusais de tuer un homme par pure vengeance. Le livrer pour qu'il soit pendu revenait au même, mais du moins je n'avais pas son sang sur mes mains, et je me sentais sensiblement mieux. Si je ne faisais rien moi-même, je n'étais pas responsable, n'est-ce-pas ?

Ce fut également un moment de ma vie où l'on peut dire que je cessai d'être chaman. Étincelle aurait été l'esprit le plus à même de me répondre si je m'étais plongé en méditation, mais je ne le fis pas. Plus de rites de respect à la nature. De toute manière, je ne respectais plus rien, seulement moi-même. Et par dessus tout, je méprisais les femmes : faibles, trop émotives, elles se faisaient dominer par des hommes parfois plus idiots qu'elles (voyez l'ironie...), et se contentaient de tâches ingrates et leur corps se déformait de manière ridicule quand elles tombaient enceintes. Même Tiva la Pie-Grièche, qui était pourtant une elfe ancienne, d'une sagesse immense et d'une bonté toute aussi grande, et que je considérais comme ma propre mère, m'était devenue insupportable, et quand je me souvenais d'elle, ce n'était que pour mieux lui cracher dessus : avec ses rites contraignants, ses méditations plusieurs fois par jour qui ne servaient à rien, elle était belle, tiens, la chamane ! Même pas capable de prévoir mon départ... !


Je crois très sincèrement que si le moi de maintenant avait rencontré le moi d'autrefois, je me serais tué. Ou battu. J'étais un enfant capricieux et détestable, et au fond, j'ai mérité ce qui m'est arrivé.

Il est simplement déplorable qu'on ait dû en arriver là pour que je comprenne à quel point je m'étais fourvoyé, et à quel point j'étais méprisable. Je n'ai très sincèrement aucune excuse, et encore aujourd'hui, je porte le poids de mes péchés sur les épaules. C'est d'ailleurs dans un but de rédemption que j'ai rejoins les guérisseurs.

J'arrive dans la forêt. Les animaux sont déjà éveillés. Certains me regardent avec curiosité. Ils ne tarderont pas à partir. De toute manière, je n'ai pas envie d'avoir des spectateurs. Ce qui m'arrive à l'aube ou au crépuscule est suffisamment contre-nature.

Même si c'est l'esprit de Vie elle-même qui l'a provoqué.

« … et le monde s'inverse brutalement. »

Je m'assieds en tailleur. Méditation d'avant l'aube. Histoire d'apaiser mon âme avant la souffrance. Étincelle, qui était partie, revient un instant pour me souhaiter bon jour, et pour me dire qu'elle me soutient. Puis elle repart. Je ne retiens pas mon sourire. Elle est adorable. Je ne sais pas où je serais aujourd'hui si elle n'avait pas été là. Si elle n'était pas revenue à un moment critique...

Coral hésitait. Je balayai ses réticences d'un revers dédaigneux de la main.

« Il me répondra. Tu ne veux pas retrouver un corps? Ce sera plus pratique.
- Certes, mais... contraindre l'esprit de la Vie ne sera pas simple. Ou bien le prix sera terriblement élevé.
- Ne t'inquiète pas. Il ne peut que m'obéir. Ce sont des serviteurs, Coral. Quant au prix... Qui s'en soucie ? On peut toujours trouver un moyen de le duper. »

L'esprit hésitait toujours. Je ne captai pas ses réserves. Coral savait qu'il allait en résulter quelque chose de désastreux. Il commençait à comprendre que peut-être, il avait été trop loin, mais qu'il était trop tard pour revenir en arrière : le fat était hors de contrôle sur ce point là. Contraindre un esprit de Vie ? Et puis pourquoi pas un autre Primordial, pendant qu'on y était, hum ?

Cela faisait longtemps que je ne m'étais plongé en appel, mais je n'avais rien oublié des procédures. Presque rien. Juste l'humilité, en fait.

J'ignore toujours pourquoi l'esprit de Vie décida de répondre ce jour là. Peut-être était-il curieux, car les nouvelles vont vites dans les plans spirituels, de savoir pourquoi je revenais soudainement au chamanisme. Peut-être avait-il déjà son idée de punition en tête. Ou bien espérait-il que j'ai effectivement changé ? Je n'en sais rien, et c'est encore aujourd'hui un mystère total.

Toujours est-il que je me conduisis comme le dernier des imbéciles. Ordonnant, au lieu de demander avec politesse. Tenant des propos méprisants. Et croyez-moi, on ne se moque pas d'un esprit Primordial. Encore moins de celui de la Vie.

« Je t'arrête tout de suite, Nishati ya Jua. Je n'aide pas les jeunes pédants, et encore moins ceux qui se croient au dessus des lois des esprits.
- Que... !
- Tais-toi. Cela fait un moment que nous gardons un œil sur toi. Tu t'es conduit de la plus détestable des manières. Foulant du pied, piétinant les principes sacrés du chamanisme et de la nature. Nous n'aimons pas ceux qui méprisent les autres. Nous n'aimons pas ceux qui tournent le dos à leur famille. Nous n'aimons pas ceux qui blessent les nôtres. As-tu seulement songé à Étincelle, Nishati ya Jua ?
- Mais... !
- Je ne te dirais pas de te taire une troisième fois, dameret. Tu t'es choisi une mauvaise compagnie, assume. Tu n'es plus digne de nos attentions. Il n'y a qu'une seule personne qui pourrait nous convaincre de revenir vers toi, et tu lui as tourné le dos. Tu nous es perdu. Aurais-tu besoin d'aide que tu ne l'aurais pas. Serais-tu en danger de mort que nous te laisserions mourir pour mieux te tourmenter. Tu nous es perdu.
- Comment os... !
- Il me semblait pourtant t'avoir dit qu'il n'y aurait pas de troisième fois, Nishati ya Jua. Soit. Tu as définitivement mérité le sort que je te réservais. Tu voulais un autre corps ? Très bien, tu l'auras. Mais tu apprendras aussi à haïr le soleil que tu aimes tant. Et, je l'espère pour toi, une once de respect. Inutile de revenir vers nous, si tu ne veux pas subir un sort pire encore. Quoique vivre dans la honte et le mépris de toi-même sera sans aucun doute, pour toi, un sort pire que la mort. Apprends, ou dépéris. »

Il disparut soudainement, et le retour à la conscience fut brutal. Je m'adossai à un arbre, essuyant distraitement le sang qui coulait de mon nez.

« Alors ? »

Coral, terriblement anxieux. Il y avait de quoi ! Mais comme je l'ignorais, je souris crânement.

« Il va me donner un corps. Mais après, il m'a dit que je finirais par haïr le soleil. Je suis déjà albinos, le soleil me brûle la peau si je reste trop longtemps exposé. Il suffira de voyager de nuit. »

Le mage de vent ne répondit pas. Lui avait deviné que ce n'était certainement pas ce que je croyais. Je le découvris bien amèrement au lever du jour.

J'étais en train de dormir quand une douleur atroce me brûla les entrailles et me réveilla. Tout se propagea avec une lenteur insupportable dans chaque fibre de mon être, parcourant mes nerfs avec une délectation sadique, brisant mes os, les redisposant, me dévorant les organes, des tentacules me manipulant comme une poupée de son, ployant mon corps selon des angles improbables.

Je hurlai. J'avais l'impression qu'on m'écorchait vif, que mon sang était en train de bouillir, qu'on me fracassait le crâne. Et surtout, j'ignorais de quoi il s'agissait. Sur le moment, je ne songeai évidemment pas qu'il puisse s'agir de ce que m'avait dit l'esprit de Vie. Coral était à mes côtés, plus ou moins paniqué, jusqu'à ce que la douleur s'estompe. Là, il resta muet, à m'observer. Je ne m'étais pas rendu compte que mes cris étaient devenus sensiblement plus aigus.

Ceux d'une femme.

Je restai encore un instant ainsi, pantelant, un filet de bave coulant de ma bouche, les yeux encore agrandis sous la brusque douleur qui m'avait envahi. Puis, étourdi, je me relevai lentement. Ma tête tournait et je dû m'asseoir pour me reprendre. Je posai ma main contre ma poitrine pour tenter d'apaiser la douleur qui rayonnait entre mes côtes lorsque je touchai une rondeur. Je vous laisse imaginer ma surprise.

Je n'étais pas étranger aux femmes : j'en avais aimées, du haut de mon mépris, pour mieux les abandonner ensuite. Je savais ce qu'était un sein. Mais allez faire comprendre à un jeune fat dans mon genre qu'il vient d'être soudainement changé en femme. Je touchai encore, pour être sûr. Et je ne tins plus, je déchirai ma chemise.

Pour sûr, j'avais une bien belle poitrine. Et des mains fines et délicates, aux ongles soigneusement coupés. Un peu tremblantes sous le coup de l'émotion, mais de magnifiques mains de femme. Une taille de guêpe, un port de reine, des hanches rondes, et de tous petits pieds.

Mes yeux se relevèrent vers Coral, qui était aussi stupéfait que moi.

Un bruit de course se fit entendre et trois hommes arrivèrent. Bûcherons, d'après les haches et le gros rondin que le plus jeune, sans doute le fils d'un des deux, portait. Nous nous entre-regardèrent. Le plus jeune rougit et détourna le regard.

« Tu devrais te couvrir la poitrine », me murmura Coral.

Je le fis, avec un temps de retard. Ce qui joua en ma faveur, ce fut l'air profondément désorienté que j'affichais. Ils crurent que quelqu'un avait tenté de me violer. Et qu'il avait réussi, au vu des cris que j'avais poussé. C'était ce qui les avait attiré. C'étaient des hommes du village proche. Plutôt bienveillants. J'étais trop désarçonné pour résister quand ils insistèrent pour que je rentre avec eux. Coral me suivit, inquiet pour moi.

Un des bûcherons, le plus âgé, me déposa chez lui. Il avait une femme, enceinte jusqu'aux yeux, et trois enfants. Cette dernière me fit chauffer une tasse de lait, avec du miel. Je n'y touchai pas, me contentant de fixer ces mains de femme, ces mains qui étaient les miennes à présent. Esprits ! Ces mains me semblaient faibles, impropres à mon magnifique destin !

Je restai longuement ainsi, assis, la tête baissée sur mes mains, la tasse de lait refroidissant. Je crois me souvenir que l'un des enfants me demanda si je comptais la boire, et devant mon silence, vida la tasse pour moi. La femme du second bûcheron passa me voir, et tenta de me parler. Je m'enfonçai d'autant plus dans mon mutisme, des larmes perlant à mes yeux. C'était injuste ! Je ne méritais pas d'être coincé dans un corps aussi... aussi... disgracieux et faible ! Merde !

« Je ne sais que dire pour vous consoler, je n'ai jamais rencontré d'elfe auparavant... Mais ne vous inquiétez pas, on coincera l'ordure qui vous a fait ça et on lui fera payer très cher... Vous ne voulez pas nous dire à quoi il ressemble ? »

Bien qu'emplis de sollicitude, les mots me firent rire. Un rire qui ressemblait à un aboiement. Aboiement qui se transforma en une longue plainte. Coral était de plus en plus inquiet et désemparé, la femme aussi. Aucun des deux ne savaient que faire pour me faire cesser de hurler à la mort, d'arrêter ces cris funestes qui effrayaient les enfants et tout l'attroupement qui s'était regroupé autour de la bicoque pour tenter d'apercevoir « l'elfe blessée ».

Je finis par m'arrêter tout seul. Lorsque le jour baissa, et que je commençai à sentir la douleur du matin, je me levai précipitamment et je sortis. La femme me dit d'arrêter, et tenta de me suivre, mais son gros ventre l'empêchait de suivre mon rythme, de plus en plus effréné, de plus en plus rapide. Si au jour je m'étais transformé en femme, en quelle autre horreur allais-je muer ?

Ce fut avec force difficulté que je retins mes cris, et Coral, grâce au vent, atténua ceux qui franchissaient mes lèvres. Quand je repris mes esprits, j'étais extrêmement soulagé de retrouver mon apparence masculine. Mais je comprenais enfin ce qu'avait voulu dire l'esprit de Vie. J'avais eu mon corps. Mais pour moi, pas pour Coral. Et je présumais que je l'aurais à chaque fois que le soleil se montrerait.

C'est un instant où je n'ai jamais autant haï les esprits et ma condition de chaman qui m'avait forcé à les rencontrer.

Je haïssais désormais la Vie.


Aujourd'hui, je suis plus habitué à la douleur de mes transformations, même si elle me lacère toujours de l'intérieur. C'est une véritable affliction, mais je l'accepte avec sérénité. Elle me rappelle continuellement ma faute, et je ne dois surtout pas oublier pourquoi, comment je l'ai reçue. J'ai fait preuve d'arrogance et d'égoïsme, et considérant la puissance de la Vie, je m'en étais tiré à bon compte.

Une crampe à l'estomac m'annonce que le soleil se lève. C'est parti...


« L'apprentissage est aisé... »

Une autre méditation pour saluer l'arrivée du jour. D'une, cela apaise les derniers contrecoups de mes changements de sexe, de deux, cela apaise mon âme, et de trois, c'est l'un des rituels que je considère comme important : les guérisseurs et les chamans partagent à peu près la même heure pour la spiritualité, et cela me permet de concilier mes deux voies. Même si je suis toujours réticent à emprunter la seconde, même après tant d'années...

Coral et moi passâmes la nuit sans un mot. Nous avions compris, tous les deux, ce qu'il s'était produit, et pourquoi, et que cela se produirait encore. Je n'avais pas envie de parler, fulminant de rage, haïssant de toutes mes forces cet esprit qui osait m'infliger une telle honte. Mais d'un autre côté, je n'osai pas me plonger en méditation et aller me plaindre. J'avais terriblement peur qu'il m'inflige pire que cela.

Le jour se leva, Coral étouffa mes cris, et je restai encore assis, prostré, quelques minutes. Puis je me secouai. Je n'allais pas donner à cet esprit le plaisir de me voir mourir ! Qu'il aille se faire foutre !

Je revins aux abords du village des bûcherons. L'expression toujours aussi sombre, mais j'étais revenu vers eux. Allez savoir pourquoi. Peut-être parce que je savais que je ne pouvais pas m'en sortir seul, pas encore. Je voulais les garder à côté au besoin. Je savais comment survivre en pleine nature, mais il fallait que je sois prudent.

Ce fut encore mon trio de bûcherons qui me trouva en train d'installer mon camp. Ils me proposèrent de venir habiter chez eux, mais je refusai d'un hochement de tête. Je n'allais pas me mêler à ces humains puants, non plus ! Ils avaient été bien gentils, mais nos rapports s'arrêteraient là. Je vivrais en bordure de ce village le temps de bien comprendre, de bien m'habituer à ma nouvelle nature. Puis je partirais.

J'étais bien sot. Mais en même temps, la leçon n'était que toute récente. Elle devait faire son chemin dans mon esprit, que je la tourne et retourne dans mon crâne. Le temps que je commence à peine à l'appréhender, Karen, la femme du bûcheron le plus âgé, avait accouché et son garçon avait trois ans.

Entre temps, le village, qui faisait aussi commerce de charbon, m'avait à moitié adopté. Un peu comme un animal familier, voyez ? Ils avaient leur elfe en bordure. Muette. Farouche. Et qui se contentait d'observer, ou de disparaître des semaines avant de revenir.

J'appris les noms des villageois. Mon trio et leur famille m'étaient fidèles. Ils venaient régulièrement m'apporter un peu de lait ou de bois, et me parlaient, même si je ne leur répondais pas. Il y avait Edmond et Karen, et leur quatre enfants : Hector, Gabrielle, Salomon et le dernier, Thomas. Et il y avait Lucien et son fils, Rory. Sa femme, Aline, venait de mourir. Et ce fut cette mort qui me fit me rapprocher du village.

Curieusement, la peine de Lucien me toucha. Je vins à l'enterrement, et même si les esprits ne me considéraient plus comme un chaman digne de les appeler, j'effectuai tout de même un rite pour leur recommander l'âme d'Aline. Il ne nécessitait pas de méditation, ni de rapport avec les esprits eux-mêmes. Il s'agissait de quelques gestes spécifiques et de brûler une fleur, pour ensuite parsemer le corps du mort des cendres, la fleur représentant les fautes et les bienfaits : les fautes en cendres, qui resteraient avec le corps ; la fumée, les bonnes actions, qui monteraient jusqu'aux plans spirituels.

Tous furent assez surpris de me voir arriver avec ma fleur des champs et un bout de bois que dévorait une petite flamme. Quand j'eus fini le rite, Lucien me regardait les yeux remplis de gratitude. Une chose qui me déstabilisa. Ce n'était qu'un rite pour les morts, rien de plus.

Le jour suivant, mon camp s'était rapproché. D'autres années filèrent, et je me rapprochai petit à petit. Jusqu'à passer mes journées chez Thomas, qui à vingt-sept ans avait épousé une jolie fille du nom d'Estelle, et qui allait être père sous peu. Les nuits, je les passais en forêt, à ressasser ma déchéance, ou la bonté des bûcherons. J'étais perdu, mais je continuais de vivre.

Je n'étais jamais sorti de mon mutisme. Je ne savais pas à quoi ressemblait ma voix féminine. Je n'étais même pas certain de savoir de nouveau parler. Mais une chose était sûre, je pensais, toujours. Inlassablement. Et j'en vins à les apprécier. A les protéger du peu que je le pouvais, et les aider. J'en connaissais un peu sur les plantes grâce à Tiva et Coral. Le jour où Estelle devait accoucher, j'apportai une racine, qui broyée et mise en infusion, pourrait la soulager un peu. Et quand sa fille naquit et poussa ses premiers hurlements, je ne retint pas un léger sourire. J'avais aidé à donner la vie. Je n'en avais pas détruit une. Je me sentais... soulagée. Comme si on m'avait ôté un poids des épaules. Je n'étais plus obligé de haïr la Vie. Le Guérisseur qui était venu pile au bon moment au village me regardait avec approbation. Son nom était Narragow Pied-Léger.

Thomas, dit Tommy, me toucha le bras.

« Euh... je sais que vous ne parlez pas, mais ça... euh, ça me ferait rudement plaisir si vous acceptiez que ma fille ait votre nom... eeeuh... euh... j'ai appris à lire, vous... vous pouvez l'écrire ? »

Que... Hein ? Je réfléchis un instant. Une gamine, s'appeler Nishati ya Jua ? Trop long pour un humain, ils n'avaient pas le temps pour un prénom aussi long. Et puis la pauvrette allait être cible de moqueries.

« Donne lui ton surnom. »

Coral. Il était devenu beaucoup plus réservé depuis ma malédiction. Presque timide. Comme à se demander pourquoi je ne l'avais toujours pas chassé.

Je contemplai longuement Thomas. Seelen ? Pourquoi pas. Mes lèvres s'entrouvrirent, et pour la première fois depuis vingt-sept ans, un son fut modulé par ma gorge.

« Seelen. »

Je fus tout aussi surpris que lui. Ma voix était agréable. Douce. Un peu grave, un peu cassée car elle n'avait pas servi depuis longtemps.

« C... C'est Hélène ? C'est... Je pensais pas que les elfes avaient aussi des noms comme les nôtres. »

Il rit nerveusement. Je ne pensai même pas à le détromper. Hélène conviendra très bien, aussi, pour une petite fille.

« Du genre bien longs et compliqués... Euh, pardon, c'est peut-être irrespectueux... »

Un sourire narquois étira ma bouche. Ouais, longs et compliqués pour les humains, dont la vie s'éteignait aussi vite qu'une flamme de bougie lorsqu'on soufflait dessus.

D'ailleurs, en parlant de vie qui s'éteignait, c'est à ce moment là qu'un groupe de bandit choisit de s'attaquer au village pour en piller les richesses : le bruit courrait, à tort, qu'on avait trouvé de l'or dans les mines. Comme cela portait malchance de s'attaquer à un Guérisseur, ils attendirent le départ de Narragow Pied-Léger pour frapper. J'étais chez Thomas, à surveiller Estelle et Hélène. Qui portait un prénom qui au final n'était pas le mien. Mais je ressentais une tendresse particulière pour ce bébé. Toutes mes mauvaises pensées étaient comme évanouies, je me sentais enfin apaisé, un sentiment qui m'avait été refusé pendant longtemps.

Un cri d'enfant se fit entendre. Puis celui d'une femme. Et celui enragé d'hommes. D'un froncement de sourcil et d'un geste impérieux de la main, j'indiquai à Estelle de se cacher dans l'armoire. Je savais qu'elle était faible, mais elle avait une chance de s'en sortir. Du moins je le pensais. Je n'étais pas coutumier des attaques des humains entres eux. J'ignorais qu'une armoire était un endroit où l'on pouvait cacher des richesses.

Je voulus sortir, mais la porte s'ouvrit brusquement et me heurta. Sonné, je m'effondrai sur le côté. L'homme n'avait vu que mes cheveux blancs, et le fait que je me sois aussi facilement écroulé l'avait induit en erreur et il pensait que j'étais une vieille femme. Il jeta un coup d’œil circulaire à la pièce, et se dirigea vers l'armoire.

Vers Estelle et Hélène. Les richesses qu'il croyait trouver n'étant qu'une femme épuisée et un nourrisson, de rage il les tua. Estelle la gorge tranchée, Hélène d'un coup de talon sur son petit corps de nouvelle-née. Le hurlement d'horreur qui franchit mes lèvres aurait pu difficilement être prononcé par une gorge humaine. Ou elfique.

Il est difficile de décrire ce que j'ai ressenti tellement c'était fort. De l'horreur, la colère la plus noire, une peine immense... Tout se mélangea et sur le moment, je n'eus qu'une idée en tête, le tuer. Coral était là. Je n'eus qu'à serrer le poing vers la gorge du boucher pour que les dons de l'esprit le fassent suffoquer et qu'il s'écroule, mort. Puis je me précipitai vers les corps d'Estelle et d'Hélène. Ce fut les mains tremblantes que je murmurai les prières chamaniques pour leurs esprits. Je voyais trouble, sans me rendre compte que c'était à cause des larmes.

Si je me rendis compte que la manière dont j'avais utilisé les pouvoirs de Coral s'approchaient dangereusement de la sorcellerie ? Pas sur le moment. Ce n'est que bien plus tard que Coral me le fit remarquer, tendu et mal à l'aise.

Je ne savais pas quoi faire. Il me fallait sauver les autres villageois, mais je ne voulais pas abandonner les deux cadavres. Ce sont les cris d'un enfant qui me firent me lever. C'était trop tard pour elles. Je les pleurerai plus tard : d'autres avaient besoin de moi. Je sortis de la maison pour y retrouver un carnage : des corps ensanglantés dans tous les coins, des maisons qui brûlaient, l'odeur âcre de la fumée et de la chair humaine carbonisée, les pleurs des femmes et des enfants, le goût de la cendre et des larmes sur mes lèvres... Tous mes sens étaient agressés en même temps.

Les bandits avaient regroupé les survivants près des mines de charbon pour tenter de leur extorquer l'endroit où ils avaient caché l'or. Je me saisis d'une arme, proche d'un cadavre de voleur. Une lame très fine et courte. Le stylet que je garde encore à ce jour.

Je ne savais pas me battre. Je voyais les villageois devant l'entrée des mines et les brigands tout autour. Je ne pouvais pas m'approcher d'eux sans me faire repérer, et je périrais probablement sous le nombre ou serais fait prisonnier à mon tour. Mais j'étais tellement furieux que je quittai mon point d'observation pour me diriger droit vers l'un d'eux, à cheval. Le stylet était aiguisé, je coupai sans aucun mal l'une des attaches de la selle et piquai de la pointe de mon arme la croupe de l'équidé. Le voleur s'écroula tandis que l'animal partait en courant.

Ce fut probablement ma dernière victime directe. Après, je fus emmené près des autres, où l'on me lia les mains. Mais qui disait près des autres, disait également près des barils de poudre que les mineurs utilisaient pour déboucher de nouvelles galeries. Le chef des voleurs continuait de nous haranguer pour que nous lui révélions où se trouvait l'or.

« Je peux peut-être arriver à le tuer » murmurai-je.

Mon voisin me regarda avec des yeux étonnés. C'était vrai que c'était aussi la première fois que l'on m'entendait parler. Il chuchota à son tour.

« Si tu peux, fais-le.
- Si je le fais, je nous tuerais probablement tous. On est trop près de la poudre.
- Ils nous tueront tout de même quand ils découvriront qu'il n'y a pas d'or. Mieux vaut que ce soit de ta main plutôt que de la leur. »

Cette résignation me fit de la peine. Mais il avait raison. Moi qui étais proche des barils, j'avais de fortes chances d'y passer aussi, mais si c'était pour tous les venger, j'en acceptai le prix. J'acceptai tous les prix qu’Étincelle me demanderait.

Le chef, nous voyant discuter, s'était approché.

« Aucun de vous ne sait où est l'or ?!
- Moi, je sais. »

Ma voix s'était élevée, haute et claire. Au même instant, alors que l'homme s'approchait plus encore, je priais de toutes mes forces pour qu’Étincelle me réponde.

« Je ne sais pas si tu es inconscient ou totalement idiot.
- Je suis désolé.
- Je devrais te laisser là, mais je veux me donner le plaisir d'écouter ta requête avant de te la refuser.
- Ce n'est pas pour moi. C'est pour eux.
- Bien tenté, Nishati ya Jua.
- C'est pour eux. Je t'en prie. Si tu acceptes de mettre le feu aux barils de poudre, le chef mourra. Plusieurs des voleurs également. Les villageois aussi. Et moi avec. Mais certains, plus loin, pourront survivre. C'est toujours mieux que d'être tous égorgés. »

Une gifle me ramena à la réalité.

« Hé, l'elfe, tu m'écoutes ?! Où est l'or ?! »

Je me replongeai en méditation. Avec cet abruti, Étincelle pourrait être partie, et elle était ma dernière chance.

« Donne moi une raison, une seule, pour que je t'obéisse, parjure.
- J'accepte le prix. Pour tous. Quel que soit ton prix, je l'accepte. J'ai été... un fieffé imbécile. Je peux faire ça pour eux.
- Oh, les brûler plutôt qu'ils soient égorgés ? Un acte beaucoup plus miséricordieux, ça oui...
- OÙ EST L'OR ?!
- LA FERME ! »

Étincelle et moi ne nous étions même pas concertés. Elle devait être tout autant chagrinée et en colère que moi. La peine et l'irritation dirigées vers moi, mais elle ne supportait pas cet autre intervenant. Nous avions parlé d'une même voix, au même moment. Mon timbre de mortel et son timbre d'esprit s'étaient mêlés, me donnant à cet instant une voix toute surnaturelle. Ce qui fit reculer l'homme de quelques pas. Pas de beaucoup, et il allait probablement revenir à la charge, mais cela me donnait assez de temps.

Étincelle restait muette. Ses émotions m'étaient impénétrables.

« Tu vas mourir.
- Je l'ai mérité, non ? La Vie a été assez gentille avec moi.
- … C'est au moment où tu te rends compte de tes fautes que tu décides de mourir. J'ai toujours su que tu étais stupide. Adieu Nishati ya Jua.
- Adieu, Étincelle. »

Je fermai les yeux, puis les rouvrit sur le chef des voleurs, qui se tenait désormais devant moi.

« Tu auras ton or. Approche. »

Il fit un pas. Et tout explosa. Je fus à la fois très heureux qu’Étincelle ait tenu sa promesse, et en même temps emplis de regrets. Au moment où je retrouvais un lien avec un esprit, je devais périr. Elle ne m'avait même pas dit son prix. Peut-être n'y en avait-il pas.

Le souffle de l'explosion me projeta en avant. Après, je ne me souviens plus de rien. La douleur devait être grande, les brûlures trop importantes pour que je reste conscient.

J'avais la satisfaction d'un travail bien accompli, et d'avoir fait ce qui était juste. Certes, tous étaient morts, mais du moins leurs bourreaux aussi. Seulement, mon inexpérience du monde des hommes et de ses lois allait me jouer une nouvelle fois un mauvais tour. A moins que ce ne soit cette voix qui m'a chuchoté, venimeuse : « Ne compte pas t'en tirer comme ça » ? Toujours est-il que j'oubliai une règle primordiale à tout génocide : il y a toujours quelqu'un qui survit.


En l’occurrence, ce fut moi.

Le poids d'être le survivant est très lourd. Vivre est un poids plus lourd que mourir. Continuer de vivre, porter la culpabilité de respirer alors que tant d'autres sont morts... Ce fut une autre blessure de mon âme que Narragow soigna, avec une patience que personne d'autre n'avait eu pour moi.

« … le malheur s'efface... »

Une fois ma méditation terminée, je me lève, seul. Coral et Étincelle sont retournés dans les plans spirituels. Il est temps pour moi de retrouver ce jeune moine qui s'est entiché de mon histoire. Il m'a convaincu de lui raconter ce qu'il s'était passé.

La petite ville de Tarcinte est munie de son abbaye. En reconstruction. Je m'y suis attardé deux semaines car les ouvriers se blessaient souvent. Eux, un peu excentrés du village, connaissent Seelen Amani. Les villageois connaissent Nishati ya Jua. En jouant sur mes deux identités, je risque de me faire découvrir, et c'est bien l'une des dernières fois que je le fais. La preuve la plus flagrante, c'est qu'un jeune humain a réussi à trouver qui j'étais. C'est le second. Le premier a été Narragow Pied-Léger.

Lorsque je me réveillai, tout n'était que flammes et souffrance. Je ne pouvais pas plisser les paupières sans qu'un mal de crâne m'assomme, ou que je sois conscient que ma peau me brûlait atrocement.

Au fil du temps qui passait, j'alternais les phases d'éveil et d'évanouissement. Généralement aux abords du crépuscule et de l'aube. La douleur des transformations était trop forte pour que je puisse la supporter avec mes blessures supplémentaires.

Ce ne fut qu'après de longs mois de délire fiévreux que je fus assez fort pour ouvrir les yeux et détailler un tant soit peu mon environnement.

D'une, je ne me trouvais plus au village des bûcherons. J'avais du mal à discerner ce que je voyais, tout bougeait, et me donnait mal au crâne rien qu'à songer à ce que ça pourrait être. Je me fiai plutôt à mes oreilles et à mon sens du toucher : en l'occurrence, les cahots et mon corps ballotté de droite à gauche m'indiquait que je me trouvais dans une charrette, tirée par un cheval d'après les hennissements. Je retombai assez vite dans l'inconscience.

Mais la nuit qui vint ce soir là, je me réveillai à cause de la transformation. Je crois n'avoir jamais autant souffert. Ma peau à vif semblait s'écorcher d'avantage. Ma gorge n'avait plus la force de crier. Tous mes mouvements me causaient une douleur quasi insoutenable. Une main fraîche se posa sur mon front, et des mots apaisants me murmurèrent que tout irait bien. Quand les crampes se calmèrent, je me rendormis, épuisé.

Sous les soins attentifs de mon bienfaiteur, dont je ne voyais ou n'entendais que les mains, un visage flou ou la voix calme, je me remis. Ce fut long, très long. J'avais été très gravement brûlé, et les transformations à répétitions n'arrangeaient pas la cicatrisation, bien au contraire. Ces longs mois où je restai alité ne firent non plus rien de bon pour mon corps, déjà assez faible. Je maigris considérablement.

Puis, miracle d'entre les miracles, je réussis à rester éveillé plus d'une demi-journée et même à m'asseoir, avec l'aide de mon protecteur. Je le reconnus assez aisément : il s'agissait du Guérisseur, Narragow Pied-Léger. Au début, je souhaitais tout savoir, ce qu'il était advenu des autres villageois, pourquoi était-il revenu, s'il y avait d'autres survivants, mais il se contenta de secouer la tête et de me dire de me reposer. Et à raison, car j'étais encore trop fragile.

Il me fallut trois semaines supplémentaires pour pouvoir cette fois garder les yeux ouverts, et même réussir à supporter une transformation. Une diurne, celle nocturne finissant par m'achever inévitablement, fatigué que j'étais de mes journées.

Malgré ce lent recouvrement, le traitement de Narragow porta ses fruits. Je fus bientôt capable de me lever. Je m'épuisais vite, mais petit à petit, je réappris à marcher. Narragow me faisait faire quelques exercices pour me remuscler, et était toujours présent lors de l'aube ou du crépuscule pour me soutenir et me donner de l'eau fraîche.

Nous nous déplacions de village en village, et au cours des voyages, quand je ne dormais pas, il me parlait, me décrivait certaines des maladies qu'il avait du soigner, les différents exercices qui m'attendraient, et de ce qui était arrivé au village de bûcherons.

Narragow avait entendu les hurlements de terreur, mais malgré son rythme de marche rapide, il n'avait pu revenir à temps. Il avait vu l'explosion, et dans les décombres encore fumant et les cadavres noircis, il m'avait trouvé moi, encore vivant. J'étais très étonné car j'étais assez proche des barils de poudre. Mais peut-être qu'Etincelle avait fait en sorte de m'épargner ? Je ne savais pas, et je n'étais pas assez fort pour me tenter à une méditation. Et, très franchement, j'étais dans un tel état d'épuisement que je ne me demandai pas comment j'avais survécu. Aujourd'hui, j'en conclus simplement qu'il s'agissait d'un miracle. Me poser la question plus avant me rend très mal à l'aise.

Les jours se muèrent en semaines, les semaines en mois, les mois en années. Je repris du poids, du muscle. Je fis beaucoup d'effort pour me renforcer : ce qu'il s'était passé au village des bûcherons m'avait suffisamment sonné comme cela : ce ne serait pas par mon corps que je serais faible. Plus par ça. Ma peau, surtout celle du dos, avait perdu définitivement de sa souplesse, et malgré les onguents de Narragow, j'aurais à jamais des cicatrices. Mes cheveux repoussèrent, et cachèrent celles du crâne.

J'accompagnai Narragow partout où il allait. Certaines fois, je restais dans la chariote, d'autres je venais avec lui lorsqu'il auscultait les malades ou allait cueillir les plantes nécessaires à ses onguents. C'est ainsi que, petit à petit, il en vint à me poser la question fatidique : si je voulais continuer d'apprendre sous son égide. Devenir moi-même un Guérisseur.

A force de le côtoyer, de vivre avec lui, selon son mode de vie, accepter était presque comme une évidence.

Mais je demandai tout de même l'avis d’Étincelle et de Coral. Coral n'y voyait rien à redire, Étincelle... était plus mesurée, mais elle comprenait mon envie de me racheter. La manière dont Narragow vivait me convenait, et calme et repos étaient ce dont j'avais besoin. Il n'était pas question d'abandonner une fois encore les principes du chamanisme, je comptais bien continuer les méditations et les rites de respect, même si les esprits ne me répondaient pas, mais bien de concilier les deux.

Mais devenir Guérisseur allait me demander un sérieux travail sur moi-même. J'avais toujours en tête mes fautes et la culpabilité, en même temps que la colère, me rongeaient. Je n'aurais jamais du écouter les paroles mielleuses de Coral et quitter mon clan natal. Je n'aurais jamais du faire preuve d'arrogance et provoquer l'esprit de Vie. Je n'aurais jamais du dissimuler Estelle et Hélène dans cette armoire.

Il y avait des nuits où je voyais encore leurs corps ensanglantés et leurs yeux vides. Des vies si jeunes, détruites si tôt. Et leurs cris résonnaient encore dans mon crâne, ricochant avec l'anathème de l'esprit de Vie, et les rires gras des hommes qui tuaient, et tuaient, et pillaient, et tuaient encore. Voyager avec Narragow m'avait appris une chose, le monde était loin d'être simple. Le monde était souillé de noirceur. Et j'avais honte d'y avoir participé.

Je passai la première épreuve pour devenir apprenti assez facilement. J'avais déjà pratiqué le jeun et les longues méditations. La seule différence fut que cette épreuve s'approcha plutôt de celle d'un chaman que d'un guérisseur. Je n'avais pas une profonde empathie avec la Terre, de toute manière. Coral en profita pour me tenir compagnie, et aborda pendant ces deux jours un sujet qui l'avait rongé pendant les longues années de mon rétablissement : la manière dont j'avais utilisé ses pouvoirs le jour où je fus gravement brûlé.

« Je voulais pas, tu comprends, Nishati ? J'allais t'obéir. Mais je n'ai pas eu le temps, c'était comme si tu m'avais pris par le devant de la chemise, amené dans le monde matériel, et bougé mes mains à ma place.
- Comme un sorcier avec une âme ?
- Oui... Non. C'était très étrange. Un sorcier EST la porte entre le monde spirituel et matériel. Un chaman ne fait que l'ouvrir, c'est pour cela qu'il n'y a pas de perte d'énergie. Un chaman ouvre la porte, et demande à un esprit s'il veut bien la franchir pour faire ce qu'il doit faire.
- Merci pour ce cours, Coral, ironisai-je.
- Ne fait pas l'idiot, c'est important ! Quand tu l'as fait... Tu n'étais pas la porte. Tu l'as ouverte, tu m'as forcé à la franchir et tu m'as forcé à étouffer ce type.
- Je... je voulais pas...
- Je sais bien. Mais c'était pas de la sorcellerie, ni du chamanisme. C'est pour ça que je te le dis. C'est un truc bizarre.
- … De toute manière, je ne sais pas comment j'ai fait. Je doute de pouvoir le refaire.
- Je voulais juste que tu sois au courant, Nishati.
- Merci, Coral. »

Il me quitta, et je finis mes deux jours dans la forêt. Un complet silence régnait autour de moi, et Narragow m'attendait à la lisière du bois. Il souriait, heureux que j'aie réussi. Même s'il s'agissait de la part la plus aisée. La suite allait être bien plus compliquée : j'étais trop en colère pour ignorer violence et mort. J'étais fils du feu, et non pas de la terre. Après, tout le reste sur les frères, apporter le réconfort, j'étais d'accord et convaincu : toutes ses années passées auprès de Narragow m'avaient converti, et du reste, certains principes du chamanisme s'en approchaient.

Mais rien ne semblait pouvoir apaiser la force de ma rage. Malgré les années, malgré le fait que Narragow, d'homme dans la force de l'âge, passait peu à peu à vieil homme, rien ne semblait me calmer. J'avais prononcé mes vœux, mais mon cœur ne suivait pas totalement. Comme dit plus haut, il n'y avait que la première et la dernière strophe de l'éthique du Guérisseur qui ne me convenaient pas. Narragow m'avait cependant accepté comme apprenti. Il disait que mes blessures se soigneraient avec le temps. Il avait raison, en un sens, mais du haut de mes cent quatorze ans, je n'étais toujours pas patient. Il m'avait tout de même fallut presque dix ans pour me remettre de mes brûlures, j'aurais dû apprendre la patience.

J'aurais dû. Et je doute de l'avoir apprise.

Je reçu, contre toute attente, ma feuille d'argent et ma toge blanche. Je ne pensais pas que Narragow me considérait prêt.

Ou prête, en l'occurrence. Car la cérémonie se déroulant de jour, je devais y aller sous mon apparence féminine. Rien qui me réjouissait, pour tout dire, mais je n'avais pas le choix. Je me demandais simplement quel nom je prendrais. Je ne pouvais décemment pas donner Nishati ya Jua. Pour moi, c'était... impossible. Ce fut Coral qui, une fois encore, me suggéra mon surnom.

« Et s'il te faut un nom de famille, je te donne volontiers le mien. Ce n'est pas comme si je m'en servais, après tout. »

C'est ainsi que, lors de la cérémonie, je devins aux yeux de tous Seelen Amani. Narragow avait choisi pour moi une toge plus large que les autres. Il ne souffla mot de ses raisons, mais je compris aisément : même si Nishati ya Jua n'était pas là, lui aussi avait le droit de porter le blanc des Guérisseurs. C'était une tenue qui irait à mes épaules plus larges d'homme, tant qu'à mes formes de femme.

J'étais devenu Guérisseur, mais mon maître insista pour que je continue de l'accompagner. Selon lui, même si j'avais prononcé mes vœux et l'éthique, je n'y croyais toujours pas totalement et mon âme n'était toujours pas soignée. A quatre-vingt cinq ans, il se savait vieux et ne voulait pas finir sur un échec. Il voulait guérir au moins quelqu'un.

Narragow avait quatre-vingt dix ans, un âge très avancé pour un humain, lorsqu'il rejoignit la Terre-Mère qu'il aimait tant. Sans réussir pour autant à apaiser totalement mon esprit agité. Sa mort, si elle ne renforça pas ma colère, la fit devenir une espèce de mélancolie agressive. Je souriais peu, et si je le faisais, c'était toujours de manière triste ou mauvaise. J'ignorais ce qui me troublait autant. Je me sentais piégé, comme un animal en cage. Mais quand bien même quelqu'un aurait eu pitié de moi et m'aurais demandé ce qu'il se passait, j'aurais été bien incapable de lui expliquer, de trouver mes mots.

J'étais troublé par la force ma colère. Je ne faisais que m'agiter, emprisonné à l'intérieur de moi-même. J'avais beau aider les autres, leur prodiguer mes soins pour atténuer mes péchés, tout en cherchant un moyen d'inverser ma malédiction, je me sentais comme un lion en cage. J'essayais de ravaler mes sentiments, les oublier, mais c'était trop dur. Il suffisait d'une nuit de cauchemar pour que tout recommence. Quelque chose me manquait.


Ce quelque chose, je le découvris des années plus tard, c'était Nande'Dareloth.

J'arrive à l'abbaye. Un des moines m'indique du doigt, car il a fait vœu de silence, où se trouve le jeune frère qui m'a arraché mes confessions. Je traverse le cloître, arrive dans la bibliothèque, où je trouve le jeune homme penché sur un livre. Je m'assois en face de lui, silencieux.

J'attends.

[...]
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Nishati ya Jua
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Signes particuliers: Albinos - Change de sexe selon le jour (femme) ou la nuit (homme)

MessageSujet: Re: Nishati ya Jua. Ou l'escargot. Parce que ça lui va bien, comme emblême, et que c'est chouette, les escargots. Surtout avec de l'ail et du beur... *SBAFF*   Ven 12 Avr 2013 - 22:47

[...]

« … l'amour se trouve... »

Le rassemblement de cette année là, j'avais cent cinquante-huit ans. Cela faisait plusieurs décennies que je parcourais Aranor pour soigner bêtes, plantes et hommes. Je m'étais réfugié totalement dans mon rôle de Guérisseur, pour essayer d'oublier la violence tapie au fond de moi. J'y étais plutôt bien arrivé. Même si j'avais toujours ce vide en moi.

On célébrait ce jour là l'intronisation d'un nouveau Guérisseur. L'apprenti d'Areall. Je l'avais peu côtoyée, même si elle aussi était une elfe guérisseuse. Je ne savais pas pourquoi, j'avais l'impression qu'elle pourrait me percer à jour, et je ne le voulais pas. Les autres Guérisseurs étaient déjà suffisamment perspicaces, mais il me semblait qu'elle pourrait tout deviner juste en échangeant plus que de simples salutations avec moi.

Il faut dire que j'avais la réputation d'être un peu à part. Je n'allais pas aux rassemblements à reculons, mais presque. Autant de Guérisseurs à cet endroit là... et surtout l'alcool et les drogues qui circulaient ces jours là pouvaient révéler mon secret. Et, très franchement, j'en avais toujours honte.

Toujours était-il que le jeune elfe reçu avec beaucoup de plaisir son insigne et sa tenue. Son sourire était contagieux. Mais il y avait plus.

Pour qu’Étincelle me contacte et prenne un ton aussi sérieux, il y avait forcément plus.

« Seelen... il y a quelque chose avec lui qui ne va pas.
- Il m'a l'air normal, pourtant.
- Ne fais pas l'orc stupide, s'il te plaît. Observe-le. Tu ne sens pas ? »

Je suivis son ordre. Je sentis. J'écoutai mon instinct. Et j’entraperçus, à peine, ce qui dérangeait tant Étincelle. Une impression de... de... oh, dieux, c'était exaltant. C'était tellement... puissant. Une flamme, brillante, la Flamme, si belle, si pure, si... si...

« Nishati ya Jua ? Réveille-toi. Il vient vers toi. »

La voix de Coral me ramena à la réalité. Et effectivement, le jeune Darel venait vers moi, un air intrigué sur le visage. Oh, merde. Il avait dû me repérer en train de le fixer. Pris de panique, je courus. J'étais encore trop perturbé par ce que j'avais vu, ou cru voir, pour pouvoir lui parler. Étincelle avait raison. Il y avait quelque chose qui n'allait pas. Un elfe ne sentait pas la cendre.

Le pire, ou le meilleur, parfois j'hésite encore, c'est qu'il me suivit. Jusqu'à ce qu'il me rattrape. Même si j'avais fait des efforts, j'étais toujours moins endurant que mes semblables. Il tomba à mes pieds, trébuchant contre une racine. J'étais coincé. Et ce petit imbécile me suivrait jusqu'à ce qu'il ait obtenu gain de cause. Avec le jour qui allait bientôt baisser, je n'avais pas le choix. Il leva les yeux, et resta muet.

Un ricanement se fit entendre à mon oreille.

« Ma Belle de jour, je crois que tu viens de faire une victime.
- La ferme, Coral. »

Je pris sur moi, malgré ma patience qui s'amenuisait. Je lui souris, du plus gentiment que je pouvais, et lui expliquai que je devais partir, mais que je reviendrais demain, et qu'il pourrait me poser toutes les questions qu'il voulait. Après quoi, je le plantai là et disparu aussi vite que possible.

Les jours suivants, il revint. Encore, et toujours. Bientôt, le malaise à sa vue devint fascination. Il était... tellement particulier. Il était différent. Au fil du temps, il arriva à me dérider. Et même à me faire rire. Une première, depuis... longtemps. Il m'attirait. Cette odeur de cendre était un parfum délicieux. Et tout ce qui paraissait enfoui, en lui, ne demandait presque qu'à être déterré. Je voulais... je voulais... je voulais quoi, au juste ? A ses côtés, c'était presque comme si j'entendais le chant d'une sirène qui me pressait de découvrir ce qui avait été profondément enterré. Je me sentais bien. Enfin apaisé. Sa voix était l'eau sur mes brûlures. J'avais cessé de tourner en rond, de me poser sans cesse mille questions. Ma rage s'était tue, avait été apprivoisée et de tigre rugissant était devenue chaton ronronnant. Je vivais. C'était comme si, peu à peu, il m'était devenu indispensable. Comme si respirer m'était devenu impossible s'il n'était pas avec moi.

Je ne me rendis pas compte tout de suite que je tombai amoureux. Cela m'était impensable. J'avais beau avoir une apparence de femme, je restai un homme au fond de moi. Ce genre de sentiment me paraissait... contre-nature.

Et pourtant, je lui rendis ses baisers. Caressai ses cheveux. Touchai sa peau. Je vivais dans une espèce de déni de moi-même. Ça ne pouvait pas être moi. C'était Seelen. C'était un rêve, rien de plus, et je me réveillerai au soir. Un rêve dont je tombai amoureux chaque jour. Un doux cauchemar éveillé.

« Ce n'est pas honteux, tu sais, fit un jour Coral.
- Mmh ? De quoi ?
- Darel et toi. Il n'y a rien de honteux à être amoureux. Même si c'est d'un homme.
- Ce n'est pas naturel, Coral.
- Mon cul ! Et les cygnes ? Ils ont bien des couples homosexuels. Dis-moi que ce n'est pas naturel.
- J'ai une gueule de cygne, Coral ?
- Tu en as la couleur, en tout cas, persifla-t-il. »

Les discussions avec Coral au sujet de Darel tournaient souvent au sujet de mon acceptation. Une chose que j'essayais d'éviter le plus possible. Les questions de l'esprit me dérangeaient beaucoup. Jusqu'au jour fatidique où...

« Coral... ?
- Oui ?
- Tu peux me le répéter encore une fois ? »

Il soupira d'agacement. Mais le fit quand même.

« Tu as couché avec un homme. Et même que d'après ce que j'ai entendu, tu as beaucoup aim...
- La suite n'est pas nécessaire, merci »

Un mot s'imposait à moi : merde. Pourquoi... ? J'étais certain que c'était à cause de cette apparence de femme. Je m'y était trop habitué. Je commençai à penser comme une femme. La preuve, il y avait des fois où je ne savais plus si j'étais né garçon ou fille. La différence devenait plus floue et cela m'effrayait. Autant que mes sentiments envers Darel. Ce n'était pas normal. Rien n'était normal. Il ne pouvait pas me fasciner autant sans raison. Il ne pouvait pas m'apaiser totalement comme cela. Je ne pouvais pas le regarder avec autant d'adoration.

Le jour où nous nous étions donnés l'un à l'autre, il avait eu une espèce d'absence. Comme si son esprit avait quitté son corps. L'idée de le perdre m'avait affolé. Il était revenu à lui juste avant que je me mette en chasse de son esprit dans les plans spirituels, au mépris du danger qui m'attendait. Mais juste avant qu'il ne revienne, cette même sensation de puissance et d'exaltation m'avait saisi. Une preuve qu'il y avait quelque chose de plus. Et je n'arrivais pas à mettre le doigt dessus. Étincelle me conseilla de faire preuve de grande prudence. Mais avec lui, j'en étais incapable. Il était devenu le centre de mon existence. Être circonspect avec un être aussi exceptionnel que lui, que j'aimais de toutes mes forces ? Jamais.

J'avais été dévoré par la colère, c'était à présent la passion. Désormais, nul ne pouvait douter que j'étais un feu-né, vu la violence de mes sentiments.

Et pourtant, il y eut un jour où je pris la plus terrible des décisions.


«... Les plaies s'empoisonnent... »

Le poids de son regard s'était plus fort, et inconsciemment, je savais ce qu'il allait dire, passer l'éternité tous les deux, et la peur m'étreignait davantage. Oh merde. Je savais que j'aurais jamais du... Mais allez savoir ce qui m'avait conduit à... me laisser faire. A suivre le flot de... de quoi ? Mes sentiments ? Foutredieu, je suis un mec. Enfin, là, une femme. Enfin bref, je me comprends. J'ai aimé une femme, avant. J'avais eu du mal à comprendre ce qui m'avait agité, à cause de cette foutue malédiction qui me donnait l'apparence et me faisait penser comme une femme, et... et voilà, il en avait profité, et...

Non. Je ne pouvais pas me mentir. Je l'ai aimé. Je l'aimais ? Je ne savais pas. Je devais réfléchir. Et s'il venait à apprendre ma vraie nature ? Je... devais... Je devais partir. Je détestais faire ce genre de coup bas, mais je n'avais pas le choix. Ça... Vaudra mieux pour nous deux.

Je lui touchai le visage, ce visage tant aimé, je posai doucement mes lèvres sur les siennes. Foutredieu, je l'aimais. Merde, merde, merde, merde, merde. J'approfondis le baiser. Je savais que ce serait le dernier. En plus, la nuit n'allait pas tarder à tomber. Qu'il garde le rêve de Seelen Amani en tête, et qu'il vive heureux avec.

« Darel... Je t'aime. Rien ne me ferait plus plaisir. J'en rêve. Darel... »

Chaque mot était entrecoupé de petits baisers sur ses lèvres, son nez, ses paupières. Je voulais un adieu tendre. Je voulais qu'il soit heureux avec ce souvenir. Ce que j'allais dire plus tard serait suffisamment douloureux.

« … Mais... »

Ma gorge se noua, mes yeux se baissèrent. Une peine immense me submergea, mais je savais que je n'avais pas le choix. C'était nécessaire. Je devais avoir de la force pour nous deux, car il ne connaîtra jamais qui j'étais réellement.

« Je... Je... ne peux pas. Je suis désolé, je ne peux pas. Il... Il ne faut pas. Tu finirais par avoir mal, et je t'aime trop pour te blesser. Je préférerais m'arracher le cœur ici et maintenant. Et... »

Un souffle, à mon oreille. Coral me rappelait que la nuit n'allait pas tarder. Je jetai un coup d’œil affolé au jour qui faiblissait. Mes mains quittèrent ses joues, je partis sans finir ma phrase. Je ne devais pas le revoir. Il devait trouver une autre femme. Pas moi.

Seelen Amani était morte. Elle avait laissé son cœur et son âme à cet autre guérisseur.

Je me cachai, loin, et quand la nuit vint, la douleur habituelle de la transformation me semblait faible en comparaison à celle qui me dévorait de l'intérieur. Mes os se tordaient, mes muscles se ployaient, je griffais la terre tant j'avais mal, mais tout ceci n'était rien.

Le monde était fait de sel, et j'étais une plaie ouverte.

Coral eu le bon sens de me laisser seul alors que je hurlai ma peine aux étoiles. C'était injuste ! Injuste ! La tristesse faisait une fois de plus place à la rage. J'avais rejoint les guérisseurs pour me laver de mes crimes et dans l'espoir de mettre fin à cette malédiction, et je me rendais compte que l'esprit qui m'avait maudit avait plus que réussi son coup. Si j'arrivais à dissiper le sort, je reprendrais mon apparence masculine : Darel l'avait peut-être croisé, mais il ne l'aimait pas. Si la malédiction continuait... Je resterais tout de même séparé de la personne que j'aimais.

Je ne sais pas combien de jour et de nuit je restai ainsi, à arpenter les terres, à soigner tout être désirant mon aide sans y penser. J'étais devenu une espèce d'âme en peine. Jusqu'à ce qu’Étincelle me remette les idées en place.

« Le garçon dont j'ai entendu l'appel et que j'ai aidé, des années plus tôt, n'aurais jamais permis une chose pareille. Tu es devenu une loque faible, Nishati ya Jua, et je ne respecte pas les loques faibles. Montre moi que tu es encore un né-du-feu. Tu aurais pu continuer à maîtriser la voie de la Flamme, avec l'affinité que tu avais, mais tu as choisi de guérir les gens à la place. Soit. Même le jour où tu as fait ta putain de connerie avec l'esprit de Vie, tu n'étais pas dans cet état là. Même le jour où tu as tout quitté et que tu as suivi les conseils douteux de Coral, tu n'étais pas dans cet état là. Reprends-toi ! Darel n'est pas mort !
- Il pourrait l'être, murmurai-je. Je ne dois pas le revoir.
- Imbécile ! Dis-moi, à quoi ça sert d'aimer si on ne peut pas être avec ceux que l'on chérit ? Merde, Seelen, je suis avec toi, moi, et je ne me torture pas parce que je ne peux pas te prendre dans mes bras ou t'exprimer mon affection autrement qu'en paroles. »

Je restai sans voix. Je savais qu’Étincelle m'appréciait, mais elle ne l'avait jamais avoué aussi franchement. Je baissai la tête, honteux.

« Pardon. Il me faut juste... quelques jours.
- Tu les as déjà eu, tes quelques jours. Retrouve le et avoue lui tout, ou reprends-toi et fais honneur à mon lien avec toi. Je n'ai pas décidé de soutenir jusqu'au bout une larve prostrée sur elle-même. Renais de tes cendres, feu-né ! »

Un sourire pâle étira faiblement mes lèvres.

« Crois-moi, je regrette aussi de ne pas pouvoir te serrer dans mes bras... Je suis désolé. Je vais faire un effort, pour toi. Je ne te promets rien, mais je vais essayer. »

Une légère vague de chaleur m'indiqua qu'elle souriait. Fière. Ma peine était toujours immense, j'avais toujours l'impression qu'on m'avait arraché le cœur, mais je me relevais sensiblement. Seulement, je ne pourrais pas être le guérisseur attentionné d'avant ma rencontre et ma séparation avec Darel. Je ne le pouvais plus J'avais trop mal, et c'était une blessure qui mettrait longtemps à guérir, si elle guérit un jour et si l'amertume ne s'y glisse pas. Un cœur nous rend faible.

Si faible.


« … Et le vertueux se souvient que qui sait guérir, sait faire périr »

« Tu t'es débarrassé de plusieurs des nôtres, guérisseur... Mais dis-moi, ta caste n'est-elle pas censée préserver la vie, et non pas la supprimer ? »

Coral et moi souriions de concert. L'assassin ne voyait pas Coral, et c'est ce qui allait lui être fatal.

Ça allait être sans doute mon premier meurtre direct. C'était pour cela que j'avais posé mes conditions : je voulais un assassin sadique, qui aimait passionnément son métier de destruction, qu'il soit véritablement une nuisance. Celui là... je l'avais attiré grâce à des rumeurs que j'avais fait circuler. Et je m'étais exposé. Un peu. Pas beaucoup. Étincelle était partagée, et elle m'avait dit qu'elle ne souhait participer que si j'avais un besoin vital d'elle. J'avais compris. A vrai dire, Coral avait dû faire preuve de beaucoup de persuasion pour me pousser à le faire.

« Je préserve celle de vos victimes, non ? »

Mon ton était ingénu. J'étais attaché, mais l'assassin avait serré les liens assez fort pour les poignets d'un homme. Pas ceux fins d'une femme. Il allait avoir une belle surprise.

« Tu es taré, rigole le type. Mais intéressant. Tu veux nous rejoindre ? Je suis prêt à te prendre comme apprenti, tu sais ? »

J'éclatai de rire. Un fou rire irrépressible.

« Pour quoi ? Apprendre à détruire ? Je sais mieux tuer que toi, jeune homme. Et j'ai l'expérience. Ça devrait plutôt être à moi de te proposer de nous rejoindre, mais je crois sincèrement que même si tu le souhaitais de toutes tes forces, tu serais bien incapable de guérir quoi que ce soit. »

Il fronça les sourcils, mes lèvres s'étirèrent davantage. C'était grisant, de le provoquer. Je sentais le sang battre contre mes tempes.

« Un assassin, ça tue. Tu as quelques problèmes avec la langue des humains, l'elfe ?
- Oh, non. Vous détruisez. Vous ne connaissez pas la mort. Vous la côtoyez tout au plus, vous cherchez à l'atteindre, mais la donner, la connaître ? Nooon. Vous tentez vainement de vous en approcher, mais vous piétinez, vous détruisez. Vous ne tuez pas. Pour tuer, il faut savoir ce qu'est la Mort, la vraie, jeune homme. Les assassins ne la connaissent pas, mais moi si. »

Une lame chatouilla soudainement ma gorge, teintant ma peau d’albâtre de rouge vif. Mais je ne mon sourire ne s'effaçait pas. Le jour n'allait pas tarder à se lever.

« Tu te fous de moi ?!
- Non. Tu connais les proverbes Weranoï ?
- Qu'est ce que ça peut me foutre ?
- Il y en a un, que j'aime particulièrement, qui finit comme ça : qui sait guérir sait faire périr. Pour connaître la Mort, il faut connaître la Vie, mon garçon. Les guérisseurs feraient de bien meilleurs tueurs que toute ta clique. »

Le chant de la bataille... Je l'entendis presque. Des notes me parvenaient, si belles. Aussi belles que les premiers rayons du soleil, tiens. Coral trépigna d'impatience. La pression de la lame contre mon cou se fit plus forte, le filet de sang plus important. Il était vexé. Il allait retirer sa proposition d'apprenti.

« Tu as raté ta chance d'entrer chez les Assassins et de survivre, elfe. »

Bingo.

« Un dernier mot ?
- Plusieurs, si tu permets. Et même une question ! Désolé, je suis un grand bavard, mais je veux absolument te faire comprendre ce que je veux dire par « qui sait guérir sait faire périr ». Qu'est ce que tu respires ?
- C'est quoi ces conneries ?
- Qu'est ce que tu respires ? Ce qui entre dans tes poumons, qui traverse tout ton corps, et qui ressort, assurant un des cycles essentiels de la Vie.
- C'est évident, imbécile, de l'air ! »

Un sourire de loup retroussa mes lèvres. Une douleur fulgurante me traversa l'estomac. La transformation arriva, des gestes saccadés traversèrent mon corps. L'assassin recula, se demandant ce qu'il se passait. Je repris mon souffle entre deux grondements de douleur. L'autre était assez choqué de voir désormais une femme en face de lui. Et, summum de la grâce féminine, un filet de salive lui dégoulinant sur le menton. Mon sourire était toujours aussi carnassier, je savais que mes pupilles s'étaient étrécies sous la douleur et l'excitation : je devais avoir l'air d'une folle. Mes os s'étaient affinés. Assez pour que mes liens aux poignets soient plus lâches. Suffisant pour effectuer les gestes rituels pour permettre à Coral d'agir et de le laisser faire ce qu'il a toujours fait de mieux : l'implosion.

« Précisément, mon garçon. Précisément. »



J'ai été à plusieurs reprises parjure au serment des Guérisseurs. Mais toujours contre les sadiques, les pervers jouissant de leur destruction aveugle de vie. C'est la seule échappatoire que j'ai trouvé pour ne pas exploser de l'intérieur. Narragow avait soigné mon âme, mais elle s'est de nouveau fêlée quand j'ai du quitter Darel, et pour ne pas qu'elle se brise, j'ai besoin de me défouler, de passer la rage de mon impuissance sur ces sadiques. C'était ça, ou je devenais fou. Ou folle. Considérant le fait que j'ai bien séparé mes identités féminines et masculines, on peut peut-être dire que c'est déjà le cas. Mais je digresse. Même s'ils le méritent, j'ai trahi le dogme des Guérisseurs, et il y a de fortes chances que je sois radié si on le découvre.

Le jeune moine lève finalement les yeux, et je sors de mes rêveries.

Je souris au jeune homme en face de moi. Le moine, heureux, me tend l'esquisse qu'il a faite. La fierté suinte de tous les pores de sa peau, quand il m'annonce que le dessin sera sans doute modèle d'un vitrail. Puis je lève mes yeux vers lui, et lui redonne son dessin.

« Je suis extrêmement flatté. Et en même temps... terriblement gêné.
- Votre histoire est passionnante, Nish... Seele... euh... Bref !
- Nous sommes le jour. Je suis donc Seelen, mon jeune ami. »

Un temps de silence. C'est amusant que les humains voient ça maintenant comme un conte à raconter au coin du feu. Je suis certain que plus tard, ils verront ça comme une légende. Je vois ça d'ici : la triste histoire de Nishati ya Jua, ou le prix de l'orgueil et du mépris. Ma faute affichée à tous pour toujours. Charmant.

« Je suis d'accord. Les elfes n'ont malheureusement pas d'histoire écrite, juste parlée. Au moins, ainsi, tous se souviendront et peut-être ne répéteront-ils pas mon erreur. C'est bien ça qui m'a convaincu de te raconter une partie de ma vie, après tout... »

Je me relève, de toute ma hauteur, d'un mouvement empli de grâce. Je pose mon regard clair sur lui, sur ses yeux brillants et son enthousiasme dévorant. Ma main gauche effleure son épaule, tandis que j'incline légèrement le buste, ma main droite sur la poitrine : le geste de remerciement de mon clan d'origine.

La légende s'arrête ici pour aujourd'hui. Je doute qu'il s'y passe grand chose d'autre, et qu'on prenne la peine de le conter. Le retour de l'amant ? Peu probable, je n'ai pas fait mention de Darel dans mon récit. Et je n'ai pas envie qu'il revienne : je préfère ignorer avoir des sentiments. Le destin qui m'attend sans doute est une éternité à arpenter les terres d'Aranor et de soigner les êtres qui se présentent à moi. Plus de vague. Plus de remous. Une existence sans la moindre autre péripétie.

Enfin... ça... Qui sait ce que les esprits ont en tête ?


« Une soudaine lueur dans le noir, un vent de changement, et puis le monde s'inverse brutalement. L'apprentissage est aisé, le malheur s'efface, l'amour se trouve. Les plaies s'empoisonnent, et le vertueux se souvient que qui sait guérir sait faire périr... »
Proverbe Weranoï


Et un petit bonus parce que oui, cette fiche n'était pas assez longue comme ça ! Et qu'il faut bien récompenser un peu l'admin vertueux qui a eu le courage (ou pas) de lire cette fiche jusqu'au bout : Le vitrail de notre charmant moine, frère Arthus

Spoiler:
 
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Shaya Pyrius
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MessageSujet: Re: Nishati ya Jua. Ou l'escargot. Parce que ça lui va bien, comme emblême, et que c'est chouette, les escargots. Surtout avec de l'ail et du beur... *SBAFF*   Sam 13 Avr 2013 - 12:59

Et bien et bien, que voilà une magnifique fiche. Et même si elle est un peu longue, on ne voit pas le temps passer. En tout cas c'est un personnage très intéressant que tu nous fais découvrir ici et je n'ai qu'une hâte, c'est de le - la - voir en action !

En tout cas pour moi, je ne vois aucun problème dans cette fiche (que j'ai lu en entier... Très beau coup de crayon si tu es à l'origine de ce petit supplément). Je te valide donc. Tu devras cependant attendre qu'un deuxième admin passe derrière moi pour que ta validation soit complète (mais ça devrait se faire vite).

En tout cas j'espère que tu vas te plaire parmi nous et ce sera un grand plaisir de te retrouver en Rp !

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Zoldik Fukushu
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MessageSujet: Re: Nishati ya Jua. Ou l'escargot. Parce que ça lui va bien, comme emblême, et que c'est chouette, les escargots. Surtout avec de l'ail et du beur... *SBAFF*   Dim 14 Avr 2013 - 10:18

Youhou !!!!! Un peu long pour une personne qui lit pas vite mais vraiment SUPER sympa !! Un très bon moment à lire ta fiche ;)

A la prochaine dans un rp ou ailleurs ! ^^'

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Philip Sartin
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MessageSujet: Re: Nishati ya Jua. Ou l'escargot. Parce que ça lui va bien, comme emblême, et que c'est chouette, les escargots. Surtout avec de l'ail et du beur... *SBAFF*   Dim 14 Avr 2013 - 12:56

Bon, j'ai cogité un peu et j'en suis arrivé à une conclusion (attention je rend mon jugement!)

Une fiche superbe qui s'est donnée la peine d'exploiter le contexte (parce que je doute que tout le monde s'y soit autant plongé héhé) et qui mérite d'être validée sur le champs.
Sauf que, il faut bien mettre quelques limites et reproches (sinon c'est pas drôle.)


1) Les activités agressives de Nishati ya Jua, bien que de bonne volonté, sont bien un manque au serment du Guérisseur. Il en découle donc qu'il ne profite pas pleinement de leur communion avec la nature. Son empathie avec les créatures sauvages est alors réduite.

2) Coral a acquit une certaine puissance au contact de Nishati et peut donc user en infime partie de ses pouvoirs sur le monde (petites brises par exemple). Cependant, un usage plus important (implosion) ne peut se faire qu'avec la volonté de Nishati, qui devra en subir un contre-coup (qui devra servir à en limiter l'utilisation et que je te laisse choisir).

J'attends donc ton avis avant de te valider ;)

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Nishati ya Jua
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MessageSujet: Re: Nishati ya Jua. Ou l'escargot. Parce que ça lui va bien, comme emblême, et que c'est chouette, les escargots. Surtout avec de l'ail et du beur... *SBAFF*   Lun 15 Avr 2013 - 19:01

ça me va farpaitement, phil !

pour le 1, comme pour le 2. Pour le 2, je propose que l'implosion soit accompagnée de lourds vertiges, souvent accompagnés de saignement de nez (pas bon pour le cerveau, en somme) et de maux de crâne. Donc limité grand max à deux utilisation par jour (par jour, j'entends 24h). Au delà, Nini risque le coma. ça va ?

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"[...]Et le vertueux se souvient que qui sait guérir sait faire périr..."
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Talis d'Akeraï
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MessageSujet: Re: Nishati ya Jua. Ou l'escargot. Parce que ça lui va bien, comme emblême, et que c'est chouette, les escargots. Surtout avec de l'ail et du beur... *SBAFF*   Lun 15 Avr 2013 - 19:44

Bienvenue ma belle, amuses toi bien parmi nous (et patience ton Darel arrive bientôt :))

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Nishati ya Jua. Ou l'escargot. Parce que ça lui va bien, comme emblême, et que c'est chouette, les escargots. Surtout avec de l'ail et du beur... *SBAFF*

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